Raymond Hains, né à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) le et mort à Paris () le Fichier de l'INSEE des décès en France sur le site matchID, est un artiste plasticien français.

Formation Il a étudié à l’école des beaux-arts de Saint-Brieuc puis à l’école des beaux-arts de Rennes avant de s’installer à Paris pour y présenter sa première exposition de photographies hypnagogiques et entamer un travail sur l’affiche déchirée, récoltée dans la rue. En 1960, il signe, aux côtés d’Arman, Dufrêne, Klein, Tinguely et Villeglé et Pierre Restany, le manifeste du Nouveau Réalisme. Il prendra ses distances avec ce mouvement pour poursuivre une recherche personnelle à travers le langage, les méandres de l’analogie et les hasards des coïncidences qu'il utilise comme révélateurs de rapports cachés unissant des éléments disparates. Raymond Hains a participé à de nombreuses expositions et manifestations internationales depuis les années 1950, dont la « Documenta IV » à Cassel, la première Biennale de Paris, les premières expositions du groupe des Nouveaux Réalistes à Milan et à Paris, les expositions « Paris-Paris » et « Paris-New York » au Centre Georges-Pompidou, « Westkunst » et « Bilderstreit » à Cologne Il est représenté dans de nombreuses collections et musées en France et à l'étranger. Il est récompensé par le prix Kurt Schwitters en 1997. De nombreux critiques ont écrit sur son travail et plusieurs ouvrages lui ont été consacrés.

De la photographie hypnagogique à l’ultra-lettre

La découverte de la photographie Le , à Laval, deux jours après le débarquement, Raymond Hains découvre un livre intitulé « Photographie française 1839-1936 » dont la couverture présente un montage photographique signé Emmanuel Sougez : une accumulation d’objectifs de différentes tailles, frappés d’un œil en leur centre. Ce jour-là, Raymond Hains décide de devenir photographe. Muni d’un Kodak, il photographie les dommages de la guerre, les ruines et les pans de murs abattus par les bombes.

En 1945, il entre au Beaux-Arts de Rennes et s’inscrit dans l’atelier de sculpture. Il rencontre Jacques Villeglé avec lequel il se lie d’amitié. Très rapidement, il délaisse les cours pour se consacrer à des lectures philosophiques dans les jardins de la ville. Puis, il part à Paris pour rencontrer Emmanuel Sougez, alors directeur de la photographie chez France-Illustration. Ce dernier décide de l’embaucher et lui fait acquérir de solides connaissances techniques en photographie. Dans son appartement parisien, il réalise, dès 1946, ses premiers photogrammes et solarisations qu’il présente à André Breton. Il achète alors un réflecteur circulaire équipé de miroirs qui démultiplient et fragmentent le sujet. Sa première photographie à l’image « démultipliée » sera celle d’une figurine de Sumatra : le « Trésor de Golcondo ». Un jour, dans l’atelier de vitrerie familial, il découvre des chutes de verres cannelés avec des taches de peinture, des prismes accidentels qu’il décide d’utiliser pour ses propres photographies. Il invente alors un objectif cannelé qu’il appelle « l’hypnagogoscope » (du grec Hypnos : sommeil ; agogos « qui conduit » ; skopein : « observer »). L’adjectif « hypnagogique » signifie : « qui précède immédiatement le sommeil », un état de demi-sommeil et de somnolence. L’expérience de l’hypnagogie chez Raymond Hains lui permet de s’arracher de la tendance mimétique de la photographie : elle déconstruit la lumière et métamorphose l’image en lignes abstraites. En 1948, il présente sa première exposition à la galerie Colette Allendy, à Paris : « Photographies Hypnagogiques ».

En 1952, dans la revue Photo Almanach Prisma, il publie un article intitulé « Graphisme en photographie. Quand la photographie devient objet »« Graphisme en photographie. Quand la photographie devient objet ». Photo - Almanach Prisma, , 1952, expliquant que toutes ces manipulations de l’image l’amènent à faire abstraction du sujet. Ce texte fonctionne comme un véritable manifeste personnel où il remet en cause les acceptions communément admises de la notion de réalisme et affirme, citant Apollinaire, sa conviction de la nécessité pour l’artiste d’inventer des “réalités nouvelles”.

