José Antônio Maria Ibiapina (Sobral, 1806 — Solânea, 1883) était un prêtre catholique brésilien"Livro do Ano 1996", . Encyclopaedia Britannica do Brasil Publicações Ltda. São Paulo (1994)..

Détenteur d’une licence en droit, il enseigna d’abord à la faculté de droit d'Olinda, fut nommé juge dans son Ceará natal, puis élu député pour sa province à l’assemblée de Rio de Janeiro. Dépité par la vie publique, il préféra se vouer au métier d’avocat à Recife, mais renonça là aussi, après plusieurs années, à la suite d’un échec. Ce n’est finalement qu’à l’âge de 47 ans qu’il se sentit une vocation sacerdotale, et qu’il fut ordonné prêtre. En 1856, alors qu'il était grand vicaire de l’évêché d’Olinda, il se démit de sa fonction pour se vouer à la prédication itinérante et à l’action missionnaire dans les arrière-pays semi-arides (sertões) du Nordeste brésilien, alors délaissés par l’Église catholique. À ce titre, il parcourut, durant les 30 années qui suivirent, les campagnes du Ceará, du Pernambouc, du Piauí, du Rio Grande do Norte et de la Paraïba, organisant des missions populaires d’environ deux semaines, au cours desquelles il s’appliqua également à faire construire par ses fidèles un grand nombre d’églises, de cimetières, d’hôpitaux (en l’absence d’hôpitaux publics), de retenues d’eau, ainsi qu’un total de 22 maisons de charitéChiffré donné par Hans-Jürgen Prien, Die Geschichte des Christentums in Lateinamerika, éd. Vandenhoeck + Ruprecht Gm, Göttingen 1978 (rééd. 1992, même maison d’édition), à la de la version anglaise Christianity in Latin America (Revised and Expanded Edition) parue chez Brill, Leyde/Boston 2013., destinées en particulier à accueillir et à pourvoir d’une instruction les enfants pauvres et les orphelins, et fonctionnant sur un principe d’égalité et de démocratie, de sorte qu’il a pu être postulé que l’œuvre d’Ibiapina, qui sera du reste peu soutenu par sa hiérarchie, fut une préfiguration de la théologie de la libération. Il semble établi que sa figure inspira Antônio Conselheiro.

Biographie Jeunes années et formation José Antônio Pereira Ibiapina, troisième enfant du couple Francisco Miguel Pereira et Tereza Maria de Jesus, naquit le à São Pedro de Ibiapina, ville située dans le nord-ouest de la province du Ceará, dans la région de Sobral. Le nom Ibiapina ajouté à son patronyme et à celui des membres ultérieurs de la fratrie était un hommage de son père à la bourgade qui l’avait accueilli dans les premières années de son mariageE. Diatahy B. de Menezes, Padre Ibiapina: figura matricial…, ..

Il vécut une partie de son enfance à Icó, petite ville dans le sud-est de la province, où le père avait été nommé greffier et où ses parents s’en furent donc s’installer, et y restera jusqu’en 1819, année où il alla vivre à Crato, dans l’extrême sud de la province, pour y résider jusqu’en 1823. À partir de 1820, Ibiapina se rendit à Jardim, bourgade située à proximité, où il suivit des cours de latin. En 1823, il accompagna ses parents lorsque ceux-ci déménagèrent pour la capitale provinciale Fortaleza. Peu après cependant, il sera envoyé à Olinda, dans la province du Pernambouc, pour entrer au séminaire, et se destiner ensuite au sacerdoce. Toutefois, Ibiapina, embarrassé par l’atmosphère rationaliste et révolutionnaire du séminaire d’Olinda, décida de s’en éloigner et d’aller vivre au couvent Madre de Deus, régi par les pères oratoriens, dans la ville de Recife proche.

