Le petit opuscule , en français L'Affaire de la pensée, est une rédaction augmentée d'un discours tenu par Martin Heidegger, le sous l'appellation en l'honneur du psychiatre suisse Ludwig BinswangerLe traducteur, en s'appuyant sur divers textes de cette époque justifie par une (note 3) la traduction de l'expression , récurrente dans le lexique heideggérien par le terme « affaire », pour signifier .
La traduction littérale du titre allemand du discours fait état d'une possible fin de la pensée sous sa forme philosophique et c'est bien dans le sens de cette problématique que s'engage l'auteur en s'interrogeant sur ce qui requiert la pensée et la détermine maintenant, appel spécifique dénommé , qui constitue l' (p.13) En rapprochant les deux déterminations correspondant aux verbes « requérir » et « déterminer », le traducteur dans les (notes 4 et 6), tente de faire ressortir que loin d'être passive la pensée est selon son expression . Cette signification est à rapprocher de la manière heideggérienne de comprendre l' , le commencement, comme la division en sections est de l'auteur de l'article et en aucun cas de l'auteur de l'ouvrage ou du traducteur.
La fin de la philosophie Bien qu'il y participe l'homme n'est pas celui qui de son propre chef requiert et détermine la pensée.
Dans la note (4), revenant sur le sens de l', Heidegger voit cet appel (p.14). À travers la thèse de la fin de la pensée traditionnelle sous sa forme philosophique et plus précisément de la métaphysique, se décide le destin de la philosophie mais non le destin de la pensée (p.14).
S'agissant de la signification qu'il donne au mot « fin » dans l'expression , Heidegger précise qu'il s'agit de l'entendre non comme quelque chose qui va cesser d'être, mais comme (p.15). À ce titre il s'agit non d'une chose inachevée mais d'un « accomplissement », commente le traducteur, , note (9). Aboutir, équivaut pour la philosophie à accomplir sa destinée, eu égard au chemin emprunté et aux premiers pas depuis son origine (p.15).
La société cybernétique Dans sa possibilité ultime la philosophie se décompose, , en sciences particulières (psychologie, anthropologie, logique ...) qui rompent avec elle leurs anciens liens, et prennent leur indépendance-. Toutefois, estime Heidegger, avec la cybernétique, que l'on peut définir comme , un nouveau processus d'unification, . La cybernétique assure l'unité de perspective qui enjoint de (p.16). Des modèles strictement opératoires, ne prétendant plus représenter les choses elles-mêmes (note 15), se substituent aux anciennes catégories comme le fondement, la cause ou l'effet-. La vérité n'est plus dans l'adéquation mais dans l'effet et (note 15). Seul l'homme qui s'entend comme être historique et libre fait momentanément obstacle à la pleine extension du mode de penser cybernétique (p.17) ..
Toutefois la décomposition de la philosophie en sciences autonomes, oublieuses de leur origine, n'est pour Heidegger, qu'un symptôme de la . . Heidegger comprend la technique moderne comme un mode spécifique du dévoilement du réel qui se manifeste essentiellement par la mise en place d'une structure de commande, en vue de mettre le réel à disposition. Ainsi dévoilé, le réel peut, en tant que , être rationnellement exploité. Pour l'homme contemporain, tout ce qui est présent, y compris lui-même, l'est sur ce mode ..
Dans la phase ultime, le sens même de l'objectivité se trouve dissout. L'étant-présent ne se rencontre plus comme objet mais comme (note 20). Dès lors, tout étant présente le caractère de la , que Heidegger entend à la fois, comme s'étendant à tout de façon englobante, et comme détaché d'avec les choses (détaché de leur ancien concept de « chose ») (note 21). Les sont essentiellement constituables, livrables et remplaçables en tout temps, à toutes fins, ils sont recueillis afin de tirer profit des qualités et composantes qui les constituent, leur seule consistance ontologique, leur « être » est leur en quoi ils se distinguent même des anciens objets par leur inconstance et la rapidité de leur déclassement en de perpétuelles nouveautés (p.19). Ce passage généralisé de l'objectivité à la « commissibilité » est la condition nécessaire à l'installation de la représentation cybernétique du monde (p.20).
