Philippe Meirieu, né le à Alès (Gard), est un chercheur, essayiste et homme politique français, spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogieprofesseur en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon 2 où il enseigne à l'Institut des sciences et pratiques d'éducation et de formation (ISPEF), cf. .. Professeur émérite en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon 2 depuis 1985, il a mené de nombreuses recherches, en particulier sur la différenciation pédagogique et la philosophie de l'éducation. Il a dirigé et fait soutenir 49 thèses.. Philippe Meirieu a contribué à diffuser en France les principes pédagogiques issus de l'Éducation nouvelle et serait devenu en 1998, selon le journal Libération, « le pédagogue le plus écouté de nos gouvernants ».. Il a été l'inspirateur de réformes pédagogiques (instauration des modules au lycée ainsi que des IUFM au début des années 1990 ou encore mise en place des Travaux personnels encadrés — TPE — et de l'Éducation civique juridique et sociale — ECJS — dans le cadre de la réforme des lycées de 1998-1999 meirieu.com.). Ses thèses concernant la pédagogie ont également suscité de nombreuses critiques. Engagé aux côtés du PS, puis d'Europe Écologie, il se définit lui-même comme militant et homme de gauche. De 2010 à 2015, il a été vice-président de la région Rhône-Alpes, délégué à la formation tout au long de la vie. Il est à partir de président de l'association nationale des Ceméa (centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active). Parcours Philippe Meirieu est issu d'une famille catholique proche de l'Action Française. Jeune, il est cependant influencé par le catholicisme de gauche dont il continue de se réclamer. Il entame ses études supérieures en hypokhâgne au lycée Henri IV. Il commence sa carrière comme animateur pédagogique au lycée privé Notre-Dame du Grandchamp à Versailles au milieu des années 1970. Après une maîtrise. obtenue à Paris, il devient professeur de philosophie en lycée. Désireux d'enseigner à l'école primaire, il passe le CAP (certificat d'aptitude pédagogique) d'instituteur., puis enseigne le français en collège privé sous contrat expérimental (collège St Louis de la Guillotière) dans le septième arrondissement de Lyon.. Il y devient « responsable pédagogique » et met en place une « différenciation pédagogique » en proposant aux élèves de choisir leur nombre d'heures d'enseignement et leurs méthodes de travail dans chaque discipline. Sous la direction de Guy Avanzini, responsable du laboratoire de pédagogie expérimentale de l'Université Lumière Lyon-II, Philippe Meirieu prépare et soutient une thèse d'État en 1983 en sciences humaines avec comme sujet de recherche les pratiques de groupe en situation scolaire.. En 1985, il devient professeur en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon 2. Il sera aussi rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques et reste encore aujourd'hui collaborateur du Café pédagogique. De 1990 à , il est membre du Conseil national des programmes. En parallèle, il crée en 1991 la collection PédagogiesPédagogies chez ESF éditeur. Encore aujourd'hui, il est le directeur et l'un des principaux auteurs de cette collection. À la rentrée 1993-1994, Philippe Meirieu reprend, à côté de ses activités universitaires, un enseignement de français dans un lycée professionnel de Vénissieux (le lycée Marc-Seguin). De 1994 à 1998, il est directeur de l'Institut des sciences et pratiques d'éducation et de formation (ISPEF) de l'université Lumière-Lyon 2.. En 1997-1998, il préside, à la demande de Claude Allègre, le Comité d'organisation de la consultation et du colloque Quels savoirs enseigner dans les lycées ?.. Devenu directeur de l'INRP en 1998, il en démissionne en 2000, estimant au côté d'enseignants comme Erwan Le Roux, Johan Le Roux et Gwénolé Gorrec, que « la poursuite de la rénovation pédagogique est gravement