Jessie Penn-Lewis, née Jessie Elizabeth Jones (1861–1927), est une évangéliste galloise impliquée dans le Réveil gallois de 1904-1905, dont elle rend compte de manière détaillée, et dans le Mouvement pour une vie supérieure, particulièrement dans les Conventions de Keswick qu’elle aide à organiser et fréquente assidûment. Ses écrits spirituels, voire mystiques, ont eu et ont encore une large influence. Dès la dernière décennie du , à une époque où cela posait problème dans certains milieux évangéliques, elle a en outre été l’une des premières des femmes à prêcher devant des assemblées mixtes.
Biographie Jeunesse Jessie Elizabeth Jones est née le à Neath dans le sud du Pays de Galles dans le foyer d’un père ingénieur et d’une mère travailleuse sociale, engagée dans une ligue de tempérance pour prévenir l’alcoolismeOxford DNB article: Lewis, Jessie Elizabeth Penn-. Chose fréquente au Pays de Galles à cette époque, la famille Jones était empreinte de méthodisme calviniste et profondément croyante ; le grand-père de Jessie Jones était même pasteur. Elle doit néanmoins une partie de son éducation aux quakers et se marie à 19 ans avec William Penn-Lewis, clerc de commissaire aux comptes dans la fonction publique et descendant de William Penn. Elle manifeste très jeune une aptitude au leadership en animant une cellule de tempérance destinée aux jeunes. Atteinte de tuberculose, elle fut protégée et parfois isolée par ses parents, et resta toute sa vie de santé fragile. Dès la fin de l’adolescence, elle était engagée dans l’évangélisation au travers des YWCA (Young Women’s Christian Association)Organisation qui s'est développée en France sous le nom d'Unions Chrétiennes de Jeunes Filles..
Expérience mystique Le travail de William Penn-Lewis conduisit le jeune ménage à s’installer à Richmond (Yorkshire du Nord), où ils se joignirent à la paroisse de la Sainte Trinité (Holy Trinity Church), dont le pasteur était le révérend Evan H. Hopkins, qui est considéré comme « le principal penseur de la Convention de Keswick jusqu’à la première Guerre mondiale »Bebbington, Holiness in Nineteenth-Century England, 77.. Jessie Penn-Lewis qualifiait sa réaction à la première prédication qu’elle entendit de sa part comme “une ouverture de son âme.” Jessie Penn-Lewis, The Leading of the Lord: A Spiritual Biography (Dorset, England: The Overcomer Literature Trust, 1903). Son cheminement spirituel s’orienta alors dans le sens du mouvement pour une vie supérieure (Higher Life Movement), branche anglaise du mouvement de la perfection chrétienne. Elle fut amenée à lire l’ouvrage du pasteur réformé sud-africain Andrew Murray, « The Spirit of Christ », et celui de Madame Guyon « Les torrents spirituels » . Elle était aussi tourmentée par les insuffisances qu’elle ressentait dans son ministère au sein des YWCA, qui était pourtant plutôt couronnée de succès : préparations longues et difficiles et appréhensions avant ses prises de parole en public, attente d’une force et d’une assurance supplémentaires venant de Dieu. En 1892, son questionnement devint existentiel: il lui semblait que Dieu la confrontait directement à ces questions : « Si je réponds à ton attente, es-tu prête à être impopulaire ? Pourquoi désires-tu être remplie du Saint-Esprit ?”. Elle eut alors une vision de sa propre vie de femme consacrée où elle était comparée à une serpillière souillée. Horrifiée, elle tourna ses prières vers le Christ pour être purifiée, tandis qu’une voix intérieure semblait lui répéter encore et encore le simple mot « crucifié, crucifié… » Elle dut en chercher le sens, note-t-elle dans ses mémoires, car elle avait demandé à être remplie de l’Esprit saint et non crucifiée… La lecture de l’épître aux Romains lui apporta la clé recherchée : « Le vieil homme en ous a été crucifié avec le Christ. » (Épître aux Romains, chapitre 6, versets 6 à 11). Il avait plu à Dieu de lui révéler la crucifixion de son fils afin qu’elle puisse annoncer sa résurrection. Cette expérience spirituelle fut un tournant dans sa prédication : libérée de toute angoisse ou appréhension lors de ses prises de parole, elle en tira aussi la thématique qui traversera tout son ministère. « Après un cheminement d’abîme en abîme avec le Christ humilié, crucifié et mis à mort, le Seigneur me montra que la croix du calvaire est le point essentiel autour duquel tout s’articule, et la grande ressource qui répond aux besoins des enfants de Dieu dans tous les aspects de leur vie spirituelle. Et je compris que le baptême du Saint-Esprit, que j’avais pris pour le but de la vie chrétienne, n’était qu’un commencement préparé par Dieu pour conduire le croyant dans la fraternité de la Croix, et au travers de la mort sur la Croix, à l’union avec le Seigneur monté à la droite du Père. ».
