Marie Goegg-Pouchoulin, née à Genève le et morte dans la même ville le , est une militante féministe et abolitionniste, reconnue pour son engagement en faveur du pacifisme. et du droit de vote des femmes en Suisse.

Son combat pour les droits des femmes l'a conduite notamment à lancer une pétition pour l'accès des femmes à l'éducation universitaire et à fonder l'Association internationale des femmes. Elle est également à l'origine du Journal des femmes, premier journal féministe suisse.

Enfance et origines Marie Pouchoulin naît le à Genève dans une famille descendante de réfugiés huguenots français.. Elle est la fille d'Adrienne Paudex et de Jean Pouchoulin, horloger de son état..

Vie privée vignette|Amand Goegg (1820-1897).

En 1849, la jeune femme tombe amoureuse du révolutionnaire badois , réfugié à Zurich puis à Genève à la suite de l'échec de la République de Bade au sein de laquelle il a exercé les fonctions de vice-président de l'assemblée populaire et Ministre des finances du gouvernement provisoire. Fait inhabituel pour l'époque, Marie demande le divorce, une demande refusée par les autorités dans un premier temps. Son divorce est finalement prononcé en 1856. Elle épouse alors Amand Goegg qui adopte son premier fils. Ils ont deux fils ensemble : Egmont (né en 1854) et Gustave Alfred (né en 1857)..

Ces années sont marquées par de nombreux déplacements, de Londres où le couple vit dans un premier temps, à Paris, Offenburg (Allemagne) et Bienne (Suisse), avec des retours réguliers à Genève, où ils fondent une entreprise de miroirs. Jamais le couple ne renonce à ses engagements, en faveur du droit des femmes et pour la paix pour Marie Goegg-Pouchoulin, pour celui des ouvriers pour Amand Goegg. En 1868, ce dernier compte au nombre des organisateurs de la grève genevoise des ouvriers du bâtiment..

Amand Goegg la quitte en 1874, non sans l'avoir au préalable dépouillée de sa fortune. Marie Goegg-Pouchoulin devra se débrouiller, seule, pour subvenir aux besoins de ses fils et assurer leur éducation..

Militantisme féministe Marie Goegg-Pouchoulin fait ses premières armes de militante féministe au sein de la Ligue internationale pour la paix et la liberté, cofondée par son mari.

Ses convictions féministes s'expriment en 1868 au travers de la publication d'un appel à l'union des femmes dans la revue de la ligue, Les États-Unis d'Europe. Cette même année, elle crée l'Association internationale des femmes. Un an plus tard, en 1869, elle fonde la première revue féministe de Suisse, Le Journal des femmes. En 1875, elle devient présidente de Solidarités : Association pour la défense des droits de la femme, l'organisation qui a succédé à l'Association internationale des femmes, et le reste jusqu'à sa dissolution en 1880. Elle soutient également le combat de Josephine Butler en faveur des prostituées et rejoint ensuite la Fédération abolitionniste internationale : elle est élue au conseil d'administration en 1886.

Au nombre des combats menés - et gagnés - par Marie Goegg-Pouchoulin, figure l'accès des femmes à l'Académie de Genève, devenue depuis l'Université de Genève. En 1872, elle est en effet la première femme à faire usage du droit de pétition en Suisse. Soutenue par trente femmes, sa pétition intitulée « Genevoises, mères de famille ». réclame le droit pour les filles d'entrer à l'université et conduit le Grand Conseil du canton de Genève à voter une loi établissant l'égalité des conditions d'accès au cursus universitaire pour les deux sexes. Genève deviendra ainsi la seconde université de Suisse à s'ouvrir aux femmes après Zurich en 1868..

En 1878, elle signe le Manifeste des Femmes contre la guerre écrit par Virginie Griess-Traut...

Jusqu'au bout, Marie Goegg-Pouchoulin ne ménage pas ses efforts pour les droits des femmes. Elle reste ainsi secrétaire et caissière de la Ligue pendant vingt ans.. Elle collabore aux États-Unis d'Europe jusqu'à l'âge de En 1894, à elle est élue vice-présidente de l'Union des femmes de Genève, créée par une nouvelle génération de féministes le , une charge qu'elle assume pour quatre ans. En 1896, elle participe encore à l'organisation du premier Congrès des intérêts féminins.. vignette|Statuts de l'Association internationale des femmes.

L'Association internationale des femmes Marie Goegg-Pouchoulin fonde une des premières organisations féminines internationales, l'Association internationale des femmes le , au de la rue du Mont-Blanc à Genève. L'association, initialement conçue comme une section de la Ligue internationale pour la paix et la liberté, a pour objectif premier de "travailler à l'avancement moral et intellectuel de la femme, à l'amélioration graduelle de sa position dans la société par la revendication de ses droits humains, civils, économiques, sociaux et politiques." Statuts de l'Association internationale des femmes.

