Zamore et Mirza ou l’Esclavage des Noirs est un drame en trois actes et en prose écrit par Olympe de Gouges en 1783 et créé le au théâtre de l'Odéon.

Historique Écrite en 1783, Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage a été reçue à la Comédie-Française, en 1785, mais les comédiens refusant de jouer la pièce, qui prend parti contre l’esclavage. Finalement créée, le , sous le titre de l’Esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage, la pièce crée un scandale. Sous la pression des colons et des commerçants liés au trafic négrier, la pièce est retirée de l'affiche, dès le .. L’ouvrage parait dans sa version définitive, en 1792, doté d’une préface.

Sujet Cette pièce décrit les conséquences de l’esclavage vues par deux esclaves durant l’époque de la colonisation. Olympe de Gouges, une importante figure du mouvement féministe, introduit ce thème dans son œuvre dramatique..

L'autrice a fait face à des difficultés concernant le sujet progressiste et la forme de la pièce. En , elle corrige son texte pour le rendre plus consensuel. Malgré ces changements, la pièce est interrompue après trois représentations, en raison d'une forte opposition de la part des commerçants des îles colonisées. Finalement, Olympe de Gouges publie la pièce en 1792 avec une nouvelle préface.

La pièce présente l’histoire de deux esclaves qui vivent en Inde : Zamore et Mirza, des amants en fuite, Zamore ayant abusé de la confiance de son maître, lui-même amoureux de Mirza. Ils rencontrent deux rescapés Français d'un naufrage, qui mettent tout en œuvre pour que Zamore et de Mirza soient épargnés.

Personnages Zamor : Indien, esclave instruit, amant de Mirza : Florence. Mirza : jeune Indienne, amante de Zamore. M. de Saint-Frémont : gouverneur d’une ile en Inde : Molé. de Saint-Frémont : épouse de M. de Saint-Frémont. Valère : noble français, époux de Sophie. Sophie : fille naturelle de M. de Saint-Frémont, épouse de Valère. Betzi : femme de chambre de de Saint-Frémont. Caroline, esclave. Un Indien, intendant des esclaves de M. de Saint-Frémont. Azor : valet de M. de Saint-Frémont. M. de Belfort : major de la garnison. Un Juge. Un domestique de M. de Saint-Frémont. Un vieillard indien. Plusieurs habitants indiens des deux sexes, et des esclaves. Grenadiers et soldats français.

La scène se passe, au premier acte, dans une ile déserte ; au second, dans une grande ville des Indes, voisine de cette ile, et au troisième, dans une habitation proche de cette ville.

Trame Dans une ile déserte où ils ont cherché un asile, deux esclaves fugitifs, Zamore et Mirza, recueillent Valère et Sophie, un jeune couple français que l’orage y jette, après avoir brisé le vaisseau qui les portait. Zamore coupable du meurtre d’un blanc qui voulait enlever sa maitresse, est bientôt rattrapé avec elle, chargé de fers et conduit à la ville où réside le gouverneur. La mort de cet esclave est considérée comme nécessaire pour faire un exemple vis-à-vis des autres esclaves, qui ont déjà donné des signes de rébellion. L’intervention en faveur de Zamore, du gouverneur qui l’a élevé l’enfance, de sa femme, et de Valère et Sophie, semble vaine, car le représentant de la loi en réclame l’exécution. À l’instant même où l’on s’apprête à procéder à l’execution, Sophie, la femme d’un des Français sauvés par Zamore, vient demander la grâce de son bienfaiteur. Le gouverneur retrouve en Sophie une fille qu’il a eue en France dans un mariage clandestin, et dont il ignorait le sort. Les larmes de fille naturelle du gouverneur, celles de l’épouse actuelle du gouverneur, tout se réunit pour Zamore à qui l’on pardonne, et qui devient l’époux de Mirza, tandis que l’armée est obligée d’intervenir pour contenir les esclaves, qui se sont révoltés dans le but de sauver.

