Les droits des personnes LGBTQ en Italie ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population. Bien que les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe soient décriminalisées depuis le code pénal de 1889, la discrimination et la persécution ont existé tout au long du , notamment durant la période fasciste. Aujourd'hui, l'opinion publique italienne se montre de plus en plus ouverte envers les droits LGBT. Le changement de genre à l'état civil est légal depuis 1982 et l'union civile des couples de même sexe depuis 2016, mais le mariage et l'adoption n'existent pas et le recours à la gestation pour autrui est passible de prison.
Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe De l'Italie pré-unifiée au code Zanardelli (1810-1890) Dans la première moitié du , avant l'unification de l'Italie, plusieurs États adoptent de nouveaux codes pénaux sur le modèle du code pénal français de 1810, qui ne prévoient pas de peine pour les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe.. C'est le cas dans le royaume des Deux-Siciles en 1819., dans le duché de Parme et Plaisance en 1820., dans le grand-duché de Toscane en 1853. et dans le duché de Modène et Reggio en 1855..
En revanche les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe sont criminalisées dans plusieurs États : dans le royaume de Sardaigne, l'article 425 du punit les actes de prison ou de travaux forcés pendant 10 ans. ; dans le royaume de Lombardie-Vénétie, l'article 129 du code pénal de 1852 punit les actes de prison pendant 1 à 5 ans. ; dans l'État pontifical, l'article 178 du Règlement sur les délits et les peines de 1832 punit les d'emprisonnement à vie..
Après la proclamation du royaume d'Italie en 1861, le code pénal savoyard est étendu au reste de la péninsule, avec quelques exceptions. Les relations entre personnes de même sexe sont illégales dans certaines zones du pays et légales dans d'autres : une série d'articles, dont l'article 425, ne s'appliquent pas aux provinces napolitaines de l'ancien royaume des Deux-Siciles.. En outre, le , qui ne criminalise pas les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, continue à être appliqué dans les anciens territoires du grand-duché de Toscane.
La situation est unifiée à l'adoption du code pénal italien de 1889, qui entre en vigueur le et s'applique à l'ensemble du territoire.. Ce nouveau code, communément appelé , ne contient aucune mention d' et décriminalise de fait les rapports entre personnes de même sexe, ce qui fait de l'Italie l'un des premiers pays européens à dédicer cette mesure... Néanmoins cette décision n'est pas motivée par une attitude plus libérale envers les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, mais par l'idée qu'il s'agit de . Bien que les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe ne soiebt pas un délit, la répression de ces comportements alors considérés comme existe dans les faits.
Fascisme et code Rocco Durant la période fasciste, il est prévu dans un premier temps que les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe deviennent un délit : en 1927, le juriste Alfredo Rocco, chargé de rédiger le nouveau code pénal, prévoit de créer le qui pourrait être puni de 6 mois à 3 ans de prison, ou de 1 à 5 ans si le coupable commet l'acte avec une personne de moins de 18 ans ou récidive.. La création de ce délit est motivée par la volonté de préserver la race en interdisant les relations sexuelles non reproductrices. Mais les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe ne sont finalement pas incluse dans la version finale du code Rocco, car elle ne serait selon Rocco. Punir explicitement les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe revient à reconnaître qu'elles existent, ce qui n'est pas acceptable dans l'État fasciste et compromet l'image de l'homme nouveau.
Néanmoins, même en l'absence d'une répression pénale, les homosexuels subissent durant la période fasciste, qui a fortement alimenté les préjugés homophobes qui perdurent depuis en Italie. Les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe va à l'encontre de l'idéal de l'homme nouveau, et l'homophobie comme la misogynie renforcent la supériorité des hommes fascistes. L'Église cherche elle aussi à réprimer les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe.
La discrimination au travail, l'internement psychiatrique ou sur des îles pénitentiaires constituent les principales mesures visant les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe. On estime qu'entre 1938 et 1943 environ 300 personnes auraient été internées pour et pour avoir . Ces internements visent principalement des hommes qui transgressent le modèle viril en adoptant des attitudes ou des comportements jugés féminins en public. Les lesbiennes sont quant à elles réprimées car elles ne remplissent pas leur rôle de .