compromise ».. Il devient directeur de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de l'Académie de Lyon de 2001 à 2006. Il renonce alors à postuler à un nouveau mandat. Se sentant trop en désaccord. avec les décisions prises les années précédentes dans le domaine éducatif, il ne souhaite pas être nommé par le ministre de l'Éducation nationale, Gilles de Robien. Il enseigne ensuite à nouveau à l'ISPEF de l'université Lumière-Lyon 2. En 2006, il est parrain du projet culturel et éducatif « Cité des savoirs du » pour l'île Seguin avec d'autres personnalités telles que Régis Debray, Albert Jacquard ou Axel Kahn. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix de la culture de paix et de non-violence et du conseil scientifique de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME). De septembre 2006 à , il est responsable de la chaîne de télévision éducative Cap Canal, aujourd'hui disparue. Dans ce cadre, il anime, entre autres, le magazine Cap Infos., qui traite de toutes les questions pédagogiques liées à l'école et à la formation des professeurs.. Il prend sa retraite en à presque 65 ans. À cette occasion, un colloque sur son travail est organisé par l'université Lumière-Lyon 2, le sur le thème « Où vont les pédagogues ? ». Ce colloque a donné lieu à la publication d'un ouvrage sous ce même titre coordonné par Jean Rakovitch aux éditions ESF-Sciences humaines. Il est, depuis 2016, président de l'Association Héloïse - Itinéraire des pédagogues européens.. Depuis l'arrivée au ministère de l'Éducation nationale de Jean-Michel Blanquer, il a manifesté plusieurs fois son opposition à la politique de ce dernier, en particulier sur la possibilité offerte aux communes de revenir à la semaine des quatre jours. Il a signé une tribune sur ce point dans Le Figaro du avec Antoine Compagnon, Boris Cyrulnik, Jacques Julliard, Pierre Nora et Antoine Prost. Il a également critiqué l'usage des neurosciences comme « fondement pédagogique ». et qualifié, dans Libération du , la politique du ministre de « caporalisme dans l'enseignement primaire et libéralisme dans l'enseignement secondaire » : « Une école primaire très encadrée où l’on enseigne les "bons contenus" avec les "bonnes méthodes" pour garantir une sorte de "socle identitaire", et l’autonomie des établissements ensuite, avec la concurrence instituée entre les élèves et les établissements. Mais je crains que ces deux perspectives soient des impasses : l’école primaire a autant besoin d’inventivité pour créer du commun entre les élèves que l’enseignement secondaire de promouvoir la solidarité dans une société déchirée ». Entre 2002 et 2010, il a tenu une rubrique hebdomadaire dans La Vie. Actuellement professeur émérite à l'université Lumière-Lyon-II, il est docteur honoris causa de l'université libre de Bruxelles, de l'université de Montréal et de l'université de Fribourg (15/11/2025). Le a été inaugurée, à Plougoumelen (Morbihan), l'école Philippe-Meirieu, école publique de cette commune.. Le , il devient président du mouvement d'éducation populaire les CEMEA. Depuis 2024, il en est vice-président. Théories pédagogiques Selon lui, le rôle de l'école est à la fois d'instruire et d'éduquer, la finalité étant l'émancipation de l'élève et le développement de son autonomie. De ce fait, comme l'avait démontré aussi Olivier Reboul, tout enseignant est confronté à un certain nombre de contradictions : l'enseignant (et plus globalement tout éducateur) doit s'efforcer de transmettre des normes sociales pour favoriser l'insertion de l'enfant dans la société. Mais il doit aussi lui apprendre à penser par lui-même et à examiner de manière critique les règles sociales existantes. L'éducation à la liberté revêt donc un caractère paradoxal ; il existe de même une tension entre la nécessité de faire acquérir à l'élève des savoirs qui sont nécessaires à sa formation et la prise en compte de ses centres d'intérêt. En