Le Parti travailliste gallois (« Welsh Labour » en anglais) ou le Parti travailliste du pays de Galles (« Llafur Cymru » en gallois), plus couramment abrégé en Labour ou en Llafur, est la branche régionale du Parti travailliste, formation politique britannique, œuvrant au pays de Galles depuis 1947. Classé au centre gauche de l’échiquier politique, il prône l’unionisme vis-à-vis du Royaume-Uni et défend le dévolutionnisme.
Le Labour constitue la première force politique galloise depuis sa fondation et dirige l’exécutif dévolu au pays de Galles depuis la création de l’assemblée nationale pour le pays de Galles en 1999. Représenté par 30 membres du Senedd au Parlement gallois et par 22 membres du Parlement à la Chambre des communes, il est dirigé depuis 2024 par Vaughan Gething, à la suite de la démission de Mark Drakeford. Carolyn Harris assume la fonction de vice-chef également depuis 2018.
Histoire Origines Les idées socialistes s’implantent au pays de Galles à la fin du , notamment au travers de la création en 1890 de la Fabian Society de Cardiff par Arthur Charles Edward Parr. Quelques années plus tard, en 1893, le Parti travailliste indépendant (Independent Labour Party en anglais, abrégé en ILP) est formé par James Keir Hardie et s’organise par la suite en sections dans les villes de Merthyr Tydfil, de Briton Ferry ou encore de Swansea. Candidat du Labour Representation Committee, une organisation affiliée à l’, James Keir Hardie se présente dans la circonscription galloise de Merthyr Tydfil et devient membre du Parlement à la suite du scrutin général de 1900..
vignette|redresse=0.8|James Keir Hardie (1856-1915), premier chef d’un parti socialiste.|gauche
L’année 1908 marque un tournant au pays de Galles. En effet, l’affiliation de la au Parti travailliste fait cette formation politique la force socialiste galloise majeure. À partir des élections générales de 1922, les travaillistes remportent plus de la moitié des sièges au pays de Galles aux dépens du Parti libéral. Toutefois, en dépit du fait qu’il soit la force politique dominante au pays de Galles dans les années 1920 et 1930, les travaillistes du pays de Galles ne s’organisent pas en une entité unitaire et sont dispersés dans de multiples structures, dont la principale est le conseil régional des Galles-du-Sud du Parti travailliste (South Wales Regional Council of Labour en anglais, abrégé en SWRCL), créé en 1937....
Création d’une branche pourvoyeuse de sièges à Westminster Cliff Prothero, secrétaire général du conseil régional des Galles-du-Sud du Parti travailliste depuis 1944, parvient à unir les différentes entités travaillistes du pays de Galles à la fin des années 1940. Entretenant de bonnes relations avec les chefs travaillistes du nord du pays de Galles, il provoque la fusion du avec la fédération travailliste des Galles-du-Nord (North Wales Labour Federation, abrégée en NWLF) au sein d’un conseil régional gallois du Parti travailliste (Welsh Regional Council of Labour, abrégé en WRCL) en .
À partir des élections générales de 1950, la branche galloise du Parti travailliste détient 27 des 36 sièges du pays de Galles à la Chambre des communes. Elle les conserve à toutes les élections suivantes jusqu’à celles de 1959. En de cette même année, le conseil abandonne l’intitulé « régional » et devient le conseil gallois du Parti travailliste (Welsh Council of Labour, abrégé en WCL).
Dans les années 1960, la branche modernise son organisation, poussée par l’essor de Plaid Cymru, vainqueur d’une élection partielle à Carmarthen en 1966, et performant dans les élections partielles de Rhondda West (1967) ou encore de Caerphilly (1968). Électoralement, une poussée du vote en faveur des travaillistes gallois voit le nombre de membres du Parlement passer de 28 (en 1964) à 32 (en 1966). Au milieu de la décennie, le Parti travailliste gallois se convertit au dévolutionnisme mais une partie des membres gallois du Parlement à Westminster s’y oppose..
