Léglise Saint-Martin est une église catholique de l'art roman, située à Colombelles, dans le département du Calvados, en France. Datant des et siècles, elle est inscrite au titre des monuments historiques.
Elle n'est plus régulièrement ouverte au culte depuis 1963, année où fut consacrée, le , la nouvelle église Saint-Pierre-Saint-Paul, située au centre-ville actuel de la commune. Néanmoins, une messe dominicale est célébrée une fois par an en l'église Saint-Martin qui sert de salle d'exposition ou de concert, notamment à l'occasion des Journées européennes du patrimoine.
Localisation
L'église est située dans le département français du Calvados en Normandie. Elle s'élève à l'ouest du bourg de Colombelles dans le quartier dit du Bas Colombelles, le plus ancien de la commune, non loin de l'Orne et du bac qui permettait son franchissement.
Elle se trouvait alors au cœur de ce qui n'était encore qu'un hameau le long de l'Orne, sur la route dite des Bouviers allant de Bayeux à Varaville. Le bac permettait en effet le franchissement du fleuve tout autant au bétail qu'aux personnes.
L'église fut édifiée sur des terres qui appartenaient à l'abbaye du Plessis-Grimoult.
vignette|centre|L'église Saint-Martin de Colombelles sur la carte de Cassini (milieu du ).
Historique Ainsi qu'en ferait foi sa dédicace à saint Martin, cette église remonterait aux /s. Ses parties les plus anciennes sont d'ailleurs caractéristiques de l'art roman. Elle a néanmoins subi quelques transformations comme le remaniement du chœur à l'époque classique et l'adjonction d'une chapelle latérale en 1828.
L'église a été élevée entre le bac qui permettait de franchir l'Orne au droit d'Hérouville et la ferme du prieuré qui dépendait de l'abbaye du Plessis-Grimoult. Elle a été construite en plusieurs phases : successivement, la nef pour les offices, la tour pour la défense et le chœur, puis, plus tardivement, la sacristie dans la seconde moitié du et la chapelle latérale au deuxième quart du .
Jusqu'à la Révolution (un trait est une part de la dîme, au pourcentage variable). Par la suite, les curés ont été nommés par l'évêque de Bayeux. Le dernier curé de Saint-Martin, le Père Léon Jaunatre, nommé en 1957, est devenu le premier curé de Saint-Pierre-Saint-Paul en 1963. Deux de ses desservants sont inhumés dans le cimetière attenant : l'abbé Joseph Lemoine (nommé en 1830 et décédé dans son ministère en 1847) et l'abbé Eugène François Déclomesnil (curé de 1879 à 1919 et décédé en 1920).
Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'abbé Joseph Leroy, nommé curé de Saint-Martin en 1933, est rappelé sous les drapeaux en 1939 et participe aux combats de 1940. Démobilisé, il retrouve sa paroisse et avec l'aide de mères de famille, il sert la soupe populaire aux enfants privés de père, qu'il soit au combat, prisonnier de guerre ou requis pour le service du travail obligatoire (STO). Parallèlement, il s'engage dans la Résistance et intègre le groupe de Giberville. A la Libération, reconnaissant sa conduite exemplaire, le préfet du Calvados l'appelle à compléter provisoirement le conseil municipal de Colombelles. Il y exerce la fonction de maire-adjoint jusqu'aux élections d'. Bien que natif de Cricqueville-en-Bessin, il émet le vœu de reposer à Colombelles où il est inhumé le au pied de la croix du nouveau cimetière, rue Jules Guesde.