Dans son discours inaugural, Marie Goegg-Pouchoulin détaille ces ambitions : l'égalité des droits entre les hommes et les femmes dans l'instruction, la liberté de travail pour les femmes et l'égalité dans le salaire, l'égalité des droits civils et économiques (et en particulier l'égalité des droits dans le mariage qui alors soumettait la femme à son mari), et l'égalité des droits politiques et donc le suffrage universel..

Les activités de l'association sont perturbées par la guerre franco-prussienne de 1870, mais elle ne disparaîtra officiellement que deux ans plus tard. Marie Goegg lance un appel aux femmes françaises et prussiennes pour arrêter l'engrenage du conflit, en vainYannick Ripa, « Une affaire de femmes », L'Histoire , mars 2020, .. L'association ne réussit pas à construire une base solide d'adhérents, dont le nombre reste limité, en raison probablement de ses objectifs trop novateurs pour l'époque.. Des dissensions internes autour de la direction de Marie Goegg-Pouchoulin aboutissent finalement à une réorganisation de l'association et à un changement de nom, à la suite du débat suscité par l'adjectif "internationale" susceptible d'être associé à la Commune de 1871 et à l'Internationale communiste.. En 1872, elle est ainsi remplacée par Solidarité: Association pour la défense des droits de la femme., une association au sein de laquelle Marie Goegg-Pouchoulin côtoie sa compagne de route de l'Association internationale des femmes Julie von May von Rued, ainsi qu'une quinzaine de féministes européennes telles que la Française Caroline de Barrau, la Britannique Josephine Butler, l'Italienne Christine Lazzati et les Allemandes Rosalie Schönwasser,  et Julie Kühne..

Accès des femmes à l'Université de Genève En 1872, le Grand Conseil (Parlement) genevois vote une loi qui établit l'égalité des conditions d'accès à l'Université de Genève pour les deux sexesLe texte de loi stipule que "Les conditions d’entrée à l’académie sont identiquement les mêmes pour les deux sexes". Cette formulation est reprise dans l’article 140 de la loi sur l’instruction publique du . Natalia Tikhonov, Le rôle des parents dans l’accès de jeunes filles à l’enseignement supérieur en Suisse à la fin du , in: Bardet Jean-Pierre, Jean-Noël Luc, Isabelle Robin-Romero et Catherine Rollet (dir.), Lorsque l'enfant grandit. Entre dépendance et autonomie, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2003.. Cette loi fait suite à la pétition lancée par Marie Goegg-Pouchoulin et soutenue par trente femmes, "Genevoises, mères de familles", dans la foulée du débat suscité, entre 1870 et 1872, par la réforme de l'instruction publique..

À l'époque, l'entrée à l'université n'est en effet possible que pour les personnes qui suivent un enseignement donnant droit à une maturité fédérale (l'équivalent du baccalauréat en France et qui inclut le latin.. Or, celle-ci s'obtient à l'issue du cursus dispensé au Collège Calvin, dont les cours sont alors réservés aux garçons. Pour les Genevoises, la maturité n'est dès lors accessible que par le biais de cours privés, accessibles seulement à une élite. Ce n'est qu'à partir de 1900 que les jeunes filles verront leur cursus modifié afin de l'adapter aux conditions d'entrée à l'université, avant d'être admises sur les bancs du Collège, aux côtés de leurs homologues masculins, dès 1909. Il faudra toutefois attendre encore vingt-deux ans pour que l'École secondaire et supérieure de jeunes filles crée une filière gymnasiale ouvrant à ses élèves les portes de l'université.

Décès

Postérité Alors que ses idées ont parfois été jugées extrêmes pour l'époque, à la fin de sa vie, Marie Goegg-Pouchoulin sera « dépassée » par la nouvelle génération de féministes. Sa contribution à l'égalité des droits entre hommes et femmes reste toutefois incontestée. Elle fait aujourd'hui encore figure de pionnière du droits des femmes en Suisse et est considérée comme la première féministe égalitaire de Suisse, dont les idées ont eu un écho bien au-delà des frontières helvétiques. Giuseppe Garibaldi écrit, le , à Amand Goegg pour lui demander de féliciter son épouse pour« la noble initiative de lancer le beau sexe dans les rangs des émancipateurs de la raison humaine, suffoquée par la tyrannie et par les prêtres »Lettre de Garibaldi à Amand Goegg, publiée le dans le de la première année des États-Unis d’Europe. Cité par Erik Grobet, « Marie Goegg, une pionnière du féminisme », SolidaritéS, , , ..

Le secteur petite enfance Marie Goegg-Pouchoulin est inauguré en au cœur du nouvel écoquartier Jonction, à Genève..

Notes et références

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