vignette|Le président Woodrow Wilson annonçant devant le Congrès la rupture des relations diplomatiques avec l'Allemagne le . L'entrée dans la Première Guerre mondiale des États-Unis survient en avril 1917, après deux ans et demi d'efforts déployés par le président Woodrow Wilson pour garder les États-Unis neutres dans cette guerre. Excepté une partie anglophile soutenant les Britanniques, l'opinion publique américaine était neutre dans les premières années de guerre. Le sentiment de neutralité était fort chez les Irlando-Américains, Germano-Américains et Suédo-Américains, ainsi que parmi les dirigeants de l'Église et les femmes. D'autre part, avant même que la guerre n’éclatât, l'opinion américaine envers l'Allemagne était déjà plus négative qu’envers n’importe quel autre pays en EuropeBarnes, Harry Elmer. The Genesis of the World War (1925) . Les citoyens en vinrent de plus en plus à considérer l'Empire allemand comme un ennemi après les atrocités en Belgique en 1914 et l’attaque du paquebot RMS Lusitania en . Wilson avait pris toutes les décisions clés et maintenu l'économie sur une base de temps de paix, tout en permettant des prêts à grande échelle à la Grande-Bretagne et la France. Pour ne pas émettre de menace militaire, Wilson n'entreprit que des préparations minimales pour la guerre et conserva l'armée de terre américaine sur son petit format de temps de paix, malgré la demande croissante en matière de préparation. Cependant, il fit augmenter la taille de la marine américaine.
Au début de 1917, l'Allemagne décida de reprendre la guerre sous-marine tous azimuts contre tout navire commercial se dirigeant vers la Grande-Bretagne, bien que cette décision signifiât presque certainement la guerre avec les États-Unis. L'Allemagne offrit également une alliance militaire au Mexique contre les États-Unis via le télégramme Zimmermann. La publication de cette offre d’alliance outragea les Américains alors qu'au même moment, les sous-marins allemands commençaient à couler des navires américains dans l'Atlantique Nord. Wilson demanda au Congrès d’autoriser « une guerre pour mettre fin à toutes les guerres » qui « rendrait le monde sûr pour la démocratie », et le Congrès vota pour déclarer la guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917. Le , les États-Unis déclarèrent la guerre à l'Empire austro-hongrois.
Sous-marins et blocus
Le blocus fut une stratégie indirecte mais cruciale utilisée par les deux parties. La marine britannique mit fin aux expéditions de la plupart des fournitures de guerre et de la nourriture à destination de l'Allemagne. Les navires américains neutres qui tentaient de commercer avec l'Allemagne furent saisis ou refoulés. L'étranglement arriva très lentement, parce que l'Allemagne et les puissances centrales (ses alliés) contrôlaient de vastes terres agricoles et de mines de matières premières. Il fut finalement couronné de succès parce que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie avaient enrôlé énormément d'agriculteurs dans leurs armées. En 1918, les villes allemandes étaient sur le point de mourir de faim; les soldats en première ligne étaient à court de rations et à court de fournitures essentiellesEric W. Osborne, Britain's economic blockade of Germany, 1914–1919 (2004).
L'Allemagne envisagea également le blocus. « L'Angleterre veut nous faire mourir de faim », déclara l'amiral Alfred von Tirpitz, l'homme qui bâtit la marine impériale allemande et qui resta un proche conseiller de Guillaume II. « Nous pouvons jouer le même jeu. Nous pouvons la mettre sous cloche et détruire tout navire qui cherche à briser le blocus »Ernest May, The World War and American Isolation, 1914–1917 (1959) quote from Dec 1914.. Incapable de rivaliser avec la marine britannique plus puissante en surface, Tirpitz voulait effrayer les navires marchands et les navires de passagers en route vers la Grande-Bretagne. Il estimait que, comme l'île de la Grande-Bretagne dépendait des importations de denrées alimentaires, de matières premières et de produits manufacturés, effrayer un nombre important de navires aurait pour effet à long terme de saper sa capacité à maintenir une armée sur le front occidental. Alors que l'Allemagne disposait seulement de neuf U-boots à long rayon d’action au début de la guerre, elle avait des chantiers ayant de grandes capacités de production pour construire les centaines de sous-marins requis. Cependant, les États-Unis exigeaient que l'Allemagne respecte les accords internationaux sur la « liberté des mers », qui protégeaient les navires américains neutres en haute mer de saisie ou d’attaque par l'un des belligérants. En outre, les Américains insistèrent sur le fait que la noyade de civils innocents était barbare et un motif pour une déclaration de guerre. Les Britanniques violèrent fréquemment les droits de l'Amérique alors neutres en saisissant des naviresC. R. M. F. Cruttwell, A history of the Great War, 1914–1918 (2007) Le haut conseiller de Wilson, le colonel Edward M. House fit remarquer que « les Britanniques [étaient] allés aussi loin qu'ils le pouvaient dans la violation des droits des neutres, mais qu’ils l'[avaie]nt fait de la façon la plus courtoise »Edward House, The intimate papers of Colonel House: Vol 2 (1928) . Lorsque Wilson protesta contre les violations britanniques de la neutralité américaine, les Britanniques reculèrent.
