Ibtissame Lachgar (en ), dite Betty Lachgar, née en à Rabat, est une militante des droits humains et féministe marocaine.

Elle a cofondé le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), dont elle est la porte-parole, un mouvement féministe universaliste qui œuvre pour les droits des femmes, les droits des LGBT, l’avortement, la liberté sexuelle et l’instauration d’un État laïc au Maroc. Malgré son action en faveur des personnes transgenres, la primauté qu'elle donne au combat féministe sur la base d'une approche biologique, qui met l'accent sur l'oppression subie par les femmes en raison de leur sexe, car renvoyées à ce dernier dans un système patriarcal, lui vaut notamment une forte opposition de certains militants ou militantes transgenres et d'autres féministes, qui la rattachent à la mouvance TERF (féministes radicales excluant les personnes trans).

Elle est placée en détention provisoire le à la suite d'une publication sur le réseau social X, fin , dans laquelle elle publie un post d'une photo, prise à Londres, où elle pose avec un tee-shirt portant l'inscription « Allah is lesbian ». La publication comprend le message suivant « Toutes les religions sont phallocrates et misogynes ». Elle est condamnée le à 30 mois de prison pour « atteinte à l'islam ». Le , la cour d’appel de Rabat confirme la peine de 30 mois de prison infligée à Ibtissame Lachgar pour « atteinte à l’islam ».

Biographie Née en à Rabat au Maroc, Ibtissame Lachgar fait ses études secondaires au lycée Descartes, le lycée français de sa ville natale, avant de déménager à Paris pour suivre des études supérieures en psychologie clinique, criminologie et victimologie.

thumb|gauche|start=2093|Lachgar parle au Secular Conference 2018 à Londres. En 2009, elle cofonde, avec Zineb El Rhazoui, le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) qui a pour but de défendre les libertés individuelles au Maroc. Depuis, le mouvement a mené plusieurs actions en faveur des libertés individuelles, y compris un pique-nique en pleine journée de Ramadan en 2009 et un kiss-in à Rabat en 2013. Ces actions ont permis d'ouvrir le débat sur les libertés individuelles au Maroc.

Elle défend la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) au Maroc. Elle a participé plusieurs fois à des Marche des fiertés en Europe et à une manifestation avec le mouvement Femen pour le droit au mariage homosexuel. Elle était alors la deuxième femme afro-arabe à se dénuder lors d'une manifestation publique, après l’Égyptienne Aliaa Magda Elmahdy. Elle a mis en place au Maroc la « Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie », célébrée le .

Elle est pro-choix, c'est-à-dire qu'elle est en faveur de la légalisation de l'avortement dans son pays. , explique-t-elle au magazine marocain Telquel.

En , elle coorganise un kiss-in à Rabat, pour protester contre l'arrestation des jeunes adolescents après avoir posté, sur Facebook, une photo d'eux en train de s'embrasser, à Nador. Le kiss-in est très médiatisé, et fait scandale dans le pays. Ibtissame défend le kiss-in en expliquant: .

En 2014, elle vit maritalement avec son ami Soufiane Fares bien que la loi marocaine interdise les relations sexuelles hors mariage et les punisse d'un mois à un an de prison.

En 2016, elle co-fonde Shams France, une association de défense des droits des minorités sexuelles créée sur le modèle de Shams Tunisie, à l'attentions des jeunes LGBTI d'origine maghrébines vivant en France.

Depuis 2018, elle milite au sein du CAPP (Collectif abolition porno prostitution), un collectif composé de militantes féministes et de survivantes de la prostitution, qui luttent contre toutes les formes d'exploitation sexuelle ou de marchandisation du corps des filles et des femmes. En , elle est arrêtée à Rabat et passe 24 heures en garde à vue alors qu'elle se rendait dans un commissariat pour dénoncer une agression dont elle aurait été victime.

Elle milite pour la laïcité, s'oppose au port du voile et rejette l'idée qu'il puisse exister un féminisme musulman. Elle est selon le site ressourcesfeministes.fr l'une des premières marocaines à assumer publiquement son athéisme.

Sur l'articulation entre féminisme et personnes transgenres En 2022, alors qu'elle est une militante engagée en faveur des droits des personnes transgenres dont elle est le porte-drapeau au Maroc, , un court métrage de 3 minutes retraçant sa vie est retiré d'un festival féministe à l'instigation d'une militante trans, qui l'accuse de transphobie parce qu'elle est l'une des 140 signataires d'un manifeste intitulé « Trans : suffit-il de s’autoproclamer femme pour pouvoir exiger d’être considéré comme telle ? ». Cette tribune, rédigée à l'occasion de la lutte contre les féminicides, soutient , et qu'il est nécessaire de , des propos jugés proches de ceux des TERF. La tribune, initialement publiée par le Huffington post, est immédiatement retirée car contenant des et généralement dénoncée comme transphobe, dans un débat opposant les féministes entre elles. Le texte est finalement republié sur Marianne.

Arrestation et poursuites Le , à la suite d'un post sur X où elle pose avec un tee-shit indiquant « Allah is lesbian » (Dieu est lesbienne) et où elle qualifie l'islam , de , elle est placée en garde à vue. Ce n'est pas la première fois qu'elle arbore ce tee-shirt ; toutefois, une semaine plus tard, une vague de comptes anonymes, rattachés selon Le Monde à la mouvance identitaire Moorish, la prend pour cible sur le réseau social, en signalant le post à la direction générale de la sûreté nationale. Ibtissame Lachgar déclare avant son arrestation avoir reçu de nombreuses menaces de viol ou de lynchage.

Le procureur du roi ordonne l'ouverture d’une enquête. L’article 267-5 du Code pénal marocain sanctionne les atteintes intentionnelles à la religion musulmane, aux symboles religieux ou à la divinité par des propos ou publications publiques, avec des peines allant jusqu'à 5 ans d’emprisonnement et une amende de . Un procès contre elle s'ouvre le ; il est reporté au à la demande de la défense, mais la demande de son avocate d'une remise en liberté provisoire est rejetée, et Ibtissame Lachgar est incarcérée, à la surprise des observateurs.

Depuis son arrestation, elle a reçu le soutien aussi bien de personnalités liées à la mouvance de l'extrême droite française comme Mila Orriols ou Marguerite Stern, que de la Fondation des femmes, des Femen ou du Front féministe international.

Le , elle est condamnée à 30 mois de prison pour « atteinte à l'islam » et à payer une amende de ( environ).

Notes et références

Liens externes

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