Linfluence du sexe sur l'intelligence pose la question des différences éventuellement trouvées entre les garçons et filles ou les hommes et femmes, dans une population donnée, lorsque les résultats collectifs aux tests d'intelligence sont comparés.
La recherche de différence de performance intellectuelle entre des populations diverses remonte au et est liée au courant du déterminisme biologique, qui cherche à établir des hiérarchies fondées sur des critères biologiques entre les races, les genres et les classes sociales.
Certaines études ont mis en évidence des différences sur les scores généraux d'intelligence mais les disparités entre les chercheurs dépendent essentiellement de la méthode et des tests utilisés. Les tests d'intelligence sont formés de plusieurs sous-tests mesurant une large gamme de capacités cognitives. Des études nombreuses mais contestées ont montré des différences significatives entre garçons et filles ou hommes et femmes sur certaines capacités spécifiques.
Perspectives historiques Avant le , l'idée que les hommes seraient intellectuellement supérieurs aux femmes était très répandue. En 1801, Thomas Gisborne disait que les femmes étaient naturellement adaptées au travail domestique mais pas aux domaines propres aux hommes tels que la politique, la science ou les affaires. Selon lui, les femmes ne possédaient pas le même niveau de pensée rationnelle que les hommes et auraient des capacités naturellement supérieures dans les compétences liées au soutien familialThomas Gisborne, An enquiry into the duties of the female sex, 1801..
En 1875, Herbert Spencer disait que les femmes étaient incapables de penser de manière abstraite et ne pouvaient pas comprendre les problématiques de justice, et étaient seulement capables de comprendre les questions relatives aux soins, .
En 1925, Sigmund Freud a aussi déclaré que les femmes étaient moralement moins développées concernant le concept de justice, et que, contrairement aux hommes, elles étaient plus influencées par les sentiments que par la pensée rationnelle. Si Freud se révèle conservateur en la matière, c'est qu'il identifie l'idéal de la femme à celui de la mère (notamment dans le cadre de résolution de l’œdipe), tout en reconnaissant une certaine insatisfaction à ce sujet, et sans pour autant faire de la différence des sexes un naturalisme, d'autant que l'inconscient est fondamentalement bisexuel, le féminin étant tout autant du registre universel que le masculin. Jacques Lacan résoudra l'aporie freudienne en séparant la mère de la femme, pour restituer le caractère subversif de son désir.
Un courant idéologique rattaché au déterminisme biologique cherche au à expliquer la supposée différence de performance entre hommes et femmes en la fondant sur des critères biologiques et scientifiques. Cette approche cherche également en parallèle à établir des hiérarchies fondées sur des critères biologiques entre les races, les sexes et les classes sociales. Elle est particulièrement en vogue au avec la théorie de la phrénologie et la craniologie.
Les premières études du cerveau comparant la masse et le volume entre les sexes ont conclu que les femmes étaient intellectuellement inférieures parce qu'elles avaient des cerveaux plus petits et plus légers. En 1861 par exemple, l'anatomiste Paul Broca en France utilise des données d'autopsie pour calculer le poids moyen du cerveau des hommes (1325g) et celui des femmes (1144g). Il réalise notamment des expériences en remplissant des boites crâniennes à partir de grenaille de plomb pour en déduire la taille du cerveau humain. La différence de la taille moyenne entre le cerveau des femmes et celui des hommes est selon lui par à moindre intelligence et la faiblesse des femmes à partir de ses présupposés idéologiques.
Au , le consensus était ainsi qu'il existait des différences sexuelles dans la taille du cerveau, conduisant à une moyenne légèrement plus élevée des hommes en intelligence générale (par exemple, Darwin, 1871).
D'autres ont voulu établir que cette différence de taille rendait les femmes excitables, émotives et sensibles, et donc inadaptées à la politiqueMargarete Grandner, Austrian women in the nineteenth and twentieth centuries: cross-disciplinary perspectives, Berghahn Books, 1996, . Au , la question de savoir si les hommes et les femmes avaient la même intelligence a été considérée par beaucoup comme une condition préalable à l'octroi du droit de vote. argumenta que les femmes ne pouvaient pas réaliser pleinement leur potentiel, puisqu'elles étaient cantonnées à l'éducation des enfants et aux tâches ménagères.
Au début du , le consensus scientifique s'est rangé à l'idée que le sexe n'avait aucune influence sur l'intelligence. Dans son étude de 1916 sur le QI des enfants, le psychologue Lewis Terman a conclu que « l'intelligence des filles, au moins jusqu'à 14 ans, ne diffère pas significativement de celle des garçons ». Il a cependant trouvé des différences « plutôt marquées » sur une minorité de tests. Par exemple, il a trouvé que les garçons étaient « nettement meilleurs » en raisonnement arithmétique, tandis que les filles étaient « supérieures » sur les questions de compréhension. Il a également suggéré que la discrimination, le manque d'opportunités, les responsabilités des femmes dans la maternité, ou des facteurs émotionnels pouvaient être liés au fait que peu de femmes faisaient carrière dans les domaines intellectuels.
L'amélioration des techniques psychométriques et d'imagerie cérébrale a conduit à une nouvelle vague d'études et a relancé le débat sur ce sujet.
