Lhistoire de la tuberculose retrace l'évolution des connaissances sur cette maladie infectieuse, dont l'existence semble aussi ancienne que celle du genre humain, mais dont l'unité nosologique et l'étiologie ne furent établies qu'au .
Origines de la maladie
Avant les années 1990, l'hypothèse dominante faisait remonter l'origine de Mycobacterium tuberculosis au néolithique avec la domestication des bovins., M. tuberculosis se serait séparé d'une souche africaine de M. bovis. Cette hypothèse n'est plus guère défendue depuis le séquençage complet de M. tuberculosis (1998) et des autres mycobactéries.
Des études paléogénétiques (horloge moléculaire) indiquent que M. tuberculosis et bovis ont évolué à partir d'un ancêtre commun présent chez les mammifères et qui aurait infecté les hominidés d'Afrique de l'est, il y aurait trois millions d'années, mais cette datation est controversée. Cet ancêtre commun hypothétique (« M. prototuberculosis » ) aurait coévolué avec ses hôtes pour aboutir aux mycobactéries humaines et animales actuelles.
M. tuberculosis serait issu de la lignée la plus ancienne, la plus proche du progéniteur ancestral des mycobactéries. Cette lignée évolue par délétions (réduction du génome, pas d'échange horizontal de gènes), d'où les divergences successives menant à M. africanum, M. microti, et enfin à M. bovis, la plus récente.
Des modèles statistiques bayésiens appuyés sur l'étude de marqueurs génétiques hypervariables (MIRU) laissent penser que le complexe tuberculosis actuel aurait , c'est-à-dire qu'il serait apparu lors d'une des migrations humaines hors d'Afrique. Il serait constitué de deux lignées évolutives différentes.. (issues de nœuds de l'arbre phylogénétique). La première n'infectant que l'Homo sapiens, la seconde qui serait d'origine animale pouvant aussi infecter l'être humain, mais affectant surtout d'autres mammifères (bovins, caprins, rongeurs…)C'est dans les années 1960 que l'on isole une souche particulière du bacille tuberculeux en Afrique, à mi-chemin entre le bacille humain et le bacille bovin (Mycobacterium africanum)..
Une équipe internationale coordonnée par des chercheurs de l'EPHE et du CNRS vient d'identifier les squelettes humains les plus anciens attestant de l'existence de la tuberculose humaine à des périodes antérieures à la domestication animale dans des sites néolithiques (Syrie)... Ce serait l'humain qui aurait transmis M. tuberculosis à ses animaux domestiques ou commensaux plutôt que l'inverse(c'est-à-dire que la domestication peut expliquer que des animaux soient touchés par M. Tuberculosis, mais pas que M. Bovis soit l'ancêtre de M. tuberculosis).
La présence de la tuberculose au néolithique est envisagée lors de lésions osseuses tuberculeuses typiques (mal de Pott) sur des restes humains, et ce depuis le début du , correspondant aux débuts de la paléopathologie). Chez des momies égyptiennes et péruviennes, ce diagnostic est renforcé par la présence d'abcès du psoas, caractéristique de la tuberculose vertébrale. Il peut être confirmé par détection d' ADN (PCR) ou d'acide mycolique.
Les nouvelles techniques du confirment la présence de la tuberculose dans le monde entier, et ce dès la préhistoire, à l'exception de petites populations vivant longtemps isolées comme les polynésiens avant l'arrivée des européens. Ainsi, la plupart des épidémies de tuberculose ne résultent pas de l'introduction de pathogènes étrangers dans une population vierge, mais plutôt des changements (conditions de vie) d'une population-hôte et de son environnement. Ces transformations affectent aussi la coévolution des mycobactéries avec les humains. M. tuberculosis est ainsi considéré comme le germe ayant entraîné le plus de morts dans l'histoire de l'humanité..
