L'agriculture en Inde est un secteur économique important de l'Inde et l'une des productions agricoles les plus importantes de la planète. Le secteur emploie 33 % de la population active en 2025. Mais de graves difficultés apparaissent liées peut-être au changement climatique, à la pollution par les pesticides et à l'endettement d'une grande partie des paysans indiens.

Histoire

thumb|right|Fleur du théier (Inde). Historiquement, l'Inde était cultivée depuis l'Antiquité. Oryza sativa (riz asiatique) provient de divers événements de domestication ayant eu lieu environ 5000 ans av. J.-C. en Inde du Nord.

La colonisation a développé certains secteurs comme le thé, introduit en Inde au . Entre 1840 et 1860, l'Angleterre multiplie par huit ses importations de coton indien : balles contre François Verdeil, De l'industrie moderne, Editions V. Masson, 1861, page 343 , mais avec des inconvénients : elle a introduit le coton américain en Inde, avec ses maladies végétales, et parasites, comme le ver de la capsule.

Histoire contemporaine Après 1950, des réformes agraires de la révolution verte sont mises en place, mais l'extension des terres agricoles voient leurs limites dès les années 1950-1960Étienne Gilbert, « Agriculture et économie rurale en Inde – Début de réveil », Revue Tiers Monde 3/2005 (n° 183) , p. 539-558 . En 1951, les surfaces agricoles sont de 119 millions d'hectares, dont 21 millions sont irriguées. L'objectif est alors d'augmenter les rendements agricoles notamment via l'irrigation, permettant deux à trois récoltes par an. L'utilisation de pompes motorisées est financièrement soutenue dans certains États.

Dans les années 1950 et 60, une des réformes les plus importantes est un remembrement agricole notamment dans les états de l'Uttar Pradesh et de l'Haryana. En 1965, la Food Corporation of India est créée pour stocker les denrées agricoles pour éviter les disettes, ainsi que pour subventionner l'achat de denrées agricoles à la population pauvre.

La population agricole s’enrichit relativement grâce à l'amélioration des rendements dans les régions les plus productrices notamment, le Pendjab, l'Uttar Pradesh, l'Haryana et les deltas rizicoles du sud de l'Inde. Les régions du Bihar, du Bengale occidental, de l'Orissa connaissent des hausses de rendements plus tardifs ou plus limités, alors que le Deccan et une grande partie de l'Inde du Sud ont été moins touchés par la révolution verte, de par la difficulté d'accès à l'irrigation dans des régions montagneuses et semi-arides.

L'Inde parvient à couvrir les besoins alimentaires essentiels de sa population depuis les années 1970. La production de blé a été multipliée par 6 et la production de riz par 4 entre 1961 et 2003. Le maraichage, les cultures commerciales et l'élevage laitier (notamment grâce à la « révolution blanche ») se développent également. En parallèle, l'agriculture indienne se motorise.

Cependant dès les années 1980, les investissements soutenus dans l'agriculture et le monde rural ralentissent, l'exode rural et la disparité de niveau de vie entre villes et campagnes s'accentuent. Le réseau électrique, indispensable pour faire tourner les moto-pompes, se dégradent fortement, ainsi que les réseaux publics d'irrigations, qui manquent également d'investissements pour être étendues plus rapidement. Les équipements maintenant la chaîne du froid sont peu utilisés, induisant des pertes importantes dans les denrées périssables. De plus, les sols dans certaines régions sont surexploités ou mal amendés, ennoyés ou salinisés.

Pourtant entre 1981 et 2002, la part des dépenses liées à la consommation de céréales baisse. La consommation de lait triple sur la même période atteignant 91 millions de tonnes en 2002. Toujours entre 1981 et 2002, la production d'œufs quadruple. La consommation de sucre triple entre 1951 et 2002 et celle des fruits passe entre 1991 et 2002 de 12,7 millions de tonnes à 19,2 millions.

