Karfa Diallo est un militant et essayiste franco-sénégalais, né à Thiaroye en , et installé à Bordeaux depuis . Engagé depuis de nombreuses années sur les questions de diversité culturelle et de travail de mémoire, en particulier autour de l’esclavage. et de la colonisation, il dirige actuellement l’association internationale Mémoires & Partages, basée à Bordeaux, Bayonne, La Rochelle, Le Havre, Dakar, Paris et Poitiers. À ce titre, il a participé à la reconnaissance du passé négrier de la ville girondine., et est parvenu à faire poser des plaques explicatives dans les rues honorant des négriers à Bordeaux, La Rochelle, Nantes et Le Havre. À l'international, il a obtenu le vote par le Sénégal de la première loi africaine reconnaissant la traite des noirs et l’esclavage comme un crime contre l’humanité..
Auteur de plusieurs essais poétiques et politiques, il réalise également de nombreuses expositions documentaires sur la mémoire, parmi lesquelles Frères d’âme, héritages croisés de la Première Guerre mondiale, qui a reçu le label de la Mission centenaire 14-18..
En 2019, à la demande de l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, Karfa Diallo intègre le conseil d'orientation de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.
Biographie
Né le à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar, Karfa Sira Diallo est le fils d'Abdoulaye Diallo, ancien combattant français de la guerre d'Algérie ayant des origines peules et kabyles, devenu ensuite infirmier dans l'armée sénégalaise ; et de Soukeyna Doucouré, diola originaire de Casamance. Il est l'aîné d’une famille qui comptera vingt-cinq enfants.
Selon Karfa Diallo, son père « était très reconnaissant vis-à-vis de l’armée, qui lui a appris un métier, mais cette reconnaissance ne lui a pas été rendue ».. La culture de l’opposition caractérise très tôt son parcours : « j’étais un élève peu studieux. Turbulent, curieux, je défiais souvent l’autorité. Évidemment, l’adolescence a été conflictuelle face à un père autoritaire qui utilisait souvent la force. L’obligation d’exemplarité de l’aîné me pesait. Mon engagement commence au collège avec le syndicalisme étudiant ».
Karfa Diallo passe son bac à Pikine, au lycée Seydina-Limamou-Laye. Poursuivant ensuite des études en droit à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, il y est représentant des étudiants. Après une maîtrise en administration publique en 1996, il poursuit ses études en France pour un troisième cycle à Sciences Po Bordeaux. Il justifie son arrivée en France ainsi : « j’avais peut-être besoin de m’éloigner, j’étais attiré par le mirage occidental… Il fallait aller trouver des “armes miraculeuses”, comme dit Césaire, dans l’antre de l’oppresseur, afin de le comprendre ». Durant ses études à Bordeaux, Karfa devient secrétaire général de l’Association des étudiants sénégalais, puis président d’Africapac (Fédération des associations étudiantes d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique).
Après une première expérience professionnelle chez Ford à Blanquefort, il travaille ensuite une dizaine d’années comme juriste pour Sida Info Service.
Parallèlement à ce travail, Karfa Diallo s'engage activement dans le monde associatif et militant, principalement autour des questions du vivre-ensemble et du travail de mémoire concernant l'esclavage et la colonisation, aussi bien en France qu'en Afrique. C'est dans ce cadre qu'il fonde l'association Mémoires & Partages, et lance plusieurs campagnes qu'il défend pendant plusieurs dizaines d'années. Les principales étant la construction d'un Mémorial de l'esclavage à Bordeaux, la sensibilisation à la signalétique urbaine célébrant des esclavagistes (les plaques des rues portant des noms de négriers) et la réhabilitation des tirailleurs naufragés de lAfrique.
En 2010, il connaît une période de doute et exprime une certaine forme d'impuissance, qui l'amène à dissoudre DiversCités, la première association qu'il a fondée.. C'est à ce moment qu'il publie son premier essai, Matins noirs, présenté comme un long poème.
