Ginette Cals, née Geneviève Girard à Paris le et morte le à CauroRelevé des fichiers de l'Insee, est une peintre et sculptrice française.

Son œuvre est resté, , en grande partie confidentiel. Fascinée par l’humain et la nature, elle a amassé un nombre considérable de dessins et peintures à l’huile sur ces thèmes. D’expression réaliste pour ce qui est de l’œuvre peint (avec quelques incursions réussies dans le domaine du symbolisme et de l’expressionnisme), c’est l’abstraction qui marque son travail de la pierre.

Biographie

Enfance et formation Sa mère Mireille, Parisienne d’origine marseillaise, est la fille de Louis-César Gay, directeur de l’école des Travaux publics de Cachan mort prématurément. Petite-main dans une maison de couture, elle a épousé Joseph Girard, ouvrier couturier. Issu par sa mère d’une vieille famille de tailleurs de Millau (Aveyron), les AlricSon père, Louis, est originaire de Saint-Rome-de-Tarn., Joseph s’est installé à Paris en 1909 et travaille dans les plus grandes maisons de couture (Krieg, Lanvin). Il a participé aux nombreux mouvements de lutte ouvrière qui ont agité le monde de l’industrie textile au début du siècle et a découvert les arts (peintures, musique, spectacle) dans l’effervescence intellectuelle qui régnait dans la Capitale avant-guerre. Engagé en 1919 comme mécanicien pilote dans l’armée d’Orient, il sera cantonné successivement à Salonique puis Constantinople d’où il ramènera photos et écrits. Imprégné de l’La ville de tradition protestante, dédiée, depuis l’octroi d’un privilège datant du Moyen Âge, au travail de la peausserie et surtout de la ganterie, fonctionne selon une organisation du travail particulière : les ouvriers, tous rattachés à une usine (plusieurs grosses unités, tenues par les familles Jonquet, Guibert), travaillent souvent chez eux, sur leur propre établi et sont rétribués à la tâche. Esprits libres, organisés en associations et mutualités, ils ont obtenu, bien avant le Front populaire de 1936, la semaine anglaise (une journée et demie chômée par semaine) et les congés payés (12 jours). Monique Fournier, Michel Delmouly, Paroles ouvrières, paroles gantières, Association des Amis du musée de Millau, Millau 1998., .

Les époux Girard et leurs deux aînées rejoignent Millau en 1925 où réside la famille paternelle et s’installent au 4 de l’avenue Gambetta. Le père ouvre une boutique de tailleur surmontée d’un petit deux-pièces qu’occupe la famille qui compte bientôt cinq enfants (Ginette, Simone, Thérèse, Mireille et Jacqueline). Ils parviennent quelques années plus tard (en 1933), grâce à la loi Loucheur, à construire une maison rue du Rêve (actuelle rue Henri-Fabre) sur les hauteurs de Millau. L’entre-deux-guerres est marqué par des conditions de vie difficiles dont la grande grève de 1935Le mouvement touche l’ensemble des unités de production, même les plus importantes (Guibert, Jonquet). Les provisions s’épuisent rapidement dans les foyers et c’est une véritable situation de famine qui s’instaure pendant de longs mois (janvier à mai 1935). Les troubles, manifestations, vitrines endommagées, bagarres avec la police suivies d’arrestations de même que la solidarité entre ouvriers n’empêcheront pas une fin du mouvement ressentie par tous comme une humiliation : à la reprise du travail, une baisse de 25 % de leur salaire fut imposée aux ouvriers malgré leur résistance. Monique Fournier, Michel Delmouly, Paroles ouvrières, paroles gantières, Association des Amis du musée de Millau, Millau, 1998. va accentuer la dureté. Le front populaire en 1936, mais aussi la guerre civile espagnole participent à l’éducation sociale et politique de la jeune fille, ainsi que la période incertaine qui s’ouvre avec la déclaration de la guerre, en .

