Rodrigo Roa Duterte, dit Rody Duterte, surnommé Digong, né le à Maasin, est un homme d'État philippin, membre du PDP-Laban.

Il est maire de Davao de 1988 à 1998, puis de 2001 à 2010, de 2013 à 2016 et enfin depuis . Il se fait connaître pour sa politique brutale d'élimination de la criminalité à Davao, où il encourage ouvertement les exécutions extrajudiciaires.

Il est président des Philippines de 2016 à 2022.

Sur le plan diplomatique, il rompt d'abord avec la tradition pro-américaine des Philippines pour se rapprocher de la Chine et de la Russie, avant de durcir sa position face aux incursions chinoises en mer de Chine méridionale à partir de 2020.

Il mène également des réformes sociales et économiques telles que le programme « Build, Build, Build » portant le budget d'infrastructures à 5,6 % du PIB, la gratuité des universités publiques et l'établissement d'un système d'assurance maladie universel.

Mais sa présidence est marquée par une guerre sanglante contre le trafic de drogue, qui aurait causé l'exécution extrajudiciaire d'environ selon les estimations de Human Rights Watch en 2018. Une plainte est déposée contre lui devant la Cour pénale internationale en pour crimes contre l'humanité, qui donne lieu à un mandat d'arrêt en vertu duquel il est arrêté à Manille le .

Jeunesse et formation Rodrigo Duterte est le fils de l'avocat et homme politique Vicente G. Duterte et de Soledad Roa. Le premier est secrétaire d'État sous la présidence de Ferdinand Marcos et la seconde mène des manifestations contre le régime de ce dernier après l'instauration de la loi martiale..

Il est diplômé en science politique du à Manille en 1968. Reçu à l'examen d'avocat en 1972, il travaille par la suite au bureau du procureur de la ville de Davao, dans le Sud des Philippines, entre 1977 et 1986.. Il est aussi spécialiste de l'histoire du droit des Philippines au temps de la colonisation espagnole du pays, avant 1898. Il parle l'espagnol, le tagalog (langue officielle des Philippines), le bisaya (sa langue maternelle), et l'anglais.

Maire de Davao Après la révolution de , qui chasse le dictateur Ferdinand Marcos du pouvoir, il est nommé adjoint au maire de Davao, avant d'être élu maire en 1988 et de le demeurer pendant dix ans. Il est de nouveau élu en 2001, puis réélu en 2004 et 2007 et exerce la fonction jusqu'en 2010, date à laquelle il est remplacé par sa fille, Sara Duterte. Enfin en 2013, il est une nouvelle fois élu maire, fonction qu'il conserve jusqu'à son élection à la présidence du pays.

Il est le premier maire à nommer des représentants des minorités musulmanes et lumads parmi ses adjoints. Il publie également une ordonnance prohibant les discriminations antimusulmanes.. Il est populaire localement grâce au succès de sa politique de tolérance zéro à l'égard des criminels au point que le magazine Time le surnomme le « Punisher ». En l'espace de , Davao serait ainsi passée selon lui du statut de à .. Des données de la police nationale des Philippines parues en (données brutes, non-proportionnées au nombre d'habitants) mettent cependant en lumière que Davao a pourtant la première place en nombre de meurtres entre 2010 et 2015, et la deuxième en nombre de viols aux Philippines pour la même période..

Il prend position en faveur du maintien des écoles communautaires indigènes que le gouvernement envisageait de supprimer..

En un ancien policier explique que lorsqu'il était maire, Duterte l'aurait payé lui ainsi que d'autres policiers pour tuer non seulement des criminels mais aussi des opposants politiques dont le commentateur radio , critique à l'égard du maireEx-cop says Duterte paid him, others to kill crime suspects, Jim Gomez, AP News, ..

