Victor Goloubew (en , ), né le à Saint-Pétersbourg et mort le à Hanoï, est un orientaliste, français d'origine russe, spécialiste des fouilles archéologiques en Asie du Sud-Est.
Docteur en philologie et spécialisé en histoire de l'art et archéologie. Professeur d'histoire de l'art oriental à l'École des langues orientales puis à l'École pratique des hautes études. Membre de l'École française d'Extrême-Orient de 1920 (temporaire) , puis permanent en 1927 à 1945.
Biographie Victor Goloubew est issu de la petite noblesse russe ( dvorianstvo), fils de , ingénieur civil et industriel prospère, et d'Anna Petrovna. Les parents ont prêté une grande attention à l'éducation de leur fils, qui a acquis une connaissance approfondie dans le domaine de la littérature, l'art, le théâtre et la musique. Victor jouait du violon sur un Stradivarius et a pris les leçons d'un professeur célèbre Leopold Auer. Il peint et parle plusieurs langues.
De 1890 à 1892 il étude à l'École Karl May à Saint-Pétersbourg. En 1896, il passe les examens de l'enseignement secondaire, et rejoint la Faculté de physique et de mathématiques de l'Université de Saint-Pétersbourg. Il y rencontre Michael Rostovtzeff spécialiste, des Scythes et de l'ancienne côte de la mer Noire. Goloubew est intéressé par les différences entre les cultures de l'Orient et de l'Occident, à l'exemple de son oncle, , chercheur sur le Pamir et l'ouest de la Chine. Dans un premier temps, il entreprend, comme son père, des études d'ingénieur ; mais Goloubew est de plus en plus passionné d'art.
En septembre 1900, il épouse à Kiev Natalia Cross. En 1901, le couple s'installe à Baden-Baden. Goloubew s'inscrit à l'Université de Heidelberg, prépare et soutient avec succès sa thèse Les tragédies de Marivaux dans la traduction allemande du Marivaux' Lustspiele in deutschen Übersetzungen des 18. Jahrhunderts, Heidelberg, 1904, Carl Winter's Universitàts Buchhandelung, p. viii-136 et pi., in-16 .. En plus du diplôme de docteur en philologie, il reçoit en 1904 un diplôme de spécialisation dans le domaine de l'archéologie et de l'histoire de l'artLouis Malleret, Le vingtième anniversaire de la mort de Victor Goloubew (1878-1945), In: Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient. Tome 53 , 1967. ..
En France Installé à Paris avec son épouse en 1905, il fréquente le milieu artistique et littéraire et rencontre Auguste Rodin qui porte un vif intérêt aux arts de l'Asie. Il sculpte un buste en marbre de Natalia qui eut plus tard une réplique en bronze.
En 1907, il publie un article sur les races mongoles dans la peinture du TrecentoLes races mongoles dans la peinture du Trecento, in Bull, de la Société des Antiquaires, 1907,.. Il est intéressé par la période du Quattrocento et se déplace souvent en Italie. Il a noté des traces de l'influence de la peinture chinoise, dans la peinture des artistes vénitiens et florentins. Avec l'aide de l'éditeur Gerard van Oest, il publie à Bruxelles d'importants travaux sur les dessins de Iacopo Bellini, père d'une dynastie d'artistes peintres italiens de l'école vénitienneLes dessins de Jacopo Bellini au Louvre et au British Museum, Bruxelles, Van Oest et Cie, 2 vol., in-4°. La publication a été bien accueillie par la critique, Anatole France rencontré dans le salon de Arman de Caillavet observe le goût avec lequel les peintures et leur analyse ont été choisies.
