vignette|upright=1.2|Vaccination d'un jeune enfant.
La controverse sur le rôle de la vaccination dans l'autisme est une ancienne controverse scientifique désormais invalidée, portant sur le rôle déclencheur d'une vaccination dans l'apparition des troubles du spectre de l'autisme (TSA), particulièrement forte au Royaume-Uni et aux États-Unis, et soutenue par le mouvement anti-vaccins. Le consensus scientifique, appuyé entre autres par une méta-analyse sur un million et demi de dossiers médicaux, conclut à l'absence de preuve d'un rôle quelconque de la vaccination dans l'autisme. Trois hypothèses ont incriminé les vaccins. La première, énoncée par Andrew Wakefield, convaincu de fraude au Royaume-Uni, met en cause le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (vaccin ROR), qui endommagerait les intestins et provoquerait le passage de neurotoxines dans le sang. La deuxième implique l'adjuvant thiomersal, toxique à hautes doses pour le système nerveux central, qui provoquerait des troubles neuro-développementaux. Enfin, l'injection combinée de plusieurs vaccins a été suspectée d'affaiblir le système immunitaire et, par là, de causer l'autisme.
Une implication génétique est démontrée dans les causes de l'autisme. Partageant une peur de la vaccination, les citoyens britanniques se sont surtout mobilisés contre le ROR, alors que les citoyens américains se sont opposés à la présence de l'adjuvant thiomersal. Ces deux courants de pensée se rejoignent au début des années 2000 pour former un vaste mouvement anti-vaccins international, organisé de manière à diffuser et soutenir la thèse d'une relation entre vaccins et autisme. Cette croyance, alimentée par des articles de presse sensationnalistes, la théorie du complot de Big Pharma, et des documentaires conspirationnistes tels que , est partagée par un quart des parents américains en 2016. La croyance en ce lien vaccins-autisme est devenue commune aussi bien en Europe que dans le Maghreb et en Chine.
La controverse a pris une dimension judiciaire, des milliers de familles américaines ayant porté plainte contre des fabricants de vaccins via le recours collectif . Les plaintes américaines ont été déboutées en 2009. Des actions de même type ont lieu en Europe. Ce mouvement anti-vaccins implique quelques chercheurs, médecins ou anciens médecins généralement non spécialistes de l'autisme et de la vaccination, tels que Henri Joyeux, des personnalités politiques telles que Robert Francis Kennedy Jr. et Donald Trump, et des célébrités médiatiques, dont l'une des plus actives est l'actrice américaine Jenny McCarthy. La croyance en un lien vaccins-autisme pose un problème de santé publique en raison de la baisse de la couverture vaccinale, et du retour d'épidémies de rougeole dans des pays occidentaux.
Contexte vignette|Jeune enfant autiste ayant un comportement stéréotypé (ici, l'alignement d'objets par ordre de taille).|alt=Jeune garçon endormi à côté de jouets Cette polémique s'inscrit dans le contexte plus large d'une controverse sur la vaccination, partiellement due au fait qu'avec la fin des grandes épidémies, en particulier celles touchant les enfants (variole, diphtérie, poliomyélite…), la population occidentale actuelle n'est plus directement confrontée aux raisons d'être de la vaccination. Les effets secondaires demeurant incompressibles, la sensibilité au risque individuel d'une vaccination a beaucoup augmenté, et il existe une hostilité croissante à l'idée d'accepter un risque individuel pour un bien collectif de santé publique..
La vaccination se présente aussi comme un lien social, mettant en jeu la relation de confiance, la solidarité ou la contrainte, l'égalité et la justice. Les années 1980 et 1990, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, sont marquées par des débats de santé, tels que ceux relatifs aux effets secondaires allégués du vaccin DPT ou Diphteria-Pertussis (coqueluche)-Tetanus (à ne pas confondre avec le DTP français Diphtérie-Tétanos-Polio), ou en Grande-Bretagne la crise de la vache folle. Autant d'affaires qui entraînent une perte de confiance envers les autorités sanitaires.
D'autre part, durant la même période, l'autisme fait l'objet de nouvelles définitions et discussions internationales, avec des critères diagnostiques plus larges et une meilleure détection, plus précoce. Ces évolutions conduisent à une augmentation des diagnostics de l'autisme, perçue à tort comme « épidémique ». Voir aussi .. Les problèmes d'accompagnement médico-social associés. génèrent du désespoir et de la frustration chez un certain nombre de parents d'enfants autistes. Comme le souligne Seth Mnookin, . Une forte implication génétique a été démontrée dans les causes de l'autisme ; l'existence de ces gènes liés à l'autisme, remontant probablement à la Préhistoire, a par ailleurs joué un rôle positif dans l'évolution humaine.. Les causes exactes de l'autisme restent cependant inconnues, laissant la place à de nombreuses hypothèses et spéculations théoriques. Lorsque la cause d'un trouble est inconnue, des suspicions ou accusations visent souvent les vaccins, la pollution environnementale, ou encore l'alimentation.. D'après Steve Silberman, l'assimilation de l'autisme à une « anomalie » polarise les débats sociétaux vers la recherche de causes et facteurs de risque, dont les vaccins, à l'inverse des positions prises par les militants du mouvement pour les droits des personnes autistes, et oriente l'utilisation des fonds publics et privés vers l'élimination des causes de l'autisme, plutôt que l'amélioration de la qualité de vie des personnes autistes.
