Le HMAS AE2 (originellement nommé AE2) est un sous-marin de la Royal Australian Navy. L'un des deux sous-marins commandés pour cette marine naissante, lAE2 fut construit par Vickers-Armstrongs en Angleterre et fut mis en service en 1914. Avec son , le , il navigua ensuite jusqu'en Australie, c'est à cette époque le plus long voyage effectué par un sous-marin.

Après le début de la Première Guerre mondiale, l'''AE2 fut envoyé en Nouvelle-Guinée allemande avec la Force expéditionnaire terrestre et navale australienne, où il patrouilla dans les eaux des Fidji. Comme les théâtres d'opérations du Pacifique et de l'océan Indien ne nécessitait pas l'utilisation de sous-marins, lAE2 fut envoyé en Méditerranée et arriva en Égypte au début de 1915. Le navire fut affecté à la bataille des Dardanelles, où il fut le premier sous-marin a pénétrer avec succès dans le détroit et à entrer dans la mer de Marmara. Ses ordres étant de « se lâcher » en territoire turc, lAE2 opéra pendant cinq jours avant que des problèmes techniques le forcent à faire surface, où il fut endommagé par le torpilleur Sultanhisar. Le sous-marin fut alors sabordé par son équipage, dont tous les membres furent capturés.

LAE2 fut le seul navire de la RAN perdu par action de l'ennemi pendant la Première Guerre mondiale. Le musée Rahmi M. Koç d'Istanbul débuta la recherche de l'épave en 1995 et la trouva en 1998. À la suite d'une nouvelle expédition en 2008, les gouvernements australien et turc décidèrent de laisser le navire en place.

Description La classe E était une version dérivée de la précédente classe D, élargie pour accueillir une paire additionnelle de tubes lance-torpilles LAE2 avait une longueur hors-tout de , une largeur de coque de et un tirant d'eau de . Il déplaçait en surface et en plongée. La classe E fut conçue pour plonger à une profondeur de , mais l'ajout d'une cloison étanche renforçait la coque et permettait d'atteindre une profondeur de . L'équipage était constitué de 34 officiers et membres d'équipage.

Le navire avait deux hélices, chacune entraînée par un moteur diesel à 8 cylindres de () ainsi que par un moteur électrique de (). Cette configuration permettait aux sous-marins de la classe E d'atteindre une vitesse maximum de () en surface et () en plongée. Ils emportaient approximativement de fioul qui leur donnaient une autonomie de () à en surface et () en plongée.

LAE2 était équipé de quatre tubes lance-torpilles de , un à la proue, un à la poupe et deux sur les flancs bâbord et tribord. Le bateau emportait une torpille de rechange pour chaque tube. Aucun canon n'était installé.

Construction et carrière

LAE2 fut mis sur cale le aux chantiers Vickers-Armstrongs à Barrow-in-Furness en Angleterre, et fut lancé le . Il fut pris en compte par la Royal Australian Navy à Portsmouth le , sous le commandement du Lieutenant Henry H.G.D. Stoker, RN.. Accompagné de son lAE1, lAE2 rejoignit Sydney à partir de l'Angleterre le 24 may 1914, avec un équipage composé d'officiers de la Royal Navy (RN) et de d'un mélange de matelots de la Royal Navy et de la Royal Australian Navy. Le trajet de () était alors le plus long trajet d'un sous-marin de l'histoire, et 60 des de voyage furent passés en mer.

Déclenchement de la Première Guerre mondiale

Au déclenchement de la guerre en , les deux sous-marins furent assignés à la Force expéditionnaire terrestre et navale australienne chargée de capturer la Nouvelle-Guinée allemande. Durant la capture de la Nouvelle-Guinée, lAE1 disparut sans laisser de traces. Après que les Allemands se soient rendus, lAE2 passa trois semaines à patrouiller autour des îles Fidji avec le croiseur de bataille , puis retourna à Sydney le pour maintenance et réparations.

Comme lAE2 était le seul sous-marin dans la région et que la menace allemande envers l'Australie avait disparu, Stoker suggéra que le bateau soit transféré en Europe. La Royal Australian Navy et l'Amirauté britannique acceptèrent, et le , il quitta Albany avec le convoi de la remorqué par le paquebot SS Berrima. Le sous-marin était le seul navire de guerre assigné au convoi de seize navires, puisqu'après le combat des îles Cocos qui vit la destruction du seul navire allemand actif dans les océans Pacifique et Indien, l'Amirauté ne ressenti pas le besoin de protéger la navigation dans l'océan Indien. LAE2 arriva à Port-Saïd en Égypte le , où il reçut l'ordre de rejoindre la flottille de sous-marin britannique et prit part aux patrouilles en support de la bataille des Dardanelles.

La bataille des Dardanelles Le , le sous-marin s'échoua près de Moudros alors qu'il revenait de patrouille et que les lumières du port utilisées pour guider la navigation avaient été éteintes en son absence, ce à quoi Stoker n'avait pas été préparé. Le sous-marin fut remorqué jusqu'à Malte pour être réparé et retourna aux opérations en avril.