Années de ministère intensif Originalité de la prédication de Jessie Penn-Lewis La thématique spirituelle de Madame Penn-Lewis renouvela la prédication évangélique de son époque, qui s’était concentrée jusque-là sur le pardon des péchés et le salut. Elle fit revenir au premier plan une notion biblique de sanctification : en reconnaissant sa propre faillite devant Dieu (en acceptant d’être crucifié avec le Christ), le chrétien peut recevoir la puissance de l’Esprit Saint pour contenir l’influence et la dépendance du péché, et ainsi pouvoir vivre une vie sanctifiée en ChristC’est du moins la manière dont l’entend le Mouvement de sanctification. Voir les positions des autres églises à l’article Perfection chrétienne. . Le Saint-Esprit n’était pas pour elle une simple force, mais une présence personnelle dont elle recherchait activement les directivesJ. C. Metcalfe, Molded by the Cross (Fort Washington, PA: Christian Literature Crusade, 1997; repr. of In the Mould of the Cross (Dorset, England: The Overcomer Literature Trust, n.d.), 76.. Sa vision était que « tous les chrétiens sont destinés à s’unir à la vie qui leur est accordée d’en-haut et non à essayer de bricoler leur ancienne vie pour s’épuiser à essayer d’atteindre les cieux dans de grandes difficultés. » . Succès de sa prédication au Royaume-Uni Au cours des quatre années suivant son expérience spirituelle, l’assistance à ses cours au sein des YWCA passa de à personnes, ce qui lui permit d’ouvrir de nouvelles équipes des YWCA. En 1895, Jessie Penn-Lewis fut invitée à délivrer le message à la Conférence évangélique de Mildmay. Les éléments-clé du message furent complétés et publiés sous forme d’un petit livre intitulée « Le chemin de la vie en Dieu ». Ce fut la première publication de “Overcomer literature publishing” qui précéda son auteur dans de nombreux pays. Il fut traduit dans de nombreuses langues atteignant exemplaires et lança ainsi la prolifique carrière d’auteur de Madame Penn-Lewis. Débuts d'un ministère international À partir de 1896, Jessie Penn-Lewis mit fin à son ministère au sein des YWCA pour pouvoir répondre aux différents appels à venir prêcher dans différents pays étrangers, dont le premier fut la Suède. Dès ce stade de sa jeune carrière de prédicatrice, elle commença à appeler au renforcement du rôle des femmes dans cette nouvelle pentecôte. De 1896 à 1898, elle prêcha en Russie, pays de Galles, Écosse, Irlande du nord, Finlande et Danemark, sans oublier diverses villes d’Angleterre. À l’occasion de ces voyages, elle fut présentée à divers membres des maisons royales de Russie et de Scandinavie. Dans les premières décennies du , elle fit encore de nombreux autres voyages internationaux qui la conduisirent notamment en Russie, Scandinavie, Canada, aux États-Unis et en Inde. À Chicago, elle parle au "Moody Bible Institute" à l’invitation du , à New-York au « Gospel Tabernacle » à l’appel du pasteur Simpson, fondateur de l’Alliance chrétienne et missionnaire, puis à Nyack, dans l’État de New-York, au Missionary Training Institute (fondé par le pasteur Simpson) . En Inde, Jessie Penn-Lewis se consacra essentiellement à encourager les missionnaires et travailleurs sociaux chrétiens. Le petit livre « La Parole de la Croix » (“The Word of the Cross”), souvent surnommé “le petit livre de la Bible”, fut publié en Inde et pour l’Inde. Il fut traduit dans une centaine de langues et de dialectes à travers le monde et est toujours réimprimé aujourd’hui Metcalfe, Molded by the Cross, 99–103.
