L'église Saint-Léger est une église catholique paroissiale située à Delincourt, dans l'Oise, en France. Elle remplace un édifice plus ancien, mais sa nef remonte néanmoins aussi loin que la fin du ou le début . Des remaniements au lui ont enlevé son authenticité, et les arcades de l'exceptionnel porche du début du ont alors été bouchées. Les parties orientales conservent tout leur intérêt, et sont d'une architecture recherchée. Elles ont été bâties par le chapitre de la collégiale royale Saint-Mellon de Pontoise, qui fut le collateur de la cure sous l'Ancien Régime. Le transept et le chœur sont de style gothique primitif, mais leurs voûtes d'ogives et leurs chapiteaux particulièrement remarquables évoquent le style roman tardif. Ils datent du troisième quart du . Le clocher en bâtière central, qui s'élève au-dessus de la croisée du transept, n'a été achevé qu'au début du , et est plus résolument gothique. Il séduit surtout par ses dimensions très judicieusement définies. Bientôt après son achèvement, l'église a été agrandie par l'adjonction de deux collatéraux au nord et au sud du chœur. Leurs voûtes n'ont été réalisées qu'après coup, ou ont été refaites, vers le début du , et deux des fenêtres à remplage datent de la même époque. La substance semble toutefois bien plus ancienne. L'église Saint-Léger connaît un dernier agrandissement sous la Révolution française en 1792, quand le chœur est prolongé vers l'est par une abside à pans coupés, dont la voûte a dû être refaite en bois vers 1860. Les chapiteaux romans sont classés monument historique par arrêté du .. Le reste de l'église Saint-Léger est inscrit aux monuments historiques par arrêté du , à l'exclusion de la nef.. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-François-d'Assise du Vexin avec siège à Chaumont-en-Vexin, qui a suspendu la célébration des messes dominicales en 2018.
Localisation
L'église se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Vexin français, dans la vallée du Réveillon, sur la commune de Delincourt, au centre du village, rue de la Vallée. La façade occidentale donne directement sur la rue. Les élévations latérales sont bordées par l'ancien cimetière, désaffecté en 1902 et transformé en espace vert public. Un étroit passage devant le chevet permet de se rendre de la partie nord vers la partie sud. Ce jardin, clos par un mur, a été baptisé clos de l'abbé Seïté en souvenir du père Jacques Seïté, né en 1917, dernier curé de Delincourt de 1953 jusqu'à sa mort le . Au sud, le sentier de l'Église longe le mur de l'ancien cimetière.
Histoire Les origines et le vocable
La paroisse de Delincourt est considérée comme l'une des plus anciennes du Vexin français. Ses origines remontent au moins au , époque présumée de la construction de la nef actuelle. Avant, il y avait probablement une chapelle dédiée à Saint Jacques, nom conservé par une rue au sud du bourg, qui desservait l'ancien cimetière. À l'époque mérovingiens, les chapelles se situent souvent au milieu des cimetières, comme les fouilles le démontrent.. L'église de Delincourt est placée sous sa protection de saint Léger d'Autun, patron peu représenté dans le Vexin français, où seulement les églises d'Amenucourt et Menucourt lui sont dédiées.. L'évêque d'Autun et martyr vers 673 est davantage vénéré dans le Beauvaisis tout proche (Agnetz, Andeville, Balagny-sur-Thérain, Mouy…). Selon Louis Régnier, le vocable de saint Léger indique généralement des fondations de l'époque carolingienne. ; en l'occurrence, il ne semble pas que l'on puisse remonter aussi loin. Sous tout l'Ancien Régime, Delincourt relève, en principe, de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Chaumont-en-Vexin. Dans les faits, la paroisse de Delincourt est accaparée aux par les comtes de Vexin, à l'instar de nombreuses autres, puis restituée par Gautier III de Vexin à saint Maurille, archevêque de Rouen. Cette restitution ne devient effective que par la confirmation par Philippe trente ans plus tard..