Le but de la bataille des Dardanelles était de battre l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, et d'ouvrir une ligne de ravitaillement vers l'Empire russe via la mer Noire. Les tentatives d'ouvrir le passage des Dardanelles grâce à la puissance navale furent vaines : trois cuirassés alliés furent coulés et trois autres très endommagés durant l'attaque en surface ; bien que le sous-marin britannique fut capable d'entrer dans le détroit et de couler le cuirassé à coque en fer modernisé Mesudiye, deux autres échouèrent à traverser le détroit et à entrer en mer de Marmara, entraînant la perte du et du sous-marin français Saphir à cause des mines omniprésentes dans la zone. Des plans furent établis pour capturer les défenses turques par une attaque terrestre, avec des débarquements au cap Helles et dans la baie ANZAC. Malgré les échecs du E15 et du Saphir, Stoker prévoyait sa propre tentative, qui fut approuvée par le commandant de la flotte alliée, le vice-amiral John de Robeck.

La première tentative de lAE2 eut lieu le , mais le bateau ne parcouru que () dans le détroit avant que les attaches des barres de plongée avant ne lâchent, rendant le sous-marin incontrôlable en plongée, et forçant Stoker à se retirer. À le jour suivant, Stoker effectua une seconde tentative. Le sous-marin fut repéré par l'artillerie côtière et fut pris pour cible à partir de ; Stoker ordonna au navire de plonger pour éviter les obus et pour traverser le premier champ de mines. LAE2 passa l'heure suivante à chercher sa route entre les câbles d'arrimage des mines : des câbles défensifs soudés au sous-marin à Malte empêchaient les câbles d'arrimage de s'accrocher. À , lAE2 atteignit Çanakkale et torpilla une canonnière turque pensant que c'était un croiseur de classe Peyk-i Şevket, tout en effectuant des manœuvres évasives pour éviter un contre-torpilleur ennemi. Le sous-marin s'échoua près d'un fort turc, mais les canons du fort ne pouvaient pas s'abaisser assez pour l'atteindre, et lAE2 put se libérer seul en quatre minutes. Peu après, le périscope du sous-marin fut repéré par un cuirassé turc qui tirait sur les sites de débarquements alliés par-dessus la péninsule ; ceci conduisit le navire à arrêter son tir et à se retirer. LAE2 s'avança plus en avant dans la mer de Marmara, et à , Stoker décida de poser le bateau au fond de l'eau et d'attendre que la nuit tombe pour continuer.

Vers lAE2 fit surface pour recharger ses batteries, et Stoker envoya un message à la flotte annonçant son succès, étant le premier navire allié à traverser le détroit. Stoker avait ordonné d'attaquer tout navire ennemi, et en l'absence de bateau en vue, il ordonna d'entrer en mer de Marmara. Bien que le débarquement du cap Helles se passait bien au moment où Stoker envoya son message, le débarquement en baie ANZAC était un échec, et le commandant du corps d'armée australien et néo-zélandais (ANZAC), le lieutenant-general Sir William Birdwood poussait pour le réembarquement de ses troupes. Certaines sources identifient lAE2 comme l'une des raisons qui poussèrent Birdwood à attaquer, bien que l'Australian War Memorial argue qu'il « n'y a pas de preuve » que ce soit le cas.

Le sous-marin fit des apparitions à travers la mer de Marmara durant les cinq jours suivants pour donner l'impression qu'il y avait plusieurs bateaux, et plusieurs attaques contre des navires turcs furent effectuées, bien que toutes échouèrent à cause des problèmes mécaniques de plus en plus nombreux. Les informations sur les succès du sous-marins furent communiquées aux soldats à terre pour accroître leur moral. Le , lAE2 rencontra le , l'un des nombreux sous-marins à être entrés dans les Dardanelles après lui. Les sous-marins arrangèrent un rendez-vous pour le matin suivant. Quand lAE2 arriva au point de rendez-vous le , la fumée du torpilleur Sultanhisar était en vue, le sous-marin plongea donc et se déplaça pour enquêter. À , à du torpilleur, l'AE2 remonta et fit surface de façon inexplicable : Tandis qu'il plongeait pour s'échapper, le sous-marin passa sous sa profondeur limite de plongée ; les tentatives frénétiques pour corriger le problème fit que la poupe fit surface. Le Sultanhisar tira immédiatement sur le sous-marin, perforant sa coque pressurisée en trois endroits près des compartiments des moteurs. Stoker ordonna à l'équipage d'évacuer et il saborda lAE2 à . Tous les membres d'équipage survécurent à l'attaque et furent capturés par le Sultanhisar bien que quatre décédèrent de maladie en captivité. Les succès de lAE2 montrèrent aux autres que la mission était possible, et pendant des mois la navigation et les lignes de communication turques furent perturbées, le ravitaillement et les renforts des défenses turques de la presqu'île de Gallipoli furent forcés d'emprunter des voies terrestres sous-développées. LAE2 fut le seul bâtiment de la Royal Australian Navy à être perdu par l'action de l'ennemi pendant la Première Guerre mondiale, avec son AE1, ils constituèrent les seules pertes opérationnelles de la RAN pendant la guerre.

Recherche de l'épave

À partir de 1995, Selçuk Kolay, directeur du musée Rahmi M. Koç à Istanbul, a recherché les restes de lAE2. En 1996, il découvrit ce qu'il pensait être l'épave par de fond. Avec l'assistance d'une équipe de plongée australienne, il détermina en que l'épave était celle d'un vieux bateau à vapeur. Après une enquête plus approfondie au sonar à balayage latéral et par magnétométrie sur le site de sabordage de lAE2 connu, Kolay localisa le sous-marin en , reposant par de fond. La première plongée sur l'épave eut lieu en juillet, tandis que les plongées suivantes par une équipe australiennes apte à confirmer l'identité de lAE2s eurent lieu en octobre. Le gouvernement australien ne réclama pas l'épave, le sous-marin n'étant pas considéré comme un cimetière militaire.