Ariel Sharon (en hébreu : ), né Ariel Scheinermann le à Kfar Malal (Palestine mandataire) et mort le à Ramat Gan (Israël), est un général et homme d'État israélien, Premier ministre d'Israël de 2001 à 2006.
En 1954, il commande l'unité 101 qui est responsable du massacre de Qibya en représailles à l'assassinat de deux Israéliens. L'ensemble du village jordanien de Qibya est détruit et 70 personnes y sont tuées.
Il s'illustre militairement au cours des guerres israélo-arabes de 1948, de Suez, des Six Jours et du Kippour. Il participe avec ses troupes à la conquête du Sinaï lors de la guerre des Six Jours en 1967 et en 1973, lors de la guerre de Kippour, il isole la armée égyptienne, ce qui apporte la victoire aux Israéliens.
Après sa retraite militaire, il entame une carrière politique, cofondant le parti de droite Likoud. Il exerce plusieurs fonctions ministérielles de 1977 à 1992 et de 1996 à 1999. Ministre de la Défense, il lance l'invasion du Liban en 1982 ; la commission Kahane conclut en 1983 à sa responsabilité indirecte du massacre de Sabra et Chatila, ce qui le contraint à démissionner. Au gouvernement, il autorise l'implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Dirigeant du Likoud à partir de 1999, il est élu Premier ministre face à Ehud Barak en 2001, après le déclenchement de la seconde Intifada. Reconduit à la suite des élections législatives de 2003, il met en œuvre en 2004-2005 le retrait israélien unilatéral de la bande de Gaza. Il quitte alors le Likoud, qui s'était divisé sur cette mesure, et crée le parti centriste Kadima.
En , alors qu'il est pressenti pour obtenir un troisième mandat à des élections législatives anticipées, il est victime d'une grave attaque cérébrale : plongé dans un coma artificiel, il est démis de ses fonctions de Premier ministre en . Il meurt huit ans plus tard, sans être sorti du coma.
Ses défenseurs louent sa stature de « grand homme d'ÉtatÉlie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d'Israël en France, évoque dans Le Figaro daté du une grille d'analyse qu'il juge, pour sa part, « simplificatrice » qui prévalut longtemps en France à propos du conflit au Moyen-Orient et à propos de Sharon. D'après lui, c'est cette grille qui empêcha de voir en Sharon un grand homme d'État tandis que l'historien pense que : « depuis Ben Gourion, jamais Israël n'avait eu une telle figure tutélaire. Sharon a su allier deux qualités : l'aptitude à “cogner” et celle d'initier du nouveau, de permettre un nouveau commencement. » » et son « pragmatismeL'écrivain israélien Abraham Yehoshua écrit dans l'édition de Libération du : « le tournant significatif qu'il [Sharon] a pris l'an dernier, et surtout, sa capacité à démanteler des colonies, dont il était le bâtisseur le plus acharné, l'ont rendu acceptable aux yeux du camp de la paix, et c'est pourquoi la crainte est née que ses successeurs n'aient pas la même énergie à démanteler des colonies qui représentent l'obstacle principal (plus que le terrorisme palestinien) à un accord au Proche-Orient. » », tandis que les critiques qui lui sont destinées évoquent sa « logique de guerreÀ propos de la politique d'Ariel Sharon entre son élection au poste de Premier ministre en février 2001 et sa réélection en 2003, Dominique Vidal, journaliste et historien français, écrit dans Le Monde diplomatique du : « […] Mais M. Ariel Sharon a transformé cette répression en une véritable guerre, avec la complicité d'une administration Bush dont il a progressivement gagné les faveurs. Pour lui, l'Autorité palestinienne doit disparaître afin qu'une solution politique redevienne possible : il faut donc, martèle le Likoud, éradiquer le terrorisme par la force. Une “logique” que, mois après mois, chaque attentat-suicide est venue conforter. » » et les « crimes » qui lui sont attribuésDominique Vidal : « Le tour de force du Premier ministre, c'est justement d'avoir fait oublier, dans ce domaine aussi, son bilan de faillite : à son arrivée pouvoir, il y a deux ans, l'Intifada avait fait 50 morts israéliens ; on en compte aujourd'hui près de 700 (et près de Palestiniens). Pour ne rien dire de l'économie, plongée dans sa première récession depuis 1953. Ni de l'isolement régional d'Israël, dont la normalisation avec le monde arabe, en cours depuis les accords d'Oslo (1993), n'a pas résisté à la réoccupation des territoires autonomes..
Origines et jeunesse Ariel Scheinermann naît le à Kfar Malal (Palestine mandataire).
Son père, Shmouel Scheinerman, est technicien agronome originaire de Brest-Litovsk ville de l'Empire russe puis de la Pologne reconstituée. Sa mère, Véra, est médecin originaire de Moguilev (actuelle Biélorussie)..
Dans leur enfance, ses parents sont marqués par les pogroms antijuifs de 1903-1905 dans la Russie tsariste. Ils émigrent en Palestine en 1920, et s'installent en 1922 dans le moshav (village agricole) de Kfar Malal, où naît Ariel Sharon, qui a une sœur aînée, Youdith.
Ariel Sharon entre dans le mouvement de jeunesse paramilitaire Gadna, puis s'implique dans l'organisation d'autodéfense Haganah, avant qu'elle ne se fonde dans Tsahal après la première guerre israélo-arabe.
