vignette|droite|Ancienne cathédrale de Battambang (Cambodge), détruite par les Khmers rouges en 1975.

Les missions catholiques ou missions pontificales naissent en France au , avant de s'étendre aux pays catholiques voisins après une période de reflux observée à la fin du . Si d'un côté cet élan missionnaire ressort de la vague de l'expansion européenne qui s'exprimera également par le colonialisme, il est juste de préciser que les missions sont plutôt en avance de phase par rapport à la colonisation et elles survivent à la décolonisation. Comme un mouvement missionnaire est apparu simultanément chez les protestants, la rivalité entre catholiques et protestants est une caractéristique de la période. L'Océanie, l'Asie et l'Afrique sont les terres de missions spécialement concernées, mais la christianisation d'un pays comme la Corée, restée en dehors du processus de colonisation européenne s'inscrit également dans cette période.

Repères chronologiques 1742 : Benoît XIV, bulle Ex quo singulari qui met fin à la querelle des rites. 1773 : Suppression de la Compagnie de Jésus par Clément XIV 1814 : Restauration de la Compagnie de Jésus 1822 : Fondation à Lyon de l’Œuvre de la Propagation de la foi 1836 : Bref du pape Grégoire XVI soustrayant la Côte de Coromandel à l'administration de Goa et l'érigeant comme Vicariat apostolique confié aux Missions étrangères de Paris. 1838 : Bulle Multa praeclare du pape Grégoire XVI érige les Vicariats apostoliques et met fin au Padroado de la couronne du Portugal 1845 : Encyclique Neminem Perfecto sur la formation du clergé local (Grégoire XVI) 1872 : Fondation des Pères blancs, premiers pères Blancs au Sahara (Laghouat) 1878 : Départ d'une caravane de Missionnaires vers le Bouganda et le Tanganyika. 1886 : Martyre des chrétiens de l'Ouganda 1919 : Encyclique Maximum illud (Benoît XV) 1926 : Encyclique Rerum Ecclesiae (Pie XI) 1951 : Encyclique Evangelii Praecones sur l'autonomie des Églises locales (Pie XII)

La situation des missions catholiques à la fin du

vignette|droite|Le palais de la Propaganda Fide au .

Depuis les Capitulations passées entre le roi François et Soliman le Magnifique, la France était considérée comme protectrice des nombreux chrétiens vivant dans l'Empire ottoman. Les consulats de Smyrne ou de Tunis étaient tenus par des prêtres de la congrégation de la Mission dits Lazaristes, fondés par saint Vincent de Paul, dont beaucoup étaient français.

Il ne s'agissait pas à proprement parler de missions, le prosélytisme étant interdit en pays musulman, mais de subvenir aux besoins des minorités chrétiennes souvent et régulièrement persécutées dans les terres où le christianisme naquit.

Quant aux explorations lancées au , par le franciscain Guillaume de Rubrouck et par de Jean de Montecorvino, elles étaient restées sans lendemain durable, non seulement à cause de la difficulté des communications, mais aussi de la division des communautés chrétiennes demeurées encore vivantes depuis les origines du christianisme sur la route de la Soie.

Les données avaient été changées à partir de la découverte du Nouveau Monde et de l'expansion européenne dominée à ses débuts par le Portugal et l'Espagne. Par le traité de Tordesillas en 1494, le Saint-Siège confiait officiellement l'évangélisation des contrées nouvellement découvertes aux souverains portugais et espagnol dans leurs zones d'influence respectives. Ce fut le système du patronato en Amérique et du patronado au Brésil et en Inde.

En Amérique du Sud et en particulier en Amérique centrale, les missionnaires dominicains, en particulier Bartolomé de las Casas, s'attachèrent à protéger les Indiens contre la cruauté des conquérants. En 1550, lors de la fameuse controverse de Valladolid, Bartolomé de Las casas triompha sur le théologien Sepulveda qui voulait justifier l'esclavage au nom d'Aristote.

