Le mouvement social contre la loi Travail en France portée par la ministre Myriam El Khomri est un mouvement national de grèves et de manifestations sur le territoire français durant la période du au . Il s'agit du plus grand mouvement social depuis la loi Woerth de 2010 réformant le système de retraites.
Les manifestations, qui ont débuté dès que les syndicats ont connaissance de la décision de présenter ce texte devant le Parlement, sont l'une des plus importantes de la présidence de François Hollande avec l'opposition à la loi ouvrant le mariage homosexuel en 2013 et les « marches républicaines » de janvier 2015.
Au sein même de la majorité présidentielle, certains députés socialistes, qualifiés de « frondeurs », soutiennent les mouvements de contestation, conduisant le gouvernement de Manuel Valls a engager sa responsabilité au titre de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution en .
En parallèle de ces revendications syndicales et professionnelles, un mouvement social baptisé Nuit debout émerge des manifestations contre la loi Travail et s'organise en commissions, suivant les principes d'une démocratie participative voulue par les organisateurs. Le mouvement affirme ne pas être lié à une quelconque organisation politique ou syndicale.
En septembre et , le mouvement anti-loi Travail réapparaît, de manière moins massive, pour protester contre la réforme du code du travail par ordonnances, engagée par le président Emmanuel Macron.
Chronologie Février 2016 Le , cinq mois après la publication du rapport CombrexelleArticle de Leïla de Comarmond dans Les Echos le 7 sept. 2015, souhaitant la simplification et l'assouplissement du droit du travail avant la fin du quinquennat. le gouvernement Valls transmet le texte d'un projet de loi, « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs », au Conseil d'État et dévoile le texte dans la presse. Dans une interview publiée dans Les Échos, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, annonce que l'objectif est d'.
Le lendemain, le , des militants syndicaux lancent la pétition .. Selon les universitaires Franck Bousquet, Nikos Smyrnaios et Emmanuel Marty, les trois principaux initiateurs de l’appel sont Caroline de Haas, Elliot Lepers et Sophie Binet (CGT), rejoints rapidement par une vingtaine de militants associatifs et syndicaux"La pétition contre la Loi Travail : construction et appropriation de l’évènement par ses acteurs" par les universitaires Franck Bousquet, Nikos Smyrnaios et Emmanuel Marty, dans la revue universitaire Sciences de la société 2017 et le fait que cette pétition recueille le chiffre record de plus d'un million de signatures. en seulement deux semaines (du au ) constitue selon eux susceptible d' et un qui rompt avec les cadrages du . Au total, elle recueillera 1,35 million de signatures..
Mars 2016 vignette|Manifestations à Marseille, le .
Selon un sondage effectué par Odoxa et publié par BFM TV, le , 67 % des personnes interrogées sont opposées au projet de loi. Le , les premières manifestations font leur apparition en France et rassemblent entre et contre le projet de loi.
Des cortèges rassemblent par exemple à Marseille, 7 à à Lyon, à Lille, entre 10 et à Toulouse, à Grenoble, au Havre, à Rouen ou à Rennes avec une forte participation des lycéens. Le , cinq syndicats réformistes, la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, l'UNSA et la FAGE, appellent à la manifestation dans toute la France pour obtenir un rééquilibrage de la loi travail. Ils ne rassemblent cependant que quelques centaines de militants, contrastant avec la mobilisation massive pour le retrait de ce projet de loi quelques jours auparavant. Ces manifestations rassemblent par exemple 300 personnes à Rennes, quelques dizaines à Lille ou Bordeaux, une vingtaine à Marseille.
Le Conseil d'État émet son avis, rendu public à la demande du Gouvernement, le qui valide l'ensemble du texte, y compris la disposition du texte relative au licenciement qui figure à l'article 11 du projet de loi..
Le , entre et défilent contre le projet à l'appel d'organisations de jeunesse, syndicales ou politiques. À Paris, la préfecture de police donne le chiffre de et manifestants, selon l'intersyndicale. Des cortèges rassemblant à Lyon, à Rennes, à Toulouse, à Clermont-Ferrand, à Bordeaux, à Grenoble, à Strasbourg, à Tours, à Perpignan selon les estimations de la police.. Selon les organisateurs ou l'intersyndicale, les cortèges rassemblent par exemple manifestants à Lyon, à Lille, à Toulouse, , à Bordeaux ou encore à Clermont-Ferrand. Le les manifestations à l'appel des syndicats de lycéens et étudiants mobilisent plusieurs dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs. On compte par exemple entre et manifestants au Havre, 550 à Grenoble, 6 à à Nantes, ou . vignette|droite|Des cheminots et Voltuan lors de la manifestation du à Paris.
Une nouvelle manifestation est organisée à l'appel de certains syndicats de salariés et des organisations de jeunesse, le qui rassemblent entre et 1,2 million de personnes. C'est l'une des plus fortes mobilisations du printemps avec des cortèges rassemblant entre 26 et manifestants à Paris, 12 à à Marseille, entre 12 et à Lyon, 10 à à Lille, entre 20 et à Toulouse, 12 à à Nantes, à Grenoble, 7 à au Havre, à Rouen, à à Rennes, 7 à à Caen, à Clermont-Ferrand, à Saint-Nazaire, 5 à à Saint-Étienne, à Montpellier.
Avril 2016 vignette|gauche|Manifestations à Paris le .
À la suite des manifestations du , le mouvement , présenté comme citoyen et pacifiste, occupe la place de la République à Paris. Le , la du mouvement local de Paris sur la place de la République montre sa volonté et veut donc mettre en place un . Le mouvement semblant vouloir se poursuivre les nuits suivantes à Paris, il commence à s'étendre à d'autres grandes villes françaises.