Lors des opérations du Débarquement, l'église Saint-Martin subit plusieurs bombardements qui se sont échelonnés du Jour J au , date de la libération de Colombelles par les Canadiens. L'importance des dégâts causés par les Alliés a justifié l'attribution de dommages de guerre pour une somme de . Des transformations intérieures ont été alors entreprises à la demande du P. André Dugimond, successeur de l'abbé Leroy, qui a desservi la paroisse de 1949 à 1955 : elles sont détaillées dans une lettre que le prêtre adressa le au maire de l'époque, Aristide Himbaut. Conformément aux préconisations du Père, la sacristie a été remplacée et un nouveau catafalque a été acquis, l'ancien ayant été détruit. Le chœur a été séparé du transept par une draperie de velours suspendue à une grille en fer forgé installée sous l'ogive centrale de la nef. Symbolisant l'Eucharistie, cette grille a été réalisée d'après un dessin de Serge Himbault, artiste qui a aussi élaboré les armoiries de la commune de Colombelles à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les deux autels latéraux ont été supprimés au motif qu'ils étaient « compliqués, d'ornementations sans style » et de « mauvais effet dans une nef où tout devrait être simple ». Ils ont eux aussi été remplacés par une draperie supportée de même par deux motifs en fer forgé. L'ancien chemin de croix en plâtre polychrome, jugé « quelconque » a été supprimé et remplacé en 1950 par des peintures murales, exécutées également d'après des dessins de Serge Himbault.
Ces aménagements intérieurs coïncident avec l'arrivée de prêtres de la Mission de France, proches du monde ouvrier, qui prônent la simplicité tant dans l'aménagement des lieux de culte que dans l'approche et le déroulement de la liturgie.
Avec l'augmentation de la population, l'église Saint-Martin s'avère insuffisante à l'accueil des paroissiens. Le besoin d'une nouvelle église, plus proche du nouveau centre de la commune qui s'est déplacé vers le Plateau, se fait sentir dès les années 1950. Des négociations entre le diocèse et la municipalité sont entreprises et aboutissent en 1949 à la cession d'un terrain à l'angle de la rue Léon Blum alors naissante et de la future rue de la Cité-Libérée. Le permis de construire est déposé en 1960 et la nouvelle église, placée sous la dédicace de saint Pierre et saint Paul, est achevée et consacrée en .
Saint-Martin n'est plus régulièrement affectée au culte catholique mais le diocèse de Bayeux et Lisieux en est toujours affectataire. Depuis le début des années 2020, une messe annuelle y est célébrée à l'occasion de la fête de la Saint-Martin d'été.
Avec la réforme du diocèse voulue par Jacques Habert, évêque de Bayeux & Lisieux, Saint-Martin de Colombelles relève depuis le du doyenné de la Plaine de Caen et de la nouvelle paroisse Saints-Louis-et-Zélie-Martin du Sud de Caen.
Architecture L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques depuis le .
Orientée , de plan simple, l'église comporte dès l'origine une nef suivie d'une tour carrée qui surplombe une travée sous clocher et un chœur à chevet plat.
La façade Côté extérieur, la façade occidentale, encadrée par deux contreforts, comporte un portail pourvu de deux rangs d'archivolte au décor, respectivement, de zigzags et de frettes crénelées, reposant sur de fines colonnes. Le portail est surmonté de cinq baies dont les trois centrales sont aveugles. Au-dessus de la baie aveugle centrale se trouve une ouverture plus étroite et rectangulaire qui est pourvue côté intérieur d'un vitrail du représentant saint Martin. Toujours au revers de la façade ouest, de part et d'autre de la porte, les arcatures romanes sont en plein cintre à gauche et en arc brisé à droite..
La nef La nef, comme le chœur, est pourvue d'une charpente dont la plupart des éléments remonte à son édification. Elle présente de chaque côté une arcature romane en plein cintre dissimulée au par des boiseries qui ont été déposées en 2004 en raison de leur infestation par des champignons. Les murs gouttereaux sont scandés à l'extérieur par des contreforts. Côté nord, face à la grille d'entrée à l'enclos paroissial, le mur présente un portail, aujourd'hui condamné, au décor semblable à celui du portail ouest. Les colonnettes qui supportent la double architrave ont des chapiteaux historiés.
La tour et la travée sous clocher La tour, de section carrée, témoigne des temps troublés en lesquels l'édifice fut construit : il s'agissait d'une tour de guet qui devait permettre de détecter les possibles envahisseurs ou assaillants.
