La conférence de Spa du 12 mai 1918 est une rencontre entre les représentants de l'Empire allemand et de son alliée l'Autriche-Hongrie, menée par Charles , qui souhaite sortir de la Première Guerre mondiale. Au terme d'une conférence au cours de laquelle l'empereur allemand Guillaume II multiplie les humiliations à l'encontre de Charles , les responsables austro-hongrois se voient imposer la tutelle du ReichEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est . dans sa politique intérieure et extérieure. Cette tutelle, camouflée derrière une égalité de façade entre les deux empires, revêt des dimensions politiques, économiques et militaires, l'Autriche-Hongrie restant l'alliée du dans la Première Guerre mondiale.

Au service d'un empire soumis à un strict contrôle allemand, les négociateurs austro-hongrois tentent, lors des négociations devant permettre l'entrée en vigueur des dispositions contenues dans les accords de mai, d'en modifier les termes. Enfin, les Alliés, rapidement informés des résultats de cette rencontre, modifient leur politique à l'égard de l'Autriche-HongrieJusqu'au printemps 1918, les Alliés ne se montrent pas favorables à une dissolution de la monarchie danubienne au profit de ses voisins serbes, roumains et polonais. et commencent à soutenir activement les comités nationaux des minorités ethniques qui vivent sous la double monarchie austro-hongroise.

Contexte Épuisement austro-hongrois

Au début de l'année 1918, l'Autriche-Hongrie, épuisée, est lasse du conflit et aspire à en sortir, aussi bien les populations que les dirigeants.

En effet, les pénuries alimentaires frappent l'ensemble de la population autrichienne, les difficultés d'approvisionnement étant de plus en plus affirmées au fil de la guerre. Par exemple, Vienne affronte au printemps 1918 une situation de pré-famine, tandis que la faim est visible sur les nourrissons ; en , juste avant des grèves de grande ampleur, la ration quotidienne de pain est diminuée, passant de 200 à . L'armée n'est pas non plus épargnée par ces restrictions : au début de l'année, le poids moyen des soldats du front dépasse rarement . Les responsables austro-hongrois chargés du ravitaillement en sont alors réduits aux pires expédients : ils détournent par exemple des convois de ravitaillement destinés à la population allemande mais qui transitent par le réseau ferré et fluvial de la double monarchieLa conférence de mai constitue aussi pour Guillaume II l'occasion de reprocher à Charles l'un de ces détournements..

Conséquence de ces pénuries, les aspirations à la paix se font de plus en plus pressantes, notamment après la révolution d'Octobre. Ainsi, en , la double monarchie connaît une vague de grèves sans précédentLe , on compte en Autriche, sans compter les grévistes hongrois, dont le nombre est inconnu. dont le caractère révolutionnaire effraie d'abord le régime, puis les sociaux-démocrates dépassés par l'ampleur du mouvement et les revendications des grévistesLe SPOe est alors hostile à la mise en place d'un régime politique issu d'un processus révolutionnaire..

Enfin, l'armée, affaiblie par les privations, connaît un processus de dislocation avancée : les désertions et les mutineries se multiplient, les refus de monter en ligne sont monnaie courante. On compte en effet en rupture de ban dans la monarchie au début de l'année 1918, tandis que les soldats rapatriés des camps de prisonniers de Russie, en vertu des accords de paix de Brest-Litovsk, se montrent rétifs à toute annonce de montée en ligne.

L'affaire Sixte

thumb|gauche|Ottokar Czernin, ici en 1918, ministre austro-hongrois des affaires étrangères, est un acteur de premier plan de la divulgation de l'existence de pourparlers entre la double monarchie et les Alliés.|alt=Photographie ancienne d'un homme en uniforme

Souhaitant mettre un terme au conflit, les responsables austro-hongrois multiplient les tentatives de négociations depuis le début du règne de Charles , à la fin de l'année 1916. Cependant, les déclarations du ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, Ottokar Czernin, rendent vaines ces recherches d'interlocuteurs : lors de la séance du conseil municipal de Vienne, la capitale autrichienne, le , le ministre érige la poursuite du conflit en gage de la fidélité de la double monarchie à l'alliance avec le et révèle la tenue des discussions secrètes avec la France du printemps 1917.

Au terme d'échanges difficiles qui s'étalent sur une dizaine de jours, Georges Clemenceau rend public, par le biais de la presse française, la lettre autographe de 1917 adressée par à Sixte de Bourbon-Parme. Cette publication, le , oblige l'empereur-roi Charles à adresser, le jour même, une missive à Guillaume II l'assurant de la fidélité de la double monarchie à l'alliance allemandeL'empereur allemand n'est cependant pas dupe de ces protestations d'amitié..

De plus, la publication de cette missive pousse alors les archiducs, ses cousins, à le désavouer publiquement, tandis que ce désaveu, ajouté à la pression des Allemands d'Autriche et du , lui font redouter d'être contraint d'abdiquer.

Au terme des remous provoqués par cette affaire, l'empereur Charles sort diminué de cette crise intérieure et extérieure : une partie de l'armée se sent trahie par la diplomatie personnelle du monarque, une partie de l'opinion allemande, encouragée par la presse germanophone financée par le , s'interroge sur la place des Allemands d'Autriche au sein de la double monarchie.

Paix victorieuses à l'Est

thumb|La Roumanie selon les frontières issues du traité de Bucarest.|alt=carte du royaume de Roumanie

Depuis le déclenchement de la révolution russe, le front de l'Est ne constitue plus une source de menaces pour les puissances centrales.

