Le béarnais (endonyme bearnés ou biarnés) désigne la variété de langue d'oc ou gascon du Béarn.
La linguistique ne distingue pas le béarnais du gascon ; ces parlers forment un ensemble homogène au sein du triangle Pyrénées-Atlantique-Garonne. L'originalité du béarnais tient à l'histoire du Béarn, vicomté devenue principauté souveraine sous Gaston Fébus. Du milieu du jusqu'à la Révolution française, le béarnais est la langue institutionnelle de ce territoire. La scripta définie par les actes administratifs et judiciaires fut adoptée en dehors des limites du Béarn, non seulement dans une partie de la Gascogne, mais aussi dans certains territoires basques.
La langue française exerce une influence croissante sur le Béarn à partir du milieu du , son annexion comme province française en 1620 ne faisant qu'accélérer ce mouvement. L’utilisation du béarnais comme langue institutionnelle se termine à la Révolution, son usage se bornant depuis à la culture populaire. Cyprien Despourrins, Xavier Navarrot ou Alexis Peyret font par exemple vivre le béarnais à travers leurs œuvres. De la deuxième moitié du à la première moitié du , le béarnais bénéficie d'un travail de normalisation, notamment par Vastin Lespy, Simin Palay ou encore Jean Bouzet.
Le béarnais reste majoritaire auprès des Béarnais au . Il faut attendre la deuxième moitié du pour voir son usage reculer au profit du français. L'école française entre en conflit direct avec l'usage des langues régionales dans le dernier tiers du et ce jusqu'à la première moitié du , provoquant le net recul de la transmission du béarnais dans le cadre familial dès les . La première école Calandreta est créée à Pau en 1980, permettant de relancer son enseignement. La part des béarnophones est difficile à estimer ; une enquête de 2008 avance les chiffres de 8 à 15 % de locuteurs en Béarn, selon la définition choisie. Le béarnais/gascon est classé comme en danger d'extinction par l'Unesco.
Définition Noms vignette|droite|upright|alt=Page d'un livre ancien.|Arnaud de Salette est le premier auteur à revendiquer une écriture en béarnais. Le mot béarnais est issu de l'endonyme bearnés ou biarnés. Le terme dérive directement du peuple des Venarni, ou Benearni., qui donne son nom au Béarn. La cité des Venarni, Beneharnum, est inclus à la Novempopulanie au début du .. L'origine du nom des Béarnais a plusieurs hypothèses, l'une d'elles évoque un rapport avec le mot basque qui signifie « terres d'en-bas ».. Bien qu'utilisé à partir du milieu du dans l'administration de la principauté, le béarnais ne bénéficie pas d'une « mystique » de la langue, comme dans le royaume de France.. La conscience linguistique n'est pas affirmée, la langue n'étant jamais nommée dans les écrits. Une défense de la langue béarnaise se met en place durant le en Béarn, celle-ci repose exclusivement sur des considérations politiques.. Le terme « béarnais » apparaît pour la première fois dans les écrits dans un document du ., les États de Béarn refusent d'examiner des textes rédigés en français, et exigent leur traduction en bearnes.. En 1556, Jeanne d'Albret donne aussi raison aux États qui réclament l'emploi exclusif du lengadge bearnes. pour toute plaidoirie et écriture de justice.. Arnaud de Salette passe pour être le premier. écrivain à revendiquer une écriture en rima bernesa dans sa traduction du Psautier de Genève, composée entre 1568 et 1571 puis publiée en 1583 à Orthez..
L'utilisation du nom « béarnais » se poursuit dans les siècles suivants, comme avec Jean-Henri Fondeville dans ses églogues de la fin du , qui exprime : À la fin du , le mot « béarnais » pour désigner la langue du Béarn est progressivement remplacé par le mot « patois », avec son aspect péjoratif. Ce mouvement est commun à l'ensemble du territoire français.. L'usage du terme « patois » recule à partir des années 1980, avec le renouveau des langues régionales. En parallèle, l'utilisation du nom « occitan » progresse avec la montée de l'occitanisme. Lors de l'enquête sociolinguistique commandée par le Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques en 2018, les Béarnais sont interrogés sur le nom qu'ils donnent à leur langue régionale. Le terme « béarnais » obtient entre 62 % et 70 % des suffrages selon l'intercommunalité concernée, contre 19 % à 31 % pour le terme « patois », 8 % à 14 % pour « occitan » et au maximum 3 % pour « gascon »..
L'expression « langue béarnaise », « la lengoa bernesa », est utilisée dès Arnaud de Salette au ; cette utilisation ne relève pas d'un constat scientifique, mais d'une approche identitaire, dans un contexte de montée du nationalisme béarnais. L'expression « langue béarnaise » continue ensuite d'être régulièrement utilisée, une utilisation qui relève désormais du caractère historique, mais toujours pas scientifique.
Classification Le béarnais est classé dans le groupe occitano-roman, notamment par Pierre Bec.. Un vif débat. existe sur l'appartenance du béarnais/gascon à une seule et même langue, l'occitan ou langue d'oc. Pour certains linguistes, le béarnais/gascon serait un dialecte de l'occitan, pour d'autres il constituerait une langue spécifique et distincte comme le catalan peut l'être au sein de loccitano-roman. Dans le n°10 du « Bulletin de l'observatoire des pratiques linguistiques Langues et cité », publié par le ministère de la Culture français, Georg Kremnitz estime pour sa part"La langue d'oc : une et plurielle", op. cit. page 7, que seule l'appartenance du béarnais/gascon à l'ensemble occitan peut être légitimement discutée. Il poursuit en précisant qu'un consensus se dessine pour considérer que le béarnais/gascon « constitue, du point de vue de sa genèse, un ensemble distinct de l'occitan proprement dit ». Mais en évoluant en « symbiose » avec ce dernier depuis des siècles, le béarnais/gascon est généralement considéré comme étant une variété de la langue d'oc.
