Thich Nhat Hanh (vietnamien: Thích Nhất Hạnh)), né Nguyễn Đình Lang le à Hué (province de Thừa Thiên-Huế, Protectorat français d'Annam, Indochine française) et mort le , est un moine bouddhiste vietnamien et un militant pour la paix.

On lui doit la création, le développement et la propagation de ce qui est devenu le — expression qu'il a créée et qu'il a lui-même introduite dans la langue françaiseChristopher S. Queen, « Engaged Buddhism » in — qui est un élément central de sa pensée et de son action. Il a aussi mis un très fort accent sur la notion bouddhique d'Inter-être (vietnamien: « Tiêp Hîen »), qui souligne et rappelle l'unité (ou l'« inter-être ») de toutes les existences; sur la pleine conscience dans la vie quotidienne — pratique qu'il a largement popularisée ; et encore sur l'engagement non violent pour soutenir les victimes de la tyrannie et de l'injustice, en particulier lors de la guerre du Viêt NamChristopher S. Queen, « Thich Nath Hanh » in . La notion d'Inter-être est au fondement de lOrdre de l'Inter-être, ouvert aux moines bouddhistes, moniales bouddhistes et laïcs.

Il est un des maîtres bouddhistes les plus connus en Occident après le dalaï-lama« Thích Nhất Hạnh est un maître connu dans le monde entier, un écrivain, un poète, un érudit et un homme de paix. À l'exception du Tenzin Gyatso|dalaï-lama, il est aujourd'hui l'enseignant bouddhiste le plus connu » : P. 288 : ; et .

Nom « Thích Nhất Hạnh » est son nom bouddhique, qui se décompose en deux parties. « Thích » est la prononciation vietnamienne de la transcription en chinois de la première syllabe du mot Shakya (釋Le nom complet Shakya en chinois est 釋 迦 族, ce qui se prononce Shì jiā zú.), qui est le nom du clan auquel appartenait Siddharta Gautama — le bouddha historique, qui était aussi surnommé Shakyamuni, « sage des Shakya ». Quant à « Nhất Hạnh » (ch. 一行), le sens en est « Une action »: il s'agit d'un nom choisi par Thích Nhất Hạnh en 1949, pour marquer son aspiration à devenir un bodhisattva de l'action.

Par ailleurs, Thich Nhat Hanh a aussi un nom de lignage (qui le rattache à une lignée de maîtres) : Trừng Quang (ch. 澄光), ainsi qu'un nom de moine bouddhiste (ou nom de dharma) : Phùng Xuân ( ch. 逢春). Enfin, il est souvent appelé simplement Thầy, c'est-à-dire « maître ».

Biographie

Enfance Nhất Hạnh est né sous le nom de Nguyễn Đình Lang le 11 octobre 1926 (nom changé plus tard en Nguyễn Xuân Bảo) dans l'ancienne capitale Huế, au centre du Vietnam. Il est de la génération Nguyễn Đình. Son père, Nguyễn Đình Phúc, du village de Thành Trung à Thừa Thiên, Huế, était un fonctionnaire de l'administration française. Sa mère, Trần Thị Dĩ, était du district de Gio Linh. Nhất Hạnh est le cinquième de leurs six enfants. Jusqu'à l'âge de cinq ans, il a vécu avec sa grande famille élargie chez sa grand-mère. Encore, il s'intéresse au bouddhisme et lit avidement les livres et revues sur le sujet que lui procure un ses frères aînés, Nho, pour qui il a beaucoup d'affection. Bientôt, les deux frères décident de devenir moines bouddhistes, un désir qui ira grandissant et qui aboutira au noviciat.

Études monastiques À 16 ans, en 1942, en pleine occupation du Vietnam par le Japon, Nhất Hạnh entre au monastère du temple Tu Hiếu, où il étudie le Thiền (zen), dans la branche rinzai auprès du maître zen Thích Chân Thật. Son noviciat dure trois ans et il se forme dans les traditions vietnamiennes du bouddhisme Mahayana et Theravāda.