Finalement, l'année suivante, il retrouve l'énergie suffisante pour reprendre le combat associatif. Karfa Diallo met alors en place la visite guidée Le Bordeaux nègre qu'il propose au public à partir de 2012. La notoriété de son combat pour la mémoire de l'esclavage dépasse progressivement les frontières du pays, et, le 24 juin 2020, il fait la une du New York Times.
Depuis 2014, Karfa Diallo est aussi consultant et directeur de l’agence de communication KakatArt Consulting., spécialisée dans l’Intelligence mémorielle.
Engagement associatif et militant
Mémoire de l'esclavage à Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, Bayonne et Paris
L'association DiversCités et la Fondation pour le mémorial de la traite des noirs En , Karfa Diallo fonde une première association, DiversCités, qui travaille notamment à la reconnaissance du passé négrier de Bordeaux. En parallèle, il crée le , à l’Assemblée nationale, la Fondation pour le mémorial de la traite des noirs, placée sous la présidence d’honneur de Patrick Chamoiseau, Noël Mamère, Roni Brauman et Françoise Vergés. Cette association, installée à Bordeaux, se donne comme objectif de .. vignette|Musée d'Aquitaine : galerie des portraits d'afro-descendants bordelais, dans la dernière salle de l'exposition consacrée au commerce atlantique et à l'esclavage. En haut, au centre, le portrait de Karfa Diallo. Face à la pression exercée par l'association de Karfa Diallo, la municipalité de Bordeaux, alors dirigée par Hugues Martin, met en place en 2005 un Comité de Réflexion sur la Traite des noirs.. Celui-ci, présidé par le journaliste et écrivain Denis Tillinac, regroupe des dignitaires religieux, des historiens, les présidents du Port autonome et de la Chambre de commerce, ainsi que des militants associatifs dont Karfa Diallo.. Dans son rapport final, le comité dresse un état des lieux des connaissances historiques ( africains déportés par 150 armateurs bordelais), et fait des propositions pour pérenniser ce travail de mémoire. Tout d'abord il y a l'installation d'une plaque commémorative sur les quais, inaugurée l'année suivante par Hugues Martin. Ce dernier déplorera plus tard sa taille ridicule. Puis la seconde proposition retenue est la mise en place d'un lieu destiné à la transmission de cette histoire. Confiée au Musée d'Aquitaine., elle permet l'ouverture en 2009 de quatre salles permanentes consacrées à Bordeaux au , le commerce atlantique et l'esclavage.. En revanche, deux propositions de Karfa Diallo sont rejetées : la construction d'un mémorial ex nihilo (indépendant des musées) et l'installation de plaques explicatives sur les rues portant des noms de négriers, au motif que cela et .
L'association internationale Mémoires et Partages En 2013, afin élargir le domaine d'action de l’association aux questions coloniales et inter-mémorielles, la fondation change de nom et devient l'association internationale Mémoires & Partages. En 2020, des antennes sont créées dans deux autres ports négriers : Le Havre. et La Rochelle.. En 2021, ce sont les villes de Bayonne. et Paris. qui inaugurent à leur tour des antennes. Enfin, en 2025, une antenne est créée à Poitiers.
Renommer les rues de négriers ou mettre des plaques explicatives ?
Depuis la fin des années 2000, l'association Mémoires & Partages questionne les municipalités des principaux ports négriers sur les noms de rues qui honorent des personnalités ayant contribué à l'esclavage. Elle obtiendra finalement l'installation de plaques explicatives dans certaines voies des villes de Bordeaux, La Rochelle, Nantes et Le Havre.vignette|Happening organisé le 20 février 2018 à Bordeaux en présence du conseiller municipal Pierre Hurmic (EELV) et de la député suppléante Tiphaine Maurin (LFI)..|gauche En 2009, Karfa Diallo et son association lancent une campagne publique intitulée .. Celle-ci vise surtout à ouvrir le débat, d'où le point d'interrogation à la fin de son slogan, sur les rues honorant par leurs noms des négriers (armateurs ou esclavagistes) dans les cinq principaux ports négriers français : Nantes, La Rochelle, Le Havre, Bordeaux et Marseille. Dès le début, la campagne de l'association Mémoires & Partages suggère, soit de rebaptiser les rues honorant des criminels, soit a minima d'apposer des plaques explicatives, idée que Karfa Diallo avait déjà présentée dès 2005 au Comité Tillinac, mais qui avait été rejetée.