Participation aux conventions de Keswick Jessie Penn-Lewis pria publiquement pour la première fois à Keswick en 1897 et fut présentée comme l’un des orateurs principaux en 1898 Figgis, Keswick from Within, 130, 139. En 1899, sa prédication fut qualifiée de “brûlante et impressionnante» par un observateur. Un groupe de pasteurs gallois aborda Jessie Penn-Lewis lors de la Convention de Keswick de 1902 avec le projet de lancer une convention similaire au Pays de Galles. Bien introduite dans ce pays dont elle était originaire, elle prit les contacts nécessaires et coordonna la mise en place de la Convention de Llandrindod Wells dès 1903. Elle en fut une intervenante clé pendant plusieurs années. À la suite des controverses soulevées par ses prises de position contre les phénomènes charismatiques accompagnant le Réveil gallois (voir ci-après), ses détracteurs lui reprochèrent d’avoir des enseignements trop subjectifs. La prééminence d’une femme parmi les prédicateurs de la Convention de Keswick fut également remise en cause et on lui accorda de moins en moins d’occasions de parler en public. En 1909, elle démissionna du comité d’organisation des réunions de femmes de Keswick et en 1911 du comité de la Convention de Llandrindod Wells.
Réveil gallois vignette|200px|droite|Evan Roberts en 1905 Jessie Penn-Lewis fut personnellement impliquée dans le réveil gallois de 1904-1905, l’un des réveils européens les plus massifs numériquement bien qu’il ait été écourté par la dépression de l’un de ses principaux leaders, Evan RobertsArticle de G. Richard Fisher, Pressing Truth to the Extreme: The Errors of Jessie Penn-Lewis, éditeur Personal Freedom Outreach, (année 2000), dernier accès le 16 juin 2007. Galloise, elle avait de nombreux contacts directs avec des paroissiens et avec des pasteurs et recevait de leur part des témoignages directs sur les événements voire sur les luttes spirituelles de certains ! À partir de , elle publia chaque semaine une chronique du Réveil dans le magazine du mouvement de Keswick, "The Life of Faith", retraçant le développement de ce mouvement d’abord au Pays de Galles, puis internationalement. Elle en fit aussi l’histoire dans un recueil intitulé "Le Réveil au Pays de Galles – et quelques-uns de ses ressorts cachés" ("The Awakening in Wales - and Some of its Hidden Springs"). À la fin du Réveil, elle se fit également connaître par son association très étroite avec Evan Roberts. En effet, après sa dépression, Evan Roberts fut recueilli et hébergé par les Penn-Lewis pendant plusieurs années sans d’ailleurs totalement guérir. Jessie Penn-Lewis et lui cosignèrent un livre, intitulé War on the Saints, où les auteurs déclarent leur extrême prudence à propos du Pentecôtisme naissant et des possibles influences diaboliques qu’ils croient discerner dans ses premiers développements. Pour prolonger et renforcer les effets positifs des réveils, Jessie Penn-Lewis s’impliqua encore plus fortement dans l’organisation de des Conventions de Keswick afin de lui donner un rayonnement national et dans l’organisation de multiples conférences locales accessibles à tous ceux qui recherchaient un approfondissement spirituel. Ministère et publications après Keswick