Le Traité de civisme est un essai réunissant plusieurs essais écrits par Boris Vian de 1950 à 1958 dans lesquels il expose sa vision « politique » de l'économie et de la société. Inédit du vivant de l'auteur, il est composé de textes dont les documents ont été rassemblés par Vian lui-même sous divers titres (Traité de l'économie heureuse, Traité d'économie orbitale) et dont les diverses parties ont été remaniées jusqu'à sa mort. Il a fait l'objet d'une thèse en 1978 par Guy Laforêt publiée chez Christian Bourgois en 1979. L'ouvrage est loin d'être canular, même s'il est truffé de remarques dans le plus pur style vianesque. Boris s'est énormément documenté auprès d'économistes, sociologues, scientifiques, d'écrivains comme Albert Camus, de philosophes comme Gaston Bachelard, ce qui ne l'empêche pas d'entrecouper ses raisonnements de pirouettes humoristiques.

Historique des documents originaux : description matérielle Les toutes premières traces du Traité ont été retrouvées dans un dossier suspendu portant l'inscription manuscrite de Boris Vian : « Économie / max. vit./ Syst. ellip. / équiv. énerg. » Elles étaient en vrac . Diverses notes manuscrites ont été reproduites en fac-similé dans la thèse de Guy Laforêt. La plus grande difficulté, selon Noël Arnaud était de faire un choix : tout publier, ou rien, C'eût été trahir Vian, mais la trahison aurait été encore plus grande de passer sous silence ce Traité de civisme.

Les plans se présentent sous deux titres. L'un sobre, écrit à l'encre violette : Plan général, l'autre à l'encre bleue annonce Traité de civisme par Jules Dupont, ancien combattant, capitaine de réserve, officier d'académie, chef de service à la compagnie d'assurance La Cigogne Parisienne. Le dossier contient cinq parties rédigées, des notes qui portaient une lettre comme pour un classement alphabétique, mais qui n'étaient pas classées dans l'ordre (certaines écrites sur un faire-part de mariage de Gérame Siemering avec Michel Behamou du ), ainsi que d'autres notes éparses de format divers, dont huit cartons d'invitation à l'audition de Roy Eldridge.

Dans un exemplaire de la revue La Parisienne qui réunissait à l'époque les hussards parmi lesquels Boris admirait en particulier Marcel Aymé qu'il a beaucoup lu dans sa jeunesse - Claudine Plas Boris Vian, j'avais vingt ans en 1940, et dont il était un adepte Vian héritier d'Alfred Jarry et adepte de Marcel Aymé, daté de , on retrouve un Discours à l'adresse des terrestres qui sera publié par le collège de 'pataphysique dans le Dossier 12 consacré à Boris Vian. Il était dans un dossier portant le titre En Gestation avec un autre texte Haro sur les gâcheurs.

Pour établir la toute première édition de ce traité, Ursula Kübler et Noël Arnaud ont fait appel à un jeune universitaire qui a minutieusement transcrit le corpus des textes de Vian de 1974 à 1977 pour sa thèse de doctorat du troisième cycle. Une version abrégée de cette thèse servira de présentation de l'appareil critique lors de la publication de 1979 reprise en livre de poche . La nouvelle édition de 2015 comprend trois textes supplémentaires Liberté et langues, le Prix d'un parlementaire et le Problème du colon que Nicole Bertolt a rajoutés. Elle a aussi supprimé l'appareil critique qui explicitait le texte de Vian, et dont elle pense qu'il ralentissait la lecture. La tentative de reclassement par ordre alphabétique des notes citées par Noël Arnaud ne paraissait plus pertinente, c'est une succession de pensées sans lien entre elles.