Sa formation suit un principe zen célèbre du maître chan (): , et il s'adonne aux nombreuses tâches quotidiennes, essentiellement manuelles, ce qui fait partie intégrante de la formation des novices. C'est là pour ces derniers l'occasion de devenir complètement présent dans et conscient de chaque tâche, et d'appliquer les enseignements d'un petit ouvrage intitulé Petit manuel, dont les recommandations de la première partie , intitulée « L’essence du Vinaya pour tous les jours » visent à , selon les mots de Thich, qui dira de cet ouvrage: . vignette|Intérieur de la pagode de Tu Hiếu, temple auquel était rattaché Thich Nhat Hann. En 1945, il reçoit les préceptes de novice et le nom Trừng Quang (« Lumière paisible »), tout comme les autres novices de sa génération dans ce temple. Plus tard, prenant les Dix préceptes de moine, il recevra le nom de dharma, Phùng Xuân (« À la rencontre du printemps »), sous lequel il sera connu dans son temple.

En 1947, son maître envoie Nhất Hạnh poursuivre sa formation à l'Académie bouddhiste Báo Quốc: il étudie de nombreux sûtras du Mahâyâna ainsi que de nouveaux manuels d'études bouddhiques dus à des auteurs qui veulent réformer le bouddhisme en Chine. Dans ce temple où l'on apprécie la poésie, il poursuit ses expériences d'écriture de poèmes, commencées à l'âge de douze ans. On est alors dans la guerre d'Indochine, qui a débuté en 1946, et ce conflit amène Nhat Hanh à prendre conscience que seul le bouddhisme ouvre sur une voie non violente pouvant permettre de sortir du conflit. Avec des amis, il lit des revues bouddhiques progressistes, s'ouvre aux sciences sociales. Les jeunes gens demandent que leur formation intègre ces éléments nouveaux. Mais la formation dispensée au temple reste traditionnelle, et leur demande est repoussée.

En 1949, il quitte donc le temple Boa Quoc avec deux amis et s'installe à Saigon dans une pagode encore toute simple, appelée , dont la construction a commencé en 1948, et il participe aux travaux. C'est au cours de leur déplacement vers cette ville que les trois jeunes gens décident d'adopter chacun un nom qui marque leur engagement à devenir des bodhisattvas de l'action. Ils s'appelleront donc chacun Hạnh , « action », et pour Thich, ce sera Nhat Hanh, « une action »Pour ses amis, ce sera Đường Hạnh « Grande action » et Chánh Hạnh « Action juste ». (). À Saigon, Nhat Hanh lit beaucoup (sciences, littératures étrangères, psychologie, philosophie). En 1951, il publie son premier livre, un ouvrage en vietnamien intitulé Logique orientale, en rapport avec Aristote, Hegel, Marx et Engels. Cette même année, il est pleinement ordonné moine, au temple An Quang. En 1954, il entre à l'université de Saigon, qui s'est récemment ouverte, où il obtiendra en diplôme en littérature vietnamienne et littérature françaises. Il subvient à ses besoins en vendant des livres et de la poésie. Il s'investit également dans la formation de novices et publie des articles sur la philosophie bouddhique et le renouvellement du bouddhisme.

Engagement spirituel, social et politique

Journalisme et communauté expérimentale Après la division en deux parties du Vietnam en 1954, le dirigeant catholique Ngô Đình Diệm arrive au pouvoir (1954). Il cherche à écarter et marginaliser les bouddhistes. Nhat Hanh, qui écrit de plus en plus dans des journaux et revues et gagne en notoriété, publie une série de dix articles pour défendre le bouddhisme et montrer qu'il ne s'agit en rien d'un système sclérosé. En 1956, il est nommé rédacteur en chef de la revue Phật Giáo Việt Nam (« Le bouddhisme vietnamien »), diffusée dans tout le pays, et il s'efforce d'unifier les diverses tendances du bouddhisme vietnamien. Mais cette même année, au neuvième mois lunaire, il perd sa mère, ce qui l'affectera beaucoup.