Emyrs Jones, secrétaire général de la branche dans les années 1960 et 1970, structure de façon plus importante le conseil gallois. Toutefois, lorsqu’il quitte la direction du mouvement, le parti fait marche arrière et redevient une simple succursale du Parti travailliste au pays de Galles. La formation connaît une phase de déclin électoral dans les années 1970 malgré son statut de premier parti en nombre de voix au pays de Galles. Le conseil gallois est par ailleurs rebaptisé en Parti travailliste au pays de Galles (Labour Party in Wales, abrégé en LPW) en . Aux élections générales de 1983, la branche galloise du Parti travailliste passe pour la première fois sous la barre des du vote populaire et seulement 20 des 38 sièges réservés au pays de Galles à la Chambre des communes. Neil Kinnock, un anti-dévolutionniste notoire, est élu chef du parti à Londres cette même année..
vignette|redresse=0.8|Harold Wilson (1916-1995), chef du Parti travailliste à partir de 1963 et premier ministre de 1964 à 1970 puis de 1974 à 1976.
Dès la fin des années 1980, le Parti travailliste du pays de Galles s’engage dans une phase ascendante qui atteint un pic lors des élections générales de 1997 et de 2001, scrutins au cours desquels 85 % des représentants gallois élus au Parlement ont l’étiquette du Labour (34 des 40 sièges). Depuis les élections de 2005, le nombre de membres du Parlement appartenant au Parti travailliste gallois est en diminution constante d’élections en élections en excluant le sursaut du scrutin de 2017. En 2019, le nombre de sièges dévolus aux travaillistes gallois tombe à 22 des 40 sièges du pays de Galles.
Conversion des instances nationales au projet de dévolution Après la Seconde Guerre mondiale, les travaillistes promettent la création d’un poste de ministre des Affaires galloises (Minister for Welsh Affairs en anglais) au sein du gouvernement dès 1945 mais la fonction ne voit le jour qu’en 1951. Toutefois, son rôle est limité et il apparaît comme secondaire au sein de la structure gouvernementale. Au retour au pouvoir des travaillistes en 1964, le poste du ministre devient celui du secrétaire d’État pour le Pays de Galles (Secretary of State for Wales en anglais) et, en 1965, une administration est créée pour l’assister : le Bureau gallois voit alors le jour..
Face à la poussée des nationalismes en Écosse et au pays de Galles, le premier ministre travailliste Harold Wilson institue en 1968 la commission royale sur la constitution, dite « commission Kilbrandon », afin d’envisager des propositions quant à la dévolution du pouvoir. Cependant, les mesures suggérées en 1973 ne sont pas adoptées par le gouvernement. Au retour au pouvoir en 1974 dans le cadre d’un parlement minoritaire, les travaillistes ont besoin de l’appui de petites formations politiques et misent alors sur la dévolution. Le projet de création d’une assemblée galloise est soumis au référendum en 1979 mais il est rejeté par une grande majorité de Gallois..
vignette|gauche|redresse=0.8|Tony Blair (1953), chef du Parti travailliste à partir de 1994 et premier ministre en 1997.
Comme indiqué dans le programme du Parti travailliste, Tony Blair s’engage dès 1997 dans la mise en place de projets de dévolution en Écosse et au pays de Galles d’après un modèle dit « asymétrique » tenant compte des particularités locales, avec un Parlement écossais avec de plus larges pouvoirs que l’Assemblée nationale du pays de Galles. Le projet de dévolution est adopté de justesse par les Gallois dans le cadre du référendum de 1997, et, l’année suivante, le Government of Wales Act 1998 est promulgué. Les premières élections des institutions dévolues sont prévues en 1999.
