Jean de Riquer, né le à Oloron-Sainte-Marie où il est mort le Relevé des fichiers de l'Insee., est un artiste peintre et graveur français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il crée un groupe de Résistance à Oloron. Il est déporté au camp de concentration de Dachau. Après la guerre, il participe à diverses explorations, notamment au Groenland en tant que membre des Expéditions polaires françaises - Missions Paul-Emile Victor.
Origines familiales : noblesse espagnole et monde des arts Son père, Alexandre de Riquer (1856-1920), de Casa DávalosEn tant que fils de comte, Jean de Riquer (Juan de Riquer y Laborde, selon la tradition espagnole) portait le titre de vicomte. C’est le petit-fils d’Alexandre de Riquer (fils d’Emilio, l’aîné de la fratrie issue de son premier mariage avec Dolores Palau González de Quijano), qui deviendra le : Martí de Riquer (1914-2013), écrivain et philologue espagnol, fait Grand d'Espagne en 2005 par le roi Juan Carlos ., est une figure de proue de l’art nouveau et du modernisme catalan.
Sa mère, Marguerite LabordeVoir le portrait de Marguerite Laborde peint par Alexandre de Riquer en 1911, année de leur mariage. Leur fils Jean de Riquer en fit don en 1972 au Musée national d'art de Catalogne. (1880-1973), originaire d’Oloron-Sainte-Marie, est une femme de lettres, connue sous le nom de plume « Andrée Béarn »..
C’est en 1910, grâce au bibliophile Octave Uzanne (ami de sa sœur Augusta), que Marguerite Laborde rencontre Alexandre de Riquer. Veuf depuis 1899, celui-ci se remarie en 1911 avec Marguerite, qui s’installe avec lui à Barcelone. En 1912 et 1913, le couple séjourne en Béarn. En 1914, en raison de la mésentente entre Marguerite et Emilia (fille issue du premier mariage d’Alexandre), le couple se sépare.. Avec son fils Jean (né le ), Marguerite retourne vivre dans la maison familiale du quartier médiéval Sainte-Croix, à Oloron. Elle y retrouve ses deux sœurs : Augusta qui tient boutique et Marie qui est sage-femme. Toutes deux entretiendront des relations quasiment maternelles avec leur neveu Jean. Alexandre se retire en 1917 à Majorque où il meurt en 1920., après s’être réconcilié avec son épouse qui l’y a rejoint.
Peintre et graveur Secrétaire de mairie de la ville d’Oloron-Sainte-Marie où il a la responsabilité de l’état civil, Jean de Riquer est avant tout un artiste autodidacte, peintre et graveur en taille-douceEn juillet-août 2015, des gravures de Jean de Riquer furent présentées à Oloron-Sainte-Marie dans le cadre de l’exposition « Oloron, voyage dans le temps » organisée par Maylis Laborde (cf. vidéo de présentation de l’exposition, sur YouTube)..
Avec son ami André LombardVoir la fiche biographique de André Lombard, résistant mort fusillé le 15 août 1944, mise en ligne par la mairie d’Oloron-Sainte-Marie à l’occasion de l’inauguration de la salle Lombard, le 13 septembre 2014 ( lire en ligne), Ville d'Oloron Sainte Marie, octobre 2014., il crée le Cercle artistique oloronais et organise des expositions dans la salle des fêtes du Grand hôtel de la Poste, auxquelles participent le peintre palois René-Marie Castaing (1896-1943, Grand prix de Rome 1924), les sculpteurs Ernest Gabard (1879-1957) et Viatcheslav Garine (1891-1957), le dessinateur, peintre et caricaturiste Paul Mirat (1885-1966), le peintre expressionniste de l’École de Paris Rodolphe Caillaux (1904-1989) et le peintre Léon Heymann (ces deux derniers étant des Parisiens repliés en Béarn en 1940). De larges extraits de ce livre furent publiés sur Internet par son fils Xavier de Riquer..
Exposant temporaire, puis membre associé de la Société des artistes méridionaux (sise à Toulouse) entre 1937 et 1951, Jean de Riquer participe aux expositions organisées par cette sociétéVoir les catalogues des expositions de la Société des artistes méridionaux (Toulouse) de 1937, 1938, 1939, 1941, 1942 et 1948..