La controverse vaccination-autisme apparaît ainsi dans le contexte d'une détection plus fréquente et plus précoce de troubles du spectre de l'autisme (TSA) chez des enfants de plus en plus vaccinés. Du point de vue médico-scientifique, cela pose le problème de l'existence ou non d'une association, et si cette association existe, de l'existence ou non d'une causalité (études épidémiologiques et statistiques), et de leur communication (éducation scientifique). Du point de vue de la psychologie sociale, il faut aussi tenir compte des valeurs qui sont en jeu. (demande de reconnaissance, compassion, respect, etc.). La psychologue et neuroscientifique britannique Uta Frith cite trois facteurs qui conduisent à soupçonner les vaccins : le fait que certaines lésions cérébrales graves mais rares aient été par le passé reliées aux vaccins ; le fait que les premiers signes d'autisme soient généralement repérés par les parents vers l'âge de deux ans (ce qui correspond également à un âge classique de vaccinations) ; enfin, les observations effectives d'autisme régressif, caractérisées par le fait qu'un enfant perde des compétences précédemment acquises (classiquement, la parole).
La dimension sociologique de cette controverse est particulièrement importante, car celle-ci a pris de l'ampleur en raison de la perte de la confiance d'une partie de la population occidentale envers la communauté scientifique, et l'industrie pharmaceutique en particulier. Il peut s'agir de simples doutes et interrogations, jusqu'à l'invocation de la théorie du complot de Big Pharma, pour expliquer que les décisions judiciaires prononcées et les publications d'études scientifiques n'auraient d'autre but que de permettre aux compagnies pharmaceutiques fabricantes de vaccins de continuer à réaliser des profits économiques, au détriment de la santé publique.
Déroulement des faits La controverse porte d'une part sur le rôle joué par le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (dit vaccin ROR, RRO ou MMR), et d'autre part sur celui d'un agent conservateur à base de mercure, le thiomersal, dans le déclenchement de l'autisme. Enfin, des parents et des politiques ont émis des doutes sur l'effet de l'injection combinée de plusieurs vaccins sur le système immunitaire des jeunes enfants. À l'origine, la controverse ROR provient du Royaume-Uni, et mobilise les citoyens de ce pays. Les citoyens américains se sont davantage mobilisés contre la présence du thiomersal, controverse qui a démarré aux États-Unis. Au début des années 2000, ces deux courants se rejoignent pour former un mouvement anti-vaccins international. La vaste diffusion d'informations relatives à un lien éventuel entre vaccins et autisme convainc, à cette époque, un grand nombre de parents, de journalistes, et même certains scientifiques, que cette relation puisse être fondée.
Des études épidémiologiques ont été menées pour répondre aux questionnements, à partir des données médicales de millions d'enfants au Canada, aux États-Unis, au Danemark et en Angleterre. En 2014, une méta-analyse menée à l'université de Sydney, en Australie, croise les données médicales de 5 cohortes comptant au total 1,5 million d'enfants. Cette étude est la première à prendre en compte un aussi grand nombre de dossiers médicaux.. Publiée dans la revue , elle examine les données relatives au thiomersal, au ROR et au mercure. .
ROR et autisme Fraude d'Andrew Wakefield
Andrew Wakefield, chercheur britannique, publie en 1998 avec son équipe une étude sur divers troubles du développement de l'enfant, dans la prestigieuse revue .. L'étude porte sur 12 enfants et n'a pas de groupe de contrôle. Il accuse le ROR de déclencher l'« entérocolite autistique » (), terme qu'il a inventé pour décrire une forme de maladie inflammatoire des intestins. Il estime que l'administration du vaccin serait particulièrement impliquée dans les cas d'autisme régressif.. D'après son hypothèse, la souche vaccinale contenue dans le ROR provoque des troubles digestifs qui entraînent le passage de neurotoxines dans le sang. Il préconise alors de remplacer l'injection du ROR par trois injections séparées ; les vaccins séparés n'existant pas sur le marché, il recommande par la suite de ne pas faire vacciner.
Les résultats de l'étude de Wakefield sont diffusés aux États-Unis grâce à internet, et relayés sur place par l'homme politique Dan Burton, particulièrement durant l'année 2000. La controverse est amplifiée par des chiffres d'épidémiologie de l'autisme diffusés à la même époque. Wakefield déclare durant une interview diffusée le qu'il refuserait de faire vacciner ses enfants avec un vaccin trivalent ; cette déclaration est reprise par différentes agences de presse, conduisant le ministère de la santé du Japon à suspendre ses recommandations vaccinales, et à refuser de faire vacciner leurs enfants avec le ROR. En 2001, la plupart des débats sur l'autisme ayant cours aux États-Unis sont centrés sur l'étude de Wakefield. Cette étude devient l'une des publications scientifiques médicales les plus lues et commentées de tous les temps.
Quatre ans après cette publication , les résultats d'autres chercheurs ne confirment ni ne parviennent à reproduire ceux de Wakefield.. En 2004, l'existence de l'« entérocolite autistique » n'est toujours pas prouvée.. Le journaliste d'investigation britannique Brian Deer enquête à propos d'Andrew Wakefield, et contacte le rédacteur en chef de en 2004, pour démontrer un conflit d'intérêts. Après cette première révélation de fraude, dix des douze coauteurs de l'étude de 1998 se rétractent. dans du . Le (GMC) britannique démontre avec l'aide de Brian Deer que Wakefield a sciemment commis des fautes professionnelles graves dans le but de tirer profit des résultats de son étude.
En , rétracte complètement la publication de l'étude de 1998 sur la base des résultats de l'enquête du GMC, notant que des éléments du manuscrit sont falsifiés.. Wakefield est radié du registre médical en , et n'est plus autorisé à exercer la médecine au Royaume-Uni.. Il a été rémunéré en 1996 par un avocat en prévision d'un procès en recours collectif que ce dernier envisageait de mener contre un laboratoire fabriquant des vaccins ROR, en s'appuyant sur une campagne de propagande anti-vaccins..