La monétarisation de la nature est le fait de donner une valeur monétaire à la nature, l'environnement ou à un de ses éléments écologiques. Elle ne doit pas être confondue avec la financiarisation de la nature ni avec sa marchandisation. Une valeur monétaire peut être attribuée à la nature, ou à l’un de ses éléments, sans que cet élément soit forcément marchandisé. Donner une valeur à la nature permet d’utiliser les instruments économiques pour la protéger.
Le fait de donner un prix à l'environnement est contesté dans son principe et dans ses applications. Pour les tenants de l’écologie profonde, la nature a une valeur intrinsèque. Elle est valorisée pour elle-même, en tant que fin en soi. Pour Virginie Maris, il y aurait incompatibilité entre la monétarisation de la nature et son caractère intrinsèque.
Inversement, les tenants du néolibéralisme estiment qu’une gestion efficace des ressources naturelles et de l’environnement passe par le jeu des mécanismes de marché et donc de l’attribution d’un prix, même si ce prix reflète mal leur véritable valeur. Assigner un prix à la nature est un moyen de trouver des substitutions aux services qu’elle rend. Il permet aussi la compensation des destructions du capital naturel par des investissements en capitaux techniques.
Les évaluations monétaires sont également l’objet de débats critiques eu égard à la complexité de la nature. Elles donnent une valeur à des éléments disjoints sans tenir compte des interactions entre eux, d’une part, et avec l’environnement d’autre partChevassus, .
Le prix des écosystèmes
La pertinence d’un prix Les économistes libéraux estiment que le prix de la biodiversité et des services écosystémiques détruits doit être intégré dans les coûts économiques des infrastructures. Les tenants de la durabilité forte relativisent la valeur de ce prix et subordonnent son utilisation à une décision d’ordre sociétal. Le prix de la nature ne serait qu’un instrument de gestion et la décision ne devrait pas relever de critères monétaires.
Affecter un prix à un service écosystémique est un moyen pour le protéger. Parallèlement attribuer un prix à des nuisances écologiques telles que les émissions de gaz à effet de serre permet de les réduire en les pénalisant.
Les services écosystémiques
Conservation ou amélioration La conservation ou l’amélioration des écosystèmes se pratiquent par des moyens réglementaires, des investissements ou des taxes. L’OCDE précise que les mécanismes de marché qu’il préconise pour atteindre de bons résultats en termes de conservation ne sont que l’un des instruments d’action à la disposition des décideurs.
Financement Le maintien ou l’amélioration des services écosystémiques peut être financé par ceux qui en bénéficient. Par exemple les riverains d’une rivière sont intéressés à sa pureté et à sa vie aquatique. Les agriculteurs ou les pêcheurs peuvent consentir à des méthodes plus coûteuses mais qui ne détériorent pas le milieu qu’ils exploitent. Ces financements volontaires sont généralement insuffisants. Des administrations publiques ou des institutions doivent intervenir pour sauvegarder les écosystèmes. Reste à fixer le montant qu’elles devront verser.
Évaluation du prix Le prix d’un écosystème devrait inclure sa valeur économique totale (VET). Celle-ci comprend ses valeurs d’usage direct ou indirect, par exemple pour une forêt la fourniture de bois et son action de régulation hydraulique et de maintien des terres contre l’érosion. Elle inclut également des valeurs de non-usage telles que ses valeurs patrimoniales et d’existence, ainsi que la satisfaction de savoir que la biodiversité existe et qu’elle sera transmise aux générations futures. Une telle évaluation de la VET n’est pas possible. L’estimation monétaire ne représente qu’un coût. Ce coût ne doit être confondu ni avec le prix ni avec la valeur de l’écosystème.
En l’absence d’évaluation possible du prix d’un écosystème, le prix à payer par les institutions est déterminé de façon pragmatique. Parfois le marché fournit des indications. Par exemple aux États-Unis, le département de l’Agriculture a un programme de mise en réserve des terres fragiles. Il passe avec les propriétaires terriens des contrats de mise hors culture d’une durée de 10 à 15 ans. Une indication du prix à payer est donnée par le tarif moyen de location des terres arables dans le comté. Lorsque le marché n’est d’aucun secours des contrats de gré à gré sont passés entre l’institution et le propriétaire privé. Si les candidats à recevoir des subventions sont nombreux et que son budget est limité l’institution peut les mettre en concurrence en pratiquant des enchères inversées. Le choix sera porté sur le moins-disant à qualité égale. Des indicateurs de qualité sont élaborés comme aide à la décision. Ainsi le Fonds de conservation des forêts tasmaniennes a créé un indice concernant les forêts anciennes privées. Cet indice se base principalement sur le type de forêt et sur son état de conservation. Les enchères inversées permettent d’obtenir le maximum d’efficacité au meilleur coût.
Compensation La compensation entend parer à la perte de biodiversité lors d’une atteinte à un écosystème ou à la destruction d’une espèce provoqués par une activité économique. C’est notamment le cas lors de travaux d’infrastructures (routes, logements, etc.). Elle est imposée par la loi dans une trentaine de pays. Elle consiste à financer la reconstitution d’une forme au moins équivalente de biodiversité dans un autre endroit. La compensation peut s’effectuer de gré à gré entre deux acteurs ou passer par l’intermédiaire d’une banque de compensation. Aux États-Unis, il existe plusieurs centaines de banques de compensationLe Monde du 14 mai 2009. Les marchés de compensation représentent aux États-Unis des investissements annuels de 1,5 à 2,4 milliards de dollars. Un crédit de zone humide peut y valoir, selon les États, entre et . La grenouille à pattes rouges peut atteindre en CalifornieLe Monde du 10 mars 2010. En France, la Caisse des dépôts et consignations a créé une filiale, la CdC Biodiversité, qui intervient dans des programmes de compensation. Pour elle le prix de réparation d’une formation steppique comparable aux coussouls de Crau se monte à pour un hectare.