Après avoir publié Images d’Oloron en 1948, il publie en 1957Commentaires dans la revue Pyrénées en 1957 (lire en ligne) et n° 33 en 1958 (lire en ligne)., accompagnées d’un texte de Raymond Ritter, 15 gravures en taille-douce sur cuivre dans l’ouvrage Charmes et merveilles de la SouleLéon Bérard, de l’Académie française (préface), Raymond Ritter (texte) et Jean de Riquer (15 planches), Charmes et merveilles de la Soule, tiré en 500 exemplaires numérotés, Pau, 1957. préfacé par Léon Bérard.
En 1973, cinq estampes de Jean de Riquer sont présentées par la Bibliothèque nationale lors de l’exposition intitulée L’estampe contemporaine à la Bibliothèque nationaleFrançoise Woimant, Bibliothèque nationale, L’estampe contemporaine à la Bibliothèque nationale : Paris, 25 octobre - 9 décembre 1973, 171 pages , Paris, Bibliothèque nationale, p. 148 (lire en ligne sur Gallica)..
Soutien des républicains pendant la guerre d’Espagne En , lors d’une brève visite à Oloron, sa ville natale, François Mazou (combattant des Brigades internationales) y reçoit un accueil enthousiaste, dans une atmosphère de Front populaire. Dans ses souvenirs, il note que Jean de Riquer avait peint les grandes oriflammes qui décoraient la façade du bâtiment servant de siège aux activistesFrançois Mazou, Mémoire collective, ..
Mobilisé pendant la « drôle de guerre » Le , Jean de Riquer est mobilisé comme sergent dans un bataillon de chasseurs des Pyrénées.
En tant que sous-officier de la Armée (à laquelle est rattaché son bataillon) et combattant ayant pris part aux opérations du 5 au , resté en armes dans son unité, il se voit décerner la croix de guerre, sur décision du général Aubert Frère, qui commande alors l’une des rares unités à n’avoir pas capitulé en rase campagneDans son ordre du jour du 24 juin 1940, le général Aubert Frère écrit : « Soldats de la Armée, conservez le cœur fier et la tête haute : vous n’avez pas connu la défaite. ».
Démobilisé après la débâcle de mai-juin 1940, il reprend ses fonctions à la mairie à Oloron.
Résistant pendant la seconde guerre mondiale Fondateur d’un groupe de résistance à Oloron Avec quelques amis sûrs, Jean de Riquer prend l’initiative d’aider des fugitifs (juifs, résistants, réfractaires au Service du travail obligatoire, prisonniers évadés, proscrits en tous genres…) à se cacher et à passer en Espagne, généralement vers la vallée de Roncal, en NavarreClaude Laharie, Les passages vers l’Espagne, 2015. Texte sur le site web de l’association « Les Basses-Pyrénées dans la seconde guerre mondiale » (lire en ligne)..
Ses fonctions administratives lui permettent de truquer les registres et de fabriquer divers laissez-passer, fausses cartes d’alimentation et fausses pièces d’identité (en particulier pour des Juifs souhaitant franciser leur patronyme).
Ses activités artistiques lui servent de couverture : les responsables nazis locaux sont friands des expositions qu’il organise dans le cadre du Cercle artistique oloronais.
Le groupe « De Riquer », créé au cours du deuxième semestre 1942, sera reconnu au titre de la résistance intérieure française et homologué au Journal officiel de la République française dans la catégorie des « Groupes divers »Journal officiel de la République française du 19 juin 1947, p. 5692 (lire en ligne)..
Chef local de l’Armée secrète Contacté par Jean Bonnemason (son ancien capitaine des chasseurs des Pyrénées), Jean de Riquer accepte d’organiser la Résistance dans l’arrondissement d’Oloron, sous l’autorité de chefs résidant à Pau et engagés dans le mouvement Combat, l’une des composantes de l’Armée secrète, de tendance gaulliste : Honoré Baradat (pseudonyme : Achille), Ambroise Bordelongue (pseudonyme : Michel) et Paul Boudoube (pseudonyme : Ramena)Voir les fiches biographiques respectives de Honoré Baradat (lire en ligne), Ambroise Bordelongue (lire en ligne) et Paul Boudoube (lire en ligne) sur le site web de l’association « Les Basses-Pyrénées dans la Seconde Guerre mondiale »..