En 1940, après l'obtention du baccalauréat, elle s’inscrit aux beaux-arts à Montpellier et suit en même temps les cours pour le professorat de gymnastique (qui sera rapidement interdit aux femmes par les lois anti mixité de Pétain). En 1941, elle rencontre et fréquente Pierre Soulages. . Ils se croiseront à nouveau à deux reprisesÀ Rodez à la Libération, puis à Paris en 1956, où Soulages l’invitera à se joindre au cercle d’amis qui accompagne les premiers pas d’une carrière internationale déjà bien engagée. V. Biancarelli, Ginette Cals, la passion du portrait.. C’est aussi à Montpellier qu’elle fait la connaissance d’Albert Féraud (1921-2008) qui restera son ami sa vie durant.

En 1942, elle s’inscrit aux beaux-arts de Toulouse pour y suivre l’enseignement de la sculpture et prépare un concours pour les beaux-arts de Paris. Elle remporte celui-ci . À la rentrée suivante, elle s’inscrit à l’école nationale des arts décoratifs de Nice où elle ne reste que quelques mois, pourtant décisifs : elle y reçoit un enseignement du dessin qu’elle juge « libératoire » et ses professeurs en sculpture et décorationEn décoration, elle suit les cours de Clément Goyenèche (1893-1984). l’encouragent à travailler seule. Rentrée à Millau, elle poursuit son travail de recherche et, outre des copies de tableaux du Louvre qu’elle vend à des amateurs, elle réalise des moulages et des sculptures – dont le buste du philosophe Roger du TeilAcquis par le musée archéologique de Rodez (futur musée Fenaille) lors d’une exposition d’œuvres de la Résistance organisée à la libération de la ville, il est actuellement conservé au musée des beaux-arts Denys-Puech. réfugié à Millau. Elle est initiée à l’aquarelle par le peintre anglais Joseph Milner Kite (1860-1945), qui, vivant dans la plus grande misère, trouve un peu d'aide auprès de la famille Girard.

De 1943 à 1945, Ginette Cals et son père participent à des opérations de soutien aux maquis de la région et à des activités de RésistanceJoseph Girard est chargé de confectionner des vêtements pour les maquisards. Dans la nuit, elle l’accompagne à bicyclette chercher les rouleaux de tissu bleu marine qu’il doit transformer en vestes et pantalons et ramener à un cheminot qui les fait parvenir à destination. En mai 1944, ils doivent quitter la ville brusquement, alertés par la femme d’un résistant réfugié à Millau car ils hébergent un réfractaire au STO auquel et que la Gestapo recherche. Ils se réfugient dans une caselle près de la ferme de Soulobres jusqu’à la libération de la ville (août 1944)..

À la libération de Millau (), elle est intégrée aux Forces françaises libres et affectée au propagande sous les ordres du commandant Charles (Raymond FournierInstituteur à Camarès entré dans la clandestinité en mai 1943 pour échapper au travail obligatoire, il a participé à la formation de l’armée secrète (AS) dans la région et est responsable à partir de février 1944 de l’organisation militaire des maquis de l'Aubrac à la Montagne noire. Nommé chef départemental F.T.P. en juillet 1944, lors de la réunion constitutive d’un état-major départemental des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I.), il devient commandant pour les F.T.P.F. (francs-tireurs et partisans français, mis en place par le Parti communiste français), adjoint du commandant départemental F.F.I. Richard. Le deuxième adjoint est le commandant Puget pour l’O.R.A. (Organisation de résistance armée). Il part pour le front, en janvier 1945, au sein du R.I. Auteur de Paroles inévitables, 1949, et Terre de Combat, 1973 (Maury imprimeur).). Ginette Cals rencontre aussi dans cette période Pierre Cals (Simon Vedel au maquis). Originaire d’Albi, il a quitté le lycée Saint-Louis à Paris pour rejoindre le maquis FTPF d’Ols (Aveyron) dirigé par le commandant Marc (François VittoriCf. Arrêté en 1940 à Toulon pour activités communistes clandestines, il est emprisonné. Il s’évade en 1943 pour rejoindre l’Aveyron où il fonde le maquis d’Ols qui participa aux campagnes des Vosges et du Rhin au Danube (fin 1944-1945). Frère d’une des figures majeures de la Résistance en Corse et de la Libération de l’île, il est l’auteur de Le Maquis d’Ols, de l’Aveyron au Danube (MDRDC d’Aubin, Decazeville, 2004)., 1910-1996).

