Nayib Armando Bukele Ortez, né le à San Salvador, est un homme d'État salvadorien. Il est président de la république depuis le .
Issu du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN), il est élu maire de Nuevo Cuscatlán en 2012, puis de San Salvador, la capitale, en 2015.
Lors de l'élection présidentielle de 2019, il est élu au premier tour sous l'étiquette de la Grande alliance pour l'unité nationale (GANA), avec 53 % des voix, à . Il est le premier président depuis la fin de la guerre civile (1992) à ne représenter aucun des deux principaux partis salvadoriens (ARENA et FMLN).
Libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan sociétal, il mène une politique ultra-sécuritaire en rupture avec l'État de droit. Cette politique aurait conduit à une division par 20 du taux d'homicides entre 2018 et 2023, ce qui lui a permis d'atteindre un record de popularité en 2023. Sa présidence est également marquée par un tournant autoritaire (restrictions des libertés publiques, brutalisation de l'opposition, lois hostiles à la liberté de la presse, corruption, enrichissement familial et favoritisme)Anne Vigna, « Au Salvador, une enquête sur l'enrichissement de la famille Bukele provoque la colère du président », Le Monde, 22 octobre 2024., Amnesty International pointant une « détérioration croissante des droits humains ».. L'indice de démocratie du pays chute de à (de 6,15 à 4,61 selon le barème de l'Economist Intelligence Unit, soit un recul de 24 places dans le monde ; ce qui le plaçait en 2024 devant le Guatemala et du Nicaragua, et derrière le Honduras et le Costa Rica). le Salvador rejoignant la liste des « régimes hybrides ».
Après avoir composé à ses débuts avec un parlement lui étant hostile, il voit son nouveau parti, Nouvelles Idées (en espagnol : Nuevas Ideas, abrégé N ou NI), remporter largement les élections législatives de 2021, ce qui semble acter la fin du bipartisme dans le pays. La même année, il fait face à une crise politico-judiciaire.
La Cour suprême, dont il a fait renouveler la composition, l'autorise en parallèle à briguer un second mandat à la condition qu'il cède temporairement ses fonctions avant le scrutin, ce qu'il fait en . Il remporte l'élection présidentielle de dès le premier tour avec 84 % des voix. Il s'auto-déclare « le dictateur le plus cool du monde », partisan de Trump et fervent défenseur des cryptomonnaies. Il soutient également les peines de prison à perpétuité pour les enfants de 12 ans et plus, et a emprisonné plus de 3 000 enfants dans le cadre de son « état d'urgence » contre les gangs..
Famille et vie privée vignette|gauche|redresse|alt=|Nayib Bukele et son épouse, Gabriela Rodríguez de Bukele, .
Nayib Bukele naît le à San Salvador, au Salvador. Il est le fils d'Olga Ortez et d'Armando Bukele Kattán, un homme d'affaires d'origine palestinienne, chrétien converti à l'islam et devenu imam, figure influente dans la vie politique et de la communauté musulmane du pays..
En 2014, il épouse Gabriela Rodríguez.. Le couple a une fille, Layla, née en ..
Alors qu'il est le fils d'un musulman et d'une chrétienne, les opinions religieuses de Nayib Bukele sont l'objet de nombreuses spéculations lors de l'élection présidentielle de 2019, notamment lors de la diffusion par le journal salvadorien El Liberal de photos le montrant prier dans une mosquée de Mexico. Bukele déclare n'appartenir à aucune religion, mais croire en Jésus-Christ...
Ascension politique Premiers mandats vignette|redresse|gauche|alt=|Nayib Bukele . Membre du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN) à partir de 2012, il est élu maire de la municipalité de en 2012 avec 49,72 % des voix.. En 2015, il est élu maire de la capitale, San Salvador, avec 48,47 % des voix, toujours sous l'étiquette du FMLN.. Il est exclu du parti en 2017 après avoir lancé une pomme au visage d'une conseillère municipale..
