Maruja MalloDans l’hypocoristique Maruja (qui n’est pas un prénom à part entière), le j se prononce comme la jota espagnole (semblable au ch allemand de Bach), et le u comme un ou. Le l double de Mallo est un l palatal, mais sera prononcé par beaucoup d’hispanophones comme la semi-voyelle y ; prononcer Mallo comme le mot français maillot apparaît donc acceptable, à condition toutefois d’avoir soin de placer l’accent tonique sur la syllabe. API : [ma'ruxa 'maʎo]. (à l’état civil Ana María Gómez González, Viveiro, province de Lugo, 1902 - Madrid, 1995) est une peintre, dessinatrice, illustratrice et enseignante espagnole.

Les jeunes années de Maruja Mallo furent marquées par son appartenance à une famille nombreuse et par les continuels changements de résidence de la famille, circonstances contribuant à forger son caractère indépendant, sociable et universel. Elle suivit une formation artistique, d’abord à Avilés, dans les Asturies, puis à Madrid, où elle entra en contact avec les artistes, écrivains et cinéastes d’avant-garde de la Génération dite de 27 (Dalí, Buñuel, García Lorca, entre autres). Ayant bientôt rejoint les rangs de ce mouvement (et aussi de sa section féminine, Las Sinsombrero), elle joua un important rôle catalyseur au sein de l’avant-garde espagnole.. Dans la décennie 1920, elle collabora comme illustratrice à de nombreuses publications littéraires, dont notamment Revista de Occidente, que dirigeait Ortega y Gasset ; celui-ci organisa pour elle en 1928, dans les salons de la revue, sa première véritable exposition, intitulée Verbenas y Estampas, série de tableaux relevant du réalisme magique théorisé par Franz Roh. Lors d’un séjour à Paris en 1932, elle fréquenta le groupe surréaliste et exposa une collection de tableaux intitulée Cloacas y Campanarios, qui impressionna Breton. De retour en Espagne, elle assuma, parallèlement à son travail artistique, des fonctions d’enseignante, et s’engagea aux côtés de la jeune République espagnole, en particulier dans les Missions pédagogiques, ce qui la ramena dans sa Galice natale. À l’éclatement de la Guerre civile, elle s’enfuit au Portugal, où elle fut recueillie par son amie Gabriela Mistral, puis s’embarqua vers Buenos Aires pour un exil de 25 ans. En Argentine, elle s’intégra dans le milieu intellectuel local, par des expositions, des conférences et des contributions comme illustratrice. Tandis qu’elle voyageait beaucoup et que des expositions de ses œuvres se succédaient à Paris, au Brésil et à New York, son art évolua du constructivisme (qui déjà en Espagne avait fait suite à sa période surréaliste), avec ses ordonnances géométriques, vers une peinture plus colorée et plus lumineuse, sous l’emprise d’un plus grand engagement social et du besoin de mettre l’être humain au centre de l’inspiration. Toujours en Argentine, elle aida à réaliser la scénographie de quelques pièces d’Alfonso Reyes et exécuta une commande de peinture murale dans un cinéma (démoli depuis lors) de Buenos Aires. Elle quitta définitivement l’Amérique en 1965 et, ayant élu domicile à Madrid, tenta d’y reconstruire une notoriété.

La carrière artistique de Maruja Mallo s’est déployée en plusieurs étapes, incarnée chacune par une série d’œuvres ou par une exposition, et sous-tendue par une doctrine. On distingue ainsi principalement : la période du réalisme magique (exposition Verbenas y Estampas de 1928, tableaux foisonnants et rutilants, composition sur le mode du collage, avec des pointes de satire sociale) ; sa période surréaliste (série Cloacas y Campanarios de 1932, objet d’une exposition à Paris, caractérisée par son monochromatisme, une esthétique du sordide et de la marginalité, décors de banlieue) ; sa période constructiviste (série Architectures minérales et végétales, début des années 1930, abstractions à partir d’éléments naturels visant à appréhender l’ordre géométrique interne de la nature, palette restreinte, période se prolongeant par la série Constructions rurales, 1933, clichés architectoniques de fruits et fossiles, au caractère constructiviste marqué) ; et un retour au figuratif (fin de la décennie 1930, séries La religión del trabajo et Cabezas de mujer, se focalisant à nouveau sur la figure humaine, en l’espèce les travailleurs de la mer et de la terre ou épures de visages de femme, se signalant par leur intensité poétique et un registre épique, marquant un certain retour au réalisme magique, mais maintien de la composition rigoureuse selon des principes constructivistes et classiques, ordonnances harmoniques et configuration symétrique, créant une impression héraldique). À signaler enfin une période dite cosmique après son retour en Espagne dans les années 1960.

Biographie

Jeunes années

Maruja Mallo était la quatrième enfant de la fratrie de quatorze enfants qu’eurent les époux Gómez-González. Le père, Justo Gómez Mallo, fonctionnaire des douanes, était d’origine madrilène, et la mère, María del Pilar González Lorenzo, était d’ascendance galicienne. Maruja, de même que son frère cadet, le sculpteur Cristino Mallo (né à Tuy en 1905), utilisera comme nom d'artiste le deuxième patronyme paternel.

