Le monastère de Vatopédi (en ) est un des vingt monastères orthodoxes de la communauté monastique du mont Athos. Il occupe la place dans le classement hiérarchique de la Charte constitutionnelle du Mont Athos. Le monastère est dédié à l'Annonciation, dont la fête votive est célébrée le ().
Dans le monde chrétien orthodoxe, le Mont Athos est identifié comme la Montagne-Sainte. Cette désignation fut reconnue pour la première fois en 1046, lors de clarifications proposées à la constitution et à l'administration des monastères d'Athos. Celles-ci furent approuvées par l'Empereur Constantin IX Monomaque, sous forme de règlement.
Le monastère est situé au nord-est de la péninsule du Mont Athos, en mer Égée. L'ensemble des différentes habitations du monastère forment une enceinte de forme polygonale, englobant la cour qui héberge le catholicon (église centrale) ainsi que plusieurs chapelles.
Depuis sa fondation, le monastère de Vatopédi s'est enrichi de plusieurs dépendances localisées sur la péninsule ainsi qu'à l'extérieur de celle-ci. En plus de ses acquisitions foncières, il a accumulé de nombreuses œuvres d'art, principalement de facture religieuse, ainsi qu'une bibliothèque imposante.
À diverses périodes de son histoire, en plus de son rôle fondamental religieux, le monastère a aussi été un acteur économique, à divers niveaux.
Histoire Le monastère a probablement été fondé vers 980 : il n'est en effet pas cité dans un document de 972, et sa première attestation est un acte signé par son higoumène en .
Les circonstances de sa fondation n'ont pas été confirmées de façon formelle jusqu'à ce jour. Cependant, la toile de fond de sa création semblerait être due à trois moines d'Andrinople; Athanase, Nicolas et Antoine, qui après s'être établis sur la presqu'île d'Athos, se seraient rendus dans la région de Vatopédi, où vivaient déjà des ascètes, afin de s'y établir définitivement et d'y créer un nouveau monastère.
Le monastère de Vatopédi a pu bénéficier du soutien des empereurs byzantins à différentes périodes de son histoire. Il obtint une rente qui fut instaurée lors de l'émission d'un typicon par Constantin IX Monomaque. Théodora Cantacuzène et son fils, qui deviendra plus tard l'empereur Jean VI, lui octroyèrent un métoque, situé à Serrès.
Il obtint du secours financier de l'empereur Andronic de la dynastie des Paléologues, à la suite d'une période durant laquelle, sa destinée et celles des autres monastères de l'Athos semblaient par moments précaires. Ils avaient eu à subir plusieurs assauts provenant de pirates. De plus, au début du , des mercenaires catalans avaient ravagé certains monastères.
L'empereur Jean VI Cantacuzène fut un empereur qui fut très généreux. Il participa aux frais inhérents à des projets de constructions que le monastère avait entrepris. De plus, le monastère obtint plusieurs dépendances qui furent octroyées par ce même empereur.
Le monastère vécut une situation difficile au , période durant laquelle les autorités turques avaient instauré un système fiscal très lourd. Le monastère avait dû alors se délester de plusieurs avoirs fonciers, pour pouvoir survivre, et ce, malgré l'aide de la part de tsars de Russie et de princes provenant des régions du Danube.
Au , grâce à diverses donations provenant de patriarches et autres sources, dont certaines anonymes, sa situation financière s'était améliorée sensiblement. De nouvelles constructions furent ajoutées au monastère et d'autres restaurées. De plus, il put prendre à sa charge certains frais externes d'entretien en sus des siens.
Une relation spéciale s'est établie entre les monastères de Vatopédi et de Chelandari représentée, entre autres, par une tradition de participations mutuelles à certaines de leurs célébrations. Cette relation aurait débuté par l'accord donné par Vatopédi à une demande du prince de Serbie Stéfan II. Celle-ci visait une donation d'un petit monastère (Chelandari) à deux moines de Vatopédi, le prince de Serbie Stéfan Némanja (moine Syméon) et son fils, Rastko (moine Savas).