Entre-temps, le père d’Ibiapina, s’il avait été opposé à la Révolution pernamboucaine de 1817 et avait même prêté son concours à la réaction engagée par José Pereira Filgueiras, avait à présent ardemment embrassé la révolution républicaine et séparatiste de 1824 dite Confédération de l'Équateur, adoptant à son tour, par nationalisme, le nom d’Ibiapina déjà donné par lui à ses enfants. La révolte écrasée, il fut fait prisonnier, passa en jugement et sera fusillé en 1825, conjointement avec le père Mororó. Le frère aîné d’Ibiapina, Raymundo Alexandre, qui avait également pris part à la révolution, fut frappé de proscription à perpétuité dans le préside (fort) de l’archipel Fernando de Noronha, où il mourra tragiquementE. Diatahy B. de Menezes, Padre Ibiapina: figura matricial…, ..

Ibiapina quitta alors le couvent des oratoriens et s’en retourna dans le Ceará afin de prendre soin de ses frères cadets, compte tenu qu’entre-temps la mère était morte en couches. Cependant, José Martiniano Pereira de Alencar, révolutionnaire de 1817, que le père d’Ibiapina avait combattu, se porta au secours de la famille, grâce à quoi Ibiapina put quelque temps après revenir à Recife avec ses frères, et y reprendre ses études au séminaire d’Olinda, qui avait encore ses quartiers dans le couvent des bénédictins (ou monastère Saint-Benoît, en port. mosteiro de São Bento).

Carrière universitaire

vignette|290px|Le couvent des bénédictins à Olinda (aujourd’hui dans la banlieue nord de Recife), qui hébergea l’école de droit d'Olinda pendant près de 25 ans. Ibiapina y fit ses études, avant d'y enseigner le droit naturel durant quelques mois. Après la fondation de l’école de droit d’Olinda en , Ibiapina résolut de s’y inscrire et acheva ses études avec la première promotion de licenciés en sciences sociales et juridiques sortis diplômés d’Olinda, en 1832. L’année suivante, ayant été nommé chargé de cours dans la même faculté, il prêta serment le et commença à enseigner le droit naturel ; il aura pour étudiant, entre autres, Zacarias de Góis e Vasconcelos et João Maurício Wanderley, futur baron de Cotegipe.

En plein exercice de ce professorat, il reçut l’avis qu’il avait été élu député général (c’est-à-dire national) pour sa province natale du Ceará, ayant en effet obtenu le plus grand nombre de voix en vue de la législature de 1834-1837 ; c’était l’époque du gouvernement de , sous la Régence, quand les libéraux modérés, auxquels Ibiapina s’était joint dans sa province, dominaient à la suite de l’abdication de Pierre , le . À la fin de cette même année encore, il sera nommé, par Lettre impériale du , juge dans l’arrondissement judiciaire récemment créé de Campo Maior (autour de la ville de Quixeramobim, dans le centre de la province du Ceará). Il sollicita alors sa démission, ce qui lui fut accordé par décret de la Régence du .

Il connut ensuite une désillusion sentimentale, lorsque, revenu dans sa province d’origine dans l’intention d’épouser sa fiancée Carolina Clarence de Alencar, fille de Tristão Gonçalves de Alencar Araripe, le chef confédéré de 1824, il dut constater que sa promise s’était enfuie pour se marier avec un sien cousin. Ibiapina résolut de voyager sur-le-champ, plus tôt que prévu, pour Rio de Janeiro afin d’y assumer le rôle de député de la de l’Assemblée générale de l’Empire, dont les travaux ne commenceront que le .

Carrière dans la magistrature et activité politique

Clôturée la session législative de l’année 1834, Ibiapina retourna dans le Ceará remplir pour une durée de trois mois (de fin 1834 à , c’est-à-dire un an après sa nomination) la charge de juge d’arrondissement de Quixeramobim. Après sa visite au père Martiniano de Alencar, alors président de province, Ibiapina sera désigné pour remplir également la fonction de chef de la police dans la même circonscription. L’arrondissement (comarque) de Quixeramobim s’étendait sur une grande partie du territoire de la provinceE. Diatahy B. de Menezes, Padre Ibiapina: figura matricial…, ..

