Le Club des Belles Perdrix est le premier club gastronomique féminin français, fondé en 1928, par une vingtaine de femmes.
Les origines vignette|299x299px|Fin de dîner des Belles Perdrix (Archives Curnonsky - éd. Curnonska, 2007, T3).|gauche
Le Club des belles perdrix a été fondé en 1928. Comœdia du dans Pas d'hommes explique qu'à la suite de la décision de Camille Cerf du Club des Cent de n’admettre aucune femme dans les réunions hebdomadaires, Maria Croci (-) et ses amies ont créé La belle Perdrix. Selon Gaston Derys cet ostracisme reposait sur l’idée que .
S'il est vrai que la misogynie du Club des Cent donna naissance en 1929 au Cercle des Gourmettes fondé par les épouses des Centistes, à l'évidence La Belle Perdrix doit son nom et ses membres au Déjeuner du Grand Perdreau. Comme leurs compagnons, les Belles Perdrix appartenaient au monde des lettres. Ce déjeuner mensuel d'éditeurs et d'écrivains est attesté à compter de 1921, Le Grand Perdreau avait créé un prix littéraire (Le prix du Grand Perdreau) en 1924 et notait les restaurants pour promouvoir les meilleurs. Le nom de Grand Perdreau était anecdotique : lors du premier déjeuner le chef se serait excusé auprès des convives: « Il n'y a qu'un seul perdreau mais il est grand. ». Les femmes n'étaient pas admises au Déjeuner du Grand Perdreau (où la grivoiserie volait bas).
En , Curnonsky écrit dans Paris-Soir que les membres du Grand Perdreau avaient admis en Pierre Croci dans leurs rangs, son épouse, Maria Croci, , décida, .
Le club est d'abord nommé La Belle Perdrix puis en L'Avenir rapporte le déjeuner du club Les Belles Perdrix au Relai de l'Aurore.
L'histoire vignette|212x212px|Blanche Vogt dans Femme de France de février 1931. Lors du premier diner au restaurant Chez les Vikings, le , les 20 premières membres du Club sont : Maria Croci, Hélène Valentin, Lucie Paul-Margueritte, Ève Paul-Margueritte, Marguerite Gamels, Edmée Cherau, Hélène Gosset, Yvonne Lenoir, Anna Levertin, Rosita Matza, Caroline de Broutelles, Daffis de Mirecourt, Lydie Lacaze, Vildés, Marcelle Tinayre, Judith Cladel, Lucie Delarue-Mardrus, Huguette Garnier, Marion Gilbert et Gabrielle Reval. Maria Croci n'oublia pas ce jour mémorable et créa avec les anciennes Perdrix Judith Cladel et Hélène Valantin et un Prix des Vickings qui sera décerné de à sa mort. À cette époque, elle porte le titre de Fourrière des Belles Perdrix.
gauche|vignette|223x223px|Gabrielle Reval sera une membre active des Belles Perdrix. En , Blanche Vogt, Belle Perdrix, poursuit : au cours d’un des « mardis » de Rachilde au Mercure de France, Maria Croci car , ce à quoi Rachilde répliqua : .
Les Belles perdrix, comme le Grand Perdreau, ont pour apogée de leur notoriété et leur activité à . Elles décroissent ensuite rapidement pour s'éteindre avant la Seconde Guerre mondiale .
En 1932, on ne parle plus que d'un banquet annuel des Belles Perdrix. En , sur le Normandie, qui attendait à quai d’être mis en cale sèche au Havre, elles participent au côté des Pur Cents et de La Bonne Auberge (société gastronomique belge) au déjeuner de préparé par le maître-queux du transatlantique, Maître Megrin. En , les Belles Perdrix fêtèrent les quatre-vingts ans de J.-H. Rosny aîné ; le discours fut prononcé par Judith Cladel . Le dernier repas et non le moins somptueux des Belles Perdrix se tient à Château Margaux en juin . Une section locale bordelaise est encore active la même année. Gabrielle Reval meurt en .