Les sous-marins allemands torpillèrent des navires sans avertissement, ce qui provoqua la noyade de marins et de passagers. Berlin expliqua que les sous-marins étaient si vulnérables qu'ils n'osaient pas faire surface près des navires marchands qui pouvaient être armés de canons et qu’ils étaient trop petits pour sauver les équipages. La Grande-Bretagne arma la plupart de ses navires marchands avec des canons de calibre moyen qui pouvait couler un sous-marin, ce qui rendait les attaques en surface très risquées. En , les États-Unis mirent en garde l'Allemagne à propos d’une mauvaise utilisation de ses sous-marins. Le , l'ambassade impériale allemande aux États-Unis mit en garde les citoyens américains que monter à bord des navires à destination de la Grande-Bretagne était s'exposer à faire face à des attaques allemandes. Le , l'Allemagne torpilla le paquebot britannique RMS Lusitania, le coulant. Cet acte d'agression causa la mort de civils, dont 128 Américains. Le naufrage d'un grand navire de passagers, désarmé, combiné avec les histoires d'atrocités antérieures en Belgique, les Américains furent choqués et l'opinion publique devint hostile à l'Allemagne, mais pas encore au point de déclarer la guerre. Wilson émit un avertissement à l'Allemagne ; elle ferait face à sa « stricte responsabilité » si elle coulait d'autres navires de passagers américains neutres. Berlin acquiesça, ordonnant à ses sous-marins d’éviter les navires de passagers.
En , cependant, le maréchal Paul von Hindenburg et le général Erich Ludendorff estimèrent que le blocus sous-marin sans restriction était le seul moyen de sortir de l'impasse sur le front occidental. Ils exigèrent que le Kaiser Guillaume ordonnât la reprise de la guerre sous-marine sans restriction. L’Allemagne savait que cette décision signifiait la guerre avec les États-Unis, mais ils parièrent qu'ils pourraient gagner la guerre avant que la potentielle force de l'Amérique ne pût être mobiliséeSpencer Tucker, The Great War, 1914–18 (1997) . Cependant, ils surestimèrent le nombre de navires qu’ils pourraient couler et donc l’affaiblissement de la Grande-Bretagne. Enfin, ils ne prévoyaient pas que les convois pourraient et seraient utilisés pour contrecarrer leurs efforts. Ils croyaient que les États-Unis étaient si faibles militairement qu'il ne pourrait pas être un facteur décisif sur le front occidental pendant plus d'un an, une erreur qui allait finalement se révéler fatale pour l’Allemagne. Le gouvernement civil à Berlin s’y opposa, mais le Kaiser trancha en faveur de son arméeErnest May, The World War and American Isolation, 1914–1917 (1959) .
Élites Les historiens divisent les opinions des dirigeants politiques et sociaux américains en quatre groupes distincts, les camps étaient essentiellement informels:
Le premier d'entre eux était celui des non-interventionnistes, un mouvement anti-guerre vaguement affilié et politiquement divers qui visait à maintenir les États-Unis hors de la guerre. Les membres de ce groupe avaient tendance à considérer la guerre comme un conflit entre l'impérialisme britannique et le militarisme allemand, qu'ils considéraient tous deux comme étant également corrompus. D'autres étaient pacifistes, qui s’opposaient à la guerre pour des raisons morales. Ce groupe incluait des démocrates comme l'ancien secrétaire d'État William Jennings Bryan, l'industriel Henry Ford et l'éditeur William Randolph Hearst; et des républicains comme Robert M. La Follette, sénateur du Wisconsin et George W. Norris, sénateur du Nebraska; et le militant du Parti progressiste Jane Addams.
À l'extrémité gauche du spectre politique, les socialistes, conduits par leur candidat à la présidence plusieurs fois défait Eugene V. Debs et le mouvement des anciens combattants comme et , étaient des antimilitaristes acharnés et opposés à toute intervention américaine. Ils considéraient ce conflit comme une « guerre capitaliste » que les travailleurs américains devraient éviter. Cependant, après que les États-Unis ont rejoint la guerre en 1917 un schisme se développa entre l'establishment du Parti anti-guerre et une faction pro-guerre d’écrivains, de journalistes et d’intellectuels socialistes tels que , et . Ce groupe fonda la Ligue américaine démocratique socialiste afin de promouvoir l'effort de guerre parmi leurs collègues socialistesJames Weinstein, "Anti-War Sentiment and the Socialist Party, 1917-1918." Political Science Quarterly 74#2 (1959): 215-239. in JSTOR.
Puis venaient les internationalistes libéraux plus modérés. Ce groupe bipartisan appuya à contrecœur l'utilisation de la force armée contre l'Allemagne dans le but, après-guerre, de créer des institutions internationales de sécurité collective visant à résoudre pacifiquement les conflits futurs entre les nations et à promouvoir plus largement les valeurs démocratiques libérales. Les idées de ce groupe étaient supportées par des groupes d'intérêt tels que la Ligue pour imposer la paix. Ses adhérents comprenaient le président américain Woodrow Wilson, son influent conseiller Edward M. House, l'ancien président William Howard Taft, le célèbre inventeur Alexander Graham Bell, le financier de Wall Street Bernard Baruch et le président de l'université de Harvard Abbott Lawrence Lowell.
Enfin, il y avait les atlantistes. Ardemment pro-Entente, ils avaient vivement défendu une intervention américaine dans la guerre contre l'Allemagne depuis 1915. Leur première motivation politique était à la fois de renforcer l'armée américaine pour une guerre avec l'Allemagne et d’établir une alliance avec la Grande-Bretagne. Ce groupe soutint également activement le Mouvement de préparation et était puissant chez les Républicains dans le Nord-est. En faisaient partie: l'ancien président Theodore Roosevelt, le général Leonard Wood, l’éminent avocat et diplomate Joseph Hodges Choate, l’ancien secrétaire à la Guerre Henry Stimson et les sénateurs Henry Cabot Lodge, Sr. du Massachusetts et Elihu Root de New YorkRoss A. Kennedy, The Will to Believe: Woodrow Wilson, World War I, and America's Strategy for Peace and Security (Kent State University Press, 2009).
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