En 1540, la fondation de la Compagnie de Jésus, vouée à l'évangélisation du monde entier avait permis à de nombreux prêtres italiens et français de s'engager comme missionnaires aux côtés des Portugais et des Espagnols. Dans des territoires protégés de l'influence des colons, les Réductions (c'est-à-dire village d'indigènes baptisés) que les Jésuites avaient inventées, notamment au Paraguay, constituaient des formes originales d'apostolat missionnaire. En Chine où leur pénétration avait été facilitée à la cour par leur supériorité scientifique en matière de mathématique et d'astronomie, les Jésuites, partisans d'une grande tolérance à l'égard du culte que les Chinois rendent à leurs ancêtres, se heurtèrent cependant aux Dominicains. Au début du , le débat connu sous le nom de Querelle des Rites fut tranché par le pape en leur défaveur.

Sous le règne du roi d'Espagne Philippe II, l'évolution du système du patronado portugais est amorcée avec la fondation de la Sacrée congrégation de la Propaganda Fide installée en face de l'ambassade d'Espagne même pour superviser les missionnaires de tous les pays et organiser la formation d'Églises locales dans les pays qui abritaient des nouvelles communautés catholiques. De nouvelles circonscriptions ecclésiastiques furent alors érigées alors « à titre provisoire » sous le nom de vicariats apostoliques. Ce sont elles et elles seules, qui, au , étaient considérées à proprement parler comme des missions.

L'Amérique du Sud en effet était divisée en diocèses ordinaires administrés par des évêques dépendant de la couronne d'Espagne. En Asie, les nouvelles missions formées en territoire dépendant du Portugal dépendaient de l'archevêché de Goa. La fondation en 1658 de la société des Missions étrangères de Paris marque l'affirmation de la France dans le monde catholique. Les missions dépendant de la France ne sont pas organisées en diocèses mais en vicariats apostoliques dépendant du Saint-Siège et considérées comme provisoires. Leur financement est essentiellement le fait de laïcs français riches. Pour échapper au contrôle des vaisseaux portugais, les premiers pères des Missions étrangères de Paris voyagent parfois par voie de terre, à pied, depuis Beyrouth jusqu'en Perse et en bateau à partir de la Perse.

Dans la deuxième moitié du , une série d'événements va freiner l'expansion des missions, notamment en Asie La bulle par laquelle le pape Benoît XIV désavoue les Jésuites dans la Querelle des Rites ; La suppression de la Compagnie de Jésus en 1773 ; La Révolution française, à partir de 1789.

L'élan missionnaire français au Prêtres émigrés Les séminaires sont vidés à la Révolution française et la Terreur s'impose, notamment contre l'Église. Il faudra plusieurs années avant de retrouver des vocations missionnaires constantes. Dès les années 1791-1792, de très nombreux prêtres, en particulier des Sulpiciens se sont réfugiés aux États-Unis. Quant aux pères des Missions étrangères de Paris, plusieurs étaient demeurés en Inde et avaient installé une procure à Londres. L'impératrice de Russie, Catherine II ayant protégé les jésuites, Saint-Pétersbourg devint aussi un foyer d'émigration religieuse. Dès le début de l'Empire, par l'intermédiaire de l'Angleterre ou de la Russie, plusieurs d'entre eux restèrent secrètement en rapport avec d'anciens sulpiciens ou d'anciens jésuites demeurés en France ou en Suisse.