En 1995-1996, 61,6 % des exploitations agricoles du pays ont une superficie de moins de 1 hectare, 18,7 % mesurent entre 1 et 2 hectares, 19,6 % mesurent plus de 2 hectares, pour au total de 116 millions d'exploitations. En 2000-2001, les surfaces agricoles sont de 141 millions d'hectares, dont 55 millions sont irriguées.

Au cours des dernières décennies, les paysans ont vu leurs revenus diminuer et leurs dettes augmenter. Une étude publiée en 2020 par l’université agricole du Pendjab indique que les paysans du Pendjab sont endettés à hauteur de quatre fois leur revenu annuel. Ces vingt dernières années, 300 000 paysans se sont suicidés en Inde. En 2018, des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de paysans se multiplient ; ceux-ci dénoncent notamment les très forts taux d'endettement et de suicides.

Le gouvernement de Narendra Modi décide en 2020 de libéraliser la commercialisation des produits agricoles en permettant aux producteurs de vendre directement aux entreprises privées, une mesure qui entrainerait la disparition des prix minimum garantis. Cette décision, susceptible d'appauvrir encore davantage les paysans, entraine une mobilisation nationale conduite par les syndicats et provoque la controverse au sein même du gouvernement.

Climat et sols thumb|Dates du début de la mousson estivale en Inde (couleurs). Vents dominants (flèches) durant les moussons estivales et hivernales Le climat en Inde est fortement influencé par l'Himalaya et le désert du Thar. Le massif de l'Himalaya, de même que la chaîne de l'Hindū-Kūsh au Pakistan, constituent tous deux une barrière naturelle arrêtant les vents froids venant d'Asie centrale, maintenant ainsi au sein du sous-continent indien des températures plus élevées que dans la plupart des lieux situés aux mêmes latitudes. Le désert du Thar attire les vents de mousson chargés d'humidité qui sont responsables de la plus grande partie des précipitations en Inde.

Traversées par le Gange, le Brahmapoutre et l'Indus et bénéficiant davantage des bienfaits de la mousson, les régions au nord du pays sont les plus fertiles. La ceinture indo-gangétique est la plus grande étendue d'alluvions du monde, formée par le dépôt de limon provenant des nombreuses rivières environnantes. Les plaines sont plates et le plus souvent dénuées d'arbres, favorisant ainsi l'irrigation au moyen de canaux. La zone est également riche en sources d'eau naturelle.

Cette plaine est l'un des plus grands espaces d'agriculture intensive au monde. Les cultures poussant sur la plaine indo-gangétique sont en premier lieu le riz et le blé, via le système de rotation des cultures. Les autres cultures incluent le maïs, la canne à sucre et le coton.

L'agriculture est très dépendante de la mousson pour l'irrigation. Dans certaines régions, une mousson trop faible engendrera un déficit d'eau qui entrainera la perte des récoltes.

Ces dernières années, les événements météorologiques extrêmes, avec des sécheresses, des canicules et des cyclones récurrents, sont un facteur majeur de la chute de revenus des fermiers. Selon le Centre for Science and Environment, la plus grande ONG environnementale de l'Inde : « On fait face à une crise agricole, avec une vague de suicides de fermiers et des manifestations paysannes qui se sont multipliées par trois. »

Pratiques agricoles Cultures et mousson Kharif désigne les cultures et récoltes au cours de la saison des pluies (mousson pluvieuse) dans la région d'Asie du Sud, qui dure entre avril et octobre en fonction de la zone envisagée. Les cultures kharif principales sont le mil et le riz. Kharif contrastent avec rabi, les cultures irriguées de la saison sèche. Les deux mots sont arrivés avec les Moghols sur le sous-continent indien et sont largement utilisés depuis. Les cultures rabi sont semées à la mi-novembre, après que les pluies de mousson sont terminées, et la récolte commence en avril/mai. Les cultures sont cultivées soit avec l'eau de pluie qui a percolé à travers le sol, ou soutenues par l'irrigation. Une bonne pluie en hiver gâte les cultures rabi mais est bon pour les cultures kharif. La récolte rabi majeure en Inde est le blé, suivi par l'orge, la moutarde, le sésame et les pois. Les pois sont récoltés tôt, car ils sont prêts tôt: les marchés indiens sont inondés avec des pois verts de janvier à mars, avec un pic en février. Les cultures kharif sont généralement semées avec le début des premières pluies vers la fin mai dans le sud du Kerala au cours de l'avènement de la saison de mousson du sud-ouest. Comme les pluies de la mousson avancent vers le nord de l'Inde, les dates de semis varient en conséquence et atteignent juillet dans le nord de l'Inde.

