La bataille de Jarrie, qui s'est déroulée le durant la huitième guerre de Religion, a ensanglanté le plateau d'Herbeys, Brié-et-Angonnes et Haute-Jarrie, à une dizaine de kilomètres de Grenoble.

Ce combat, qui a vu s'opposer les huguenots de Lesdiguières aux catholiques de La Valette, est l'une des batailles les plus meurtrières pour la région grenobloise de tous les temps, avec ses , en majorité mercenaires suisses protestants.. Combat mineur et partiellement oublié, il reflète parfaitement les enjeux du royaume de France de l'époque à l'échelle locale..

En fonction des différents auteurs d'ouvrages concernant cette bataille, elle prend d'autres appellations comme bataille d'Uriage, bataille de Vaulnaveys, bataille du Pont de Vizille, bataille de Grenoble, bataille de Vif, bataille entre l'Isère et le Drac ou encore défaite des Suisses en Dauphiné. Cependant, pour le vulgarisateur d'histoire locale Robert Aillaud, l'appellation à préférer est bataille de Jarrie, la plus utilisée et celle qui lui a été donnée par La Valette, l'un des protagonistes, du côté des vainqueurs...

Contexte Dans le royaume

Au cours des , la France est secouée par les guerres de Religion entre catholiques et protestants.

La bataille de Jarrie s'inscrit dans le cadre de la huitième et dernière guerre de Religion. Celle-ci est déclenchée en 1585 par l'édit de Nemours et se termine en 1598, avec l'édit de tolérance de Nantes. Elle est aussi nommée « guerre des Trois Henri ». En effet, , dans les de son règne, s'allie parfois avec les protestants de (futur ), parfois avec les ultra-catholiques de , duc de Lorraine..

Tentant de contrôler la Ligue, s'en déclare le chef dès le . L'édit de Nemours, publié par le roi le , révoque tous les traités de paix et de tolérance concédés précédemment aux réformés. Il résulte de la pression des partisans d' et des ligueurs. Le culte protestant est interdit et les chambres tripartites sont supprimées. À la suite de l'édit, les protestants doivent choisir soit de se convertir au catholicisme et de perdre ainsi le pouvoir et les libertés acquises, soit de refuser cette conversion et de quitter le royaume. En large majorité, ils choisissent d'entrer dans la clandestinité et de recourir aux armes..

Henri de Navarre considère Henri de Guise comme son ennemi prioritaire. Il souhaite donc se rendre dans son duché pour y porter la guerre. Durant l'année 1586, alors que son royaume est hypothéqué pour la cause, il prépare l'invasion de la Lorraine. Puis en 1587, sur le chemin se déroule la bataille de Jarrie.

Les deux parties font appel à l'étranger. Henri de Navarre a recours aux mercenaires protestants d'Allemagne et de Suisse où il recrute et reîtres non loin du sol lorrain. De leur côté, pour financer la guerre, les princes lorrains catholiques traitent avec ...

Le protestant de Navarre décide de rassembler dans la ville libre de Mulhouse, dont du Languedoc commandés par François de Châtillon de Coligny. S'attendant à ce que les troupes catholiques éparpillées en France cherchent à rejoindre la Lorraine pour porter secours à Henri de Guise, et afin de prévenir d'éventuelles réactions espagnole ou savoyarde, est contraint de prendre des décisions stratégiques. Parmi celles-ci, le changement de destination de envoyés vers La Mure prêter main-forte au chef des huguenots en Dauphiné, pour le cas où Charles-Emmanuel de Savoie décide d'entrer dans le conflit.

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En Dauphiné

vignette|upright|alt=Gravure de tête d'homme de trois quarts gauches.|François de Bonne de Lesdiguières (1543-1626). La province du Dauphiné est touchée par les guerres de Religion depuis 1523.

Dès le , la chambre tripartite de Grenoble est supprimée et ses membres légués aux autres chambres. Le , à Grenoble, est publié l'édit de Nemours. Deux jours après, le Parlement établit un Conseil de défense qui s'occupe de son exécution et de la sécurité publique. Les protestants de Grenoble, effrayés par la situation, quittent la ville pour aller vers la montagne, où se trouvent déjà d'autres huguenots..