Ère de la dévolution Débuts chaotiques (1998-2000) En , une élection pour désigner le chef de file du Parti travailliste du pays de Galles est organisée et remportée par Ron Davies, secrétaire d’État pour le Pays de Galles dans le gouvernement de Tony Blair, présenté comme l’« architecte de la dévolution ». Il renonce toutefois le mois suivant à cette position à la suite d’un scandale sexuel. Son remplaçant, « imposé » par les instances du parti à Londres, Alun Michael, le nouveau secrétaire d’État pour le Pays de Galles, est élu chef de file le après son inscription comme candidat sur une liste régionale le ..
Alun Michael remporte les élections de 1999 de l’assemblée nationale pour le pays de Galles et se voit confier le rôle de premier secrétaire de l’Assemblée le . Cependant quelques mois plus tard, contre toute attente, contesté et en crise de légitimité, il démissionne de sa position de chef de cabinet et de sa fonction de chef de parti le ; Rhodri Morgan, son secrétaire au Développement économique, lui succède en tant que premier secrétaire intérimaire et prend la tête du parti le suivant..
Direction de Rhodri Morgan (2000-2009) Une des premières mesures prises par Rhodri Morgan en tant que chef de parti est de faire de la branche galloise du Parti travailliste un véritable parti gallois, distingué du Parti travailliste œuvrant à Westminster. Pour ce faire, à l’issue de la conférence annuelle de 2000, il fait en sorte de changer l’image du parti en insistant sur sa dimension galloise : le Parti travailliste du pays de Galles devient le Parti travailliste gallois, avec le slogan du « Vrai parti du pays de Galles ».
Étant donné que le Labour est minoritaire à l’Assemblée, Rhodri Morgan forme à partir d’ un cabinet de partenariat avec les démocrates libéraux. Il prend à cette occasion le titre de premier ministre (First Minister en anglais) et réserve à Mike German, chef des démocrates libéraux, celui de vice-premier ministre. L’influence des Lib Dems reste secondaire dans la politique menée par Rhodri Morgan mais ceux-ci obtiennent la mise en place de deux de leurs promesses électorales : la gratuité des musées et la diminution des frais d’inscription à l’université pour les étudiants...
vignette|redresse=1.3|droite|Rhodri Morgan (1939-2017) manifestant en 2003 contre l’augmentation de frais pour les étudiants, une décision des travaillistes à Westminster.
Dans le Clear Red Water Speech (le « discours de l’eau claire rouge ») prononcé le à l’université de Swansea, Rhodri Morgan prend ses distances avec les politiques du New Labour menées par Tony Blair à Westminster, notamment dans les matières dévolues comme la santé et l’éducation. À cette occasion, il promeut les valeurs du travaillisme qu’il considère traditionnelles et souhaite leur apporter une couleur galloise. Une distinction est ainsi opérée entre le Parti travailliste, favorable à l’économie de marché ou encore à la dimension concurrentielle, et le Parti travailliste gallois, œuvrant pour la coopération et les communautés au pays de Galles..
À l’assemblée nationale pour le pays de Galles, Rhodri Morgan pousse à la distinction entre le cabinet et la législature. À partir de , il procède dans les faits à la séparation claire entre le pouvoir exécutif détenu par le cabinet, auto-renommé « gouvernement de l’Assemblée galloise », et le pouvoir législatif, c’est-à-dire l’Assemblée elle-même. Juridiquement parlant, cette division des rôles n’est opérée qu’au sens du Government of Wales Act 2006, entré en vigueur à la suite des élections de 2007..
Pour les élections de 2003, le Parti travailliste gallois publie son propre manifeste, distinct du parti à Londres. Rhodri Morgan gagne ce scrutin de façon plus prononcée qu’en 1999 en remportant 30 des 60 sièges de l’Assemblée ; il se fait réélire premier ministre et gouverne désormais seul, sans le soutien des démocrates libéraux. Sous cette mandature, après la publication des recommandations de la commission Richard sur les pouvoirs de l’Assemblée en 2004, les membres de l’Assemblée adoptent une résolution pressant le gouvernement britannique d’adopter une nouvelle loi du Parlement sur la dévolution au pays de Galles...