Cette campagne de longue haleine, relancée plusieurs fois à l'occasion des élections municipales, commence à porter ses fruits puisqu'en 2020 la ville de Bordeaux décide finalement d'installer des plaques explicatives dans cinq rues portant les noms d'armateurs négriers.. Si Karfa Diallo a salué ce geste encourageant, il souhaite que la mairie aille plus loin en s'intéressant aussi aux rues portant des noms d'esclavagistes (personnes possédant des plantations coloniales et leurs esclaves).. Il obtient ainsi, en mai 2022, que la rue Colbert s'ajoute à ces premières rues.
En 2021, vingt ans après la loi Taubira, la ville de La Rochelle accepte, après plusieurs refus, d'étoffer certaines plaques de rues, afin de mentionner le lien entre leurs noms et la traite négrière.vignette|Plaque explicative rue Guillaume Grou à Nantes, installée en 2023.La ville de Nantes avait donné son accord en 2018 pour les plaques explicatives., puis est revenue sur sa décision en 2020.. Elle accède finalement à cette demande en 2023 et installe plusieurs plaques dans des rues aux noms d'individus impliqués dans la promotion de l'esclavage depuis cette ville, et au contraire qui ont lutté contre cette pratique..
La ville du Havre quant à elle, après avoir longtemps refusé d'intervenir sur les plaques de rues, accède finalement à la demande de l'association Mémoires & Partages en 2023.. L'année suivante, le , elle procède à l'installation de dix panneaux explicatifs, cinq dans des rues honorant des personnalités ayant pratiqué la traite négrière depuis ce port, et cinq dans des rues portant des noms de personnes aux positions abolitionnistes.
Visites guidées et parcours-mémoire
Le Bordeaux nègre La mise en place, depuis 2012, des visites guidées du Bordeaux nègre. constitue un tournant dans son action militante. À travers plusieurs parcours, Karfa Diallo fait découvrir l'histoire et les traces de l'esclavage colonial à Bordeaux. Ces visites donnent une approche plus pédagogique, et sont souvent sollicitées par les établissements scolaires.
Visites à La Rochelle, au Havre et à Paris vignette|Karfa Diallo animant une visite guidée au Havre en 2020. En 2019, il lance à La Rochelle la visite guidée Sur les traces de l'esclavage colonial., puis en 2020 celle du Havre négrier.. En 2022, avec l'antenne francilienne de l'association, Karfa Diallo inaugure un parcours-mémoire sur les traces du passé esclavagiste de la capitale..
Quartier de la Négresse à Biarritz Le , dans le cadre de la campagne demandant le changement de nom du quartier de la Négresse de Biarritz., Karfa Diallo lance la visite guidée .. Celle-ci a pour but de faire découvrir l'histoire de cette affranchie, mais aussi sensibiliser les habitants au caractère raciste et sexiste du mot négresse.
Dialogue avec des descendants d'armateurs négriers Un dialogue apaisé et ouvert a par ailleurs été engagé depuis 2014 entre Karfa Diallo et des descendants de familles d'armateurs négriers pour contribuer au travail de mémoire.. Loin de toute stigmatisation, l'association Mémoires & Partages souhaite au contraire associer le plus possible de parties prenantes à sa mission.
Également, Jean Bégouën, descendant du grand négrier havrais Jacques-François Begouën de Meaux, est resté adhérant de l'association jusqu'à sa mort en 2015.. Il a participé à la rencontre entre Mémoires et Partages et l'ancien maire du Havre Antoine Rufenacht dans le cadre de la campagne sur les rues portant des noms de négriers.
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