Les chefs des protestants sont François de Beaumont, baron des Adrets (1506-1587) jusqu'à sa conversion en 1567, puis Charles du Puy-Montbrun (1530-1575). Ce dernier est remplacé en 1577, soit deux ans après sa mort, par François de Bonne, futur duc de Lesdiguières. Ce brillant chef contrôle les réformés en Sud-Dauphiné (sauf Briançon) pour le compte de Henri de Navarre.

vignette|upright|gauche|alt=Gravure de tête d'homme de trois quarts droits.|Bernard de Nogaret de La Valette (1553-1592). À cette époque, en Dauphiné, le pouvoir du roi de France est représenté par le gouverneur et par le lieutenant général Laurent de Maugiron (1528 - 1588). Celui-ci, très âgé et malade, est assisté depuis 1586 par Bernard de Nogaret de la Valette. Puis ce dernier assure le rôle. : La Valette est prié par Monsieur Servien, qui lui parle au nom du Conseil de défense de Grenoble, . Il rejoint Grenoble le , où il est acclamé comme un sauveur..

Le prince-évêque de Grenoble est François Fléhard mais il n'a aucun rôle actif dans ce conflit.

Le président du parlement du Dauphiné est le catholique Ennemond Rabot d'Illins (1543-1603). Afin d'éviter que Grenoble affronte un conflit armé, il négocie avec les catholiques et les protestants.

Belligérants Selon la reconstitution de Robert Aillaud, et , répartis en trois camps, prennent part aux évènements de Jarrie.

+ Les combattants. Commandants Troupes Effectifs Armées Catholiques La Valette

d'Ornano (une cornette) et (une compagnie) des Crottes (une cornette) Demergue (deux cornettes) d'Esquaravaques du régiment du Piémont Guillaumont (deux compagnies) d'Orvilliers (une compagnie) Saint Julien du marquisat de Saluces Saint-Vincent à cheval (une cornette) Protestants Lesdiguières

Châtillon de Morges Suisses Stuart de Vézinnes

de Lettes d'Aubonne jeune Cugie de Simonin

Catholiques Bernard de Nogaret de La Valette (1553-1592), chef des catholiques en Dauphiné Alphonse d'Ornano (1548-1610), sous les ordres de La Valette avec sa troupe de mercenaires corses Mathieu de Rame, seigneur des Crottes (1592-1628), capitaine d'une cornette de chevau-légers Gabriel de la Poype, seigneur de Saint-Julien

Protestants François de Châtillon de Coligny (1557-1591), colonel général de l'infanterie huguenote François de Bonne de Lesdiguières (1543-1626), chef des protestants en Dauphiné ; en 1587 aide Châtillon à traverser le Dauphiné vers Mulhouse Aimé de Glane de Cugy, seigneur d'Eurre, lieutenant de François de Bonne Giraud Béranger de Morges, lieutenant de François de Bonne et son beau-frère

Mercenaires suisses Les levées suisses protestantes qui vont en Dauphiné sont faites à Montbéliard, Neufchâtel et dans le pays de Vaud. Elles comprennent quatre mille piquiers, divisés en douze compagnies, auxquels se sont joints cinq cents soldats français et une cornette de cavalerie. Ces troupes sont commandées par Guillaume Stuart de Vézinnes et François de Lettes, qui ont sous leurs ordres les capitaines Guillaume Villermin, seigneur de Monnaz, Priam Villermin, son frère et baron de Montricher, les seigneurs de Cugie et Virol, François de Mafflues et Jean Simonin de Montbéliard. Guillaume Stuart, seigneur de Vézinnes, de la famille royale d'Écosse, médiateur, surveille les soldats François de Lettes, baron d'Aubonne Jean de Glane, seigneur de Cugy, dit le jeune Cugie Louis Osterwald, maire de Neufchâtel, et son fils Jean-Jacques Osterwald Priam et Guillaume Vuillermin, seigneurs de Monnaz et Montricher ; le dernier a financé Henri de Navarre pour les mercenaires, ils « surveillent les affaires » le seigneur de Virol François de Mafflues Jean Simonin de Montbéliard

Déroulement Début de 1587 : une trêve impossible Alors qu'une épidémie de peste fait des ravages dans la région grenobloise, les trois premiers mois de l'année 1587 sont employés par les belligérants à recruter leurs troupes, à réparer ainsi qu'à ravitailler leurs places d'armes et à préparer la reprise des hostilités.

