Le château de Marly est un château royal situé dans la commune de Marly-le-Roi dans le département français des Yvelines, en région Île-de-France.
Le parc de Marly existe toujours, mais le château, édifié sous le règne de Louis XIV, a été démoli durant le Premier Empire.
Historique Louis XIV et Marly vignette|L'Abreuvoir de Marly, gravure de Jacques Rigaud. vignette|Plan général de Marly, .
En 1676, le roi Louis XIV achète les seigneuries de Marly-le-Chastel et de Marly-le-Bourg à la famille de Montmorency ; le lieu prend alors le nom de Marly-le-Roi.
Louis XIV, qui souhaite fuir la pesanteur de Versailles, charge dès 1679 les architectes Jules Hardouin-Mansart et Robert de Cotte de l'édification d'un château de plaisance pouvant accueillir quelques privilégiés.
Le marché de travaux est passé le aux entrepreneurs Jean Bailly et François LespéeNote : L'entrepreneur François Lespée est probablement l'architecte auquel le roi vend une terre à Versailles en 1689 pour y construire une maison qu'il rachète en 1707 à ses fils, Charles-François Lespée, père de l'abbé de L'Épée, et Jean-François Lespée, ingénieur des ponts et chaussées, pour agrandir la Charité (voir : , Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1921 (lire en ligne)).. Ces travaux sont pratiquement terminés lorsque Louis XIV s'y rend pour la première fois en .
Le roi à l'origine y invite ses intimes et résume ainsi la fonction de ses trois principales résidences : . Puis, à partir des années 1690, les invitations sont des marques de promotion politique et administrative et, dans les deux dernières décennies du règne, « Marly tend à devenir une autre résidence ordinaire, un second Versailles, voire un anti-Versailles ».
Les « Marly » En 1686 a lieu le premier « Marly ». C'est sous cette appellation que sont alors nommés les séjours du roi et de ses invités au château. Dès l'origine, les jardins et le château de Marly sont prévus pour que Louis XIV puisse s'éloigner de Versailles et des pesanteurs et tracas de la cour, en compagnie de la famille royale et de quelques invités. Ceux-ci attendent parfois des mois avant d'avoir le privilège d'être invités dans le saint des saints. Être convié à Marly est considéré comme l'extrême faveur royale. Les noms des élus figurent sur une liste diffusée quelques jours avant le départ.
Saint-Simon, dans ses Mémoires, décrit non sans ironie les courtisans suppliant le secrétaire du Roi pour y figurer ou implorant Louis XIV en lui disant « Sire, Marly… » à son passage. Mais ce ne sont jamais plus de 60 à qui y séjournent. Plus le pavillon attribué à un invité est proche du pavillon royal, plus celui-ci est censé avoir les faveurs du monarque. Les princes du sang n'y vont pas de droit et doivent, comme n'importe quel autre courtisan, être invités par le roi. Seuls les membres de sa proche famille y sont conviés d'office, notamment Monsieur, frère du roi et son épouse, la princesse Palatine.
Marly est avant tout un lieu de plaisir et de fêtes. L'étiquette, si présente à Versailles, y est en partie abolie et de nombreux divertissements sont organisés : escarpolette, ramasse (un chariot sur rails en bois ancêtre des montagnes russes), le mail (une sorte de golf ou de croquet), billard, jeux de cartes, gondoles sur le grand miroir, etc.
Sous Louis XV et Louis XVI vignette|centré|upright=2.3|Le château de Marly au . Les oculi ont été réalisés dans la façade pour les entresols aménagés sous Louis XV.
Pendant la Régence, Philippe d'Orléans délaisse Marly, qui ne reprend son rôle de château de plaisance que sous le règne personnel de Louis XV. Le roi s'y retirera notamment quelques jours à la mort de la reine Marie Leszczynska en . Tout au long du règne, le système de la liste est conservé pour les invitations à séjourner au château, mais un certain relâchement dans l'étiquette peut s'observer : les courtisans peuvent ainsi se rendre librement à Marly pour la journée. Ce mouvement se poursuit sous Louis XVI : lorsque le roi et la reine sont absents, le parc de Marly est ouvert et devient un lieu de promenade. Le château, apprécié de Marie-Antoinette, est alors régulièrement réinvesti par la cour, notamment pour les chasses ou pour des fêtes, comme celle donnée pour célébrer la grossesse de la reine à l'automne 1778.