Le fonctionnement vignette|204x204px|Élisabeth de Gramont (1875-1954), nom de plume Élisabeth de Clermont-Tonnerre. Les membres fondatrices sont :
Membres admises ultérieurement : Renée de Brimont Jehan d'Ivray Jeanne Landre Camille Marbo Alexandra Roubé-Jansky
vignette|217x217px|Caroline de Broutelles, fondatrice du prix Vie Heureuse-Femina. Toutes ces femmes se réunissaient une fois par mois jusqu'à , annuellement par la suite, dans un restaurant parisien pour juger la cuisine proposée et faire connaître l'adresse.
Les Belles Perdrix adoptent un mode de fonctionnement et des activités comparables aux autres club gastronomiques et littéraires de l'époque. Ainsi dans un désir d’éduquer le goût, ces associations conviaient-elles régulièrement des stagiaires. Les Belles Perdrix distinguaient les « Perdrilettes » des « Perdreaux » ; rien n’indique que ces invités aient été, comme chez les Cent, élus à l’unanimité. Généralement invitées en novembre, les « Perdrilettes » étaient de jeunes femmes artistes conviées, comme la sculptrice Yvonne Serruys et la comédienne Hélène Herleroy, pour être initiées à la bonne chère. On note, en , la présence des chanteuses Lucienne Boyer et Marie Dubas, en , celle de la romancière Michelle Deroyer et de la cinéaste Germaine Dulac. Pour le dernier repas de la saison, c’était au tour des « Perdreaux » d’être invités, le seul moment où un homme était admis parmi elles. Contrairement aux « Perdrilettes », la venue d’un « Perdreau » était soumise à des restrictions. Celui-ci ne devait pas être le mari de la Belle Perdrix qui le cooptait et il . L’article 5 des statuts du club précisait: .
Les hommes qui, comme René Fauchois, Curnonsky, signèrent dans Les Recettes des Belles Perdrix, furent tous conviés. En , le chroniqueur de Paris-Soir notait que le dîner avait été animé par . Le dessinateur Serge rendit également compte du dîner où il fut convié en même temps que , évoquant un concert improvisé , , , .
Blanche Vogt participe et ne se prive pas de relater les incidents drôlatiques survenus au cours des réunions. Ainsi écrivit-elle sur la crainte superstitieuse d’être treize à table dans pour le Comœdia du .
Les actions vignette|177x177px|Marcelle Tinayre (1870-1948). Toutes les actions que les Belles Perdrix menèrent répondirent toujours au souci d’accroître le prestige de la gastronomie française, faisant ainsi écho au discours du moment. Associées à l’Académie des Gastronomes et à l’Association des Gastronomes Régionaliste, les Belles Perdrix collaborèrent au comité artistique de L’Exposition de la Table Française qu’organisa le journal La Bonne Table et le Bon Gîte d'André Dabadie, en novembre .
Les Recettes des Belles Perdrix gauche|vignette|256x256px|Les Recettes des Belles Perdrix par G. Reval et Maria Croci (préface de Curnonsky). Certaines recettes furent publiées par La Liberté en 1930-1931 dans Le coin des Gourmets. Fin paraît le recueil des Recettes des Belles Perdrix qui rassemble 130 pages de recettes choisies et signées par les membres du club, suivies de cocktails, l'art de décoration de la table, des considérations de Maria Croci sur la femme et la gourmandise (où à nouveau la misogynie des gourmets est attaquée, et leur détestable habitude de fumer la pipe (il existait une association nommée la Pipe qui se réunissait à table et terminait en fumant une bonne pipe). En fin du livre une centaine de pages d'anecdotes de poésies et les Menus des repas des Belles Perdrix de au qui sonnent comme un adieu (p. 300 à 317).
L'attention portée au prix des denrées se manifeste d’ailleurs dans le choix du restaurant accueillant leur réunion. Ainsi était-il convenu que le prix du repas (B. Vogt, ).