Débat La critique porte sur la validité et les limites de la compensation. La Directive sur la responsabilité environnementale de 2004 (2004/35/CE) précisait que l’évaluation des dommages devra privilégier des méthodes allant dans le sens d’une équivalence ressource-ressource ou service-service. Il est difficile d’évaluer quels sont les services écologiques d’un écosystème. Ils sont nombreux et l’écosystème est complexe. En outre l’article 230 de la loi Grenelle 2, qui réforme l’étude d’impact, prévoit que les mesures envisagées de compensation doivent être prises « lorsque c’est possible » ce qui porte une limite au concept même de compensation. Tout n’est pas compensable. Les dégâts d’une fracturation hydraulique ne le sont pas. La destruction d’espèces endémiques ou de milieux très rares et fragiles ne le sont pas non plus. Une restauration n’est jamais à l’identique. On ne se soucie que des espèces protégées alors que la biodiversité dite ordinaire, indispensable, est peu prise en compte. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dresse les limites du principe de compensation : il n’existe pour établir la compensation ni méthodologie, ni outils, ni vocabulaire adapté ; le suivi des mesures mises en place est défectueux ; l’efficacité des mesures sur le long terme n’est pas vérifiée ; le danger d’aboutir à un droit de détruire existe.
Les défenseurs de la compensation soulignent que l’introduction d’un coût économique pour les dégâts écologiques causés contraint les promoteurs d’infrastructures à en tenir compte. L’utilisation des banques et de fonds financiers garantit un financement à long terme non soumis aux aléas des budgets publics.
Le carbone
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) accroissent le réchauffement de la Terre et modifient le climat. Leur pénalisation monétaire, afin de les limiter, prend la forme de droits d’émission ou de taxation. Une unité de mesure commune aux émissions de GES (dioxyde de carbone, méthane, hydrocarbure halogéné, etc.) a été établie sous forme de tonne équivalent carbone (tonne carbone).
Le prix du carbone épargné Les droits d’émissions peuvent être donnés ou vendus, échangeables ou non. Ceux qui sont échangeables le sont de gré à gré, par des bourses de carbone comme en Europe ou des marchés d’échange volontaire comme aux États-Unis ou au Canada. Le prix de la tonne carbone en Bourse est très volatil. Il est passé à l’European Climate Exchange de en à le , puis à le . Il s’est effondré à partir de 2011. Le prix préconisé par le Centre d’analyse stratégique pour limiter le réchauffement climatique aurait dû évoluer de la tonne en 2010 à 56 en 2020 et 200 en 2050. La Norvège a imposé une taxe de la tonne carbone aux installations pétrolières et gazières.
Débat Donner un prix au carbone émis et l’inclure dans les coûts de production a pour objectif de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Donner un prix au carbone épargné par les écosystèmes accroît leur valeur marchande. Les décisions économiques seraient ainsi orientées dans un sens limitant le réchauffement climatique.
Les principales critiques portent sur les dysfonctionnements rencontrés dans la pratique, sur les limites d’un prix axé sur le carbone et sur sa marchandisation. Le recours à des bourses entraîne des spéculations notamment à travers les dérivés de crédit et les contrats à terme et donc de fortes variations nuisibles à l’efficacité. La valorisation des forêts anciennes sur la seule base du prix de la tonne carbone épargnée ne prend pas en considération leur biodiversité. Elle les met sur le même plan que des plantations à croissance rapide. La monétisation du carbone rend possible des équivalences et des transferts qui sont à la base du mécanisme de développement propre. Ce dispositif évite aux pays développés de réduire leurs propres émissions de carbone alors que le GIEC insiste sur la nécessité de réduire les émissions à la fois dans les pays du Nord et du Sud, L’alternative à la monétisation réside dans les moyens réglementaires ou la taxation. La taxation utilisée par la Norvège s’est avérée efficace. La taxation permet en outre de dégager des fonds utilisables pour des objectifs écologiques.
Selon le pape François, la stratégie d’achat et de vente de « crédits de carbone » peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculations, et cela ne sert pas à réduire l’émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l’apparence d’un certain engagement pour l’environnement, mais qui n’implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteursPape François, encyclique Laudato si', juin 2915, § 171, lire en ligne.
Le capital naturel
Une valeur économique informative La destruction accélérée de la nature et ses conséquences économiques ont incité à lui attribuer une valeur économique. Pour Costanza cette valeur est informative. Elle ne peut être convertie en termes financiers. Elle informe le pays qu’il détruit son capital naturel et s’appauvrit. Si cette dépréciation était prise en compte elle modifierait les résultats de la comptabilité nationale. L’économiste allemand W. Schultz a calculé que les dommages dus à la pollution auraient représenté un montant équivalent à 6 % du PIB de la RFA en 1985. Entre 1971 et 1984 l’Indonésie a connu une croissance annuelle du PIB de 7,1 %. S’il était tenu compte de la dépréciation du capital naturel la croissance du PIB n’aurait été que de 4 %. La prendre en considération est une préconisation du rapport de la Commission Stiglitz.