En octobre 1910, Goloubew, l'écrivain Charles Müller et d'autres amis partent en expédition en Inde, où il étudie le complexe monastique d'AjantâCharles Millier, Cinq mois aux Indes. De Bombay à Colombo, Paris, 1924.. À son retour, l'année suivante, Goloubew utilise ses archives avec photos, pour l'enseignement de l'art indien, à l'École des langues orientales à la Sorbonne, où il travaille jusqu'à la Première Guerre mondiale. Ce matériau est devenu la base pour le département de photographies documentaires du Musée Guimet à Paris, formée en 1920. Le jeune scientifique est devenu un expert reconnu sur l'histoire du bouddhisme et de l'art séculaire de l'Inde et de l'Extrême-Orient et rencontre les célèbres orientalistes français Sylvain Lévi, Émile Senart, Édouard Chavannes. Il est largement connu dans la communauté scientifique. Les académiciens russes Sergueï Oldenbourg et Nicolas RoerichEn 1906, Nicolas Roerich réalise deux mosaïques pour l’, à , pour la famille Goloubev. visitent et apprécient ses expositions au Musée Cernuschi, en 1912 V. Goloubew et H. d'Ardenne de Tizac, Exposition de peintures chinoises anciennes, avril-mai-juin 1912 : catalogue sommaire, Paris, 1912 . et 1913V. Goloubew et H. d'Ardenne de Tizac, Art bouddhique, Musée Cernuschi, des Arts de l’Asie, avril, mai, juin 1913, catalogue sommaire, Paris, 1913..
thumb|Ambulance russe - voiture chirurgicale.
Pendant la Première Guerre mondiale, Goloubew offre son aide à l'ambassadeur de Russie en France, Alexandre Izvolski. Il est accrédité en tant que représentant de la Croix-Rouge russe auprès du gouvernement français, avec le grade de colonel. Il soutient un groupe de russes à la tête duquel se placent la comtesse Margarita Karlovna von Toll, épouse de l'ambassadeur, la comtesse , fille morganatique d'un duc d'Oldenbourg, épouse du secrétaire de l’ambassade Léon Narychkine, et sa cousine Verola, qui organisent sous le haut patronage de l'impératrice douairière de Russie, Marie Fedorovna un service d'ambulances automobiles pour aller chercher les blessés en première ligne et les ramener rapidement à l'abri. Il rejoint la armée à la tête de l'une des ambulances chirurgicales automobiles financées par la communauté russe en France. Il côtoie Franchet d'EspèreySouvenirs sur le maréchal Franchet d'Espèrey 1915-1916 .. En outre, il participe activement à la photographie et la photographie aérienne qui lui sera utile plus tard. Dans les années 1916-1917, il sert dans la Brigade d'infanterie Russe qui a été envoyée sur les ordres de l'empereur Nicolas II sur le front français. En juillet 1916, il rencontre le général Pétain, commandant de la armée. Il devait par la suite le revoir à plusieurs reprises et cela explique en partie son adhésion sollicitée en 1941 à la Légion des Combattants de Hanoï.
La révolution russe prive Goloubew de ses principales sources de revenus en Russie. Il est contraint de vendre une partie de ses collections et pense faire carrière comme musicien professionnel, parce qu’il joue brillamment du violon et possède un Stradivarius. Malgré les difficultés financières, il reste fidèle à sa vocation et après la guerre reprend ses activités dans le domaine des études orientales. En 1920, il écrit une note qui accompagne la publication d'une image de Shiva Ardhanariçvara, divinité double, provenant de P'rà PâçhOm au SiamAntique bronze image of Šiva Ardhandrîsvara from Phrapatom in Southern Siam, reproduced in Collotype from the original in possession of lieutenant-colonel Maurice McClean Bidler, with a note by M. Victor Goloubew, [London ?], 1919.. En 1920 sort, à Paris, l'album des planches de quatorze sculptures indiennes de la collection Paul Mallon qu'il avait étudiéeQuatorze sculptures indiennes de la collection Paul Mallon, décrites par Victor Goloubew, Paris, s. d., 1920, in-4° . Il dirige la publication des volumes d'Ars Asiatica dont les planches sont issues des clichés de sculptures çivaïtes qu'il avait pris dans l'Inde et à Ceylan, en 1911.
Il connait Abel Bonnard qui avait écrit un livre sur la Chine et qu'il tutoie, l'écrivain Victor Segalen, le futur amiral Lartigue et, le prince héritier Gustave Adolphe de Suède orientaliste éminent.
Il enseigne à l'Université de Paris, où il travaille comme secrétaire de la Bibliothèque de l'Université. La série multi-volume de l'artiste sur l'art classique de l'Orient, est illustrée par le théâtre du peuple tibétain. Il devient membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, membre de l'École française d'Extrême-Orient en 1920.