Dès les lendemains du Concordat de 1801, un ancien jésuite, le père Delpuits, fonde aussi à Paris une organisation pieuse, la Congrégation, intéressée par la reprise de contacts épistolaires avec les prêtres français émigrés en Amérique. Parmi ces congréganistes plusieurs deviendront évêques dans les États-Unis naissants, en particulier dans les villes situées en Basse et Haute-Louisiane. Au nombre de ceux-ci, se trouvent : Dubourg, né à Saint-Domingue en 1766, puis émigré aux États-Unis, sacré à Rome évêque de la Nouvelle-Orléans en 1815. Ami du duc de Rohan-Chabot. Envoie en Europe deux de ses vicaires généraux, Martial, puis Inglessi en Europe. Le premier revient en Louisiane accompagné de la Révérende Mère Duchesne, fondatrice du Sacré-Cœur aux États-Unis. Le second parvient à intéresser aux missions d'Amérique l'Œuvre naissante de la Propagation de la Foi née à Lyon en 1821. Monseigneur Gabriel Bruté de Rémur ; né à Rennes en 1779, grand prix de médecine de la Ville de Paris, sacré évêque de Vincennes (Indiana) en 1834. Monseigneur de Cheverus, né en 1768 à Mayenne. Exilé à Londres puis à Baltimore. Évêque de Boston de 1810 à 1824, puis de Montauban, à partir de 1824, archevêque de Bordeaux à partir de 1826. Monseigneur Maréchal. Né à Orléans en 1768, prêtre de Saint-Sulpice. Archevêque de Baltimore. 1817-1828. Monseigneur Dubois, né à Paris, en 1764, ancien élève du collège jésuite de Clermont (actuel lycée Louis-le-Grand), prêtre de Saint-Sulpice. Évêque d'Emmitsburg (Maryland) où s'installe Elizabeth Seton, fondatrice des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul aux États-Unis. Évêque de New-York de 1826 à 1838. Monseigneur Benoît-Joseph Flaget, prêtre de Saint-Sulpice, évêque de .

Plusieurs autres seront missionnaires en Extrême-Orient, comme Monseigneur Perrocheau, missionnaire au Sé-Tchouan (Chine). Quant à l'abbé Desgenettes, curé de la basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris de 1832 à 1860, il est protecteur de l'Œuvre des Noirs.

Sources : Geoffroy de Grandmaison: La Congrégation, Paris, Plon, 1889 Élisabeth Dufourcq: Les Congrégations religieuses féminines hors d'Europe de Richelieu à nos jours. Histoire naturelle d'une diaspora, chapitre VII. Tome II. Librairie de l'Inde Éditeur. 1993. Thèse sous la direction du professeur René Rémond

Nouvel élan des congrégations Ainsi le redémarrage des missions sera lent au début du , mais on verra apparaître un véritable engouement pour la cause missionnaire qui fera de la France la principale pourvoyeuse des missions catholiques. Les jésuites sont rétablis en 1814, mais jamais plus ils ne redeviendront en Europe la force missionnaire majeure qu'ils avaient été aux . À partir des années 1980, leur recrutement se fait désormais majoritairement en Inde et en Amérique du Sud.

Au temps de l'Empire, les quelques prêtres des Missions étrangères, partis pour les Indes sous l'Ancien Régime et demeurés sur place, restent souvent liés à Londres et sont bien sûr opposants de la Révolution, mais aussi de l'Empire napoléonien. Après 1814, les nouveaux départs missionnaires sont d'abord ceux de religieuses appelées par les nouveaux évêques français d'Amérique ou des lambeaux de colonies conservées à la France après le traité de Vienne. La mission de ces femmes est surtout de fonder de nouvelles œuvres hospitalières et enseignantes destinées soit aux enfants des pionniers, en Amérique du Nord, soit à l'encadrement des Noirs destinés à être émancipés. C'est ainsi que les congrégations féminines du Sacré-cœur, de Saint Joseph de Cluny, de Saint Paul de Chartres (très actives ensuite dans la péninsule indochinoise), s'implantent respectivement en Haute Louisiane puis à New-York, au Sénégal, en Guyane et à La Réunion.

Du côté des hommes, le redémarrage missionnaire est lent, mais bénéficie du véritable engouement pour la cause missionnaire qui fait de la France, le principal foyer des missions catholiques. Les jésuites sont rétablis par Pie VII en 1814. Mais ils ne reprennent que tardivement en Chine la place qu'ils occupaient avant la dispersion de leur Compagnie, continuant d'abord à privilégier l'évangélisation des élites lettrées. Les Lazaristes qui leur avaient difficilement succédé et avaient initialement choisi l'évangélisation des pauvres dans les campagnes, sont victimes d'une vague de persécutions qui marque le début du .

Quant au séminaire des Missions étrangères de la rue du Bac, il ne rouvre officiellement ses portes qu'en 1815, et le redémarrage des départs en mission se fait lentement : un prêtre en 1816, deux en 1817, deux, quatre, six les années suivantes. Mais en même temps, le système de financement des missions se démocratise.