Cependant, les divers chantiers entrepris pour rénover le château font de Marly un séjour inconfortable. Le couple royal y séjourne fréquemment jusque dans les années 1780, mais préfère à cette époque les châteaux de Saint-Cloud et de Rambouillet, récemment acquis par la couronne. Le dernier séjour royal a lieu en , lors du deuil du dauphin Louis-Joseph.
La destruction Dès 1789, malgré le maintien de l'entretien par l'administration des bâtiments du roi, de premières coupes d'arbres sont entreprises. Lorsque la monarchie est abolie, les insignes de la royauté sont supprimés, les matériaux valorisables, comme les canalisations, sont extraits, les œuvres d'art sont transportées au musée du Louvre et le mobilier est vendu aux enchères, sur place. En 1795, un régiment est installé au château : les soldats contribuent ainsi à la destruction des bâtiments, en les saccageant et en utilisant par exemple les boiseries comme bois de chauffage.
Finalement, l'administration décide de la vente de Marly. Le domaine est ainsi acquis le par un premier acquéreur, Coste, qui entame les démolitions, avant de le céder en 1803 à un Parisien, Alexandre Sagniel, qui y installe une filature de coton et une fabrique de draps. Les affaires étant peu florissantes, Sagniel tente de se renflouer en démantelant peu à peu le château, monnayant tous les matériaux prélevés. L'échec de sa revente entre 1805 et 1806 à Napoléon accélère la démolition de l'édifice, qui disparaît entièrement entre 1808 (pour les douze pavillons) et 1816 (pour le pavillon royal)..
Il ne reste ainsi plus rien de visible du château édifié par Jules Hardouin-Mansart, si ce n'est, en haut du parc, la représentation au sol des murs du pavillon royal.
Le domaine national et le pavillon de Marly Peu avant la démolition complète du château, le parc est finalement racheté par l'administration impériale le , et redevient un domaine de chasse.
Au est bâti un petit rendez-vous de chasse qui sera, à partir de 1879, affecté à la présidence de la République. Plus rustique et plus intime que le château de Rambouillet, également dévolu au président de la République, le pavillon de Marly accueille notamment l'ancien chef du gouvernement Charles de Gaulle en 1946, en attente de la reconstruction de La Boisserie, dévastée pendant la guerre. Il y reste quatre mois avec son épouse Yvonne et sa fille Anne. Il y reçoit des fidèles, commence à y écrire ses Mémoires de guerre et y convie l'Allemand Konrad Adenauer. De rares invités y viennent chasser, comme les présidents du Dahomey et du Pakistan, sans pourtant que le Général participe à ces escapades..
Parcouru par les promeneurs, Marly est trop visible pour que François Mitterrand y installe sa famille secrète. En 1988, il y organise cependant de discrètes réunions afin de préparer la campagne présidentielle, autour de responsables du Parti socialiste.
En 2009, la présidence de la République se dessaisit de Marly, et le domaine est rattaché à celui de Versailles.
L'architecture Par souci d'économie, l'ensemble des bâtiments avait été peint a fresco en trompe-l'œil, sous la direction de Charles Le Brun. Trophées, bas-reliefs et pilastres artificiels animent les façadesVincent Maroteaux, , p. 11 qui déploient des décors polychromes flamboyants.
Le pavillon royal vignette|Vue en coupe du pavillon royal de Marly.|alt=Coupe du pavillon du roi à Marly. vignette|Plan du rez-de-chaussée et du du pavillon royal de Marly. vignette|upright|Cérès ou l'Été, peinture provenant du grand salon octogonal, dans le pavillon royal du château de Marly, Louis de Boullogne, musée des Beaux-Arts de Rouen.
