L'église Saint-Georges est une église catholique paroissiale située au Heaulme, en France. Elle se compose pour l'essentiel d'une nef unique sans grand caractère qui remonte en partie à la première moitié du , et d'un chœur gothique d'une seule travée édifié au cours du dernier quart du . Sa voûte d'ogives a disparu, mais ses colonnettes à chapiteaux, mutilées, restent en place. Le principal intérêt de l'église réside en un tympan roman tardif du milieu du , qui est l'un parmi seulement deux tympans romans historiés du Vexin français. En raison de la valeur de son portail, la petite église a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du ., et bénéficié d'une restauration depuis. Le Heaulme est aujourd'hui affilié à la paroisse Avernes et Marines, et son église n'accueille plus des messes dominicales que deux fois par an, le samedi à 18 30.

Localisation

L'église Saint-Georges est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, au pied des buttes de Rosne (côté sud) et près de Marines, sur la commune du Heaulme, Grande-Rue (RD 188). Elle est édifiée sur une terrasse dominant légèrement la rue grâce à un mur de soutènement, mais il suffit de gravir trois marches d'escalier pour accéder au portail sous le porche. Celui-ci est coincé entre la façade occidentale et la mairie, qui se situe à l'ouest de l'église. L'élévation septentrionale est alignée sur la rue. L'élévation méridionale et le chevet donnent sur l'ancien cimetière, qui est aujourd'hui un terrain municipal laissé à l'abandon. Cependant, le chevet est également visible depuis la rue.

Historique thumb|left|Nef, vue vers l'est.

La date de fondation de la paroisse n'est pas connue. Son église est dédiée à saint Georges. Le culte de ce saint reste pratiquement limité à l'église orthodoxe jusqu'à la Première croisade. Grâce à l'assistance de saint Georges, dit-on, les Latins remportent une victoire décisive sur les Turcs à l'issue du siège d'Antioche, le . Par la suite, les croisés rapportent de nombreuses reliques de saint Georges en Occident, et des églises dédiées à Saint-Georges sont fondées à partir du début du .. — Sous l'Ancien Régime, Le Heaulme relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est l'archevêque de Rouen.. La Révolution française apporte le rattachement au nouveau diocèse de Versailles, qui regroupe l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise. En 1966, Le Heaulme change une seconde fois de diocèse avec la création du nouveau diocèse de Pontoise, qui correspond au territoire du département du Val-d'Oise alors en voie de constitution. Le Heaulme est aujourd'hui affilié à la paroisse Avernes et Marines, et l'église Saint-Georges n'accueille plus des messes dominicales anticipées que deux fois par an, le samedi à 18 h 30.. thumb|Nef, vue dans le chœur.

Aucun document ne renseigne sur la construction de l'église. Le tympan de style roman tardif du portail bouché au nord de la nef représente son élément le plus intéressant. Par son décor architectural, il se rattache au second quart du . Selon Richard Lefebvre des Noëttes, la selle du cheval de saint Georges, qui est représenté sur le tympan, correspond à un type qui se répand à partir de 1140 environ. La forme du bouclier suggère le milieu du .. Les maçonneries sont datables de la première période gothique par les contreforts à ressauts sans larmiers, mais les chapiteaux de crochets déjà bien affirmés visibles à l'intérieur ne permettent pas d'avancer une date antérieure à la fin du . La date ou la raison de la disparition de la voûte d'ogives du chœur ne sont pas connus, et le clocher en charpente n'est pas non plus daté. L'ancien portail est maladroitement restauré à la fin du , avec reconstitution totale du piédroit droit manquant.. En raison de la valeur de son portail, l'église Saint-Georges est inscrite aux monuments historiques par arrêté du . Elle a bénéficié d'une restauration intérieure vers la fin du . Le clocher a été consolidé et réhabilité en 1996Cf. la plaque explicative à l'extérieur de l'église..

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église. thumb|État avant la restauration à la fin du . thumb|Archivolte et tympan. thumb|Vue rapprochée du tympan.

Régulièrement orientée, l'église se compose d'une nef unique simplement plafonnée de trois travées ; de la petite chapelle Saint-Georges au nord de la deuxième travée ; et d'un chœur rectangulaire anciennement voûté d'ogives d'une seule travée. Le portail occidental, qui constitue l'unique accès à l'église, est précédé d'un porche moderne sans caractère. Une sacristie également moderne est accolée au chœur au sud. Un petit clocher octogonal en charpente est assis à califourchon sur le début du toit du chœur. Il est revêtu de bardeaux. Les toitures à deux rampants de la nef et du chœur, dont cette dernière est plus élevée, sont délimités par des pignons à l'ouest et à l'est, et couvertes de tuiles plates. La chapelle et la sacristie sont munis de toits en bâtière perpendiculaires à l'axe de l'édifice.

Portail roman

Le portail nord bouché aurait changé de place selon Bernard Duhamel. L'auteur estime qu'il aurait été remonté ., sans préciser sa pensée. L'épaisseur du mur n'est guère un critère, car une petite nef sans voûtes n'a pas besoin de murs plus puissants, et l'épaisseur du mur occidental n'est pas supérieure. Cependant, l'hypothèse du déplacement n'est pas sans fondement, comme le donne à penser un cliché de Félix Martin-Sabon antérieur à 1897. L'on y devine un contrefort à gauche du portail, alors qu'actuellement, il n'y a de contreforts qu'au sud de la nef, ainsi qu'autour du chœur. À droite, l'archivolte bute contre un mur, et aucune trace n'est visible du piédroit du portail de ce côté. Un peu plus à gauche du portail, l'on voit un chaînage vertical, qui n'est aujourd'hui plus identifiable sur l'église. Enfin, le piédroit gauche comporte une fine colonnette à chapiteau, dont la sculpture se poursuit sur une frise en haut du piédroit gauche.. Comme l'a déjà signalé Roland Vasseur en 1975, le tailloir octogonal aplati sous la forme d'une tablette biseautée et les feuilles maigres indiquent le début du , et le style rayonnant tardif.. Lors de la restauration de la fin du , la frise a été supprimée, mais la partie manquante du cordon supérieur de l'archivolte et tout le piédroit droit avec sa colonnette à chapiteau ont été reconstitués. Les autres éléments restent authentiques.