Catherine Vidal, chercheuse en neuroscience qui s'intéresse à la plasticité du cerveau notamment pour expliquer que la variabilité entre individus due à la plasticité du cerveau est plus importante que la variabilité entre hommes et femmes., soutient dans ses ouvrages que le courant du déterminisme biologique revient de manière récurrente dans les médias et l'opinion publique, malgré l'absence de fondements scientifiques pour l'établir. Dans les milieux académiques, ce courant focalise au ses efforts en psychologie évolutionniste, en neuroscience et en génétique, avec les travaux par exemple de et Steven Pinker.. En 2005, Lawrence Summers, président de l'université Harvard, s'exprime au National Bureau of Economic Research sur le sujet de la diversité de genre dans le milieu des sciences et de l'ingénierie. Il dit notamment : « Cela pourrait être en partie expliqué, me semble-t-il, en considérant une hypothèse relativement simple. Il est apparent que, pour de très nombreux et divers attributs humains — la taille, le poids, la tendance à la criminalité, le QI global, les facultés mathématiques et scientifiques — les preuves indiquent de manière relativement claire que, quelles que soient les différences de moyennes — lesquelles peuvent être débattues — il existe une différence d'écarts-types et de variabilité entre les populations mâles et femelles. »... Ces propos controversés lui valurent une motion de censure émise par la faculté d'Harvard, à la suite de laquelle il démissionna du poste de président.
Intelligence générale mesurée par des tests d'intelligence
Validité des tests d'intelligence Selon le rapport de 1994, Intelligence: Knowns and Unknowns, de l'Association américaine de psychologie, « La plupart des tests standards de l'intelligence ont été construits afin qu'il n'y ait pas de différence de score global entre les femmes et les hommes ». Toutefois, l'analyse par fonctionnement différentiel d'items a montré que les chercheurs n'ont pas éliminé les différences entre les groupes, dues aux différences de capacités, mais supprimé quelques questions lorsque des participants de différents groupes se comportaient différemment alors qu'ils avaient a priori les mêmes aptitudes. Mais des différences pouvant suggérer des renforcements des stéréotypes tout en donnant des domaines mentaux de compétence précis à chaque sexe ont été trouvées dans des domaines spécifiques tels que les mathématiques (plus masculines) et l'habileté verbale (plus féminine).
Lors du développement des tests de QI standardisés, au début du , les filles avaient généralement des scores plus élevés que les garçons jusqu'à 14 ans, la courbe des filles passant ensuite au-dessous de celle des garçons. Quand la méthodologie des tests a été révisée, des efforts ont été faits pour égaliser les performances entre les sexesJohn Archer, Barbara Bloom Lloyd, Sex and Gender, Cambridge University Press, 2002, Robert J. Sternberg, Handbook of Intelligence, Cambridge University Press, 2000, .
Les scores de QI moyen entre les hommes et les femmes varient peu. Cependant, du moins selon certaines études controversées comparant des frères et sœurs, la variabilité des scores des hommes est plus grande que celle des femmes, ce qui entraîne une plus forte présence des hommes en haut et en bas de la distribution des valeurs de QI par rapport aux femmes, surtout parmi les plus extrêmes catégories.
Études suggérant l'absence de différence selon les sexes et genres En 2000, les chercheurs Roberto Colom et Francisco J. Abado ont mené une vaste étude sur adultes sur cinq tests de QI, et n'ont trouvé , entre les sexes. Les tests portaient sur les quatre thèmes du test PMA (Primary Mental Abilities) : vocabulaire, habileté visuo-spatiale, fluence verbale et raisonnement inductif, plus le test espagnol Monedas. Roberto Colom a trouvé en 2002 que le QI des hommes était supérieur de 3,16 points au test WAIS III, mais qu'il n'y avait pas de différence sur l'intelligence générale (facteur g) et a ainsi expliqué que les différences étaient dues à des facteurs non-g, telles que les spécificités des groupes étudiés ou des tests eux-mêmes.
En réponse aux conclusions de Richard Lynn en 2002, les chercheurs Roberto Colom et Oscar Garcia Lopez ont proposé que le facteur g soit la variance des corrélations entre plusieurs tests de QI et non pas la somme des résultats des groupes comme Lynn l'a fait dans ses études. En mesurant la variance dans l'étude de Colom portant sur diplômés de l'école secondaire, ils ont trouvé que les filles surpassaient les garçons sur les aptitudes mentales inductives primaires, que les garçons dominaient sur les tests des matrices progressives de Raven, et n'ont trouvé aucune différence dans le test Culture Fair de Cattell ; ils ont donc conclu qu'il n'y avait pas de différence en intelligence générale.
En 2006, toutefois, les chercheurs Sophie van der Sluis, Conor V Dolan et Roberto Colom ont constaté que le facteur g ne pouvait pas expliquer les différences entre les sexes par rapport au test WAIS III. Ces mêmes chercheurs, plus tard dans l'année, ont conclu que les différences sexuelles sur Wais sont dues à des facteurs primaires, comme la mémoire de travail et l'organisation perceptive, et non au facteur g. Une étude menée par James R. Flynn et Lilia Rossi-Case (2011) a permis de constater que les hommes et les femmes ont obtenu des scores de QI à peu près égaux sur les matrices progressives de Raven après avoir examiné de récents échantillons provenant de cinq nations.
Mis à part les tests de QI traditionnels, comme celui de Raven et WAIS, les chercheurs ont également utilisé d'autres tests qui explorent plus la théorie Cattell-Horn-Caroll de l'intelligence en ce qui concerne l'égalité des sexes. La conclusion d'une étude menée par Timothy Keith en 2008 a confirmé la théorie de Lynn d'après laquelle les hommes se développent plus lentement, mais n'a pas pu reproduire les résultats que les hommes, après 16 ans, devraient avoir un facteur g plus élevé. Le chercheur principal, Timothy Keith suggère que des chercheurs passés, comme Lynn, avaient utilisé des données pour calculer le facteur g qui ne sont pas précises, car les théories les plus intelligentes définissent le facteur g comme une variable latente et non discernable.