Le Frison (frison occidental : ; ) est une race de chevaux de selle et de chevaux carrossiers originaire de la Frise, une province des Pays-Bas dont il tire son nom. Il porte toujours une robe noire, d'où son surnom, « la perle noire ». Bien que des origines anciennes lui soient souvent prêtées, ce cheval de prestige est réellement défini lors de la constitution de son registre généalogique sous l'impulsion de l'aristocratie frisonne en 1879, dans le contexte d'une affirmation d'identité régionale. Il est ensuite menacé de disparition, en raison de l'engouement pour le cheval de trait lourd à la fin du . Il retrouve la popularité à la fin du , au point que le cheptel d'environ en 2012 a été diffusé vers une cinquantaine de pays.
En plus de sa robe noire, le Frison se caractérise par son modèle baroque, influencé par les chevaux ibériques. Tous les Frison actuels descendent d'un nombre particulièrement réduit d'étalons fondateurs, ce qui a engendré une importante consanguinité, et donc des maladies génétiques associées. Le Frison est désormais utilisé à l'attelage et sous la selle notamment en dressage ; il est très apprécié pour le spectacle et le cinéma grâce à sa grande élégance, sa robe unie et son port de tête relevé. Symbole national dans son pays d'origine, le Frison a acquis une importance culturelle de premier plan dans les pays occidentaux, comme en témoigne entre autres Zingaro, l'étalon fétiche de Bartabas.
Dénomination Le nom du Frison en frison occidental est . et en néerlandais Fries paard, le nom en anglais étant Friesian. Il ne doit pas être confondu avec le Frison oriental, qui est d'une race de chevaux distincte : il est nommé « Frison occidental » par certaines sources pour faciliter cette distinction. Son nom provient de sa région d'origine, la Frise, qui se distingue du reste du pays, les Pays-Bas, par . La Frise est traditionnellement une région d'élevage.
Le Frison est autrefois appelé hardraver ou harddraver, signifiant ou .
Il n'a longtemps existé que peu de sources écrites en anglais à propos de cette race de chevaux, en raison de sa rareté aux États-Unis.
Histoire Comme beaucoup d'autres races de chevaux, le Frison a vu son histoire être régulièrement déformée, notamment sous l'influence du nationalisme qui a poussé à lui rechercher des origines les plus anciennes possibles, en les ancrant dans le territoire. De plus, les chevaux désignés sous le nom de « Frison » ont évolué, passant du statut de montures de guerre à celui de chevaux de manège, puis de carrossiers, et enfin de chevaux de trait. La plupart des caractéristiques du Frison actuel sont définies au cours du .
En effet, la Frise a appartenu à différents États au cours de son histoire, compliquant la définition d'une race de chevaux ancrée dans le territoire frison. Bien que de morphologies et d'origines variables, des chevaux ont été qualifiés de « frisons » à différentes époques en raison de leur provenance de cette région. L'une des distinctions essentielles entre un cheval du territoire de la Frise et un cheval de race frisonne repose sur la couleur de robe : la race frisonne n'arbore que la robe de couleur noire, alors que les autres chevaux présents sur le territoire de la Frise sont de différentes couleurs de robe.
Origine Le journaliste anglais Elwyn Hartley Edwards considère le Frison comme l'une des plus anciennes races de chevaux européennes, lui prêtant pour ancêtre un cheval des forêts primitif d'Europe du Nord. D'après lui ainsi que l'autrice tchèque Helena Kholová (1997) et Nicola Jane Swinney, des chevaux sont présents en Frise depuis mille ans au moins.
Plusieurs ouvrages de vulgarisation soutiennent que le Frison résulte d’un croisement entre l’ancien cheval continental de type lourd et un cheval plus léger, de type Tarpan, amené dans la région par des peuples celtes ou germaniques.
CAB International (CABI) fait remonter l'origine du Frison au .