Élection présidentielle de 2019 Il se présente comme candidat de la Grande alliance pour l'unité nationale (GANA), un parti conservateur classé au centre droit, à l'élection présidentielle de 2019.. S'affichant comme « antisystème », il domine le débat en se focalisant sur l'importante criminalité notamment due aux gangs, et sur la pauvreté du pays. Âgé de , il axe sa campagne sur les jeunes, et est très dur avec le personnel politique classique. Sa campagne s'est idéologiquement faite en trois axes : l'autopromotion, la dilution idéologique et une rhétorique anti‑partis..
Dès le premier tour, le , il est élu avec son colistier Félix Ulloa, avec 53 % des voix exprimées., marquant, au moins provisoirement la fin du bipartisme
Président de la République Investiture Nayib Bukele prend ses fonctions le , succédant à Salvador Sánchez Cerén... Depuis la fin de la guerre civile en 1992, il est la première personne à accéder à la tête du pays sans appartenir à aucun des deux principaux partis salvadoriens (ARENA et FMLN). Élu à l'âge de , il est alors la plus jeune personne à être élue chef d'État sur le continent américain depuis Alan García, élu en 1985 à la tête du Pérou à l'âge de 36 ans..
Réélection
En , la Cour suprême de justice juge légale la candidature d'un président à sa réélection immédiate, malgré son interdiction par la Constitution de 1983, réaffirmée par un jugement en 2014 confirmant l'obligation pour un président d'attendre au minimum la durée de deux mandats présidentiels avant de se représenter. En 2023, la cour juge cependant légale cette pratique dans le cas où le président cèderait auparavant ses fonctions à son vice-président avant la tenue du scrutin. La décision est vivement critiquée par l'opposition, qui la qualifie d'inconstitutionnelle.. Cette nouvelle jurisprudence permet à Nayib Bukele d'annoncer le être candidat à sa réélection avec son vice-président, Félix Ulloa.. Il obtient le par une décision de l'Assemblée nationale de confier temporairement ses pouvoirs à Claudia Rodríguez de Guevara, qui devient ainsi présidente par intérim le lendemain sans que Bukele ne démissionne lui-même...
Dérives autocratique à dictatoriales Plébiscité dans le pays pour sa lutte contre les gangs, il remporte l'élection présidentielle du dès le premier tour : il obtient 84,65 % des voix contre 6,40 % à Manuel Flores (FMLN) et 5,57 % à Joel Sánchez (ARENA). En parallèle, Nouvelles Idées remporte 54 des 60 sièges à l'Assemblée lors des élections législatives organisées le même jour. Bukele prête serment le pour un second mandat. À cette occasion, il déclare qu'après un premier mandat focalisé sur la guerre contre les gangs, le second sera quant à lui consacré à l'amélioration de l'économie salvadorienne..
Politique sécuritaire
Nayib Bukele instaure en 2019 un « plan de contrôle territorial » confiant à l'armée des tâches de sécurité publique dans les quartiers aux mains d'organisations criminelles. tandis qu'un accord conclu entre la MS-13 et Barrio 18, les principales maras du pays, aurait conduit à une diminution des règlements de compte dans le pays. Le président salvadorien met en avant une baisse de meurtres en 2019 à en 2021Salvador: Bukele, le président "millenium" devenu en 3 ans chef de guerre anti-crime, lepoint.fr, juin 2022, soit un taux d'homicide de 17,6 pour 100 000 habitants, le plus faible depuis des décennies. Le taux d'homicide serait passé de 51 pour 100 000 en 2018, avant son arrivée au pouvoir, à 2,5 pour 100 000 en 2023, ce qui vaut à Bukele une popularité record de 92 % d'opinions favorables cette année-là., mais ces chiffres sont discutés : Pour le site d'investigation El Faro, en Nayib Bukele négociait secrètement, depuis un an, un accord avec le plus puissant gang du pays, la Mara Salvatrucha. Le journal El País estime que cette baisse des homicides n'est pas due à la politique sécuritaire du gouvernement, mais : en contrepartie d'un assouplissement des conditions de détention de ses membres et d'autres promesses, le gang se serait engagé à réduire le nombre d'assassinats et à soutenir la formation politique de Nayib Bukele lors des élections.. Nayib Bukele a démenti ceci avec vigueur, puis annoncé l'ouverture d'une enquête pour « une grave affaire de blanchiment d'argent » concernant le média en ligne El Faro. Il a également été accusé par Laura Andrade, la directrice de l'Institut sur l'opinion publique de l'Université centroaméricaine, d'essayer d'« affaiblir » plusieurs titres de presse indépendante (notamment la revue Factum, le quotidien La Prensa Grafica et la revue Gato Encerrado, selon Oscar Martinez, l'un des directeurs d'El Faro) et ONG critiques envers son gouvernement..