La paroisse sous l'Ancien Régime thumb|left|Approche par le sud.
Sous l'Ancien Régime, Delincourt relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Chaumont-en-Vexin, au moins en principe : il semble qu'avant le règne de saint Louis et l'épiscopat d'Eudes Rigaud (1248-1275) installé par lui, l'archidiaconé du Vexin échappe à l'autorité de l'archevêque de Rouen, car il tient tous ses bénéfices du duc de Normandie. Le collateur de la cure est le chapitre de la collégiale royale Saint-Mellon de Pontoise, qui se considère comme curé primitif de la paroisse. Son droit de nomination n'est jamais contesté. Le chapitre est en même temps le principal seigneur et décimateur du village. Les chanoines jouissent du privilège exclusif de se faire inhumer dans le chœur de l'église, mais en tant que gros décimateurs, sont tenus d'assumer tous ses frais de construction et d'entretien. Pendant les périodes que l'un des leurs n'assure pas lui-même le service paroissial, ils doivent aussi rémunérer le curé, qui a le titre de vicaire perpétuel à partir de la fin du . Les vicaires sont généralement enterrés dans l'avant-chœur, sous le clocher. Selon les lettres de confirmation royales de 1655, les chanoines ignorent eux-mêmes en quelle année, et en quel siècle même, ils furent gratifiés de la terre de Delincourt, tous les titres originaux étant perdus. Des lettres de maintenue accordées aux chanoines par Louis XV en 1757 rappellent toutefois une charte de Louis le Gros datée de 1122, dont le chartrier royal conserve peut-être encore un exemplaire. Mais il ne devrait pas s'agir de la charte primitive, car les chanoines n'auraient sinon pas eu à solliciter son renouvellement sous les règnes de chacun des rois successifs. L'on ne peut exclure que les droits des chanoines à Delincourt remontent presque aussi loin que la fondation du chapitre, vers 881, et en tout cas à l'époque quand l'archevêque de Rouen n'avait pas d'autorité sur l'archidiaconé, et que le chapitre avait constitué sa propre circonscription ecclésiastique autour de Pontoise, à titre officieux. Il paraît également que le chapitre Saint-Mellon détient le fief de Delincourt directement de la Couronne, probablement en échange de l'instruction publique en la ville de Pontoise, dont il détient le monopole au encore. Delincourt est considéré par les chanoines comme bénéfice royal.. thumb|Vue partielle depuis le sud.
Selon l'abbé Baticle, . Le chanoine de Saint-Mellon délégué à la paroisse de Delincourt gère la cure comme il l'entend. Souvent, il afferment la cure à un prêtre ami pour une durée déterminée, dix ans par exemple, à des conditions qu'il définit lui-même, sans se référer au doyen du chapitre ou à l'archidiacre de Pontoise. Le contrat qui lie le chanoine titulaire de la cure au prêtre engagé par lui est signé devant un notaire. Le chanoine se réserve seulement l'exercice public de certaines fonctions curiales aux jours des grandes fêtes, et certaines offrandes. Ceci est avant tout une précaution pour éviter la perte des différents privilèges. Vers le milieu des années 1590, l'autorité royale, entendue avec l'autorité ecclésiastique, met fin aux cessions de la cure ad tempus. Désormais, le chapitre doit élire un vicaire perpétuel proposé par le chanoine responsable de la paroisse. En tant que seigneurs, les chanoines détiennent le droit de justice seigneuriale. Mais ils n'exercent pas eux-mêmes les privilèges seigneuriaux incompatibles avec leur statut d'ecclésiastiques, dont notamment le droit de chasse. Celui-ci est affermé aux ducs et princes qui résident au château de Bertichères.. thumb|Clocher, étage de beffroi, côté sud.