Résumé Acte I Dans le premier acte, les personnages principaux sont introduits. On voit Zamore et Mirza, seuls sur l’île à cause d’un crime commis par Zamore à l'encontre de son maître. À la suite d'une tempête Zamore sauve Sophie, une Française qui était sur le navire naufragé pour chercher son père. Elle pense qu’elle a perdu son mari et son bébé, mais Valère, son mari, était avec Mirza sur la côte. Les quatre personnages parlent et Sophie et Valère apprennent le crime de Zamore. Sophie et Valère pensent que le crime était justifié. À la fin de l’acte, Zamore et Mirza sont arrêtés…

Acte II

Le deuxième acte est centré sur de Saint-Frémont, la femme du Gouverneur. Elle entretient une conversation avec les serviteurs de Zamore et Mirza et des événements à propos des esclaves et des soldats dans la ville. Un capitaine trouve un bébé, que et M. de Saint-Frémont veulent garder et élever. C’est dans cet acte que de Saint-Frémont apprend que son mari avait une autre femme et une fille avant leur mariage. de Saint-Frémont rencontre Sophie, qui est très reconnaissante que sa fille soit en sécurité. Sophie demande à de Saint-Frémont d'aider Zamore et Mirza. Celle-ci lui répond qu’elle fera ce qu’elle pourra. À la fin de l’acte, on apprend que l’armée essaie de réprimer les émeutes que les esclaves fomentent en réponse à l’arrestation de Zamore.

Acte III

Dans le troisième acte, les soldats sont chargés par M. de Saint-Frémont d'organiser l'exécution de Zamore. Sophie tente de convaincre de Saint-Frémont de s'opposer à son mari, mais elle ne réussit pas. Valère essaie de persuader M. de Saint-Frémont qui argumente qu’il doit faire de Zamore un exemple. Les esclaves essaient de protéger Zamore. Sophie découvre que M. de Saint-Frémont est son père. Après cette révélation, le Gouverneur décide de gracier Zamore et de permettre son mariage avec Mirza.

Analyse La préface Olympe de Gouges inclut une préface à sa pièce pour la défendre face à l’opposition. Durant cette époque, la colonisation française prévalait aux Antilles et l'esclavage y était une pratique courante. La pièce Zamore et Mirza pose la question de l’intérêt de l’esclavage, message évidemment très controversé à l’époque. L’auteure adresse un message aux esclaves et à leurs propriétaires européens. Elle aborde le sujet de la violence des colonisateurs envers les esclaves, mais aussi celui de la violence des esclaves envers leurs colonisateurs. Elle vise à imposer des valeurs humanistes., en affirmant que la pièce promeut les valeurs, alors absentes des colonies, des .

L'esclavage L’esclavage est un thème majeur de la pièce. Sophie et Valère, les deux Français survivants du naufrage, parlent de l’esclavage dans le premier acte quand ils rencontrent Zamore et Mirza. Ils parlent de la cruauté de cette pratique et du fait que posséder des esclaves n'a rien de naturel. La pièce pose la question de l’esclavagisme qui perdure au moment où les Français se sont libérés de l’Ancien Régime par la Révolution.. La place du féminisme dans cette pièce est moindre que dans d’autres de ses écrits, mais elle-même revendique ceci : .

Les Noirs esclavagisés de Gouges ont les mêmes qualités que les Blancs. Ils ne sont présentés ni comme des sauvages, ni comme moins intelligents ; ils pensent, réfléchissent, manifestent des qualités d’humanisme, au même titre que les Blancs. Les paroles des personnages comportent de très nombreuses exclamations. Le discours est souvent sur un ton émotionnel. L’objectif est de souligner l’injustice de l’esclavage, et la cruauté des réalités de l'esclavage dans les colonies.