L’image filmée et l’ultra-lettre Raymond Hains réalise dès 1949 ses premiers courts-métrages en noir et blanc et tourne son premier reportage intitulé Saint-Germain-des-Prés-Colombiens. De 1950 à 1954, Raymond Hains réalise plusieurs films dont Pénélope, Loi du ou Défense d’afficher : en collaboration avec Jacques Villeglé, ils adaptent le procédé de distorsion visuelle à travers des verres cannelés sur une caméra et réalisent un film abstrait, au graphisme mouvant et coloré, inspiré des gouaches découpées de Matisse. Villeglé baptisera le film dont il ne croit plus en l’aboutissement : Pénélope. Un extrait sera sonorisé en 1960 par Pierre Schaeffer sous le titre d’Études aux allures.

Raymond Hains assiste aux premières lectures de poèmes lettristes déclamés par Isidore Isou, François Dufrêne et Gabriel Pomerand. Il se consacre alors à la mise en œuvre plastique des pratiques lettristes. Les lettres sont éclatées sous l’action des verres cannelés pour créer « l’ultra-lettre ». Fasciné par les sonorités et le graphisme des lettres, il fait éclater le nom de Camille Bryen puis celui de Villeglé et éprouve « le vertige entre la lettre et le néant ». Les lettres se tordent, s’étirent, s’éclatent jusqu’à ce que le langage perde toute cohérence. Ce processus photographique de déformation des lettres s’inscrit dans une problématique moderne amorcée par Stéphane Mallarmé, poursuivie par Guillaume Apollinaire puis les lettristes. En 1953, Raymond Hains publie l’« Hepérile éclaté » avec Jacques Villeglé. Le poème phonétique "Hepérile" de Camille Bryen, pionnier de l’abstraction lyrique, est éclaté en « ultra-lettres ». Ils créent ainsi « le premier poème à dé-lire ». Selon Raymond Hains, il s’agit de « faire éclater la parole en ultra-mots qu’aucune bouche humaine ne saurait dire ».

L’affichisme Les affiches lacérées Raymond Hains a déjà beaucoup photographié les affiches de Paris et vient d’arracher ses premiers morceaux à-même la rue lorsque Jacques Villeglé s’installe à Paris en 1949. Ensemble, ils commencent une série d’affiches de concerts, déchirées et à prédominance typographiques, avec pour ambition de faire une nouvelle Tapisserie de Bayeux. Leur première réalisation en duo est baptisée, à partir de quelques mots qui émergent du chaos des lettres : « Ach Alma Manetro ».

L’affiche déchirée par les passants anonymes peut apparaître comme un équivalent plastique ou une retranscription visuelle de la désarticulation ultra-lettriste du langage poétique. La superposition des affiches et les lacérations successives produisent une transformation des signes typographiques du même ordre que l’éclatement hypnagogique de la lettre obtenu avec les verres cannelés. En 1954, François Dufrêne présente Yves Klein à Raymond Hains à la terrasse du Café du Dôme, boulevard du Montparnasse.

En 1955, dans le journal Combat éclate l’affaire « Flagrant-Dalí ». L’année précédente, un ouvrage avait été publié par Le club français du livre : La vie secrète de Salvador Dalí. Deux doubles pages, en ouverture et en fin de volume reproduisaient « La main multipliée par un jeu de miroirs », une photographie hypnagogique de Raymond Hains, datée de 1947. La publication de cette photographie est probablement due à une erreur chez l’éditeur. Raymond Hains fait alors valoir son droit d’auteur en rédigeant une contestation écrite publiée dans le journal Combat : « C’est à ma barbe et certainement pas à vos moustaches, que cette main je la vois utilisée à des fins daliniennes : guidé par les moustaches-antennes, votre homme de « Main » l’a détectée… »Combat, journal du 20 mai 1955.. Hains décide finalement de ne pas donner suite à l’affaire.