La moitié de la production agricole du pays est semée entre les mois de juin et septembre..

Seulement la moitié des terres sont irriguées. Les pratiques sont donc largement dépendantes de la mousson. À chaque publication d’un bulletin de prévision, des SMS sont envoyés à des millions d’agriculteurs pour qu’ils adaptent leurs semences en fonction du niveau des précipitations. A elle seule, la mousson peut faire varier la croissance du PIB indien de 0,5 point. Les trois quarts des produits issus des cultures les plus gourmandes en eau souterraine sont exportés par trois pays : l’Inde (riz et coton, surtout vers la Chine), les États-Unis (coton, blé, maïs et soja, vers la Chine, le Japon et le Mexique), et le Pakistan (surtout du riz, à destination de l’Iran, de l’Arabie saoudite ou du Bangladesh). L'impact est important sur les ressources en eau souterraine, qui sont exploitées plus vite qu'elles ne se renouvellent..

OGM L'arrivée des OGM a modifié fortement la culture de coton, le coton Bt est devenu très majoritaire (11,6 millions d'hectares en 2014) alors que espèces de coton étaient cultivées dans le pays..

Pesticides et impacts sur les populations Dans les années 2010, les cas mortels d'encéphalite aigüe sur les enfants se sont amplifiés en Inde, au Bangladesh au Vietnam et en Thaïlande. Au Bangladesh, le lien à un cocktail chimique de pesticides est mis en évidence en 2017. En Inde, le gouvernement local du Kerala a estimé que l’usage à tort et à travers de l’endosulfan avait empoisonné personnes et causé la mort de 500 autres depuis 1978. Ce pesticide est interdit en Inde depuis 2012, mais une utilisation en contrebande est suspectée..

Agriculture biologique

La première rencontre nationale de l’agriculture biologique s’est tenue en 1984 à Wardha (Maharashtra) à l’initiative de l’Apigr, une association pour la promotion des ressources génétiques indigènes. Ensuite, chaque année, des congrès à thème ont eu lieu : conservation des semences, promotion des fermes bio, ressource en eau, révolution verte… Vers le milieu des années 1990, cette première organisation a passé la main à l’association Arise, animée par Bernard Declercq, un agriculteur d’Auroville. En 2002, à Bangalore, est née l’association des agriculteurs bio, l'Ofai (Organic Farming Association of India). En novembre 2017, l'Ofai a organisé avec l'Ifoam (International Federation of Organic Agriculture Movements) à New Delhi le Congrès mondial de l’agriculture biologique. Ce fut l'occasion de mieux connaître le mouvement de l’agriculture biologique en Inde.

L’Ofai a mis en place un système de garantie participative : ce sont les producteurs et les consommateurs qui vérifient que les produits sont bien cultivés en bio. Progressivement, des inspections ont été mises en place, dans un premier temps par des contrôleurs européens, puis, après leur formation, par des contrôleurs indiens.

Un État indien est précurseur en matière d'agriculture biologique, c'est le petit État du Sikkim, au nord-est du pays. Cet État s'est déclaré complètement bio en 2013Michel Bernard et Anne-Marie Clémençon, Reporterre, « La bio en Inde, un développement freiné par le manque d’intérêt des autorités », 22 juin 2018, lire en ligne, consulté le 19 janvier 2019.