L'absence de différences linguistiques entre le béarnais et le gascon fait désormais consensus, le béarnais gardant quelques caractéristiques. Si le béarnais ne peut être individualisé linguistiquement du gascon, l'histoire sépare très nettement Béarn et Gascogne pendant plusieurs siècles. L'ensemble linguistique formé sur le triangle Pyrénées-Atlantique-Garonne est désormais généralement nommé « gascon », le béarnais étant donc un nom alternatif propre au territoire du Béarn. Dans le bulletin Langue et cité, Philippe Blanchet estime que la promotion des appellations locales doit être visée, afin de favoriser un « sentiment d'appartenance » sur la base des régions historiques. Il reprend la notion de « langue polynomique » en proposant la séparation de la langue d'oc en plusieurs langues, au contraire des promoteurs de la notion de polynomie qui conservent sous la même langue-toit ses différentes variantes, à l'instar du corse. Il est à noter l'utilisation du terme « aquitain », à la place de « gascon », au pour désigner cet ensemble linguistique homogène..
Géographie Aire linguistique vignette|gauche|alt=Carte en couleurs avec plusieurs zones colorées et des noms de communes.|L'aire béarnophone. L'origine de la notion de langue béarnaise repose uniquement sur des considérations politiques. Au milieu du le Béarn défend avec vigueur sa souveraineté, dans un incontestable nationalisme. La langue devient un élément supplémentaire de ce particularisme béarnais. Ainsi, l'aire linguistique du béarnais et les frontières politiques du Béarn se conjuguent. Le « Béarn historique » se forme progressivement aux et avec l'ajout de divers territoires au « Béarn primitif ». Le Béarn garde ses frontières intactes jusqu'à la Révolution. Les communes d'Esquiule et de Lichos forment deux cas particuliers, Esquiule étant une commune de culture basque. située en Béarn et Lichos une commune de culture béarnaise. en Soule. Les communes souletines de Montory et Osserain-Rivareyte sont aussi considérées comme étant béarnophones.. À la Révolution, environ vingt communes gasconnes sont intégrées au département nouvellement créé des Basses-Pyrénées. Toutes ces communes étant aujourd'hui liées à des cantons et à des intercommunalités béarnaises, elles sont donc intégrées aux frontières du « Béarn moderne », l'utilisation du terme béarnais pouvant donc s'appliquer à ces nouvelles zones. La pratique du béarnais dans un cadre institutionnel permet la formation d'une scripta béarnaise, celle-ci est utilisée à l'extérieur du Béarn du au , dans des territoires gascons (Bigorre et parfois Comminges) et basques (Soule, Basse-Navarre et Guipuscoa).
Variations locales vignette|droite|alt=Carte en couleurs avec plusieurs zones colorées et des noms de communes.|Plaque commémorant les siffleurs d'Aas. En l'état actuel des travaux des linguistes, plusieurs parlers béarnais peuvent être individualisés. Le parler du nord-nord-ouest (Garlin, Arthez-de-Béarn, Orthez, Salies-de-Béarn, Sauveterre-de-Béarn), qui se distingue des autres parlers béarnais par la prononciation du -'a' atone final, mais aussi du -e atone final, ce qui en fait une zone de transition vers le parler noir. Le parler central, ou « palois », se distingue par la désinence en -in de la troisième personne du pluriel des verbes du deuxième et du troisième groupe, le parler oloronais a, lui, la particularité d'employer une forme i (« et ») là où les autres parlers emploient e. L'aspois-barétounais représente le parler le plus original, il est classifié comme gascon pyrénéen, tandis que l'ossalois est le seul parler pyrénéen à employer dans presque toutes les communes l'article lo/lou, la. Enfin, un parler du nord-est (Vic-Bilh et Montanerés) réalise une forme d'aspiration devant la consonne, ce parler emploie la forme endà (« pour », ailleurs entà) et prononce le v intervocalique : aver/abé (« avoir ») prononcé contre ailleurs dans le Béarn.
Lo siular d'Aas Le village ossalois d'Aas est connu pour sa pratique ancestrale du Siular d'Aas, le béarnais en langage sifflé., un exercice enseigné à l'université de Pau et des pays de l'Adour..
Histoire === Romanisation de lAquitania === vignette|gauche|alt=Carte géographique en couleurs.|Aire linguistique du proto-basque au . Au , la République romaine remporte la Guerre des Gaules et assure ainsi son expansion territoriale. Dans ses Commentarii de Bello Gallico, Jules César décrit le fleuve Garonne comme une frontière entre le peuple des Aquitains et des Gaulois : . (« Ils se différencient en tout : langue, institutions et lois… Le fleuve Garonne sépare les Gaulois des Aquitains. »). Le géographe grec Strabon approuve : Le peuple des Aquitains parle alors l'aquitain, une forme de proto-basque non celtique et pré-indo-européen.. Avec la conquête romaine, le territoire aquitain se romanise progressivement et sa langue évolue au contact du latin vulgaire. À la suite des grandes invasions, le contrôle romain de la région cesse, le territoire aquitain change plusieurs fois de main, entre Wisigoths, Francs puis Vascons à la fin du . C'est durant ce même qu'apparaît un nouvel idiome qui prend la forme d'un proto-gascon (ou proto-aquitano-roman).. Le gascon n'apparaît réellement qu'autour du ou , au rythme de la christianisation de l'''Aquitania.
Langue institutionnelle d'un pays souverain vignette|droite|upright|alt=Illustration en couleurs d'un homme enseignant à des élèves.|Fébus fait du Béarn une principauté souveraine.