vignette|La Dernière Prière des martyrs chrétiens, tableau de Jean-Léon Gérôme, 1883.

La « damnatio ad bestias », expression latine signifiant en français « condamnation aux bêtes », désigne un supplice pour torturer et donner la mort par le biais d'animaux rendus féroces. Cette méthode d'exécution semble avoir été pratiquée notamment sous la Rome antique.

Toutefois, cette définition ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique.

Histoire

vignette| Mosaïque (détails) de Zliten, montrant deux condamnés ligotés, juchés sur des chariots et exposés aux bêtes (musée de Tripoli). vignette| Mosaïque (détails) datant du , montrant un léopard dévorant le visage d'un homme ayant perdu sa lance [?], un autre se tenant derrière lui (musée archéologique de Sousse).

Cette forme de martyre semble antérieure à la Rome antique : l'historien Justin raconte que Lysimaque, s'étant opposé à Alexandre le Grand en aidant à mourir Callisthène par le poison pour abréger ses souffrances, fut lui-même jeté au lion, mais, qu'ayant fini par terrasser la bête, il devint un favori du prince H. S. Lund, Lysimachus. A study in Early Hellenistic Kingship, Londres, Routledge, 1992.Justin, Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée, traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet, Livre XV, chap. « Histoire de Lysimaque », en ligne..

Selon Pline l'Ancien, durant la guerre des Mercenaires (automne 241 - fin 238 av. J.-C.), le général carthaginois Hamilcar Barca condamna des prisonniers à être jetés aux bêtes, tandis que plus tard, Hannibal, lui, força des soldats romains à lutter, en vain, contre un troupeau d'éléphantsPline l'Ancien, Histoire naturelle, VIII, Sec. VII..

À Rome, ces pratiques sont attestées sous le règne de Caligula, de Claude, de Néron et des empereurs flaviens, puis disparaissent progressivement jusqu'au , au profit de la mort par crémation (crematio). Elles relèveraient du spectacle, mettant en scène une forme de torture maximale — les « summa supplicia » : l'envoi aux bêtes est l'un des cinq supplices signifiés par le droit romain tardif, parmi le feu, le crucifiement, la mise en fourche et le culleus, ce sac en peau de bête dans lequel le condamné est inséré en compagnie d'animaux puis jeté à l'eau. Concernant les bestiaires, Georges Ville (1929-1967) préciseGeorges Ville, La Gladiature en Occident des origines a la mort de Domitien, préface de Paul Veyne, École française de Rome, coll. Classiques de l'École Française de Rome, 1981, . qu'outre les gladiateurs, professionnels ou amateurs, « Tortures mortelles et catégories sociales. Les Summa Supplicia dans le droit romain aux et siècles » par Denise Grodzynski, in Publications de l'École française de Rome, 1984, volume 79, , .. Cette sanction n'est appliquée qu'aux condamnés qui mettent en danger l'ordre public (les brigands, les homicides ou les sacrilèges). Elle sert également à aggraver les peines prescrites en cas de recrudescence de la criminalité dans une région.

Les scènes de damnatio ad bestias (l'objicĕre bestiis, littéralement « jeté aux bêtes », supplice sans pouvoir se défendre, voire pieds et poings liés) peuvent être associées dans l'iconographie aux scènes de venatio (combat d'animaux pouvant impliquer des hommes spécialement entraînés). . Les mosaïques découvertes à Zliten en Libye mais dont la datation pose encore problème (entre la fin du et le ), montrent cette association« Venatio et damnatio ad bestias », par Agnès Vinas, in mediterranees.net, en ligne. qui s'intègre dans des spectacles complets, appelés munera legitima ou justa (combats réguliers) : ces jeux du cirque comprennent des chasses et des combats d'animaux le matin, un intermède à la mi-journée et des combats de gladiateurs l'après-midiCfr. des Lettres à Lucilius, traduites par Joseph Baillard, revues par Cyril Morana l’édition de 2013 aux Mille et Une Nuits : l’intermède de mi-journée, qui correspond au moment des repas, est le moment où des condamnés sont forcés de combattre des fauves, dépourvus de toute arme ; certains condamnés doivent également s'entretuer. De midi aux heures les plus chaudes de la journée se déroulent aussi les exécutions des condamnés à mort.

Selon Victor Saxer, la condamnation aux animaux était considérée comme un châtiment plus clément que l'exécution, peut-être parce que, dans certains cas, le condamné était armé et donc susceptible de se défendre. Il était appliqué aux parricides, aux meurtriers, aux rebelles, aux prisonniers de guerre et parfois aux chrétiens.

Dans son Histoire du droit criminel des peuples anciens, depuis la formation des sociétés jusqu'à l'établissement du christianisme (1845), le juriste français Albert du Boys (1804-1889) rappelle qu'à la fin du , Albert Du Boys, Histoire du droit criminel des peuples anciens, depuis la formation des sociétés jusqu'à l'établissement du christianisme, Paris, Joubert Libraire, 1845, — sur Gallica.. Du Boys insiste sur le fait que plus le statut du condamné était regardé comme bas dans l'échelle sociale, plus grande était la probabilité pour que le supplice soit la mise à mort par des bêtes féroces, entre autres.

Cependant, il semblerait qu'aucune mention de ce supplice, du moins en ces termes, ne soit faite avant le . Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée signale, à propos des martyrs de Lyon, que Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, Livre V, chapitre I, consultable sur le site de P. Remacle.. Plus tard, Sulpice-Sévère, un historien chrétien, écrit que sous Néron, alors que la faute du désastre de l'incendie de Rome était reportée sur les chrétiens, Œuvres de Sulpice Sévère, « Histoires sacrées » II, Paris, Panckoucke, 1848, Tome 1, ..

Outre cette méthode de mise à mort par des animaux rendus féroces, on compte par exemple l'écrasement et l'écartèlement par des chevaux, les morsures de serpents, l'écrasement par éléphantBaptiste Delhauteur, « Peine de mort », in: Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la mort, coll. In Extenso, Larousse, 2010, ....

Références

Articles connexes Peine de mort Exécution par éléphant Jeux du cirque Venationes

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