Dès le déclenchement du premier conflit mondial, le dans la soirée, le royaume du Monténégro se joint à la Serbie. Acteur des précédents conflits balkaniques, le petit royaume, indépendant depuis 1910, s'est rapproché de la Serbie à la faveur des deux guerres balkaniques. Ce rapprochement incite les hommes politiques du royaume à soutenir l'agitation slave du Sud au sein de la double monarchie. Conquis par les seules troupes austro-hongroises au début de l'année 1916, dans le cadre de la suite des opérations en Serbie, le royaume isolé demande, par l'entremise de son roi Nicolas, les conditions de paix des puissances centrales. Occupé par des unités austro-hongroises, le royaume est confié à un gouverneur général et soumis à un sévère régime d'occupation militaire. Dans le même temps, un gouvernement en exil tente de se mettre en place, sous la direction du souverain, mais celui-ci, souffrant de sa mauvaise réputation, ne parvient pas à maintenir militairement son pays dans le conflit qui se prolonge. En 1918, évincé par les Français et les Serbes, il ne recouvre pas son royaume, dont le territoire est intégré dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes en cours de formation.

Le Monténégro et la guerre Buts de guerre du Monténégro vignette|Nicolas , ici en 1908, souhaite profiter de la victoire alliée pour annexer des territoires en Albanie et en Dalmatie autrichienne|alt=Nicolas Ier du Monténégro Dès l'intervention monténégrine dans le conflit, en , le roi Nicolas, bénéficiant d'un certain prestige auprès des cours européennes, expose les buts de guerre de son royaume. Les objectifs assignés à son pays par le souverain monténégrin constituent autant d'agrandissements du territoire du royaume, combinant à la fois des impératifs politiques, économiques et symboliques nécessaires à la survie du petit royaume.

Dès les premiers jours du conflit, le royaume souhaite accroître sa façade maritime, notamment contrôler le port en eaux profondes de Cattaro, dont le royaume contrôle les abords Nord et Est, surplombés par le Mont Lovcen, situé sur le territoire monténégrin, plaçant le port et ses installations sous le feu de l'artillerie de montagne monténégrine. Parallèlement à la prise de contrôle de Cattaro, le roi et son ministre des affaires étrangères envisagent de reprendre la politique d'expansion monténégrine en Albanie, souhaitant s'assurer définitivement le contrôle de la partie nord de la côte du pays, notamment le port moderne de Scutari et son arrière pays immédiatScutari constitue depuis le premier conflit balkanique l'un des objectifs à atteindre dans l'expansion du royaume. Sa conquête par les troupes monténégrines le entraîne une crise européenne., Alessio et Saint-Jean de MéduaLa principauté d'Albanie connaît alors en pleine anarchie, consécutive à la fuite du prince Guillaume de Wied au début du mois de .. Ainsi, le Pacte de Londres garantit au royaume la possession d'une partie de l'Albanie septentrionaleLe reste de cette région, limitée au Sud par la ville de Valona, est destinée à être partagée avec le royaume de Belgrade, qui se verrait ainsi son accès à la mer garanti..

Dès 1914, la question du maintien de l'indépendance du royaume constitue l'objectif politique le plus important pour le roi Nicolas. Face aux succès et aux revendications serbes, il propose la mise en place d'une confédération entre le royaume de Cetinje et la Serbie. Cette volonté de maintenir l'indépendance du petit royaume obtient, en , un succès inattendu : en effet, alors que le royaume est occupé depuis près d'une année par les troupes austro-hongroises, les Alliés, dans la note répondant à l'initiative de Woodrow Wilson, affirment leur attachement au rétablissement du royaume dans ses frontières d'avant le conflit.

Buts de guerre au Monténégro

En 1914, l'Autriche-Hongrie est alors le seul membre des puissances centrales en mesure d'occuper le royaume du roi Nicolas. L'entrée de la Bulgarie dans le conflit ne modifie pas cette configuration. Cependant, rapidement, à partir de 1916, les militaires et les hommes politiques allemands se montrent intéressés par un contrôle à distance du royaume, ou en tout cas par une occupation directe de certains points d'appui stratégiques.

À la suite de la campagne victorieuse des puissances centrales dans les Balkans, les militaires de la double monarchie, notamment le chef d'état-major Franz Conrad von Hötzendorf, se montrent partisans d'annexer le Monténégro à la double monarchieCette ambition se heurte aux engagements pris auprès d'István Tisza de ne pas annexer de territoires et cause une crise au sein des dirigeants de la double monarchie.. Ainsi, en 1915, les responsables austro-hongrois proposent, a minima, l'annexion à la double monarchie de la côte monténégrine et du Mont Lovcen, position stratégique, fortifiée par les Monténégrins et menaçante pour le port austro-hongrois de Cattaro.

Ainsi, au cours de l'année 1916, les diplomates et les militaires austro-hongrois s'accordent sur un strict contrôle du Monténégro par la double monarchie : certains se montrent partisans d'un contrôle à distance, rendu possible par des annexions limitées, mais judicieusement choisies, de portions du territoire monténégrin, d'autres d'une annexion pure et simple de la totalité du royaume. Ainsi, à la fin de l'année 1916, la note des puissances centrales à l'Entente daté du définit le Monténégro comme un territoire à placer sous la stricte dépendance de la double monarchie. Ainsi, Burian, ministre austro-hongrois des affaires étrangères, réaffirme la politique de la double monarchie dans le royaume, visant à le lier politiquement, économiquement et militairement à la double monarchie. Cependant, en 1917, à la faveur de l'épuisement de la double monarchie, les responsables austro-hongrois souhaitent restaurer l'indépendance du petit royaume, amputé de sa façade maritime et toujours placé sous une stricte dépendance austro-hongroise. De plus, dans le contexte de mise en place de la Mitteleuropa sous hégémonie du Reich, les diplomates allemands parviennent à intégrer le petit royaume dans la sphère d'influence allemande : le chancelier du Reich défend la mise en place d'un État composé de la Serbie et du Monténégro doté d'un accès la mer ; cette nouvelle entité doit permettre de donner aux puissances centrales une base légale en vue de la conclusion d'une paix séparée avec une Serbie rendue docile par ses défaites.