Sa probité dans l’exercice de ses fonctions le mettra bientôt en conflit avec l’exécutif provincial et avec les potentats locaux. Il regagna cependant la capitale, et ce n’est qu’à la fin de la session législative de 1835 qu’il se démettra de toute fonction dans la magistrature. Au cours de cette deuxième année de son mandat de député, il présenta un projet tendant à réduire la masse monétaire en circulation à l’effet de restabiliser l’économie, et allait adopter progressivement une attitude d’opposition. Son action remarquée au parlement, où il œuvra aussi en faveur des pauvres, lui valut d’être pressenti pour la présidence d’une province ou pour le portefeuille ministériel de la Justice, toutefois, déçu par la vie publique, Ibiapina déclina toutes ces offresE. Diatahy B. de Menezes, Padre Ibiapina: figura matricial…, ..

Années d’avocat

Son mandat de député arrivé à son terme, sa carrière de magistrat abandonnée, et frustrés ses projets de mariage, Ibiapina s’en alla vivre à Recife, où il résolut de se vouer désormais à la fonction d’avocat ; tenant office Praça do Carmo, il plaida aussi bien dans la capitale de province que dans l’intérieur du Pernambouc. Auparavant déjà, il s’était illustré comme avocat pendant deux ans dans la Paraïba, et y jouissait d’un grand prestige et d’une grande popularité, en particulier à la suite de sa célèbre plaidoirie dans un retentissante affaire de crime passionnel, plaidoirie qui fut largement diffusée et commentée dans les journaux et revues de l’époqueUn poème de cordel, composé par le poète João Melquíades Ferreita da Silva, et reproduit en appendice de l’article de B. de Menezes, relate cet événement, nombre d’années plus tard, tel qu'il avait été consigné dans la mémoire populaire.. Il poursuivit son activité professionnelle à Recife tout au long de la décennie 1840, ce qui lui permit de consolider sa réputation intellectuelle et morale. En 1850 cependant, il perdit un procès ; après avoir restitué ses honoraires à son client et s’être dessaisi de sa bibliothèque de droit, il renonça au métier d’avocatE. Diatahy B. de Menezes, Padre Ibiapina: figura matricial…, ..

Prêtrise

Il mena ensuite une vie retirée dans une maison de campagne de sa propriété, jusqu’à ce que, en 1853, à l’âge de 47 ans, il se déterminât pour le sacerdoce. Le , il exposa donc à l’évêque d’Olinda, monseigneur João Perdigão, son désir d’être ordonné prêtre, à une condition toutefois : qu’il n’eût pas à se soumettre à des examens. L’évêque repoussa tout d’abord la proposition, mais une semaine plus tard, grâce à l’intercession d’amis, Ibiapina fut autorisé à prendre les ordres mineurs, et le lendemain était déjà fait sous-diacre, le tout se déroulant en cérémonie privée. Le dimanche , il se vit conférer le presbytérat, et put célébrer sa première messe le 29, à l’église Madre de Deus. Il modifia alors son nom civil, en troquant son patronyme Pereira pour le nom de Maria, et se faisant appeler dorénavant Padre José Antônio de Maria Ibiapina.

L’évêque le nomma Vicaire général de l’évêché et professeur d’éloquence sacrée au séminaire d’Olinda. Cependant, Ibiapina, qui n’attachait guère de prix à ces titres et fonctions, préféra bientôt y renoncer pour se consacrer tout entier au projet missionnaire qu’il nourrissait et qui consisterait à parcourir les campagnes, à y prêcher et enseigner, mais aussi à aider concrètement les populations délaissées des sertões nordestins.

Pérégrinations et prédication

vignette|265px|Le Nordeste brésilien, composé de ses neuf provinces (qui deviendront des États fédérés après la proclamation de la république). Les cinq provinces parcourues par Ibiapina sont le Pernambouc (de forme oblongue et sinueuse, en gris bleu sur la carte, portant le ), la Paraïba (en jaune, ), le Ceará (en vert, ), le Rio Grande do Norte (en gris sombre, ) et le Piauí (en rouge, ).