Contexte À une époque où Boris Vian se demande pourquoi le communisme résoudrait les problèmes économiques, et pourquoi le capitalisme rendrait l'homme plus heureux, pour lui, la solution pour l'homme est au-delà de la politique. En 1947, Pour une rénovation des temps modernes publié dans les Chroniques du menteur préfigure déjà les textes fondateurs du traité, il passe du Traité de l'économie heureuse au Traité de civisme. Noël Arnaud se demande ce qui pousse Boris Vian à entreprendre ce travail et à se dresser en même temps contre Les Temps modernes.

Boris n'adhérait ni à l'existentialisme, ni au communisme de Sartre, mais c'est surtout contre la politique en général qu'il veut se dresser. Elle lui inspire un immense dégoût et il entend démontrer en scientifique qu'elle est inutile. , car son ignorance de la chose politique a déclenché chez lui vers 1950 1951 une frénésie de rattrapage. C'est auprès de son ami Marcel Degliame, ancien résistant, il cherche des explications.

En même temps, il a lu des quantités de livres, prit des notes, Dans ses premières écrits jetés pêle-mêle, il prétend vouloir démolir Joseph McCarthy. Mais ses premières notes « politiques » débordent de rancœur personnelle, et sa compréhension de la politique est un peu brouillée selon les déclarations de Marcel Degliame qui disait, dans un entrevue avec le Magazine littéraire en 1982, que pour Vian

Bien qu'il propose de résoudre les problèmes de l'homme l'anti-historicisme scientifique de Vian le conduit à des solutions que Blanqui aurait pu préconiser (telles la suppression physique d'Hitler celle de McCarthy « au couteau »). Sa volonté de destruction de la politique est d'abord dirigée contre Sartre, engagé politiquement, alors que Boris a toujours refusé tout engagement et surtout qu'il ne comprend rien aux politiciens que fréquente Sartre, qu'il lui sont pénibles, et qu'ils l'insupportent. Il ne veut pas se contenter d'affirmer son dégoût de la chose politique, il veut expliquer pourquoi elle ne l'intéresse pas. Et progressivement il va être conduit à énoncer les problèmes politiques et tenter de les résoudre. Il se trouve aussi que l'intérêt soudain qu'il porte à la politique, coïncide avec les difficultés conjugales Boris- Michelle au cours de l'année 1949. Le Traité, né du besoin de démontrer les faiblesses de Sartre, est une manière d'exorcisme, mais il n'est pas certain que Boris en serait resté là, surtout après sa rencontre avec Marcel Degliame « héros de légende » qui le fascine. Une note du le présente ainsi : (d'autres notes sur Marcel vont suivre)

Développements à tiroirs Du Traité d'économie orbitale (naissance du traité de civisme ) au Traité d'économie heureuse qui annonce un avenir radieux fondé sur l'idée que la machine financière existante doit être démontée pour être adaptée aux citoyens et aux plus démunis, en tant qu'américanophile, Vian conçoit qu'une économie capitaliste peut donner sa chance à chacun et aider les plus démunis (cette année-là 1954, l'abbé Pierre lance un appel pour aider les sans abri.) Vian lui-même vit alors chichement avec Ursula, et il se lance, la même année, dans l'écriture d'une centaine de chansons parmi lesquelles : La Java des bombes atomiques , Le Déserteur, La Complainte du progrès. Mais entre 1954 et 1956, le Traité d'économie heureuse en prenant le titre de Traité de civisme inclut des réflexions sociétales sur l'urbanisme, l'écologie, puisque la technique seule ne suffit pas au bien-être. À son tour le Traité de civisme change de titre pour devenir Traité de morale mathématique où il démontre au Collège de 'pataphysique que « Dieu=0 » par un exposé d'une dizaine de pages intitulé Calcul numérique de Dieu par des méthodes simples et fausses. D'autres textes écrits pour le collège de 'pataphysique se rattachent au traité : Lettre sur la sagesse des nations, Lettre sur un problème « qapital » et quelques autres, Lettres sur quelques équations morales, Lettre sur les truqueurs de la guerre. Vian développe l'idée que c'est la création qui engendre de nouvelles techniques et qu'elle constitue un contre-pouvoir à l'ordre établi. En conclusion de l'avant-propos au Traité de civisme, Nicole Bertolt se demande: Ayant abandonné le Traité pendant deux ans, lorsque Boris y revient, en 1956, la situation sociale a changé. Il y a eu la guerre d'Algérie, l'accueil défavorable fait à sa chanson Le Déserteur. Noël Arnaud cite une chanson moins connue Le Politique comme caractéristique de « l'engagement » nouveau de Boris Vian Le Politique est reproduite pages 410-411 de Les vies parallèles de Boris Vian. Elle comporte le couplet caractéristique : Qui vous donne le droit-De juger votre prochain-Votre robe de drap noir-ou vos figures de deuil. Et il réfute l'opinion trop souvent émise que ce serait la guerre d'Algérie qui aurait inspiré Vian pour la chanson Le Déserteur.