Il abrita autrefois des Arméniens orthodoxes, les dzaith, communauté aujourd'hui disparue en tant que groupe identifiable.
Activités économiques au Moyen Âge Le monastère a joué un rôle économique important d'ordre bancaire, vers la fin du . La raison semble en avoir été une d'insécurité générale qui régnait durant cette période. Elle menait les personnes bien nanties de régions rurales à préférer déposer leurs avoirs dans des institutions, telles que les monastères, offrant de la stabilité.
Une autre activité économique du monastère de Vatopédi et d'autres grands monastères d'Athos, consistait dans le commerce maritime que certains d'eux pratiquaient, grâce à leurs propres flottes de bateaux. Cette activité semble avoir débuté dans un but d'approvisionnement et de déplacement entre leurs diverses possessions hors d'Athos, donc, pour subvenir d'abord à leurs propres besoins.
À ces activités navales usuelles se sont ajoutées par la suite des déplacements maritimes d'un type plus commercial. Un chrysobulle, daté de 1356 donne des informations à ce sujet, où il est question d'exemption de taxes. On constate aussi, par ce document, que les activités commerciales navales du monastère pouvaient s'étendre à toutes les villes et les îles de l'Empire byzantin.
Le monastère de Vatopédi au En ce début du , Vatopédi demeure un monastère très visité par les Chrétiens orthodoxes et autres visiteurs intéressés par maints aspects de son histoire architecturale, artistique et historique.
Il s'est aussi adapté à la nouvelle technologie. Des enregistrements de chants liturgiques exécutés par les moines du monastère existent. De plus, Il est aussi possible de visionner des capsules vidéos de leurs célébrations liturgiques sur la toile.
Structure organisationnelle Jusqu'aux dernières décennies du les vingt grands monastères se divisaient en deux catégories; ceux suivant les règles cénobitiques et ceux suivant les règles idiorrythmiques. Ces derniers avaient la possibilité de changer leurs règles afin de devenir des monastères cénobitiques. Cependant, l'inverse n'était pas permis.
Le monastère de Vatopédi était parmi ceux qui adhéraient aux règles idiorrythmiques. Cette approche se traduisait par plus de liberté tant qu'à la façon dont les moines y résidant pouvaient vivre leur ascèse. Celle-ci pouvait varier d'une vie totalement solitaire ou partagée avec d'autres moines. Les périodes d'isolement pouvaient aussi varier de totales à partielles. De plus, elle permettait aussi à un moine de travailler, de se faire rémunérer et de pouvoir détenir certains effets personnels.
Tous ces monastères suivent maintenant les règles cénobitiques. Selon cette règlementation, les moines de ces monastères doivent mener une vie en constante relation avec l'ensemble des moines faisant partie du monastère. Les repas, la prière, et le travail, s'accomplissent donc dans cet esprit communautaire.
En plus des vingt grands monastères, il existe d'autres types d'habitations où vivent des moines. Certaines d'elles sont des skites, qui sont des couvents dont la principale différence est qu'ils font partie des dépendances d'un des vingt grands monastères. Le monastère de Vatopédi en détient deux, soit celui de Saint-Démétrios et le grand skite de Saint-André.
Il existe aussi des petites communautés monacales telles que les kellia, qui sont généralement de grandes fermes où les moines qui y résident effectuent principalement un travail de nature agricole, afin d'en faire fructifier les terres. On en comptait vingt-sept qui appartenaient toujours au monastère de Vatopédi vers la fin du . Les kalyves sont un peu comme les kellia, mais moins étendues et dont les sols sont laissés en friche. Le monastère de Vatopédi en détenait dix vers la fin du .
D'autres installations des plus rudimentaires existent au mont Athos, où des moines vivent seuls dans des cavernes, localisées dans des endroits très arides du Mont Athos.