Antiquité vignette|Reconstitution d'un cavalier romain au Musée du Valkhof à Nimègue (Pays-Bas). Un certain nombre de sources font remonter l'origine de la race frisonne à la présence des Frisii, un peuple germanique de cavaliers mentionné par les Romains. Jules César évoque en effet sous le nom de frisii. En son temps, quelques-uns de ces chevaux sont emmenés en Angleterre, influençant les races poneys Fell et Dales, ainsi que le Clydesdale. L'historien romain Tacite (58-120) décrit au contraire les chevaux de la Frise comme . Ils sont utilisés par la cavalerie romaine.
Cependant, la Frise est dépeuplée au , les habitants médiévaux n'étant plus les mêmes que ceux de l'Antiquité : cela rend très improbable la continuité d'une race de chevaux élevée localement. Si la présence de chevaux en Frise antique est une certitude, il n'existe aucune preuve documentée permettant d'en faire les ancêtres du Frison, l'archéologie ne démontrant aucune continuité entre les chevaux du peuple des Frisii et ceux de la Frise médiévale. En particulier, la taille des chevaux antiques est nettement inférieure à celle du Frison moderne. Des chevaux plus grands ont vraisemblablement été importés par les Romains.
Moyen Âge vignette|gauche|Frison monté en costume médiéval.|alt=Vue du dessus d'un cheval noir avec un homme, costumés. Au cours du Moyen Âge, les chevaux présents en Frise gagnent en taille, étant en moyenne de 10 à plus grands que ceux des pays baltes, particularité qui, selon la spécialiste en histoire Jorieke Savelkouls (université d'Utrecht), aurait été transmise aux chevaux frisons au cours des siècles suivants. Le cheval de type frison est ainsi bien connu en Europe à partir du , et établi dans une région qui s'étend le long de la côte de la mer du Nord à la fin du Moyen Âge, incluant l'Allemagne frisonne orientale. C'est un cheval de selle, de robe baie ou noire.
Les chevaux de Guillaume le Conquérant à la bataille d'Hastings présentent certaines ressemblances avec le Frison. Les chevaux de Frise deviennent célèbres au . Tout au long des , les habitants de la Frise vendent des chevaux dans toute l'Europe occidentale, particulièrement à Cologne (notamment en 1251), mais aussi dans la Gueldre, les Flandres, et en France. Les chevaux frisons sont cités dans la poésie médiévale et les romans de chevalerie. D'après Savelkouls, ces sources louent leurs qualités comme destriers, ou au contraire les méprisent et les assimilent à des roncins. La notion de race n'existe pas à l'époque, les chevaux étant désignés par leur provenance géographique et leur usage.
Il existe des preuves d'élevage dans les monastères de Frise aux , dans un contexte où les monastères européens du Moyen Âge jouent un important rôle économique à partir du . La Frise est unanimement reconnue comme l'un des lieux d'élevage équin majeurs de l'époque. Les animaux bénéficient de l’engouement de la noblesse pour les chevaux aux allures relevées, et servent probablement de montures de guerre grâce à leur capacité de portage et leur solidité, qui permettent d'emporter des hommes en armure.
En Frise médiévale sont vraisemblablement arrivés des chevaux orientaux ramenés des croisades et de la Reconquista via la France, mais il est difficile de savoir s'ils ont eu une influence sur le cheptel local à l'époque. Certaines sources évoquent des croisements avec le Barbe et l'Arabe, ainsi qu'avec des chevaux tchèques et hongrois. L'ancêtre du Frison se rencontre alors à la fois en Hollande et en Allemagne du Nord, et peut présenter des robes dans toutes les nuances du brun, du blanc ou du noir.