Ginette Cals est incorporée à la première armée FFI au grade de lieutenant. Son mari et elle rejoignent le front d’Alsace fin 1944 où Ginette accomplit une mission de correspondante de guerre. Leurs unités sont affectées au Valdahon, siège de l’état-major FFI. Ginette côtoie les hommes de la Brigade légère du Languedoc (BLL, futur RI) dont elle réalise des portraits à la mine de plomb, et rencontre Maurice Buckmaster du SOE.

Dessins et peintures Ginette Girard épouse Pierre Cals en . En , elle est reçue aux Beaux-Arts ( en sculpture et en dessin). Son époux est reçu premier au concours de l’I.G.N. et entame sa formation d’ingénieur des Travaux géographiques. Ils s’installent dans un appartement-atelier Villa Michel-Ange (Paris ). Les études de Ginette Cals se déroulent selon un principe d’alternance : inscrite successivement dans les ateliers Janniot, Leygue, Marcel Gimond, Georges Saupique et Jean Souverbie (elle suit leur enseignement en peinture, architecture et sculpture), elle accompagne son mari, plusieurs mois par an, pour des missions de relevés topographiques (« brigades IGN »). Ils font ainsi de longs séjours au Maghreb : Algérie (1947-1948À Bir el-Ater, région de Tébessa. puis 1949-1950Région de Tiaret.), MarocEl_Kelaâ_des_Sraghna. (1949) et TunisieSidi Bouzid et Bou-Thadi. (1951). .

À Paris, elle fait la connaissance de Francis Bott (1904-1998) – comme elle, il avait rejoint les FTPF dans l’Aude près d’Aurillac (Cantal) après avoir vécu dans la clandestinité en gagnant sa vie comme bûcheron – avec lequel elle se lie d'amitié. Parallèlement à ces déplacements, elle travaille sur différents projets parisiens. Elle est choisie en 1951 par André Lurçat (1894-1970) pour la réalisation d’un bas-relief de pour le groupe scolaire Auguste-BlanquiMaître d’œuvre de la reconstruction du collège : Paul-Émile Ohnenwald. Cf. et L'Architecture d'aujourd'hui , 1954, . de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) dont l’agence Ohnenwald dirige la reconstruction. Par ailleurs, elle réalise à l’atelier Laverdet, de décors pour les ballets africains de Fodéba KeïtaChorégraphe, dramaturge, compositeur, poète et conteur. Auteur de deux recueils de poésie (Minuit et Aube africaine), il a créé en 1949 le « Théâtre africain de Keita Fodeba » et en 1950-1951 les « Ballets africains de Keita Fodeba » devenus Ballets africains de la république de Guinée. Appelé par Sékou Touré à rejoindre son pays à la veille de l’indépendance (fin 1956), il est fait ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement de la loi-cadre (1957) puis ministre de la Défense et de la Sécurité de la Guinée-Konakry indépendante (1958) et enfin ministre de l’Agriculture. Accusé de complot, il est mort fusillé en 1969, après avoir été soumis à la « diète noire » (privation d’eau et de nourriture) dans le sinistre camp Boiro qu’il avait lui-même créé. Coauteur (avec J. Cellier) de l’hymne national de la Guinée. http://www.afrisson.com/Keita-Fodeba-13879.html (1921-1969) présentés en 1955 au théâtre des Champs-Élysées.