Structure législative et exécutive Le monastère de Vatopédi est un monastère impérial faisant partie des vingt grands monastères du Mont Athos, étant identifiés comme tels dans la Charte constitutionnelle du Mont Athos. Ce qualificatif indique qu'ils ont été, soit fondés sur ordre d'empereurs byzantins, ou nommés comme tels par le biais d'un chrysobulle.
Ils sont sous l'égide de la Charte constitutionnelle du Mont Athos. Cette charte a été conçue à partir de maints documents officiels tels que des chrysobulles et des typika. Elle est constituée de treize articles, dont le premier identifie d'abord le nom des vingt monastères souverains qui en font partie ainsi que leur ordre hiérarchique qui doit demeurer immuable. Le deuxième article confirme que le droit de propriété est exclusif aux vingt monastères souverains, alors que le troisième article en fixe le nombre comme devant être de vingt en tout temps. Les articles suivants, adressent entre autres certaines obligations liturgiques, règles d'ordre juridique et une règle qui accorde automatiquement la nationalité hellénique à tous les moines résidant au Mont Athos.
Les vingt grands monastères détiennent l'exclusivité des possessions immobilières ou territoriales du Mont Athos. Par conséquent, chaque skite, kellia et autres ermitages existant sur le Mont Athos, sont détenus par l'un d'eux.
Chaque grand monastère est souverain et a sa propre structure législative consistant en un regroupement de moines, qui sont nommés au Conseil des Anciens. En ce qui concerne le pouvoir exécutif du monastère, un higoumène est élu pour la vie et en devient le chef spirituel.
Ces vingt higoumènes représentent la Sainte Assemblée (le pouvoir législatif de l'ensemble des monastères) et se réunissent deux fois par année à Karyès, la capitale du Mont Athos. La Sainte Épistasie et la Sainte Communauté exercent le pouvoir exécutif et administratif du Mont Athos, dont les représentants sont élus pour une période d'un an.
Karyès est la seule entité indépendante du Mont Athos. Elle est chapeautée par un gouverneur provenant du gouvernement grec et dont le rôle consiste à gérer le côté civil du Mont Athos.
Jusqu'en 1925, le monastère était également propriétaire de l'île d'Ammoulianí, territoire d'une superficie de , située dans le golfe Singitique tout proche. À cette époque, le monastère déléguait la gestion du domaine à deux ou trois moines. Ceux-ci étaient aidés dans leur tâche par une vingtaine d'ouvriers agricoles, dont les principales activités étaient l'élevage et la culture d'olives. Après cette date, l'île accueillit des réfugiés d'Asie mineure qui y développèrent une industrie de la pêche. Aujourd'hui, Ammoulianí qui dépend désormais de la municipalité de Stagira-Akanthos, vit essentiellement du tourisme.
Patrimoine Patrimoine foncier Le monastère de Vatopédi s'est rapidement enrichi de plusieurs dépendances. Dès le , neuf petits monastères étaient déjà sous sa direction. Des documents d'archives indiquent aussi qu'entre 1080 et 1350 les terres détenues par le monastère s'étaient accrues de façon importante, dont des domaines et des métoques en Thrace, Macédoine, Chalcidique et en Thessalonique.
L'envergure de ce patrimoine foncier a continué à progresser à travers les siècles avec plus ou moins de constance, selon les aléas des événements géopolitiques du moment. Un exemple de ces aléas, consiste aux événements suivant la défaite de la Maritsa en 1371. Les monastères, dont celui de Vatopédi, durent se départir d'une partie de leurs biens au profit de pronoaires, en accord avec une stratégie défensive de l'État, contre les Turcs.
Les dotations et les donations provenant de divers membres de l'aristocratie byzantine, du fisc et de hauts-dignitaires provenant de territoires plus éloignés, comme la Serbie, furent les principales sources de cette richesse.