En 1956, il rencontre le critique d’art Pierre Restany chez Yves Klein. Puis avec Jacques Villeglé, ils exposent pour la première fois leurs affiches lacérées à la galerie Colette Allendy, à Paris en 1957. Le carton d'invitation était ainsi libellé « Colette Allendy vous invite à franchir la palissade de l’exposition : Loi du , ou : le lyrisme à la sauvette».

Les choix des affiches lacérées par les passants et abimées par le vent et la pluie peuvent être des choix d’ordre purement plastique, un regard qui cadre, un aplat de couleur repéré par celui qui se proclame « inaction painter » ou plus largement des choix de circonstances : Hains est un rapprocheur d’images comme de mots, il aime les coïncidences et les rencontres typographiques.

De la palissade aux lapalissades Lorsqu’il découvre, dans les Entrepôts Bompaire, lieu de stockage de panneaux d’affichages et palissades, les panneaux de tôle galvanisée, Raymond Hains décide de s’approprier ces palissades de chantier, et se met parallèlement à photographier l’environnement et les travaux cachés par celles-ci. Ceux que l’on appelle désormais les « décollagistes » : Dufrêne, Hains et Villeglé, sont exposés dans une salle du Musée d'art moderne de la ville de Paris à l’occasion de la première Biennale de Paris en 1959. Hains y expose une affiche politique « Votez Monjauvis » et une palissade en bois « La palissade des emplacements réservés ». Durant la Biennale, il remarque dans une vitrine du boulevard Saint-Germain, l’Encyclopédie Clartès ouverte à la page des entremets : y figure « La Palissade », un gâteau de crème pâtissière entouré d’une palissade de biscuits. Puis à un dîner il rencontre Geneviève de Chabannes la Palice, descendante du seigneur de la Palice. En 1963, il effectue un voyage à Lapalisse dans l’Allier et y découvre les bonbons « vérités de la Palisse ». Désormais « dialecticien des lapalissades » il entame un travail sur l’imbrication aléatoire de ces références et glissements sémantiques et présente une reproduction de l’entremets de La Palissade, au Salon Comparaisons de 1960.

Le Nouveau Réalisme

Nouvelles approches perceptives du réel Le , à l’occasion d’une exposition à la galerie Apollinaire de Milan, Pierre Restany lance le terme de « Nouveau Réalisme ». La déclaration constitutive du Nouveau Réalisme sera signée le au domicile d’Yves Klein par Arman, Dufrêne, Hains, Yves Klein, Raysse, Restany, Spoerri, Tinguely et Villeglé : « Les Nouveaux Réalistes ont pris conscience de leur singularité collective. Nouveau réalisme : nouvelles approches perceptives du réel ». Lors de l’exposition inaugurale de la galerie J, à Paris, tenue par Jeanine Restany (la femme de Pierre Restany) : « A 40° au-dessus de dada », Raymond Hains, alors dans sa période « tôlard », présente des tôles galvanisées. Yves Klein réagit violemment au titre de l’exposition choisi par Pierre Restany rejetant l’affiliation au mouvement Dada. Il demande alors que ses œuvres soient retirées de l’exposition puis signe le à la Coupole, à Paris, la dissolution du mouvement en compagnie de Raymond Hains et Martial Raysse.

« La France déchirée », en 1961 à la galerie J est une exposition de 20 affiches récoltées par Raymond Hains et Jacques Villeglé entre 1950 et 1961. Cette série d’affiches politiques relate les évènements dramatiques liés au conflit algérien et à De Gaulle. Raymond Hains refuse de les vendre et de s’enrichir sur un sujet tel que le déchirement de la Nation. Lors du Festival du Nouveau Réalisme à la galerie Muratore et à L’Abbaye de Roseland à Nice, il présente l’Entremets de la Palissade et distribue à chaque convive une part de la pièce montée.

En 1963, Daniel Spoerri transforme la galerie J en restaurant pendant 11 jours. Le est proposé un « Menu-Hommage à Raymond Hains, Sigisbée de la critique ». On y sert, entre autres, « l’Entremets de la Palissade » ainsi que des fromages « Gala » en rappel de l’affaire « Flagrant - Dalí».