Pour Jeannette Aguilar, consultante sur les thèmes de sécurité et justice, les discours présidentiels relèvent du .
La trêve entre les gangs criminels et le gouvernement est rompue en avec une vague de 87 assassinats en seulement trois jours. En réaction, Nayib Bukele déclare la « guerre contre les gangs » et décrète le régime d'exception qui autorise des arrestations sans mandat judiciaire. Près de 70 000 personnes (en date de ) ont été arrêtées dans ce cadre, hissant le Salvador au rang de pays affichant le plus haut taux de détention au monde (estimé à 1 086 personnes pour 100 000 habitants par le World Prison Brief et à 1 220 pour 100 000 habitants par La Prensa Gráfica, le journal le plus important du Salvador). Selon l'ONG salvadorienne Cristosal, des milliers d'innocents se trouvent parmi les détenus et des dizaines de personnes sont mortes à cause des violences subies lors de leur interrogatoire. « La plupart des arrestations sont arbitraires. Il n'y a pas eu d'enquête préalable ni de mandat d'arrêt », indique l'ONG.. Selon l'ONG Socorro Jurídico Humanitario, sur les 83 100 personnes arrêtées en dehors de toute procédure régulière depuis , au moins 30 000 sont innocentes. Bukele conteste ce chiffre, l'estimant par des .. Le , il concède toutefois : ..
En est inauguré le méga-Centre de confinement du terrorisme (CECOT), la plus grande prison du monde (prévue pour détenus). En dépit des critiques des ONG de défense des droits de l'homme pour les abus commis, la « guerre contre le crime » vaut au président Bukele une « écrasante popularité »Le président salvadorien Bukele vante sa gigantesque prison pour 40 000 criminels présumés, journaldemontreal.com, février 2023 . L'ensemble des organisations civiles et internationales, dont Amnesty International et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCR), dénoncent des détentions arbitraires, tortures et mauvais traitements infligés dans les centres de détention dont au CECOT où une illusion de transparence (mise en scène médiatique du transfert des détenus et de l’architecture du centre) masque selon S.C Bishop et M. Gellman (2025) des violations massives des droits humains commises sous le régime d'exception qui sert à justifier une dégradation alarmante des principes démocratiques, tout en occultant l’arbitraire des arrestations, la détention sans procès et les mauvais traitements (documentés par de nombreuses organisations de défense des droits humains, permettant à Bukele de légitimer une approche de “mano dura”, de réduire au silence l'opposition politique et de dissimuler l'expansion des violations commises par l'État.. En 2025, l'ONG Human Rights Watch accuse le second gouvernement Trump d'avoir procédé à des disparitions forcée avec la complicité du Salvador.
Les statistiques d'homicides publiées par le gouvernement chutent à un niveau historiquement bas (7,8 pour 100 000 habitants) en 2022., mais son bilan de sécurité publique est à nuancer : son administration a modifié la publication des chiffres des homicides (en y excluant les corps trouvés dans des fosses communes clandestines), et le nombre de disparus (en hausse constante depuis 2018, plus élevé que celui des homicides), suggérant que la diminution réelle des meurtres pourrait être significativement moindre de ce que prétendent les chiffres officiels.