En effet, l'armée russe, soumise à la propagande pacifiste des puissances centrales, voit ses effectifs fondre sous l'effet d'un mouvement de désertions de très grande ampleur ; de ce fait, le gouvernement provisoire de Petrograd n'est plus en mesure de mener une action efficace face aux armées des puissances centrales depuis la fin de l'été 1917, l'arrivée au pouvoir des Bolcheviks en novembre 1917 ruinant définitivement tout nouveau projet offensif. De plus, le nouveau gouvernement constitué sous l'égide de Lénine se rapproche rapidement des puissances centrales en vue du rétablissement de la paix, puis signe, le , un armistice de deux mois avec les puissances centrales. Le , date de la fin de la suspension d'armes, les négociateurs allemands et russes, réunis à Brest-Litovsk depuis le début du mois de , ne sont toujours pas parvenus à un accord définitif. Face à des troupes russes débandées, l'Empire allemand et l'Autriche-Hongrie reprennent les opérations, qualifiées par Max Hoffmann de . Le , les conditions de paix, imposées par les négociateurs des puissances centrales, sont acceptées par les bolcheviks, dont le pouvoir est alors directement menacé par l'avance allemande.

Une fois la paix signée entre la Russie et le , la Roumanie est alors obligée d'accepter les conditions de paix imposées par le et ses alliés ; le royaume de Bucarest est obligé de céder des portions de son territoire, au profit de la double monarchie et de la BulgarieLa double monarchie obtient des rectifications de frontières, garantissant pour les militaires austro-hongrois le contrôle des cols des Carpathes ; la Bulgarie annexe la Dobroudja. ; ces cessions de territoires sont négociées et actées par les préliminaires de paix, puis officialisées dans le traité de Bucarest du 7 mai 1918.

Participants thumb|Rencontre entre Guillaume II et Charles en 1918.|alt=Photographie de Guillaume II et Charles , en uniformes militaires.

Menées par leur monarque respectif, Guillaume II et Charles , les délégations allemande et austro-hongroise se retrouvent à Spa, siège de l'OHL, le commandement suprême de l'armée allemande, le 12 mai 1918. Les deux monarques se rencontrent à cette occasion dans un climat de défiance, le Hohenzollern souhaitant faire parcourir au Habsbourg un véritable et obtenir l'allégeance du Habsbourg, explicitement réduit au rang de .

Représentants allemands

Lors de cette conférence est présente une délégation allemande importante, destinée à faire céder les deux principaux représentants austro-hongrois. Sont ainsi présents l'empereur Guillaume II, son chancelier Georg von Hertling, son secrétaire d'ÉtatLe secrétaire d'État du exerce les fonctions de ministre des affaires étrangères. Richard von Kühlmann, Siegfried von Rödern, ministre du chargé des Finances, ainsi que les Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff.

Représentants austro-hongrois

L'empereur-roi Charles est accompagné de son nouveau ministre des Affaires étrangères, Stephan Burián von RajeczOttokar Czernin, son prédécesseur, a été poussé à la démission le . et de leurs conseillers les plus proches. La délégation est clairement placée en situation d'infériorité, face à des représentants allemands qui ont minutieusement préparé la rencontre.

Ambitions allemandes, réserves austro-hongroises

Après les révélations des tentatives de diplomatie parallèle de l'empereur Charles, le gouvernement du , appuyé par l'empereur Guillaume II, entend obtenir le maximum de concessions politiques et économiques de la part de la double monarchie épuisée par près de quatre années de guerre.

Le en position de force

La conférence est préparée avec soin par les diplomates allemands, conscients des moyens dont dispose le face à la double monarchie épuisée par le conflit.

En effet, les négociateurs allemands exploitent au mieux la diplomatie maladroite de l'empereur Charles. Ainsi, les derniers courriers entre l'empereur d'Autriche et les frères de l'impératrice en possession des Allemands sont publiés, ruinant définitivement le crédit austro-hongrois auprès des représentants du La déclaration de Charles, relative au déploiement d'unités d'artillerie austro-hongroise sur le front de l'Ouest, ne remet pas en cause ce discrédit..

Ainsi, Charles , appuyé par ses conseillers les plus proches, suggère la tenue d'une conférence réunissant des représentants des deux principaux membres des puissances centrales, afin de clarifier les positions de la double monarchie à l'égard du ; cette proposition est acceptée avec empressement par les diplomates allemands.

Face à une double monarchie affaiblie politiquement, les appétits allemands s'aiguisent et, dans les jours précédant la rencontre entre les deux monarques, les responsables politiques, économiques et militaires du Reich affinent les projets visant à parachever le processus de satellisation de la double monarchie. Ainsi, dans les jours qui suivent la demande de rencontre entre les deux empereurs, et dans le contexte de la signature du traité de paix avec la Roumanie, les diplomates allemands préparent les accords de principe entre les deux souverains, prélude à des négociations détaillées.

La Pologne sous contrôle allemand

thumb|Georg von Hertling, alors chancelier du Reich, se montre partisan du maintien d'une certaine influence austro-hongroise en Pologne.|alt=Photographie d'un homme âgé assis

La dévolution définitive de la Pologne constitue le premier obstacle à l'accord entre les deux puissances.

Les négociateurs allemands se montrent partisans de régler les différends austro-allemands en Pologne en faveur du ; cependant, au terme d'âpres négociations, Stephan Burián von Rajecz, le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, parvient à faire dépendre la validité des traités signés entre le et la double monarchie à la prise en compte des intérêts austro-hongrois dans le règlement de la question austro-polonaise.