Joseph Charles Chaussepied, né le à Chantenay-sur-Loire de père inconnu reconnu par sa mère Angèle Chaussepied en 1890. Mort le à Quimper et enterré à Nantes, Charles Chaussepied est un architecte français qui œuvra principalement dans le département du Finistère pendant les trois premières décennies du . Il est le père d'André Chaussepied (1905-1995), également architecte à Quimper.

Études

Après des études classiques au Pensionnat des frères de Bel-Air à Nantes, il suit pendant cinq ans, de 1880 à 1885, les cours du soir à l'École des arts décoratifs à Paris. Issu d'une famille modeste, ses débuts d'élèves architecte sont difficiles car il est obligé de travailler en parallèle pour gagner sa vie et aider sa mère, Angèle Chaussepied, avec qui il habite dans un petit appartement rue de Rennes. Il étudie pendant trois ans à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris dans l'atelier Bernier mais ne peut suivre que la première classe. Il devient élève d'Henri RapineRené Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, , architecte en chef des monuments historiques et diocésain, et dirige ses études vers les bâtiments anciens. Rapine, que Charles Chaussepied vénère, aura une grande influence sur son art, ses choix et sa carrière. il travaille d'ailleurs pour l'agence Rapine pendant plus de dix années, de 1888 à 1900.

Architecte des monuments historiques

Préparation au concours d'architecte en chef Tout comme son maître, Charles Chaussepied ambitionne de se présenter au concours d'architecte en chef des monuments historiques et se prépare aux épreuves très sélectives.

En 1893, il expose pour la première fois au Salon des artistes français et obtient une mention honorable pour ses relevés et projets de restauration de la chapelle Notre-Dame-du-Mûrier, puis une médaille de classe et une bourse de voyage en 1897 pour son importante monographie sur le Château de Goulaine.

Charles Chaussepied voyage avec sa mère pendant une année d'août 1897 à août 1898 en Italie, Suisse, Belgique, Pays-Bas et Allemagne où il prend de nombreux clichés stéréoscopiques dans un but documentaire. Il réalise de nombreux croquis et études, ainsi que les relevés du château de GelnhausenService de l'inventaire du patrimoine culturel SINPA Bretagne, clichés de 2015, cote IVR53_20152900021NUCA_2 à IVR53_20152900026NUCA_2 du . Il voyage exceptionnellement en France à la fin de son voyage, l'Espagne où il devait se rendre étant entrée en guerre contre les États-Unis. Ses observations lors de ce voyage ont une influence durable sur son art.

A l'issue de son voyage, Charles Chaussepied fait quelques stages chez d'autres architectes des monuments historiques. Il travaille tout d'abord pour l'agence de Baudot où il s'occupe de la réalisation de maquettes de monuments pour l'Exposition universelle de Paris, puis pour Léon Benouville qui le charge des relevés de la basilique Saint-Rémi de Reims. Enfin, pour Henri Chaine et Eugène Ewald, il participe aux études de restauration de la cathédrale de Mende et de Clermont-Ferrand.

Au Salon des artistes français de 1899, il obtient une médaille de classe pour le relevé du château de Gelnhausen et sa monographie de l'église Saint-Sauveur de Dinan, réalisée pour le concours d'architecte en chef des monuments historiques de 1898 auquel il échoue de très peu, classé sur 14 ; il n'y avait que deux postes à pourvoir.

A l'Exposition universelle de Paris, il obtient une médaille de bronze pour ses relevés de l'abbaye de Saint Mathieu, puis l'année suivante une médaille d'argent de la société centrale des architectes pour l'ensemble de ses études architecturales. Des lots de consolation en quelque sorte ?

Charles Chaussepied a tenté à nouveau de passer le concours à deux reprises sans succès.

Inspecteur des monuments historiques Courant 1900 et sur les conseils d'Henri Rapine, il vient s'établir à Quimper et réside Quai du Steir avec sa mère. Il est nommé architecte ordinaire des monuments historiques pour les arrondissements de Quimper, Quimperlé et Châteaulin en 1901 et consacre dès lors une partie de son temps à l'étude du patrimoine ancien du Finistère. Il réalise dès 1901 une étude de la chapelle Ti-Mam-Doué en Kerfeunteun à Quimper ainsi que de la cathédrale de Saint-Pol de Léon qu'il exposera au salon de 1902. Charles Chaussepied se fait fort de participer au salon des artistes français annuellement en y exposant parfois des projets de construction moderne mais principalement des relevés d'édifices anciens du Finistère. Il rédige de pair des notices sur ces bâtiments qui sont publiées dans le bulletin annuel de la Société archéologique du Finistère dont il est membre actif. Il partage d'ailleurs quelques centres d'intérêt avec le chanoine Abgrall, son président.

En 1907, Charles Chaussepied réalise une étude complète du château de Kerjean menacé de ruine totale, ses propriétaires ne pouvant l'entretenir. Ses travaux exposés au salon lui valent une médaille de première classe, ce qui le place définitivement hors-concours pour les salons futurs. Il contribue à faire connaître cet édifice remarquable et milite pour son acquisition par l'état afin de garantir sa sauvegarde. Il conçoit un projet de restauration du château qui ne se concrétisera pas. Il reste cependant très investi dans l'association des amis de Kerjean.

En parallèle de ses constructions, Charles Chaussepied poursuit ses études sur les monuments anciens et s'intéresse particulièrement à l'architecture romane du Finistère et plus particulièrement les édifices de ce qu'il appelle l'école régionale de Pont-CroixCharles Chaussepied, « Étude sur l'Architecture romane du Finistère, École régionale de Pont-Croix », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1909.. L'ensemble de son travail de recherche est récompensé par l'Institut de France qui lui décerne le prestigieux prix Rouyer en 1913. La Société française d'archéologie dont il est inspecteur régional lui remet sa médaille de vermeil lors du congrès de 1914, à l'époque où il dévoile son étude sur l'église Saint-Herbot.