Le , des étudiants et des membres de Nuit Debout Besançon mettent en place la première des opérations "péage gratuit" qui auront lieu au cours des manifestations. Ils ouvrent les barrières du péage d'École-Valentin afin de laisser passer gratuitement les automobilistes, un par un. Ils espèrent également récolter un peu d'argent pour financer leur lutte, mais les réactions des automobilistes sont contrastées. Selon l'un des participants, Louis Bardot, le choix de rendre les péages gratuits s'explique par :
Le , des étudiants de Tours mènent la deuxième opération péage gratuit. Cette fois, les réactions des automobilistes sont plus positives, quelques-uns leur donnant même une petite contribution financière.. Le , une nouvelle manifestation est organisée à Paris et rassemble selon les syndicats . À Lyon, on compte entre et , à Lille, 8 à à Toulouse, à à Nantes, à Grenoble, , à à Rennes, 5 à à Bordeaux, à à Caen ou encore . À Rennes, des échauffourées surviennent à la mi-journée. Un défilé, rassemblant environ selon la préfecture, finit par évoluer sporadiquement vers des heurts avec les forces de l'ordre, prises à partie par des éléments extrêmement violents selon la préfecture locale..
Le , une nouvelle journée nationale de manifestations voit plus de deux cents cortèges, comptant entre (selon l'estimation de la préfecture de police) et (selon les syndicats organisateurs), malgré l'impact des vacances scolaires. La mobilisation, par rapport aux précédentes, connait donc une certaine baisse du nombre de manifestants à Paris. Entre et sont comptabilisées la préfecture de police et selon la principale organisation syndicale..
Le même jour à Dijon, peu avant du matin, une vingtaine de manifestants de Nuit debout Dijon investissent le siège du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté afin de protester contre le projet de loi El Khomri. Ils demandent à prendre la parole. La présidente de région, Marie-Guite Dufay, refuse et suspend la séance une vingtaine de minutes, le temps que la police fasse évacuer calmement les manifestants, malgré des tensions entre les conseillers régionaux FN et les militants de Nuit debout.
Mai 2016 Le voit une faible mobilisation dans la rue avec . Le cortège parisien rassemble entre et . Les autres défilés comptent entre quelques centaines et à Marseille, à Lyon, entre et à Toulouse, de 1900 à à Nantes , entre 2 et à Bordeaux, à Rennes.
Le , Manuel Valls décide de recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. qui permet de faire adopter le texte sans vote. Dans l'après-midi, plusieurs centaines de manifestants viennent occuper le pont de la Concorde, face au palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale.. Dans plusieurs villes des manifestations spontanées se mettent en place. Dans d'autres villes, comme à Chalon-sur-Saône., où les rassemblements de Nuit debout ne sont pas forcément quotidiens, des « Nuits debout exceptionnelles » se prévoient pour le soir même. À Paris, Toulouse et Grenoble se produisent des heurts entre les manifestants et la police. L'opposition parlementaire de droite, représentée par Les Républicains et l'UDI, dépose une motion de censure. Les frondeurs socialistes, également opposés à ce projet de loi, tentent de déposer leur propre motion avec le Front de gauche et des députés écologistes, mais ces parlementaires ne parviennent à recueillir que 56 signatures sur les 58 requises..
Le , plus de , selon le gouvernement, manifestent dans les rues de Paris, alors que les députés sont en train de débattre sur la motion de censure déposée par l'opposition de droite. De nouveaux incidents violents organisés par des éléments incontrôlés éclatent à la fin du cortège.. Des manifestations ont également lieu dans les autres grandes villes. On compte par exemple entre 3 et à Toulouse, et à à Grenoble.
vignette|Manifestations à Toulouse, le 12 mai 2016.
Le choix du recours à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution est considéré par les opposants au projet de loi comme (Jean-Claude Mailly, FO), , un , un . André Chassaigne, président PCF du groupe GDR, qualifie le procédé de « triple coup de force » contre « le monde du travail », contre « nos compatriotes » et contre « la représentation nationale privée de son rôle de législateur ».
Ils ont d'ailleurs souligné que ces mêmes mots avaient été employés par François Hollande en 2006 lorsque le gouvernement Villepin l'avait employé au sujet du CPE : François Hollande s'était alors exprimé en faveur de la suppression de cet article de la Constitution., ce que Manuel Valls a également fait en 2008.. Son utilisation a d'ailleurs relancé le débat sur son abrogation..
La semaine du 16 au voit plusieurs manifestations se dérouler. Les opposants défilent les 17 et à l'appel de l'intersyndicale : si les manifestations sont moins importantes le 17, elles prennent de l'ampleur le 19 avec entre et . Le , les cortèges rassemblent ainsi entre 68 et manifestants : de 11 à à Paris, à à Marseille, à à Lyon, , à à Toulouse, à à Nantes, à à Grenoble, à Bordeaux et . Le , on compte 128 à manifestants sur toute la France : 13 à à Paris, à à Marseille, 3 à à Lyon, à Lille, 4 à à Toulouse, entre 800 et à Nantes où la préfecture fait interdire la manifestation, 1900 à à Grenoble, à au Havre, à à Rouen, à Clermont-Ferrand, 6 à à Saint-Nazaire ou encore à Saint-Étienne et à Montpellier.
Cette journée marque aussi le début d'un mouvement de grève, notamment des routiers, cheminots, salariés de raffineries, des aéroports et des ports. Parallèlement, le , alors que le rôle et l'utilisation des forces de l'ordre ont été critiqués en raison des nombreuses violences policières qui ont émaillé les manifestations, des policiers se rassemblent .
Le , le gouvernement assure les routiers que le projet de loi ne modifiera pas leur régime spécifique d'heures supplémentaires.