Description Premières descriptions cliniques Haute Antiquité
À Babylone, trois mille ans avant notre ère, le Code de Hammurabi mentionne la tuberculose, identifiée par sa palette de symptômes, parmi plusieurs autres maladies..
L'ADN de M. tuberculosis a été retrouvé dans des momies égyptiennes vieilles de ., et des références sont faites à la maladie dans le Deutéronome sous le nom hébreu de schachepheth..
Les médecins de la Haute Antiquité n'ayant pas de traitement recourent aux prières et aux rituels magiques, telle l'incantation des médecins en Inde « O fièvre, avec ton frère la consomption, avec ta sœur la toux, avec ton cousin le pâman, émigre vers ces étrangers là-bas »..
Écoles grecques et romaines
Dès l’Antiquité gréco-latine, plusieurs auteurs ont décrit une maladie amaigrissante au long cours, dénommée suivant les uns « phtisie » (pour dépérissement), suivant les autres « tabès ». Ainsi Hippocrate (-) fait-il mention d’infections bronchopulmonaires et pleurales à évolution très lente, parmi lesquelles les consomptions d’origine thoracique occupent une place très importante. Il en dresse les symptômes, tels que l'amaigrissement progressif, la langueur, la toux et la présence de sang dans les crachats. Il décrit aussi les autres formes de tuberculose, comme la forme osseuse et la forme ganglionnaire.. Par la suite, Galien ( apr. J.-C.) et Caelius Aurelianus () distinguent également plusieurs des aspects cliniques de la maladie. Les lignes qu'Arétée de Cappadoce (fin du ) consacre à la pathologie pleuropulmonaire le font considérer comme le premier des pneumo-phtisiologues.
Les médecins antiques appliquent la théorie des signatures et font des prescriptions de broyat de poumon de mammifère (loup, cerf, renard, sirop de mou de veau) et de plantes dites pulmonaires à cause de leur forme..
École arabo-musulmane
Avicenne a consacré un chapitre entier de son Canon à la tuberculose pulmonaire, décrivant le premier les hémoptysies massives comme un risque des stades avancés de la maladie, et pouvant entraîner la mort. Il décrit trois stades à la tuberculose : pré-inflammatoire, ulcératif et caverneux.
Ces descriptions initiales n’ont guère subi de modifications notables jusqu’au début du .
Écoles européennes de la Renaissance aux Lumières
La lésion unitaire de la tuberculose, le tubercule, a été découverte de manière indépendante par Franciscus de le Boë Sylvius et Richard Morton..
En 1679 parait l'ouvrage , de Franciscus de le Boë Sylvius. L'auteur y établit un lien direct, chez les patients tuberculeux, entre les nodules pulmonaires et la maladie elle-même (alors appelée « consomption »). Sylvius nomme ces nodosités « tubercules », vocable déjà en cours dans le lexique médical depuis Celse pour désigner toutes les productions morbides se présentant sous l'apparence de nodosités ou de petites tumeurs circonscrites (du , tumeur)..
En 1733, Pierre Desault (1675-1737)., chirurgien à Bordeaux, fait paraître un Essai sur la phtisie où il affirme notamment que la lésion fondamentale de la phtisie est le tubercule, s'opposant ainsi à Morton qui définit la maladie par l'existence de l'ulcère. Mais il est encore un des premiers à signaler la parenté entre la phtisie pulmonaire et les formes extra-pulmonaires qui portent sur les ganglions cervicaux (« Les causes de la phtisie et des écrouelles ont une parfaite ressemblance, soit dans leur naissance, soit dans leurs progrès, de manière qui peut être nommée la phtisie l’écrouelle du poumon. »).. Desault ne manque pas de proposer un remède prétendument infaillible, à base d'extraits hépatiques..
En 1761, Jean-Baptiste Morgagni publie à Venise son traité d’anatomie pathologique clinique.
En 1808, Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821) fait connaître en France par sa traduction, Inventum Novum, les travaux de Leopold Auenbrugger (1722-1809) sur l’exploration du thorax par la percussion, travaux qui n'avaient eu que peu d'écho depuis leur première publication, en 1761. Bayle et Laennec vont être élèves de Corvisart.