Président des Philippines Candidat à l'élection présidentielle de 2016 pour le parti PDP-Laban (centre gauche à gauche)., il est élu le . recueillant (39 % des voix) contre (23,5 %) pour Mar Roxas et (21,4 %) pour Grace Poe. Il entre en fonction le . En quelques mois, sa popularité s'envole pour recueillir 76 % d'opinion favorable.. Une popularité qui s'explique, entre autres, par son franc-parler. et la manière dont les algorithmes de Facebook et d'autres réseaux sociaux ont mis en avant son discours et celui de ses partisans ; en , une enquête de BuzzFeed a conclu que Rodrigo Duterte (comme Trump, Bolsonaro, les promoteurs du Brexit et d'autres) ont su, avec l'aide d'officines spécialisées dans l'influence sur le Net, utiliser Facebook pour asseoir leur pouvoir ; selon Pompee La Viña (conseiller numérique qui l'a aidé à gagner la présidence), Duterte ..

C'est un bon orateur s'exprimant soit en cebuano soit dans un mélange tagalog-anglais selon son auditoire. Ses discours, comme ceux de Jair Bolsonaro, sont ponctués d'interjections et de grossièretés et il ne manque pas de faire des blagues quel que soit le sujet, quitte à choquer. Pendant sa campagne électorale, il avait déclaré : Véronique Grousset, « Rodrigo Duderte, président, mais fier de se dire dictateur », Le Figaro Magazine, semaine du 28 octobre 2016, page 21.. Il déclara aussi : . ou encore au sujet de la sénatrice Miriam Defensor Santiango, elle aussi candidate à l’élection de 2016 : ..

Le , il annonce sa candidature à la vice-présidence des Philippines à l'issue de son mandat, la constitution n'autorisant qu'un seul mandat à la présidence.. Début octobre, il annonce finalement renoncer à cette candidature et sa prochaine retraite de la vie politique.. Finalement, il sera candidat aux sénatoriales, tandis que sa fille Sara brigue la vice-présidence du pays..

Politique intérieure Avec les groupuscules dissidents Rodrigo Duterte a dans un premier temps défendu une approche pacifique quant à a résolution des conflits armés aux Philippines, qui se traduit rapidement par une proposition de négociation de paix faite à la guérilla communiste de la Nouvelle Armée populaire., qui y répond favorablement, et aux séparatistes musulmans du Front Moro islamique de libération..

Finalement, début 2021, il prononce un discours d'une rare violence sur la qui selon lui gangrène le pays et menace de renverser son pouvoir. Il y assène : . Les observateurs internationaux redoutent que derrière ces la cible ne soit le parti d'opposition Bayan, de gauche modérée, dont au moins une dizaine de proches (tous militants dans des syndicats ou des organisations de défense des droits civiques et de la démocratie) ont été assassinés dans la foulée du discours.. Il est à noter que le Parti communiste des Philippines et sa branche armée, la Nouvelle Armée populaire (Bagong Hukbong Bayan) sont tous deux placés sur la liste officielle des organisations considérées comme terroristes par le département d'État des États-Unis et par l'Union européenne.

Investissements publics Il annonce pour l'année 2017 une importante hausse du budget consacré par l’État à l'entretien des infrastructures publiques, notamment pour rénover et développer le réseau routier, les bâtiments scolaires et les hôpitaux..

Le programme prend le nom de « Build, Build, Build » et porte le budget à 5,6 % du PIB. en 2017, avec une prévision à 7,3 % pour 2022. Il s'inscrit dans une certaine continuité avec la précédente administration puisque les premiers investissements concernent des projets déjà en cours., avec l'ambition de tous les achever avant 2022.

Le premier bilan fait à mi-mandat, en 2019, insiste sur l'inauguration des aéroports de Puerto Princesa et de Bohol-Panglao ainsi que sur l’accélération des travaux de la ligne MRT7 du métro aérien de Manille, sur le chantier de l'autoroute reliant le nord au sud de la capitale ou du troisième pont reliant Cebu à Mactan. Durant ces trois premières années, de routes sont construits ou réaménagés de même que et de classe. On peut noter parmi les projets lancés sous l'égide du programme « Build, Build, Build » la première ligne de métro souterraine de Manille, la réhabilitation et l’extension du chemin de fer sur les îles de Luzon et Mindanao, la construction de plusieurs ponts à Manille et celle de l'aéroport international de Manille-Bulacan.