Les chanoines n'utilisent pas toujours les recettes de la dîme, en principe réservées à l'entretien de l'église et aux besoins du culte, à bon escient. Au , ils s'octroient des revenus généreux qui permettent à chacun d'entretenir un vicaire qui remplit la plupart de leurs charges au quotidien à leur place. La conséquence est une négligence de l'entretien de l'église, dont les voûtes prennent l'eau, et le mécontentement des habitants, quand les deux tiers de la dîme ne sont plus prélevées directement par un chanoine. Le premier vicaire perpétuel, messire de Flichy, a l'opinion publique derrière lui quand il revendique toute la dîme du chapitre pour lui et sa paroisse. Quelques années plus tôt, le chanoine-curé Lair lui avait effectivement laissé toute la dîme. Mais Flichy ignore les particularités de son statut de vicaire perpétuel, et perd le procès en dernière instance. Il doit se contenter du tiers de la dîme. En 1648, l'un de ses successeurs, messire Duchemin, entre dans une longue bataille judiciaire avec le chapitre pour une question de dîme, sans succès. Ses revenus sont pourtant insuffisants, et le chœur de l'église nécessite d'urgents travaux. En 1658, le vicaire Claude Pellé, issu d'une puissante famille, entre à son tour dans l'offensive. Souvent, il se promène avec un fusil en bandoulière. Il a tous les appuis du chanoine-curé messire de Machy. Dans ce contexte, la grange dîmière est incendiée, et le vicaire quitte le village, sans nommer l'auteur du méfait qu'il semble pourtant connaître. Son commis, Jacques Pelletier, montre une attitude équivoque, et est emprisonné. Puis les soupçons de la maréchaussée tombent sur messire de Machy, mais les habitants défendent sa cause, et il n'est pas inquiété. Trois ans plus tard, l'affaire est étouffée, et Pellé reprend son service.. Quand l'état des revenus de l'église est dressé en 1790, le tiers de la dîme et le fermage des quelques arpents de prés de la cure représentent environ 900 livres. Les recettes de la fabrique se composent de 810 livres de rentes, 641 livres de fermages, 130 livres pour le loyer des bancs, et 30 livres de loyer de la maison de la maîtresse d'école.. thumb|Nef, vue vers l'est.
Les revenus de l'église ne servent pas seulement à rémunérer le vicaire perpétuel, à entretenir l'église et à pourvoir aux besoins du culte, mais aussi à assurer l'éducation des enfants. Les registres paroissiaux ne se sont pas tous conservés, et c'est pour l'année 1604 que l'on trouve la première mention d'une maîtresse d'école. Elle dispense l'enseignement dans l'école des filles, et de l'existence de celle-ci, l'on peut déduire l'existence d'une seconde école, réservée aux garçons. Leur enseignement est assuré par un clerc laïc. Les deux écoles sont administrées librement par le conseil de fabrique. Il semble que les cours ont lieu pendant six mois par an, et que la scolarité s'arrête au moment que les enfants savent lire correctement, vers l'âge de dix ou onze ans. En 1721, le vicaire perpétuel François Thévenet lègue à la fabrique la somme de pour constituer une rente annuelle de 500 livres, qui permet de couvrir les frais des deux écoles. Qualifiées d'écoles de charité, elles sont entièrement gratuites. Il y a des lettres-patentes de Louis XV qui ratifient cette fondation. L'inflation étant importante au , la rente ne suffit bientôt plus, mais deux autres prêtres y ajoutent des rentes supplémentaires par leurs dispositions testamentaires. En 1786 toutefois, le montant global devient de nouveau insuffisant, et l'école des filles doit fermer. Filles et garçons sont désormais logées dans une même salle de classe, divisée en deux parties par une cloison au milieu. À la Révolution française, la maison d'école et son inventaire sont vendus aux enchères avec les autres bien de l'église..
Les campagnes de construction de l'église thumb|Chapiteaux d'inspiration romane (croisillon sud, angle nord-ouest).