Cependant, la note de ne constitue pas la première manifestation de l'intérêt du Reich pour le territoire monténégrin. Ainsi, dès le mois de , les responsables du Reich intègrent le petit royaume dans la Mitteleuropa et son union douanière, principal but de guerre du Reich.

Les puissances centrales ne sont pas les seuls belligérants à développer leurs ambitions sur le territoire monténégrin. En effet, l'Italie souhaite aussi voir garanti son contrôle sur le petit royaume, véritable tête de pont de la pénétration politique et économique de Rome dans la péninsule balkanique.

De plus, le royaume apparaît fortement lié à la Russie, qui lui octroie des subsides et une assistance pour moderniser son armée.

Monténégro et Serbie

Du fait de sa position, de sa composition ethnique et de son histoire, le royaume entretient, avec Belgrade, une relation spécifique depuis la reconnaissance de l'autonomie serbe, au début du .

En effet, les principaux responsables serbes, notamment Nikola Pasic, premier ministre de Serbie, souhaitent l'union de tous les Serbes autour de Belgrade, sanctionnant légalement un demi-siècle de rapprochement entre les deux principautés, autonomes au sein de l'Empire ottoman puis indépendantes. Ce projet politique crée les conditions d'une rivalité avec Nicolas et ses proches ; au-delà, cette rivalité prend la forme d'une rivalité dynastique.

Bénéficiant de solides appuis, notamment en Russie, refusant une annexion pure et simple du royaume par la Serbie, le roi Nicolas propose une union étroite entre les deux royaumes, l'autonomie interne du Monténégro devant être respectée.

Cependant, à partir de 1916, à la suite de la conquête du royaume par les troupes austro-hongroises, les Alliés, notamment la France, encouragent les projets de fusion entre les deux royaumes. Ainsi, les diplomates français appuient les projets de fusion autour de la Serbie, sans pour autant rendre ces projets officiels.

De plus, au cours du conflit, alors que les gouvernements serbe et monténégrin exercent leur autorité depuis l'étranger, les Serbes, soutenus par de nombreuses personnalités monténégrines, accélèrent la politique d'union entre les deux royaumes. Certains proposent ainsi une union personnelle, prélude à l'union politique, ou mènent une propagande incessante en faveur de la fusion des deux monarchies balkaniques.

Enfin, au fil du conflit, notamment à partir de la fin de l'année 1916, alors que de vastes unités serbes commencent à être engagées sur le front de Macédoine, la politique alliée à l'égard du royaume et de Nicolas vise à favoriser la Serbie, quitte à donner au roi du Monténégro des satisfactions de principe, notamment un accord pour la réorganisation d'une armée monténégrine, sans jamais lui donner les moyens de réaliser cet objectif. Cette politique est poursuivie jusqu'aux derniers jours du conflit, les Français comme les Italiens se montrant clairement hostiles au retour du roi dans son royaume après la libération du royaume, durant le mois de .

Le Monténégro en guerre Intervention monténégrine

Le Monténégro est rapidement impliqué dans les suites de l'attentat de Sarajevo ; en effet, l'un des comparses de Princip se réfugie sur le territoire du royaume. De plus, les autorités monténégrines multiplient les provocations, notamment en pavoisant les villes situées le long de la frontière avec la double monarchie à l'occasion de la célébration de la bataille de Kosovo.

Dès le , le gouvernement monténégrin fait savoir aux puissances européennes que les troupes monténégrines sont mobilisées pour .

En dépit de nombreuses pressions austro-hongroises, la Skupština monténégrine appelle à la guerre à la double monarchie. Le , la double monarchie et le Monténégro se déclarent la guerre, puis, à partir du 11, le Reich est officiellement en guerre contre le petit royaume.

L'armée monténégrine vignette|Troupes monténégrines en .

L'armée mise en ligne par le royaume en 1914 est certes petite, mais compte entraînés, appuyés sur les défenses naturelles, notamment le mont Lovcen, puissamment fortifié et doté d'une artillerie de montagne efficace. Appuyée par une centaine de canons, l'armée monténégrine est cependant affaiblie par la forte proportion d'irréguliers qui composent son infanterie.

Rapidement impliquées dans les opérations, les unités monténégrines sont placées dans le début des opérations sous commandement stratégique serbe. Ainsi, la petite armée monténégrine agit rapidement en coordination avec les unités serbes opérant en Bosnie-Herzégovine, et assure la couverture du flanc Ouest des armées serbes engagées face à la double monarchie.

La campagne de 1914

Les unités monténégrines participent aux opérations le long de la frontière avec la double monarchie à partir du .

Rapidement bousculées par les offensives austro-hongroises lancées à partir du 15, elles se rétablissent et, menant des opérations coordonnées avec les troupes serbes, participent à la victoire du Cer une semaine plus tard.