Réformes sociales Rodrigo Duterte s'engage en faveur de la transparence des pouvoirs publics aux Philippines en signant un décret permettant à chaque citoyen d’accéder aux archives gouvernementales. Sa décision est saluée par les acteurs de l’information.. En , sa proposition de rendre gratuitement accessible la pilule contraceptive aux femmes économiquement démunies est saluée par les associations de défense des droits des femmes..

Les universités publiques sont rendues gratuites. et un système d'assurance maladie est instauré afin de permettre aux plus pauvres de bénéficier des soins élémentaires et d'obtenir gratuitement certains médicaments.. Les contrats de travail de courte durée sont limités afin de réduire la précarité des travailleurs concernés et les retraites sont augmentées..

Duterte soutient les droits LGBT, position singulière dans un pays encore fortement influencé par la religion. catholique. Il a cependant des positions très dures à l'encontre de l'Église catholique dans son ensemble. Il ne manque pas de traiter de « fils de pute » les évêques philippins et soutient le mariage homosexuel.. Ses positions sur l'homosexualité ont toutefois considérablement varié..

Il reste très ferme sur sa position concernant le rétablissement de la peine de mort (une de ses promesses de campagne) qui a été suspendue par la présidente Gloria Macapagal-Arroyo en 2006, mais fait face au refus du Congrès.. Il considère que la peine de mort est efficace dans la lutte contre les trafiquants de drogue..

Le gouvernement Duterte lance en 2018 le programme de carte d'identité nationale avec pour but premier de faciliter et fluidifier l'accès aux aides gouvernementales aux populations les plus pauvres. Ce programme est accéléré à partir de 2021 en anticipation de la campagne de vaccination contre la Covid-19..

Le , Rodrigo Duterte signe la loi , qui établit un système de santé universel dans le pays. Celui-ci est un développement supplémentaire de l'assurance santé pilotée par le Département de la santé (DOH), PhilHealth, et doit permettre à tous les citoyens philippins d'avoir accès aux services de santé publique gratuitement..

Économie Son programme économique, le Tax Reform for Acceleration and Inclusion (TRAIN), vise a réduire les inégalités des citoyens face à l’impôt.

La loi est votée en par le Sénat et la Chambre des représentants. et a pour but d'augmenter les taxes sur les produits des classes supérieures (notamment les carburants, le tabac et les automobiles), de réduire la TVA pour les commerces les plus fragiles et de diminuer l’impôt sur le revenu ; le tout afin de financer le programme d'investissement « Build, Build, Build » et soutenir l'éducation et la santé..

La deuxième partie du programme, le Corporate Income Tax and Incentive Rationalization Act (Citira) puis renommé Corporate Recovery and Tax Incentives for Enterprises (Create), vise à améliorer l'attractivité économique du pays en réduisant l’impôt sur les sociétés. en le passant de 30 % à 25 %. et est soutenu par le FMI.. La loi est adoptée par le parlement le . .

Politique environnementale Sous la conduite de la ministre de l’Environnement Regina Lopez, les activités d'extractions à ciel ouvert sont interdites et plus de la moitié des mines sont fermées. Cette politique entre en confrontation avec le lobby minier et le Parlement, qui vote sa destitution malgré l'appui en sa faveur de Duterte, dix mois après sa nomination au gouvernement...

Au sujet de son conflit avec l'industrie minière, Rodrigo Duterte déclare que « la protection de l’environnement est une priorité plus importante que l'exploitation minière et autres activités qui causent de grands dommages ». Il met également en garde sur de fortes augmentations d’impôts pour les entreprises qui exploiteraient des ressources dans des zones protégées..