Il reçoit la liste des « contacts » qu’il peut joindre en toute confiance à Pau, à Oloron et dans la vallée d'Aspe. Sa première tâche consiste à recruter des agents en groupes de six bien cloisonnés entre eux. Ses missions : établissement de faux papiers, passages et renseignement. Il contribue aussi au ravitaillement du maquis de républicains espagnols et du maquis de réfractaires, animé par des Francs-tireurs et partisans (FTP) d’inspiration communiste.
C’est ainsi que Jean de Riquer devient l’un des responsables locaux de l’Armée secrète, sous le pseudonyme d’Alexandre, prénom de son défunt père.
Chef militaire de la compagnie d’Oloron Lors de la constitution des unités militaires, Jean de Riquer devient le chef de la compagnie d’Oloron, rattachée au secteur 3 dit « secteur de la vallée d’Aspe ». Au début de 1944, cette compagnie comprendra 112 membres, dont 12 officiers et 15 sous-officiers.
Ne parvenant pas à obtenir des armes par le canal de l’Armée Secrète, il prend contact, par le truchement de Christian de Roquemaurel (membre de l’Armée Nouvelle, organisation liée à l'Organisation de résistance de l'Armée, de tendance giraudiste, du nom du général Henri Giraud), avec Jacques Galtier d’Auriac, Oloronais membre de cette organisation, qui accepte d’être placé sous son commandement.
La compagnie d’Oloron opère des sabotages (notamment sur des lignes à haute tension et des voies ferrées), prépare des terrains d’atterrissage et réceptionne des parachutages.
Ainsi, le , un comité de réception (composé de Jean de Riquer et de 18 camarades parmi lesquels Jean Bonnemason et Jacques Galtier d’Auriac) récupère une douzaine de conteneurs (armement, postes émetteurs, espèces, cigarettes…) parachutés au Faget, non loin d’Oloron. Le matériel est provisoirement entreposé dans une grange. Au terme de nombreuses navettes nocturnes, il est transporté et déposé dans les combles de la mairie, au-dessus de la salle du Conseil municipal.
Grâce à ses nouveaux contacts avec l’Armée Nouvelle, Jean de Riquer obtient pour lui-même un poste émetteur-récepteur, des jumelles, des armes, de fausses cartes nationales d’identité (document récemment créé par le régime de Philippe Pétain) et de l’argent à verser aux familles cachant des réfractaires.
À la demande d’Honoré Baradat, chef départemental de l’organisation Noyautage des administrations publiques (NAP), il propose, en vue de la Libération, le futur sous-préfet, des futurs conseillers généraux, municipaux et des députés.
Fin , Raoul Prat (commandant du secteur 3) lui apprend qu’il est démis de ses fonctions de chef de la compagnie d’Oloron, le général de Gaulle souhaitant empêcher les giraudistes d’occuper un poste-clé lors de la Libération.
La figure du résistant Jean de Riquer est évoquée dans un roman historique de Pierre DayadPierre Dayad, Le destin et son écho, Atramenta, Tampere, Finlande, 2015, 270 pages (lire en ligne)..
Arrêté par la Gestapo et déporté à Dachau Le , Jean de Riquer est arrêté à Pau par la Gestapo, interrogé les et par Heinrich Sasse à la villa Briol (siège de la Gestapo à Oloron), de nouveau « interrogé » à la villa Saint-Albert (siège de la Gestapo à Pau), puis transféré au fort du Hâ (ou château du Hâ) à Bordeaux. Le , il est embarqué dans un train vers le camp de concentration de Dachau où il arrive le . Il y est enregistré sous le matricule 78357Livre mémorial (lire en ligne) de la fondation pour la mémoire de la Déportation.. Il est affecté aux Kommandos d’Allach, puis de Kaufbeuren et, à nouveau, d’Allach, où il travaille pour les usines Bayerische Motoren Werke (BMW).