En Lesdiguières s'empare du château de Monestier et début avril du château de Champ à de Grenoble.

Le Parlement, effrayé de voir la guerre aux portes de Grenoble, désire conclure une trêve avec les protestants. Pierre de Chaponay, seigneur d'Eybens, et Louis Armuet, seigneur de Bon repos, sont choisis pour négocier avec Lesdiguières.. Par ailleurs, l'armée de François de Bonne doit être sous peu renforcée d'une compagnie de chevaux-légers et d'un contingent suisse de quatre ou cinq mille hommes. Cette trêve est le moyen de gagner du temps.. Dans ce but, Lesdiguières devance la démarche et fait des propositions à Maugiron, alors lieutenant général du Dauphiné, ainsi qu'à son second, .

Un premier traité est donc signé le . Il prévoit une trêve particulière pour toute la région comprise entre Grenoble et le Drac, du côté de Champ. Cependant Maugiron et ne veulent pas conclure une trêve générale avant d'avoir reçu les instructions royales.. , dès qu'il est informé des manœuvres du chef des protestants et éclairé sur son but, exprime sa contrariété et rejette ces termes dans une lettre qui arrive quelques jours après la signature du traité.

Une trêve générale n'étant pas possible sans l'accord du roi, les négociations sont rompues. Établi sur de nouvelles bases, un nouveau traité prévoit que les châteaux de Champ et de Monestier doivent être détruits, les deux parties s'interdisent d'en relever les fortifications et Lesdiguières reçoit une compensation financière de d'or...

De à : les combattants se rapprochent thumb|alt=Carte des parcours des combattants avant la bataille de Jarrie|300px| Reconstitution du parcours des trois groupes avant la Bataille de Jarrie (sur carte de Jean de Beins. 1654.). La Valette rassemble ses troupes à Romans D'Ornano à Saint-Marcellin Franchissement du pont de Grenoble, suivi par le campement à Basse-Jarrie Passage du Rhône Tentative de passage de l’Isère à gué à Veurey Protestants à Seyssins Passage du Drac à gué Campement dans la plaine de Champ Passage de l'Isère au pont de Goncelin Suisses à Uriage ; escarmouche Cugy contre Saint Julien Les deux dernières semaines de juin, Lesdiguières et ses troupes sont aux environs d'Avignon. Ainsi l'armée protestante est dans le Gaspençais et l'Embrunais et se dirige vers le Valentinois..

Le Lesdiguières campe avec sur les bords du Rhône au Sud de Valence. Là il attend Châtillon qui vient du Languedoc et doit se présenter sur la rive droite. Il souhaite ainsi lui faciliter la traversée du fleuve. Ce franchissement se fait vraisemblablement au niveau de La Coucourde. Châtillon et Lesdiguières réunis marchent vers Grenoble, avec d'infanterie et , en attendant les renforts suisses..

est à Lyon. Ayant appris le passage du Rhône par les protestants, il augmente tout d'abord son armée en rappelant les détachements envoyés en Languedoc. Il parvient à rassembler à Romans et quelques cornettes de cavalerie soit selon son biographe, cité en .. Arrivé à la Bastille, il passe l'Isère sur le pont de Grenoble..

Le , d'Ornano avec ses troupes corses se trouve à Saint-Marcellin. Il est en route vers Grenoble pour rejoindre .

Au même moment, les mercenaires suisses, qui se sont unis aux troupes de Simonin à Genève, traversent la Savoie. Arrêtés à Rumilly par le gouverneur du fort de l'Annonciade, ils doivent prévenir le Duc Charles-Emmanuel de leur passage et négocier avec le lieutenant général de Savoie, le Compte de Martinengue, pour pouvoir continuer leur marche. Cela fait, ils descendent enfin la vallée du Grésivaudan et passent, le , le seul pont des alentours sur l'Isère à Goncelin.

Du 15 au : les premières escarmouches Catholiques et protestants se trouvent face à face en deux situations d'oppositions différentes.

Lesdiguières contre