La tâche de la pensée et la pensée à venir La question de savoir s'il s'agit ou non de la fin de la philosophie, ne peut être sérieusement tranchée que si l'on s'interroge sur ce qui fait le propre de la philosophie depuis son début, à savoir celle qui porte sur l'étant en tant qu'il est et comment il est (p.18). Dans une longue et complexe note (18), le traducteur donne son interprétation de deux termes allemands , l'étant-présent (venant se déployer auprès) et , la présence-même, tous deux dérivés de , qu'Heidegger entend comme un , que l'on peut encore entendre résonner dans notre terme de présence. se démarque de afin que ressorte la , la présence-même.
Pour les Grecs, l'important c'est moins l'étant-présent que l'étant advenant à la présence, et inversement le passage de la présence à l'absence, surgir et disparaître, naître et passer-. La des grecs accompagne, prolonge le dévoilement de la mais ne consiste jamais à l'agresser tout au contraire de la modernité qui a pour dominante la provocation généralisée .
Dans l'histoire de la philosophie de nombreuses interprétations en son accomplissement se sont succédé (la substance, l'objet de l'ego, la volonté de puissance, la valeur) , la fin de la philosophie pourra être considérée comme atteinte qu'avec son ultime possibilité (p.18). Pour preuve de cette évolution, note Heidegger, le concept d'objet et d'objectivité n'existait pas dans la pensée grecque. La présence-même, au sens de l'objectivité démarre avec Descartes qui implique la subjectivité du sujet humain laquelle subjectivité forme le domaine à partir duquel toute objectivité prend place (p.18).
Sous la figure ultime de la , la philosophie ne fait qu'obéir à l'indication qui lui vient de son origine et . De cette évolution les philosophes ne sont pas les maîtres, ils ne peuvent que répondre par la parole à ce qui s'est modifié dans la présence-même (p.21). Heidegger conclut (p.22)-. Contrairement aux apparences, livré à la puissance de l'étant-présent, l'homme, n'est pas le maître de la technique ; requis, mis en demeure il est lui-même, comme fonds disponible, (p.22).
Il devient patent, que, dissimulant sa provenance, irrésistible de l'entièreté de l'étant .. À l'œuvre dans la modernité technicienne, elle implique avec son accomplissement ; pour Heidegger, la détermination de cette puissance, ne peut relever que d'une pensée autre, qui nous conduit hors de la métaphysique, et pour laquelle, non pas l'étant-présent, mais la , redeviendrait comme à l'époque des Grecs, seule digne de question (p.23).
Pour Heidegger, la dernière configuration technique de la métaphysique occidentale, s'est déployée dans la perpétuation de l'oubli de quelque plus intime possibilité de la pensée grecque qu'il s'agit de retrouver, à même la déconstruction de la tradition, dans ce qui constitue la tâche la plus intime de la pensée .
La philosophie qui pense l'étant use depuis Platon, de la métaphore de la lumière. Heidegger qui s'était aussi inspiré au tout début de cette métaphore l'abandonne ici expressément, tout en conservant l'idée d'éclaircie et l'image de la clairière ; il interprète dorénavant la à partir de son deuxième sens allemand à savoir « lieu où se libère, lieu où s'affranchit, lieu qui se libère de toute contrainte ». En conséquence, la n'éclaire pas seulement, . Avec cette nouvelle interprétation, on comprend mieux l'assimilation du , , à la clairière que l'on trouve dans Être et Temps (SZ ).
Penser la comme ce qui octroie la présence même, en quoi et comment elle libère les choses sur le mode de l'espace et du temps (p.26), ne relève plus de la métaphysique mais d'une autre pensée, d'une « pensée à venir » selon l'expression de Françoise Dastur . En point d'orgue à ce texte difficile, Heidegger rappelle le long chemin parcouru qui depuis Être et Temps l'a conduit à revenir en arrière sur son affirmation : du § 28 d'Être et Temps. Si le est la pour la présence-même en tant que telle c'est-à-dire pour l'étant, c'est la qui est le en l'avérant comme cet « être-le-là » (voir Lettre sur l'humanisme), qu'il est.
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie . . . . . . .
Articles connexes Mathesis universalis Heidegger et la question de la technique Technoscience Mouvement (philosophie) La Puissance du rationnel
Liens externes
. .
Catégorie:Essai sur la philosophie Catégorie:Œuvre de philosophie des sciences Catégorie:Œuvre de phénoménologie Catégorie:Œuvre philosophique du XXe siècle Catégorie:Œuvre de Martin Heidegger