La psychiatrisation (ou pathologisation) des transidentités est le processus par lequel la psychiatrie a cherché à identifier et classer avec un but normatif les personnes trans, depuis les travaux de Jean-Étienne Esquirol au , puis ceux de Magnus Hirschfeld, John Money et Robert Stoller au . Les concepts médicaux ont été formulés dans le DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) publié par l'Association américaine de psychiatrie (APA) et la Classification internationale des maladies (CIM) de l'Organisation mondiale de la santé, des documents de référence qui évoluent lentement sous l'effet de la pression des militants LGBT et de l'acceptation grandissante des transidentités dans la société, mais restent stigmatisants.

Au , il est admis (y compris par l'Association américaine de psychiatrie.) que les transidentités ne sont pas des troubles mentaux, mais que seule la dysphorie de genre est une souffrance mentale.

Naissance du concept médical Jean-Étienne Esquirol décrit pour la première fois de façon médicale en 1838 un cas de transidentité qu'il nomme dans son traité de maladies mentales. Un ouvrage édité en 1886 par le médecin austro-hongrois Richard von Krafft-Ebing, réédité et commenté par le psychiatre berlinois Albert Moll en 1923, décrit un trouble particulier, , distinct de l'homosexualité, qu'il place entre l'homosexualité acquise et la métamorphose sexuelle paranoïaque. Les cas sont décrits comme des cas de possession, avec présence d'un autre en soi.

En 1910, le médecin et sexologue berlinois Magnus Hirschfeld classifie les travestis au même titre que les homosexuels dans un des multiples types de sexes intermédiaires.. Il distingue ensuite les personnes qui se travestissent de celles qui se projettent dans l'autre sexe et propose le terme pour la première fois en 1912. Au-delà de la description purement médicale, il s'intéresse aussi aux aspects juridiques, philosophiques et politiques (il s'oppose d'ailleurs à la pénalisation de l'homosexualité). À partir des années 1920, il monte une clinique qui sera démantelée au début du nazisme.

En 1949, le psychiatre décrit le cas d' et donne à cette obsession le nom de : il s'agit désormais d'une pathologie rattachée à la catégorie des perversions sexuelles..

Le terme est utilisé pour la première fois. par l'endocrinologue et sexologue américain Harry Benjamin, juste après l'opération au Danemark, rendue publique en 1952, de Christine Jorgensen : La demande de traitement fait déjà partie des critères diagnostiques. Benjamin distingue trois classes, depuis la personne qui présente simplement un manque de masculinité jusqu'au cas , et se distingue de ses collègues psychiatres en proposant une hormonothérapie à ses patients, en distinguant clairement la transidentité de l'homosexualité et du transvestisme et en définissant la transidentité comme un syndrome et non plus comme une perversion ou une psychose. Le nom du et en France le nom de l'Association du Syndrome de Benjamin (1996-2008) feront référence à Harry Benjamin.

Du côté des universitaires américains à la même époque, John Money et Robert Stoller introduisent le concept de « genre ». .. initialement pour décrire les enfants intersexes ou les petits garçons qui dérogeaient aux rôles sociaux classiques, mais leur but est normatif : . Money et Stoller s'opposent sur le déterminisme de l'identité de genre, et commencent à définir les sexes et les demandes transidentitaires. Robert Stoller associe la transidentité à un manque de présence paternelle dans l'enfance et pense que la chirurgie n'est nécessaire que pour les transgenres (définis de la façon suivante : ils sont dépourvus de désirs sexuels, ont développé un sentiment d'isolement dans l'enfance et ont un mépris de leurs organes génitaux de naissance). Il pense que pour ceux-là les tentatives de faire changer le fonctionnement psychique sont vouées à l'échec, mais la chirurgie peut soulager leur souffrance.

En France, à la même époque, les recherches restent focalisées sur la dimension anatomique du changement de sexe. En 1956, le terme « transsexualisme » apparaît dans la thèse de médecine du psychiatre J.-M. Alby. mais il s'oppose à la chirurgie et pense que la psychothérapie est une meilleure solution.

Échelle de l'orientation sexuelle (1966) Harry Benjamin a créé l’Échelle de l'Orientation Sexuelle (« Sex Orientation Scale » - SOS) pour classifier et comprendre les formes variées et les sous-types du transvestisme et du transsexualisme des hommes assignésBenjamin, H. (1966).. C'est une échelle en sept points avec trois types de travestissement, trois types de transsexualisme, et une catégorie pour les hommes cisgenres. Benjamin a fait référence et a utilisé l'Échelle de Kinsey dans la distinction entre le « vrai transsexualisme » et le « transvestisme ». GroupeTypeNomÉchelle de KinseyOpération de conversion ?1ITransvesti (Pseudo)0-6Non prise en compte1IITransvesti (Fétichiste)0-2Rejetée1IIITransvesti (Vrai)0-2Rejetée, mais l'idée peut être envisageable3VTranssexuel (Intensité modérée)4-6Demandée, habituellement indiquée3VITranssexuel (Haute intensité)6Demandée avec insistance ; indiquée Benjamin a noté : « Il faut souligner que les six types restants ne sont pas, et ne peuvent pas, être nettement séparés ». Benjamin a ajouté une mise en garde : « Il y a eu l'intention de souligner la possibilité de plusieurs conceptions et classifications du transvestisme et du phénomène transsexuel. Grâce aux futures études et aux observations, une compréhension de l'étiologie pourrait être envisageable »

Typologie du transsexualisme de Blanchard La typologie du transsexualisme de Blanchard est une typologie psychologique sans fondement... du « transsexualisme » concernant les femmes transgenres, créée par Ray Blanchard dans les années 1980 et 1990, qui s’appuie sur le travail de son collègue, Kurt Freund. Blanchard divise les femmes « transsexuelles » en deux groupes différents...: les « transsexuels homosexuels », qui sont attirées par les hommes, et les « transsexuels non-homosexuels »., qui sont autogynéphiles, c'est-à-dire sexuellement excitées par la pensée ou l'image d'eux-mêmes en femme) ; les causes de la transidentité n'étant pas nécessairement similaires entre les deux groupes.