De l'après-guerre au alt=Photographie de deux hommes plutôt âgés, côte à côte, avec des pancartes portant à slogans.|vignette|Deux participants à la Pride de Bologne en 2012, avec les messages : et . Le code Rocco reste en vigueur dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Le parti politique en place, la Démocratie chrétienne, ne considère pas l'homosexualité comme une question qui mérite d'être étudiée. Ainsi trois lois anti-homosexualité, proposées en 1960, 1961 et 1963 par le parti néofasciste Mouvement social italien et par un député du Parti social-démocrate italien, ne seront même pas discutées.. La Démocratie chrétienne, de pair avec l'Église, ne souhaite pas que la question de l'homosexualité fasse trop de bruit et préfère compter sur les institutions religieuses plutôt que sur la loi pour réprimer l'homosexualité. Parler avec sympathie de l'homosexualité ou la défendre est alors considéré comme une , ce qui conduit parfois à des procès intentés par des catholiques.
La discrimination sur le lieu de travail fondée sur l'orientation sexuelle est interdite depuis le , en application d'une directive de l'Union européenne..
L'opinion publique change et devient de plus en plus ouverte à l'homosexualité. Selon l'institut , 50,9% des Italiens étaient favorables au mariage entre personnes de même sexe en 2019, contre 61,3% en 2022. Concernant l'adoption par des couples de même sexe, 31,1% des Italiens y étaient favorables en 2019, contre 48,3% en 2022. En 2022, 37,6% des Italiens étaient favorables à l'autorisation du changement de genre sur auto-déclaration, même sans certificat médical, et 49,2% étaient favorables à la reconnaissance de la non-binarité.. Néanmoins, dans les années 2010 et 2020 les agressions homophobes et transphobes sont encore fréquentes en Italie..
Loi autorisant le changement de genre à l'état civil (1982) En 1982, à la suite de la mobilisation de l'association Fuori!, du Movimento Identità Trans et du Parti radical qui sensibilise l'opinion publique sur la transidentité, la législation change. La loi du , n°164, reconnaît la transition de genre.. L'article 1 stipule. :
Suivant l'article 3 de la loi, une opération chirurgicale de réassignation sexuelle n'est pas nécessaire pour changer de genre à l'état civil..
Reconnaissance des couples de même sexe alt=Photographie d'un groupe de personnes attablées dont une femme parlant dans un micro, avec un drapeau LGBT.|vignette|droite|La sénatrice Monica Cirinnà prend la parole au Revolution Camp 2016, en compagnie de représentants d'Arcigay. En 2016, la sénatrice du Parti démocrate Monica Cirinnà propose une loi pour autoriser l'union civile en Italie des couples de même sexe, qui est communément appelée . Cette loi entre en vigueur le , ce qui fait de l'Italie l'un des derniers pays d'Europe à autoriser ce type d'union.... Elle permet aux couples de même sexe de former une union reconnue par la loi, mais pas d'adopter des enfants, sauf au cas par cas lorsqu'une personne souhaite adopter les enfants de son conjoint. En 2021, après que la Suisse a adopté une loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe, la sénatrice Cirinnà réagit en regrettant que l'Italie soit .
En 2017, la Cour européenne des droits de l'homme rend un arrêt contre l'Italie (Orlandi et autres c. Italie) dans lequel elle retient une violation de l'article 8 de la convention à la suite d'un refus de l'Italie de reconnaître un mariage entre personnes de même sexe ayant eu lieu dans un autre pays. En 2024, le mariage pour les couples de même sexe n'existe pas en Italie.
Oppositions à l'homoparentalité Il n'existe aucune reconnaissance de l'homoparentalité en Italie. Seul le parent biologique d'un enfant est reconnu et les couples de même sexe sont contraints d'entamer une longue procédure d'adoption pour le deuxième parent. Lors de sa campagne électorale en 2022, Giorgia Meloni présente sa volonté de lutter contre l'adoption d'enfants par des couples de même sexe..
La gestation pour autrui (GPA) est illégale en Italie depuis 2004 et passible de trois mois à deux ans de prison et d'une amende allant de à un million d'euros. En 2024, le gouvernement de Giorgia Meloni étend cette interdiction aux couples ayant recours à une GPA à l'étranger, qui pourront être poursuivis judiciairement à leur retour en Italie..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Droits de l'homme en Italie Union civile en Italie, Chronologie de l'union civile en Italie, Mariage entre personnes de même sexe Liste de films LGBT en Italie, Soudain l'hiver dernier Fuori!, Arcigay, Movimento Identità Trans Vladimir Luxuria
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