Aussi l’enfance de Maruja Mallo fut-elle marquée par son appartenance à une famille nombreuse et par les continuels changements de résidence au gré des mutations du père. Il est probable que ces circonstances aient contribué à déterminer son caractère indépendant, sociable et universel.. Cependant, après la naissance du frère Cristino, la famille s’établit durablement à Avilés, dans les Asturies, de 1913 à 1922. C’est là qu’elle commença à manifester ses dons artistiques en copiant des illustrations et des gravures dans les principales revues de l’époque, ce qui finit par attirer l’attention de son père. Celui-ci, voulant lui donner une formation artistique, la fit inscrire à l’École des arts et métiers d’Avilés, en même temps qu’il lui payait des cours particuliers. C’est aussi dans cette ville qu’eut lieu sa première apparition en public, à la Exposition d’art avilésien, avec quatorze œuvres de sa main.. Elle se lia d’amitié avec le peintre avilésien Luis Bayón, lequel s’inscrira plusieurs années plus tard à l’Académie royale des beaux-arts Saint-Ferdinand à Madrid, avant de quitter l’Espagne à destination de Paris.

En 1922, à l’âge de vingt ans, et à l’occasion d’un nouveau déménagement de la famille, cette fois vers Madrid, Maruja Mallo s’inscrivit elle aussi à l’académie San Fernando (comme le fera à son tour son frère Cristino à partir de 1923), où elle poursuivit ses études jusqu’en 1926, tout en fréquentant également, de 1924 à 1926, en compagnie de Salvador Dalí et de José Moreno Villa, les cours de dessin à l’Académie libre de Julio Moisés — à noter du reste qu’elle fut la seule femme à réussir en 1922 le sévère examen d’entrée à l’académie San Fernando, institution très majoritairement masculine. Dans la capitale espagnole, son frère Justo, chimiste de profession, l’introduisit dans les cercles de jeunes étudiants et intellectuels qui se réunissaient au Gran Café de Oriente, où il lui sera donné d’être la commensale de Rafael Barradas et de Salvador Dalí. Par leur intermédiaire, elle entra en contact avec les artistes, écrivains et cinéastes de la Génération de 27, notamment José Bergamín, Alberto Sánchez, Benjamín Palencia, Francisco Bores, Luis Felipe Vivanco, Concha Méndez, Ernesto Giménez Caballero, Gregorio Prieto, Federico García Lorca, Margarita Manso, Luis Buñuel, María Zambrano et l’écrivain Rafael Alberti, avec qui elle eut une liaison, qui dura jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre de María Teresa León. Maruja Mallo rejoignit ce mouvement, plus spécialement le groupe féminin de la Génération de 27 connu sous le nom de Las Sinsombrero (littér. les Sans-chapeauMaruja Mallo raconta dans un entretien : « Tout le monde portait un chapeau, c’était quelque chose comme un marqueur de différence sociale. Mais, un beau jour, il nous prit, à Federico, à Dalí, à Margarita Manso, étudiante elle aussi, et à moi, d’enlever notre chapeau, et quand nous avons traversé la Puerta du Sol, ils nous jetaient des pierres, en nous traitant de tous les noms, comme si nous avions fait une découverte, comme Copernic ou Galilée. C’est pour cela qu’ils nous insultaient, parce qu’ils pensaient que se dépouiller de son chapeau était comme une manifestation qui ne convenait pas à notre sexe. » (cité par Ana María Pérez Martín, dans Maruja Mallo, pintora de la vanguardia española, communication lors du Congrès virtuel sur l’histoire des femmes).), où elle lia amitié en particulier avec Concha Méndez et Josefina Carabias. Dalí la qualifiera de « mi ange, mi crustacé »..

En , la députation provinciale de Lugo lui accorda une bourse d’études de peinture, qui sera rehaussée dans les années suivantes. En 1927, elle passa une saison à Tenerife, où elle peignit quelques-uns de ses premiers tableaux conservés, comme La Femme à la chèvre (La mujer de la cabra), œuvre représentative de cette période, et où sont évoqués le ciel et la lumière des îles Canaries.

Débuts dans la carrière artistique et premières expositions

À l’été 1927, son frère Cristino et elle eurent une exposition à la Feria de Muestras de Gijón, la première en date de Maruja Mallo, où elle exposa une série de peintures à l’huile ainsi qu’un ensemble d’estampes aux thèmes variés (Verbenas, El mago, Elementos de deporte, La isleña, soit : Fêtes nocturnes, le Mage, Éléments de sport et la Canarienne), que l’on peut considérer comme une répétition générale de l’exposition de l’année suivante à Madrid.

vignette|redresse|Portrait de Maruja Mallo publié dans la revue La Gaceta Literaria en 1928. En 1927, année où décéda sa mère, Maruja Mallo s’investit activement dans la première école de Vallecas, mouvement plastico-poétique animé par le sculpteur Alberto Sánchez Pérez et le peintre Benjamín Palencia., école qui fut avant tout un style et une attitude, dont l’objectif était de concilier avant-garde et identité espagnole.

Dans la décennie 1920, elle collabora à de nombreuses publications littéraires, dont notamment Revista de Occidente, La Gaceta Literaria, Almanaque Literario, Meseta, Silbo, Alfar, la revue cubaine Avance etc., et réalisa le frontispice de plusieurs livres.

José Ortega y Gasset, qui connaissait ses tableaux, organisa pour elle en 1928, dans les salons de la revue Revista de Occidente, sa première véritable exposition, intitulée Verbenas y Estampas, qui connut un grand succès et devint un événement culturel à Madrid. Y étaient exposées dix peintures à l’huile représentant des villages inondés de soleil, des toreros et des manolas (femmes du peuple en tenue traditionnelle), ainsi que des estampes en couleur figurant des machines, des événements sportifs et des cinémas du début du siècle. À cette époque, la peinture de Maruja Mallo suivait la ligne de la Nouvelle Objectivité ou du réalisme magique, tel que théorisés par Franz Roh dans un livre de même titre paru en 1925.