En effet, autogynéphilie vient du grec « αὐτό- » (soi), « γυνή » (femme) et « φιλία » (amour) (« amour de soi en femme ») et désigne l'excitation sexuelle et paraphile d'un homme qui pense ou perçoit l'image de son corps en celui d'une femme Blanchard, R. (1989). The concept of autogynephilia and the typology of male gender dysphoria]. The Journal of Nervous and Mental Disease, 177 616-623.. D'autres termes dérivés ont été proposés tels que « automonosexualité », « » et inversion sexo-esthétique.... Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR) définit un terme équivalent, et reconnaît l'autogynéphilie en tant que trouble du travestissement fétichiste, mais ne classifie par l'autogynéphilie comme un trouble propre.. Le terme analogique est l'autoandrophilie, qui désigne l'excitation sexuelle chez une femme lorsque celle-ci pense ou perçoit l'image de son corps en celui d'un hommeAutoandrophilia: Just Pretend I'm a Boy, CBS News.. Le terme est classifié dans la catégorie travestissement fétichiste dans la révision proposée du DSM-5 302.3 - Transvestic Fetishism, Proposed Revisions, DSM-5..

Blanchard classifie quatre types différents d'autogynéphilie Blanchard, R. (1991). Clinical observations and systematic studies of autogynephilia. Journal of Sex & Marital Therapy, 17, 235-251. Blanchard, R. (1993). Varieties of autogynephilia and their relationship to gender dysphoria. Archives of Sexual Behavior, 22, 241–251. :

Autogynéphilie « travestie » : excitation dans l'acte ou le fantasme de porter des vêtements de femme. Autogynéphilie comportementale : excitation dans l'acte ou le fantasme de faire quelque chose de féminin. Autogynéphilie physiologique : excitation dans l'acte ou le fantasme de percevoir quelques parties du corps comme celui du sexe opposé. Autogynéphilie anatomique : excitation dans l'acte ou le fantasme de percevoir le corps comme celui du sexe opposé.

Les critiques scientifiques concernant la recherche et la théorie sont venues de John Bancroft, Jaimie Veale, Larry Nuttbrock, Charles Allen Moser, Alexandre Baril et d'autres qui prétendent que la théorie est une mauvaise représentation des personnes transgenres MtF et que réduire l'identité de genre à une question d'attirance est non-instructif. Les partisans de la théorie incluent Anne Laurent, J. Michael Bailey, James Cantor ainsi que d'autres qui prétendent qu'il existe des différences significatives entre les deux groupes, notamment la sexualité, l'âge de la transition, l'origine ethnique, le QI, le fétichisme et la qualité de l'adaptation......

La critique scientifique de la théorie comprend des articles de Veale, Nuttbrock, Moser, et d'autres qui soutiennent que la théorie est peu représentative des femmes trans, non-instructive, que les expériences sont mal contrôlées ou contredites par d'autres données..... De nombreuses sources, notamment celles issues des partisans de la théorie, critiquent le choix de Blanchard au motif d'être confus ou dégradant. Bien qu'il ait des partisans, la communauté trans a en grande partie rejeté la théorie avec véhémence.. Julia Serano pointe du doigt de graves erreurs méthodologiques comme le manque de groupe de contrôle, le manque de réflexion sur la causalité des résultats constatés, et les conclusions des études présupposées dès le départ ; pour toutes ces raisons elle juge cette typologie non-scientifique.

Les idées de Blanchard à propos des femmes trans ont également été rejetées par la World Professional Association for Transgender Health, la plus grande association de professionnels de santé qui établit les standards de soins pour les personnes transgenres, au motif que ces idées ne sont pas appuyées sur des preuves empiriques et contribuent à stigmatiser les comportements au lieu de se concentrer sur la santé.

Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'Association américaine de psychiatrie Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) publié par l'Association américaine de psychiatrie (APA) est une classification des troubles mentaux utilisée dans le monde entier par une grande variété de personnes, depuis les médecins jusqu'aux compagnies d'assurance.

Les discussions sur l'introduction du dans le DSM. ayant eu lieu pendant le débat agité qui a conduit en 1973 au retrait de l'homosexualité de cette classification, et il est parfois reproché à l'ajout du diagnostic de d'avoir été .

DSM III (1987) : le parmi les En 1980. la troisième version du DSM fait entrer le dans la catégorie des , au sein de la nouvelle catégorie des ; le est donc distingué du travestissement, qui était listé dans les premières versions du DSM et devient « travestissement fétichiste » dans la version III. La révision de la troisième édition du DSM en 1987 déplace le dans les (aux côtés du , du et ).

Les critères diagnostics du DSM reprennent les définitions de Benjamin et Stoller et délimitent les contours du .

DSM IV (1994, 2000) : le