Au Salon d’Automne de , certains membres participèrent à une conférence sur ce thème et, la même année, lors de l’exposition des arts de la table au musée Galliera, elles débattirent sur l’utilité de la nappe.
Académie des cordons bleus vignette|1936. Lettre de la Mère Brazier à Maria Croci : Les Belles Perdrix furent à l’origine en de l'éphémère Académie des Cordons Bleus de France dont la présidence honoraire fut assurée par Curnonsky et la présidence effective par Marie Fanton. Sa création était annoncée en 1929 dans les colonnes de Paris-Soir qui précisait qu’elle réunirait , s’ensuivait une liste d’une quarantaine de noms représentant .
Elles entendaient participer à l’essor du tourisme (en avait paru le dernier volume de La France Gastronomique, premier et vaste guide de la cuisine de France de Marcel Rouff et Curnonsky) en faisant connaître les bonnes cuisinières et en orientant . L'activité de cette académie est mentionnée une fois en , puis elle sombre dans l'oubli.
Prix littéraire : le prix des muses Les Belles Perdrix créent, en décembre , le prix des Muses, gratifié de . Le Club des Cent avait depuis , un prix Goncourt de la cuisine, le Grand Perdreau crée son prix annuel en (). Le Prix des Muses récompensait alternativement une œuvre littéraire () et une œuvre artistique (). Le secrétariat de cette distinction artistique était assuré par Maria Croci et Hélène Valantin et la dotation provenait de la marraine des Belles Perdrix, S. Le choix des lauréats se faisait autour d’une table bien servie, et celle d'Ida Snauwaert fut particulièrement appréciée. Elle invita plusieurs fois le club chez elle et par deux fois Blanche Vogt rendit hommage à leur hôtesse. Dans L’Intransigeant du , elle célébra le waterzoi qui leur fut servi et dans Le Cyrano de , elle s’émerveilla devant la décoration de la table, le . Le premier lauréat du Prix des Muses fut André Chamson, essayiste et romancier, récompensé pour Clio, ou l’Histoire sans les Historiens. En , ce fut au tour de Roger Chapelain-Midy peintre, illustrateur et décorateur de théâtre, de recevoir . Aucun thème n’était imposé, l’œuvre proposée devait seulement ne pas dépasser cinquante centimètres. Les candidats devaient être français et avoir moins de quarante ans.
En le prix revient à la baronne Marie Surcouf (La coupe de Jade). À partir de , le prix littéraire est réservé à une littératrice, . Cette année-là, ce fut Jeanne Bemer-Sauvan qui fut distinguée pour Mon âme en sabots et La Mystique de la ferme.
Le Grand Prix des Muses (prix littéraire de poésie) créé en , n'a pas de rapport avec celui des Belles Perdrix .vignette|Attribution du prix littéraire de 1932 : Hélène Gosset à gauche, et Maria Croci au centre.
Influences
En , naissait le second club gastronomique féminin, le Cercle des gourmettes, fondé par Paul Ettlinger et Lucien Gaudin, qui regroupait des épouses de membres du Club des Cent. Son activité ne sera guère plus longue que celle des Belles Perdrix. Curnonsky dans un article de Paris-Soir () explique que l'Académie des Gastronomes ne comptait pas de femmes pour deux raisons : avait refusé son offre.
En , Madeleine Poulaine, dans L’Escadrille des belles ailes propose de fonder une escadrille de femmes pilotes, lesquelles achèteraient collectivement des avions (), projet qui n'aboutit jamais.
vignette|273x273px|Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945).
Anthologie
Bibliographie Eve et Lucie Paul-Margueritte, Deux frères, deux sœurs, deux époques littéraires, 1951, 258 p. . .
Notes et références
Liens externes
Rare photo des Belles Perdrix réunies à certains membres de l'Académie des gastronomes, Excelsior, .
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