À cette même époque, il réunit une communauté expérimentale qui s'installe dans les hauts plateaux au centre du pays, appelée Phương Bối (« Feuilles odorantes de palmier »). Phương Bối devient un modèle expérimental qui a pour but de donner une nouvelle vie au bouddhisme, et qui servira de modèle aux futurs centres de pratique de pleine conscience que Nhat Hanh fondera plus tard. Outre le travail manuel, c'est pour Nhat Hanh les débuts d'une réflexion, à travers la discussion et l'écriture, sur une nouvelle forme de bouddhisme qu'il appellera bientôt . Mais c'est aussi une période physiquement et moralement difficile: faiblesse physique, insomnies chroniques minent sa santé et débouchent sur une dépression. Il dira plus tard:

Sa notoriété s'étend, et en mai 1959, il est invité au Japon à participer à la Conférence internationale du Vesak, à l'occasion de la fête de la naissance du Bouddha. Cet événement sera important pour Nhat Hanh parce qu'il élargira son horizon culturel. Découvrant qu'il existe d'importantes collections de sûtras dans des bibliothèques à l'étranger, il décide donc de voyager davantage et, pour cela, de maîtriser l'anglais dans le délai d'une année. Il demande également une bourse d'études à l'ambassade des États-Unis.

Toujours en 1959, quelques jeunes souhaitent lui apporter leur aide, ce qui débouchera sur la création du groupe des « Treize cèdres », parmi lesquels se trouve une jeune femme étudiante en biologie, Cao Ngọc Phượng, qui deviendra plus tard sœur Chân Không. Cette dernière entraîne le groupe à s'impliquer dans des programmes d'action sociale et d'éducation, ce qui est une première mise en pratique des idées et des enseignements de Nhat Hahn.

États-Unis. 1961-1963 En 1961, Nhất Hạnh reçoit une bourse Fulbright pour étudier les religions comparées à l'université de Princeton. Il suit les cours sur le christianisme, l'islam et le bouddhisme chinois au Princeton Theological Seminary en 1961-1962. Durant l'année universitaire 1962-1963, il mène une recherche à l'université ColumbiaSauf mention contraire, les informations de cette partie viennent de .. Durant ce séjour, il découvre les écrits du théologien allemand Dietrich Bonhoeffer. C'est pour lui une expérience spirituelle qui le convainc que les bodhisattvas sont bien réels, ici sur Terre, et pas seulement des êtres spirituels vivant dans un autre monde.

Il se fait aussi le porte-parole de la résistance bouddhique contre le régime de plus en plus brutal de Ngô Đình Diệm, et c'est dans le New York Times qu'il apprend l'immolation par le feu, en juin 1963, de Thích Quảng Đức, un moine qu'il connaît bien. À l'été de cette même année, il obtient un Master of Arts in Religion de l’Union Theological Seminary à l’université Columbia, avec un travail de mémoire sur la psychologie bouddhique. On lui propose un poste de chercheur sur le bouddhisme vietnamien, ou un poste d'assistant de recherche et de chargé de cours dans le département de philosophie et de religion de cette université. Mais on lui demande aussi de rentrer au Vietnam pour collaborer au renouveau du bouddhisme vietnamien, et c'est cela qu'il choisit

Il dira de cette expérience américaine :

Actions sociales au Vietnam. 1963–1966 Nhất Hạnh repart au Vietnam en décembre 1963, après la chute du régime Ngô Đình Diệm, mais s'arrête en chemin à Paris, où il donne plusieurs conférences. Il arrive au Vietnam en janvier 1964 et assume pleinement le rôle de chef de file du mouvement bouddhiste pour la paix et l'action socialeSauf mention contraire, les informations de cette partie viennent de ..