Pendant la guerre, il s'insurge contre la destruction volontaire de monuments historiques bretons qui n'étaient pas classés dans une lettre ouverte Archéologique du Finistère.

Membre de la Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, cette dernière est dissoute en 1920. Il rejoint alors la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne nouvellement créée et siège au Comité avec un autre architecte nantais : Georges Ferronnière.

La dernière monographie réalisée par Charles Chaussepied concerne le château de la Motte-Glain en Loire Atlantique. Elle sera accompagnée comme à l’accoutumé d'une étude, la première pour ce monument, publiée en 1927 dans le Bulletin de la Société Archéologique de Nantes.

Vente des plans et relevés La Commission des Monuments historique achète à Charles Chaussepied en 1917 un grand nombre des plans et relevés en sa possession concernant des monuments classés, en particulier ceux concernant le château de Goulaine qui doit faire l'objet de restaurations dans le cadre de chantiers de réinsertion pour des soldats ne pouvant plus combattre. D'autres achats complémentaires seront réalisés par la Commission dans les années 1920, ce qui explique la quantité de documents conservés à la Médiathèque du Patrimoine. Certains de ces documents numérisés sont consultables en ligne.

Architecte constructeur Selon Philippe Bonnet, conservateur en chef du patrimoine au service régional de l'inventaire de Bretagne, Charles Chaussepied eut « une production très éclectique, qui va des églises aux châteaux, des villas du littoral aux usines, des monuments aux morts aux bâtiments publics ».

Ses réalisations sont marquées du sceau de l'éclectisme et de la diversité, comme en témoignent la construction de la mairie de Châteaulin ou encore l'ancienne église Saint-Cœur-de-Marie de Concarneau, désormais disparue. Les villas qu'il construit s'inspirent du style régionaliste breton. Il s'agit pour autant de constructions qui se veulent modernes dont le style s'inspire aussi parfois de l'Art nouveau.

Charles Chaussepied a cependant à cœur de s'inscrire dans une forme de tradition et de s'imprégner de la culture locale. Comme en témoigne l'usine hydroélectrique qu'il construit à Saint-Herbot, il souhaite que "les nouvelles usines ne constituent pas un outrage au bon goût, qu'elles soient, construites dans le goût du pays, avec les matériaux du pays, de manière à s'harmoniser avec le paysage, environnant."

Après son mariage début 1903, il fait construire à Quimper sa maison Liorzic, « reflet de ses connaissances et de ses goûts personnels de par la diversité des styles architecturaux déployés sur les façades: romano-byzantin, gothique, art nouveau, etc. ». On peut y voir le portrait de l'architecte sculpté sur un angle de l'édifice. La villa Liorzic est également son cabinet et reste sa résidence jusqu'à son décès. Comme en témoigne déjà Liorzic, « l’architecte a développé au fil de sa carrière un vocabulaire qui lui est propre, et que l’on retrouve sur plusieurs maisons particulières qu’il a construit. »

Édifices religieux Charles Chaussepied manifeste un intérêt marqué pour les vieilles chapelles du Finistère qu'il étudie minutieusement. Il relève de leur ruine les églises de Rédéné et de Plougoulm, construit en pierre celles de Botmeur, Audierne, Concarneau et Pont-de-Buis, agrandit celle de Briec et du Guilvinec. Il est également l'auteur de la chapelle ouverte pour les pardons du Folgoët. Bien que s'inscrivant dans une forme de continuité quant aux matériaux utilisés, la diversité architecturale de ces édifices est étonnante et reflète tantôt une forme d'érudition architecturale (église Saint-Cœur-de-Marie, église Saint-Joseph d'Audierne) ou au contraire une grande simplicité avec un style qui lui est propre (église de Pont-de-Buis).

Il conçoit également du mobilier religieux dont Philippe Bonnet a dressé l'inventaire : "la clôture extérieure (1901) et le grand calvaire (1910) de l'église Saint-Mathieu de Quimper, la chaire de Plougoulm (1910), les maîtres-autels de Loc-Brévalaire (1911 ) et de Briec-de-l'Odet (1911), le thabor (piédestal destiné à recevoir le saint sacrement) de Saint-Houardon de Landerneau (1911), les fonts baptismaux de Confort-Meilars (1912) et le socle de la statue de Jeanne d'Arc à la c athédrale de Quimper (1913)." Conscient de la richesse du mobilier religieux dans les églises bretonnes, Charles Chaussepied alerte sur la nécessité de préserver ce patrimoine tout en déplorant que le savoir-faire artisanal se perde. Il est ainsi l'auteur d'une forme de manifeste graphique intitulé "étude d'art liturgique moderne - décoration d'un sanctuaire" en 1916.

Propriétés de l'église Il construit plusieurs presbytères (Melgven, Saint-Vougay...) et dessine les plans du Grand séminaire à Kerfeunteun mais décède au début des travaux en 1930.

Première guerre mondiale De nombreux chantiers sont arrêtés comme celui de l'église Saint-Cœur-de-Marie ou de l'église du Guilvinec. Charles Chaussepied participe toujours régulièrement au Salon pendant les années de guerre et prend une part active aux activités de la Société archéologique du Finistère en étant force de proposition ou en abordant des sujets polémiques, comme en atteste particulièrement le Bulletin de 1917.

Années 1920