Le pavillon royal, édifié sur une esplanade, rompt avec la tradition française du logis entre cour et jardin : bâti sur un plan carré en présentant quatre façades identiques, il s'inspire de l'architecture palladienne, particulièrement de la villa Rotonda et de son plan centré. Son plan s'organise autour d'un grand salon octogonal à l'italienne, haut de près de , équivalant à trois niveaux, desservi par quatre vestibules reliant les espaces situés aux quatre angles du pavillon. Ces espaces contenaient chacun un des appartements de la famille royale. Au niveau intermédiaire étaient accrochées quatre grandes peintures exécutées en 1699 pour représenter les quatre saisons : Cérès ou l'Été, par Louis de Boullogne (aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Rouen) ; Bacchus et Ariane ou l'Automne, par Charles de La Fosse (aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Dijon) ; Saturne ou l'Hiver, par Jean-Baptiste Jouvenet (aujourd'hui au musée du domaine royal de Marly) ; Zéphyr et Flore ou le Printemps, par Charles Antoine Coypel (aujourd'hui au musée du domaine royal de Marly).
Les vestibules est et ouest font office d'entrées au pavillon, tandis que le vestibule sud abrite le salon du billard et celui du nord le salon des jeux.
Les quatre appartements, qui disposent chacun d'une enfilade de trois pièces, sont associés à une couleur et à une saison : le roi, dont l'appartement est orienté vers le château de Saint-Germain-en-Laye, lieu de sa naissance, occupe l'appartement rouge, couleur associée à l'été ; la reine se voit attribuer l'appartement vert, associé au printemps ; Monsieur habite l'appartement aurore, associé à l'automne ; vignette|upright|Bacchus et Ariane ou l'Automne, peinture provenant du grand salon octogonal, dans le pavillon royal du château de Marly, Charles de La Fosse, musée des Beaux-Arts de Dijon. princesse Palatine se voit attribuer l'appartement bleu, pour l'hiver.
Cependant, le premier séjour de la cour à Marly n'a lieu qu'en : la reine, morte trois ans auparavant, ne profite donc pas de son appartement et le roi en attribue fugacement l'usage à son fils, le Grand Dauphin, avant de le céder en 1694 à sa seconde épouse, Madame de Maintenon, qui fait procéder à de nombreux aménagements l'année suivante, notamment par la création d'un entresol et de cloisonnements dans son cabinet.
Avant d'être installé dans le pavillon de la perspective, le salon des collations ou « Caffé » occupe l'antichambre de l'appartement aurore de Monsieur. Celui-ci, rapidement incommodé par les nuisances que cela apporte, l'abandonne en 1696, puis l'appartement est affecté au duc de Bourgogne en 1699. Cette antichambre finit par être transformée en escalier d'honneur dit « Grand Degré » en 1711, élément qui manquait jusqu'alors à l'édifice.
Sous Louis XV, dans les années 1740, toutes les pièces du rez-de-chaussée sont entresolées, et le pavillon se voit pourvu d'un étage en attique en 1750. Sous Louis XVI, l'édifice bénéficie de travaux d'entretien (rénovation du perron, curage de l'abreuvoir, restauration du parc bas, etc.), tandis que la décoration générale est repensée pour la reine Marie-Antoinette : entresolement de l'appartement de la reine, pose de cheminées, décoration de sa chambre, réameublement des appartements royaux. Une salle de spectacle démontable est créée dans l'ancien bosquet de Bacchus. Pour autant, faute de moyens suffisants, aucune rénovation d'ampleur n'est réalisée sous ces deux règnes. L'allure extérieure du pavillon est alors en piteux état : les décors polychromes des façades sont très effacés, le bâtiment n'ayant pas connu de ravalement depuis sa construction.
Le pavillon de la perspective Il est construit à l'ouest du pavillon royal lors de la seconde phase des travaux de 1684. Cet édifice rectangulaire est construit autour d'une cour intérieure. Il est le pendant symétrique du pavillon de la salle des gardes et du pavillon de la chapelle, situés à l'est.