Victor Goloubew participe à l'installation du pavillon de l'EFEO à l'Exposition coloniale de Marseille en 1922-1923Rapport sur une mission spéciale en France, décembre 1921-mars 1923, in BEFEO, XXIII, 1923, ..
Il est élu membre correspondant de la de l'Académie des sciences coloniales dès sa fondation en 1923. Secrétaire général de la Section artistique de l'Institut général psychologique.
Il acquiert la nationalité française par un décret du .
Il participe à l'Exposition coloniale internationale de 1931Victor Goloubew, Art et archéologie de l'Indochine, 1931, (Indochine, volume I, ouvrage publié par M. Sylvain Lévi pour l'Exposition Internationale de Paris, Société d'Éditions)..
En Indochine Le , Goloubew rejoint l'École française d'Extrême-Orient (EFEO). Il embarque à Marseille, le , avec Louis Finot, premier directeur de l'EFEO. Ils arrivent en Indochine, à Hanoï, le , il part pour Angkor en compagnie de Louis Finot, afin de voir le Bayon et Neak Pean, puis se rend à Banteay Chhmar où furent prises de nombreuses photographies destinées aux collections de l’École et à l'Exposition coloniale de Marseille et visite plusieurs sites. En compagnie d'Henri Marchal le conservateur d'Angkor à cette date, d'Henri Parmentier le chef archéologue de l'EFEO et de Louis Finot, ils étudient, entre autres, les bas-reliefs du grand temple de Banteay Samré, les temples de Vat Phou, de Vat Nokor, l'architecture khmère ancienne d'après les bas-reliefs du BayonIntroduction à la connaissance ď Angkor, in Bull, de l'Association française des Amis de l'Orient, , décembre 1922, Paris, Musée Guimet, , in-16..
Le , après six mois d'initiation aux études khmères et chames, Goloubew parvient enfin au siège de l'EFEO à Hanoï. Il rapporte clichés et écrit des comptes-rendus pour le Bulletin de l'EFSO. Affecté au service de la documentation photographique, il se spécialise dans les questions iconographiques. Pendant plus de 25 ans, il conduit des recherches en Indochine dont il devient l'un des archéologues de premier plan.
En 1923, Goloubew obtient la direction du département des études et de l’histoire de l’art. Avec Louis Finot, il étudie le symbolisme du temple dédié à Amoghapasha Lokeshvara à Neak PeanLe symbolisme de Nâk-Pàn, en collaboration avec Louis Finot, in BEFEO, XXIII, 1923, Hanoi, 1924, .. En 1926, il est chargé des fouilles à Sambor Prei Kuk. Il termine la publication de l'étude sur l'iconographie de BalāhaLe cheval Balàha, in BEFEO, XXVII, 1927, Hanoi, .. Ses recherches sur l'âge du bronze au TonkinL'Âge du bronze au Tonkin et dans le Nord-Annam, 1929, ., ses fouilles dans la province de Thanh Hóa, sur l'origine des tambours de bronzeLe Tambour métallique de Hoàng-Ha . et la stratigraphie des ruines d'Angkor, présentent un intérêt particulier dans le monde scientifique.
Goloubew est membre permanent de l'EFEO à part entière, à partir de 1927. En 1927, il prend les fonctions de bibliothécaire de l’E.F.E.O. Il collabore avec George Cœdès le deuxième directeur de l'EFEO. En 1936, il devient directeur du musée Louis-Finot. La dernière décennie de sa vie est consacrée à la vie administrative de l’E.F.E.O. Il collabore avec Gilberte de Coral RémusatLe peuple de Dông-so'n. Tonkin, in Actes du Congrès préhistorique de France, Toulouse-Foix, 1936, , 9 fig. In-8°. Communication présentée par G. de Coral-Rémusat. Analyse in BEFEO, 2, 1936, Gilberte de Coral-Rémusat, (1903-1943), Chargée de mission au musée Guimet, Membre correspondant de l’École française d'Extrême-Orient..
En 1932, Victor Goloubew, très proche collaborateur de Cœdès, réunit le premier congrès des préhistoriens d'Extrême-Orient, à Hanoï.
Victor Goloubew a reçu le prix Herbert-Giles de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1935 pour ses travaux sur l'archéologie extrême-orientale en général, et, en particulier, sur la plus ancienne enceinte d'Angkor Thom.