École anatomoclinique
En 1810, Gaspard Laurent Bayle publie son ouvrage intitulé Recherches sur la Phtisie Pulmonaire, résultat de l'observation minutieuse de neuf cents autopsies, chacune comparée aux observations cliniques consignées du vivant du malade.. Son apport est de considérer les tubercules, non pas comme le résultat, mais comme la cause de la maladie.. Il ne réussit pas à englober dans une seule catégorie nosologique les diverses formes qu'il observe : il en distingue six, dont une seule mérite à ses yeux d'être considérée comme véritablement tuberculeuse..
En 1818, René Laennec invente le stéthoscope qui va grandement faciliter le diagnostic de la tuberculose. En 1819, il distingue cette maladie des autres affections pulmonaires. Laennec reconnaît le caractère infectieux de la phtisie. Il en décrit la matière grise et semi-transparente qui devient jaune-opaque et ensuite purulente, mais il en ignore toujours le caractère contagieux.
En 1839, le médecin allemand Johann Lukas Schönlein rassemble en une description unifiée les manifestations cliniques disparates de la maladie. Jusqu'alors, « phtisie » et « tuberculose » étaient souvent considérées comme deux entités, voisines mais distinctes.. Si Schönlein forge en 1834 le terme de tuberculose, composé d'un nom latin et d'une terminaison grecque, la littérature médicale, tout comme le langage commun, continuera d'utiliser indistinctement, jusqu'au début du , les termes de « phtisie », « consomption » et « tuberculose. ».
La maladie est alors considérée comme incurable.. Le médecin britannique James Clark déclare ainsi en 1829 que « en ce qui concerne le traitement de la consomption, nous devons admettre la vérité humiliante, qui est que nous n'avons aucune raison de penser que les médecins de l'époque actuelle réussissent mieux que leurs prédécesseurs d'il y a dix, non, vingt siècles« ». »
En 1895, un décès sur huit au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande est directement lié à cette maladieFresh Aspects Of The Tuberculosis Question, Jamieson B. Hurry, The Times, 30 September 1895, Issue: 34695
Apparition des examens complémentaires thumb|Dépistage de la tuberculose par Rayons-X en Angleterre en 1943. En 1895, Wilhelm Röntgen découvre les rayons-X qui deviennent quasi immédiatement l'outil de base de la détection de la tuberculose. En Italie par exemple, Carlo Forlanini réalise les premières radiographies pulmonaires dès 1896. En France, Antoine Béclère, immédiatement convaincu de l'utilité de cette technique, installe à ses frais un appareil de radioscopie dans son service de l'hôpital Tenon en 1897.. Dès 1897 encore, Kelsch conduit le premier examen radiologique systématique pulmonaire à l'hôpital militaire Desgenettes de Lyon..
Au congrès de Paris de 1905, MM. Moeller, Lôwenstein et Ostrowsky proposent une nouvelle méthode de diagnostic de la tuberculose pulmonaire par la tuberculine de Kochhttps://archive.org/stream/revuedelatuberc00fragoog/revuedelatuberc00fragoog_djvu.txt..
En 1908, Charles Mantoux présente sa première étude sur les injections intradermales devant l'Académie des sciences. Dans les années qui suivent, ce test de dépistage sérologique de la tuberculose, dès lors appelé test Mantoux, remplace le test sous-cutané.
Découverte du mode de transmission Hérédité ou contagion ?
Dès l'Antiquité, dans les traditions grecques et romaines, deux théories s'opposent sur l'origine de la maladie, considérée comme héréditaire par les uns, alors que pour d'autres, comme Aristote, elle est d'origine contagieuse..
En revanche, dans l'école arabo-musulmane, aussi bien Avicenne qu'Ismail Jorjani décrivirent la tuberculose comme contagieuse...