effet, tout apprentissage véritable nécessite la mobilisation de l'intérêt de l'élève. Sur ce point il précise lors d'une conférence qu'il tient à Lille que et que cette concurrence est nuisible pour la majorité des élèves. Seuls les savoirs scolaires faisant sens pour l'élève pourront être assimilés durablement. Il est donc tentant de promouvoir à l'école des thèmes ou des activités qui sont susceptibles de déclencher l'intérêt immédiat de l'élève. Cependant, en privilégiant les centres d'intérêt des élèves, l'enseignant risque de ne pas ouvrir à de nouveaux objets de connaissance et à de nouvelles pratiques culturelles. Philippe Meirieu résume le problème ainsi : . Pour expliquer — voire dépasser — ces contradictions, Meirieu met en avant le fondement éthique de l'éducation. Il énonce ainsi deux postulats qui sous-tendent l'acte éducatif : le postulat d'éducabilité (inspiré du philosophe et pédagogue Herbart, successeur de Kant à la chaire de Königsberg, mais déjà formulé par les philosophes empiristes du Locke, Condillac et Helvétius, mis en œuvre par le Docteur Jean Itard avec Victor de l'Aveyron ou Pestalozzi avec les orphelins de Stans) : toute personne est susceptible d'être éduquée, et je suis capable, en personne, de l'éduquer. C'est ce principe qui conduit l'enseignant à faire évoluer ses pratiques pédagogiques de manière à faire évoluer positivement les élèves, tant sur le plan cognitif que dans le domaine socio-affectif ; le postulat de liberté est le pendant du principe d'éducabilité. Dans les sociétés démocratiques, l'éducation ne peut être assimilée au dressage. Ses résultats sont donc incertains car en dernière instance, l'apprentissage est du ressort de l'élève. ; les postulats d'éducabilité et de liberté sont tous les deux, à la fois nécessaires et contradictoires, mais aucun des deux ne doit être abandonné. Tout au contraire, c'est en cherchant comment rendre compatibles les principes qu'ils expriment que les pédagogues font « œuvre de pédagogie ». Philippe Meirieu reprend ici la formule de Rousseau dans l'Emile ou de l'éducation, qui affirme : . « Tout faire » au nom du principe d'éducabilité en construisant des situations structurées, diversifiées et riches… « En ne faisant rien », parce qu'on ne peut qu'inviter le sujet à s'engager par lui-même. Pour autant, Philippe Meirieu ne nie nullement l'intérêt de « contraintes », dans la mesure où elles sont fécondes, c'est-à-dire où elles constituent des dispositifs favorables à l'engagement et au dépassement du sujet. Il s'inspire beaucoup, sur ce point, de Korczak qui montre comment la contrainte qui impose le sursis à l'immédiateté autorise (sans, pour autant, pouvoir la contrôler) l'émergence de la pensée. Il met avant tout l'accent sur le fait que chaque élève est différent et que les classes sont inévitablement hétérogènes. Face à cette hétérogénéité, il propose d'utiliser la pédagogie différenciée et plus particulièrement les groupes de besoinVoir aussi Sabine Kahn, pédagogie différenciée, éditions De Boeck, 2010. De manière plus générale, il puise sa réflexion dans les écrits des grandes figures de la pédagogie telles Pestalozzi, Makarenko, Korczak, Montessori, Freinet, Fernand Oury, etc. À partir des années 2000, son travail s'élargit aux questions éducatives sur le versant familial et sociétal. Il souligne, dans ses ouvrages et articles, en quoi la montée de l'individualisme social, décrit, en particulier, par Marcel Gauchet, la multiplication des prothèses technologiques et l'emprise publicitaire et médiatique poussent l'enfant à se développer sur le mode pulsionnel et rend plus difficile l'accès à la pensée. Pour faire face à ces phénomènes, il puise à nouveau dans l'histoire de la pédagogie et développe ce qu'il nomme une « pédagogie du sujet » permettant à . Il souligne l'importance, pour cela, dans toute éducation, de promouvoir le « sursis », la symbolisation et la coopération.