En 1956, lorsqu'il est malade, Boris écrit à LatisLatis, alias Emmanuel Peillet, alias Docteur Sandomir, alias Jean-Hugues Sainmon était un des membres les plus actifs du collège de 'pataphysique, et de l'OuLiPo tout comme Noël Arnaud les membres de l'OuLiPofiche BnF de Emmanuel Peillet qu'il a en tête un plan qui demanderait une vigueur peu commune. Arnaud pense que c'est une révision complète du Traité de Civisme. Sans doute songe-t-il à s'éloigner des arguments issus des lectures de Jean Fourastié et Milton Friedman dont il a tiré d'abondantes notes. En tout cas dans le Paradoxe de la liberté, il semble que Boris ait subi l'influence de Alfred Korzybski.

Les plans et chapitres, originaux et réédition En confrontant les deux plans établis par Boris, et en ordonnant les parties rédigées et les notes, Noël Arnaud, Il a été complété par Nicole Bertolt. Extrait On ne peut reproduire l'intégralité du plan sans porter atteinte au droit d'auteur:

Dans Préface: État actuel de l'économie, sections rajoutées :

Dans le chapitre Méthodes: après 1) aide massive aux pays niveau < 1935, ajoute :

Le plan Jules Dupont est encore plus détaillé que le plan général, il comporte un chapitre sur labourage et pâturage, un sur La Liberté du travail, un chapitre sur La Femme (précisant d'entrée qu'elle est différente de l'homme), un chapitre sur La Cité, un cinquième sur Les Militaires, puis sur Le Ravitaillement, La Politique Étrangère, Les Problèmes de La Circulation, Les Arts, La Justice. Concernant la politique étrangère, la provocation de Vian apparaît dès le sous-titre du chapitre

La question du travail est la plus largement développée selon la première estimation de Noël Arnaud. L'idée générale est qu'il doit être supprimé (l'ensemble de la troisième partie Jules Dupont est intitulé But suprême l'élimination du travail). Boris s'est élevé plusieurs fois contre le caractère sacré de travail, la guerre étant la

La réédition de l'ensemble des notes, parties rédigées et pensées éparses s'accompagnent d'un corpus de réflexions et d'aphorismes dont une grande partie couvre le thème du travail. . Quant à la guerre, elle .

Le texte et sa préparation Avec l'aide de Maurice Gournelle, Noël Arnaud et Ursula Kübler ont retrouvé les auteurs que Boris avaient lus et sur lesquels il avait pris des notes. Elle est reproduite avec les dates et les noms d'éditeurs, et commentée dans Les Vies parallèles de Boris Vian . Arnaud remarque que la majorité de ces livres a été publiée avant 1950 :Destins industriels du monde par Albert Ducrocq (1951) où il a laissé une apostille manuscriteOù va le travail humain? de Georges Friedmann Problèmes humains du machinisme industriel (Friedmann) L'Esprit européen (Friedmann : conférences et entretiens, Rencontres internationales de Genève 1946)La Crise de la pensée économique par Henri Denis Le Travail ouvrier de Alain