On peut écarter la colonnette à chapiteau, dont la présence n'a pas encore trouvé d'explication, de l'analyse des parties hautes du portail. Il n'y a pas, ou plus, de linteau. Le tympan est sculpté dans un seul bloc d'une pierre dure et d'un grain très fin, qui n'est pas de provenance locale. Il mesure seulement de largeur à sa base, et accuse la forme d'un hémicycle. Avec son homologue de Meulan, qui avait été enterré devant le chevet et n'a été retrouvé qu'en 1877, c'est le seul tympan roman historié du Vexin français. Il n'y a du reste qu'un autre tympan roman sculpté, celui de Brignancourt. Mais avant d'aborder la sculpture, il convient d'examiner l'archivolte. Elle se compose, du bas vers le haut, d'un double rang de bâtons brisés à faible relief, au profil d'un boudin devant un filet ; d'un rang de claveaux à l'angle adouci par un tore dégagé ; et d'un rang de pointes-de-diamant ou de têtes de clous, et non de dents de scie, comme l'affirme Pierre Coquelle.. Les bâtons brisés, d'origine anglo-normande, sont fréquents dans le nord du Vexin et le is, et se trouvent aussi sur les portails de Brignancourt, Lavilletertre, Lierville, Marquemont, etc. Ce motif disparaît au début de la période gothique. Les têtes de clous constituent un motif qui dépasse le contexte régional, et restent en vogue beaucoup plus longtemps, jusqu'aux années 1220 / 1230.

Sur le tympan, six sujets bien distincts sont représentés en bas-relief. Celui qui occupe le plus de place est un cavalier sur sa monture, armé d'une lance. Ce motif se situe à droite de l'axe de symétrie, et les deux protagonistes, dessinés de profil, regardent vers la gauche, où, à une certaine distance, deux personnes leur font face. Ce sont un évêque identifiable comme tel grâce à sa mitre et sa crosse, qui est placé sur une proéminence ou un objet méconnaissable, et un second homme vêtu d'une longue robe. Ils regardent cependant vers le spectateur, et sont figurés de face. En haut, entre l'évêque et le cavalier, surgit le buste d'un homme apparemment ailé, et tenant une hallebarde. Ce serait Dieu le Père. Au-dessus du postérieur du cheval, se profile un grand oiseau, évoquant une colombe, mais André Lapeyre le désigne comme un coq symbolisant le Saint-Esprit. Enfin, tout à droite, l'on reconnaît aisément l'Agnus Dei tenant une croix processionnelle, qui renvoie à la fois vers l'Eucharistie et vers Jésus-Christ, le bon pasteur. L'ensemble de ces trois derniers éléments incarne incontestablement la Sainte-Trinité. Pierre Coquelle ne parvient pas à interpréter le sens des différents éléments. Il s'interroge si le cavalier ne pouvait pas représenter le seigneur local qui aurait fondé l'église. Selon André Lapeyre, cette hypothèse n'est pas recevable, car comme l'avait déjà démontré Émile Mâle, les rois, évêques et barons donateurs n'occupent qu'un rang très modeste dans la hiérarchie des personnages figurant sur les œuvres d'art avant le , et ils sont généralement humblement agenouillés. Or, le cavalier occupe une place de choix, et doit donc être un saint militaire. De là, il n'y a qu'un pas jusqu'à conclure qu'il s'agisse bien du patron de l'église. La première représentation iconographique connue remonte à 1112 / 1119, sur une monnaie du régent Roger d'Antioche..

Le plus ancien tympan connu affichant une représentation équestre de saint Georges, ici en combattant le dragon, se trouve sur le portail principal de la cathédrale Saint-Georges de Ferrare, qui a été daté de 1135 environ. Émile Mâle a démontré que le sculpteur de ce tympan s'était inspiré du portail occidental (ou plutôt l'un des portails occidentaux) de la basilique Saint-Denis. Ce tympan n'existe plus. Dans la nef de la cathédrale de Chartres, le vitrail d'une rosace montre saint Georges à cheval, sans le dragon. Ce vitrail daterait du milieu du . De même, la cathédrale d'Amiens possède un vitrail du martyre de saint Georges du , également sans dragon, et la cathédrale de Clermont-Ferrand possède elle aussi un vitrail du figurant ce saint sans le dragon. Son absence sur le tympan du Heaulme ne doit donc pas étonner. L'évêque et l'autre personnage à gauche restent encore à identifier : par analogie avec l'iconographie d'autres tympans qui représentent la donation d'une église à son saint patron, il devrait s'agir de l'archevêque de Rouen et du donateur, qui n'est certes pas agenouillé, mais prend une posture conforme à son rôle dans cette scène. Il offre l'église à l'archevêque, qui devient patron de la cure, et à son saint patron saint Georges à la fois.. Reste à exposer l'argumentation du commandant Lefebvre des Noëttes pour la datation des années 1140-1160 : . La sculpture a vraisemblablement " (André Lapeyre), ce qui explique la composition maladroite et la naïveté de la représentation : il faut donc se garder d'y voir une marque d'archaïsme..

Élévations extérieures thumb|upright|Vue sur le chœur depuis le sud-ouest.