Renaissance et temps modernes vignette|Frison par Jan Jonston, dans Historiae naturalis de quadrupedibus, vers 1652. Aux , le Frison vit son âge d'or : la noblesse et les haras européens en acquièrent massivement. Pendant l'invasion espagnole des Pays-Bas puis l'annexion de la Frise par Charles Quint, il reçoit l'influence de chevaux andalous et castillans, qui lui apportent leur trot gracieux et leur port d'encolure altier. Ses allures hautes et légères lui valent une bonne réputation pour la haute école et la traction des carrosses des nobles. Le modèle de ce cheval s'allège et s'affine. C'est à partir de ce croisement que la race frisonne s'est véritablement constituée, devenant un cheval baroque associé à l'époque. À partir de 1600, son élevage devient un élément important de l'économie néerlandaise, avec des exportations vers la Grande-Bretagne et la France. Les académies d'équitation de Paris et d'Espagne se remontent avec le Frison. importe des étalons frisons en 1624. Le Frison arrive aussi à Manhattan avec le peuplement hollandais de cette île, en 1625, mais la population d'origine est perdue après le peuplement anglais. L'historienne Ann Hyland note que le Frison (haut de à cette époque) est décrit comme un cheval courageux, éminemment adapté à la guerre, dépourvu de la volatilité de certaines races ou du flegme de celles qui sont très lourdes..
La demande en chevaux est devenue si importante que les officiers militaires pressent les États généraux néerlandais d'interdire leur exportation. Pour résoudre le problème de la baisse de qualité du cheptel en raison d'une trop forte demande, une réglementation spécifique à la race est introduite, les étalons reproducteurs devant être approuvés par un magistrat et un responsable. Cette réglementation, qui porte entre autres sur la taille et dont l'objectif est de maintenir la valeur économique et commerciale des chevaux, reste en vigueur au .
L'écrivain italien Cesare Fiaschi, qui travaille pour le duc de Ferrare, possède vers 1556 un cheval nommé Frisonzello (petit Frison), le duc possédant lui-même un cheval originaire de Frise de robe pie, nommé Pia. Le Frison arrive en nombre à La Rochelle au début du , pour les travaux d'assèchement du marais poitevin ; bon nombre de ces animaux restent sur place après les travaux. En 1562, le Frison fait partie des six races de chevaux majeures citées par l'Allemand Hans Kreutzberg. Il connaît ensuite une certaine éclipse culturelle au , l'une des rares citations de la race étant celle de Georg Simon Winter dans son Traité des haras. Par ailleurs, l'ancrage régional reste flou, la notion de Frison pouvant se confondre avec celle de « cheval des Pays-Bas ».
Au vignette|Het Friese paard Paarden, gravure d'un cheval Frison réalisée entre 1652 et 1702.|alt=Gravure d'un gros cheval pommelé. Le Frison connaît une éclipse au . La réglementation de l'État vacille au milieu du siècle. Il s'ensuit de nombreux commentaires déplorant la baisse de qualité des chevaux de la Frise.
, après avoir obtenu par le traité des Pyrénées une partie des Pays-Bas méridionaux, promulgue une loi pour fournir les officiers de l'armée de ces chevaux, et octroie des primes d'élevage aux meilleurs étalons reproducteurs, dans l’intérêt de la cavalerie militaire. Les officiers supérieurs de l’armée profitent de ses allures relevées, de son trot léger et rapide et de son port d’encolure pour intimider l’ennemi au combat. Cependant, le rôle du cheval de cavalerie diminue continuellement au profit de celui du cheval d'artillerie. Le cheval baroque passe du statut d'animal militaire à celui de cheval de plaisance et d'attelage.
Gaspard de Saunier cite dans La Parfaite connaissance des chevaux les qualités du Frison pour la traction des carrosses. Sa description morphologique ressemble à celle de la race moderne. Dans les sources écrites, le Frison est clairement distingué du « Hollandais » ; c'est notamment le cas dans le Parfait Cocher de La Chesnaye des Bois, qui décrit la race comme étant idéale pour l'attelage. Dans un essai publié en 1795, le marchand de chevaux Servaas van den Berg, inspecteur nommé par la province de Frise, accuse un manque de méticulosité d'être responsable d'une baisse de la qualité du cheptel, et propose une tenue stricte de registre et un élevage sélectif sans croisements étrangers.
Au vignette|Attelage à la chaise frisonne, en 1900.