Il apparaît que la tour a été remaniée au : à l'extérieur, les pierres se situant en partie haute au-dessus des contreforts sont taillées de manière différente et à l'intérieur, les piles romanes d'origine ont été conservées dans une maçonnerie dissimulée dans des colonnes gothiques qui viennent les conforter. Ce travail de reprise a eu pour effet de réduire la vue sur le chœur depuis la nef. Aussi les colonnes ont-elles été soigneusement sciées à leur base avec un profil en amande. La voûte sur croisées d'ogives annonce la transition vers l'art gothique.
En 1822, de nouveaux travaux sont entrepris afin de transformer la tour en clocher. La tour est coiffée en bâtière, percée de lucarnes pourvues d'abat-son. Les deux pignons sont surmontés d'une petite croix de pierre. Une sonnerie de trois cloches est installée en 1892.
Le chœur gauche|vignette|Vue sur le choeur depuis la nef (juillet 2024). Le chœur a été transformé au avec la destruction de la voûte et l'agrandissement des baies. C'est à cette époque qu'il est pourvu d'un maître-autel d'une grande sobriété stylistique, qui s'appuie au mur de chevet.
La sacristie Une inscription découverte fortuitement lors de travaux de réfection des sols exécutés en 2009 permet d'en connaître la date précise : « Fleury Rosée y a fait faire cette sacristie en l'an 1663 ». Elle est adossée, au sud, au mur extérieur du chœur avec lequel elle communique par deux portes.
La chapelle latérale Côté ouest du chœur, la chapelle latérale a été construite en 1828 par le comte et la comtesse de Laistre, en mémoire de leur fille, Ambroisine. Elle est dédiée à saint Joseph.
Mobilier Mobilier liturgique La chapelle a gardé son maître-autel avec retable tripartite du porté par deux colonnes d'ordre corinthien. La grande toile centrale du retable, volée en 1986, était signée de Jean-François Restout et représentait le rêve de saint Martin. Deux petits tableaux figuraient au-dessous, dérobés au début du : l'un dû au moine Andrea de Bally, représentait le Christ apparaissant à saint Martin adolescent ; l'autre, l'annonciation.
L'église a gardé ses fonts baptismaux dont la cuve à aspersion circulaire se trouve en partie encastrée dans le mur de la nef, près de l'entrée.
Demeurent de même le confessionnal et la tribune financée en 1854 par la famille de Laistre.
Statuaire vignette|upright|Charité de saint Martin.
De part et d'autre du maître-autel, deux niches abritent respectivement la Vierge foulant le serpent (plâtre du ) et un saint Jean du . Selon l'expression de Fernand Engerand, il s'agirait peut-être d'une statue , l'aigle, comme posé sur un perchoir, semblant avoir été ajouté pour l’attribution.
Au chevet se dressent deux statues en plâtre placées au milieu du : sainte Marguerite et saint Gabriel.
L'œuvre la plus importante de l'église reste un haut-relief du , connu sous le vocable de Charité de Saint-Martin. Cette sculpture se trouvait initialement et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale à l'extérieur de l'église, sur une console située au-dessus du portail nord désormais muré, appelé , qu'empruntaient les processions funéraires pour gagner le cimetière. Cette charité a été classée au titre des objets par arrêté du ..
Peintures murales gauche|vignette|Chemin de croix, synthèse des stations , et . Tout autour de la nef figure le chemin de croix peint dans l'immédiat après-guerre dans l'esprit du modernisme naissant des années 1950. Quatorze stations sont réparties en cinq groupes reliés entre eux par des raccourcis graphiques narrant la montée de Jésus au Calvaire.
Vitraux La nef présente un programme de vitraux du non datés et dont l'atelier n'est pas connu. Abstraits, ils symboliseraient la métallurgie, l'habitat ouvrier, l'agriculture, le chantier naval et le Débarquement. Plus figuratif, le vitrail situé au revers de la façade représente saint Martin en soldat, enveloppant le mendiant de la moitié de sa chlamyde.