La pièce a été écrite et jouée à un moment où les droits de l’individu étaient une question publiquement débattue. En 1789, la Révolution française est entamée et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen a été publiée en France. Ce projet d'égalité des individus visant plus les citoyens que les citoyennes, Olympe de Gouges a écrit et publié une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui traite des droits des femmes dans la société, au même titre que ceux des hommes. Dans la même veine, elle revendique les mêmes droits pour les personnes de couleur dans Zamore et Mirza.

Avant la représentation de la pièce, de nombreux débats politiques publics avaient traité de l'extension des lois dans les colonies, de l’esclavage et du statut des esclaves dans les colonies. La question des droits des Noirs avait été portée devant l'Assemblée nationale par la Société des amis des Noirs. Le problème de l’esclavage avait été abordé par des philosophes des Lumières, comme Montesquieu et Rousseau qui évoquent les droits de l’individu dans la nature. Les œuvres de ces philosophes avaient amené l'opinion publique à réfléchir sur la pratique de l’esclavage et le traitement des Noirs dans les colonies et dans la société française.

La Révolution marque le moment où l’idée d’esclavage devient à la fois réalité et métaphore. L’usage métaphorique par les patriotes du mot « esclavage », pour dénoncer l’oppression monarchique, la censure et l’absence de droits politiques, ne peut plus être aussi facilement dissocié, à partir de 1789, de la pratique institutionnalisée dans les colonies..

Utopie Le lieu exotique isolé, où se déroule l’action détermine le message. Le topos de l’île déserte signale la dimension allégorique de la pièce. Le cadre insulaire établit un contexte sociopolitique très différent de la société française contemporaine.. Le spectateur peut avoir l’impression que la vie sur cette île dépend de règles différentes, dans un cadre plus naturel que la vie en France même, motivant la réflexion sur les droits universels et naturels des hommes. Paradoxalement, Olympe de Gouges investit la sphère publique par une dramaturgie pacifique, hostile à la révolte, qui met en scène un éthos féminin conforme à l'image traditionnelle de la femme sensible, pour faire émerger un ordre à la fois progressiste pour les colonies et conservateur pour la position masculine dominante..

Contexte Sociétaire de la Comédie-Française, Florence est connu pour avoir insulté Olympe de Gouges lors des répétitions. Le soutien de Molé, qui interprétera le rôle de M. de Saint-Frémont, a, en revanche, été déterminant pour faire accepter la pièce au répertoire après cinq ans d'attente.

Contexte biographique Olympe de Gouges a déclaré qu’une des raisons qui l'ont décidée à devenir écrivaine était la condition des esclaves. Sa vie personnelle a affecté la conception et l'écriture de Zamore et Mirza. Enfant illégitime dans la pièce, Sophie est dans la situation qu'a connue l'autrice. Elle retrouve également tardivement son père. La création d’un personnage comme Sophie peut être une réponse d'Olympe de Gouges au traitement que la société réserve aux enfants illégitimes.

Réception critique Après avoir commencé par affirmer que la pièce , le Moniteur universel du poursuit en relatant l’ambiance de la représentation : .

Lorsqu’il s’agit de rendre compte de la pièce elle-même, le Moniteur dénonce Le genre de l’autrice est même mentionné :

La critique de la très royaliste Gazette de Paris est du même acabit. Après avoir traité, comme le Moniteur la pièce de et affirmé que , le critique du Moniteur en vient au sujet qui lui tient à cœur, à savoir dénoncer parce que La théorie du complotiste de la Gazette est qu’ Après avoir énoncé la « réflexion » que s’il est bien un ouvrage fait pour nuire à la cause des noirs esclavagisés, c’est celui même d’Olympe de Gouges, enivrée des chimères d’une philosophie, qui peut toujours subordonner le monde politique au monde moral, le est invoqué pour expliquer, chiffres à l’appui les éléments de langage du lobby des colons, selon lesquels le sort présent et futur du commerce de la France, de ses arts, de sa Marine, de son existence sous tous ses rapports sont indissolublement liés à l’esclavage.

Notes et références

Bibliographie . . . . . .

Éditions .

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