À la suite des instructions de David Ben Gourion, qui veut que les officiers militaires prennent des noms hébreux, il choisit de se faire appeler « Sharon », qui est sa région de naissance.
Carrière militaire Guerre de 1948 Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, il est commandant de détachement dans la brigade Alexandroni de la Haganah. Il est gravement blessé lors de la première bataille de Latroun contre la Légion arabe.
En 1949, il est promu commandant de compagnie et en 1951, officier dans les services de renseignement.
Commandant de l’unité 101 thumb|left|Réunion de l'état-major israélien (1957) : le lt col. Ariel Sharon (à gauche) est assis à côté de David Ben Gourion (au milieu), alors Premier ministre d'Israël. Ben Gourion avait une affection privilégiée pour Ariel Sharon en qui il voyait l'incarnation du « nouvel homme israélien »Luc Rosenzweig, Ariel Sharon, Perrin, 2006, .. Après des études à l'université hébraïque de Jérusalem, Moshe Dayan lui demande de reprendre du service actif en prenant le commandement de l’unité 101, la première unité des forces spéciales israéliennes.
Selon Uzi Benziman, journaliste de Haaretz, Sharon prit une part importante dans la formation de cette unité. Selon lui, en 1952, Ariel Sharon aurait cherché à monter sa propre unité de commandos spécialisés dans les opérations de représailles mais sa hiérarchie s'y serait opposée. Il aurait alors monté une embuscade dans le no man's land sans en informer sa hiérarchie. Ainsi, selon Benziman, Sharon participa à cette époque à une opération au cours de laquelle deux femmes palestiniennes ont été abattues près d'un puits ce qui déclencha des tirs de mortier de l'armée jordanienne sur des villages israéliensUzi Benziman, Sharon: an Israeli Caesar, 1985, page 39. Sharon aurait réitéré ses souhaits, critiquant l'état-major, qui faisait preuve selon lui de trop de « retenue face aux Arabes ». David Ben Gourion lui demande finalement de prendre la tête d'une unité qui agira au-delà de la ligne d'armisticeUzi Benziman, Sharon: an Israeli Caesar, 1985, page 42.
L'unité 101 sous son commandement entreprit une série de raids de représailles contre la Jordanie, qui occupait alors la Cisjordanie.
Le , l’unité 101 (ou force 101) commandée par Ariel Sharon est accusée d'avoir perpétré un massacre lors du raid de Qibya, situé en territoire sous contrôle de la Jordanie, en représailles d'une incursion palestinienne en Israël. Selon les témoignages, soixante-neuf civils sont tués dans le dynamitage de leurs maisons, principalement des femmes et des enfants.
Ariel Sharon écrira dans son journal qu'il avait reçu des ordres lui demandant d'infliger de lourdes pertes aux habitants de Qibya : « Les ordres étaient tout à fait clairs : Qibya devait être un exemple pour chacun ». Sharon déclarera avoir cru les maisons vidées de leurs habitants, son unité ayant mené, d'après lui, les vérifications nécessaires avant d'actionner les détonateursAriel Sharon, Warrior: The Autobiography of Ariel Sharon (New York: Simon & Schuster Inc., 1989), p. 88.. Cette version israélienne a été remise en cause par le contre-amiral Vagn Bennike, observateur de l'ONU, arrivé sur les lieux le lendemain du massacre, qui dénonça le mode opératoire de l'unité 101 lors de son intervention sur les habitations, consistant systématiquement à faire feu sur les maisons, empêchant ainsi les occupants d'en sortir, et les livrant de fait à une mort certaineE.H. Hutchison et Uri Milstein, Chomsky, p. 383..
Invasion de l’Égypte En 1956, durant la crise du canal de Suez, les Israéliens coopèrent à la tentative de prise de contrôle du canal de Suez par les corps expéditionnaires franco-britanniques à la suite de sa nationalisation par Nasser. Ariel Sharon commande la brigade parachutiste et se distingue au sein de l'état-major par la promptitude avec laquelle les forces qu'il dirige entrent dans le Sinaï.
Le régiment de parachutistes, lâché au-dessus du « Parker's Memorial », arrive au col de Mitla tenu par une garnison constituée principalement de douaniers et de gardes-frontières, soudanais en majorité. La garnison est en fuite et le col n'est plus défendu. Un massacre de prisonniers aurait eu lieu au cours de ces opérations. Les troupes de parachutistes commandées par Rafaël Eytan (dépendant du commandement d'Ariel Sharon) sont accusées d'avoir exécuté plus de 200 prisonniers égyptiens et civils soudanais capturés et de les avoir jetés dans des fosses communesRonal Fisher, Mass Murders in 1956 Sinai War, notamment basé sur un article de Maariv du 17 août 1995.Katherine M. Metres, As Evidence Mounts, Toll of Israeli Prisoner of War Massacres Grows, Washington Report on Middle East Affairs, février-mars 1996, , 104-105.. La responsabilité directe d'Ariel Sharon n'a néanmoins jamais été établie pour ces événements.
En 1957, il part pour un an à l'École militaire de Camberley au Royaume-Uni. À son retour, il étudie le droit à l'université de Tel-Aviv.
Guerre des Six Jours et pacification de Gaza Lors de la guerre des Six Jours de 1967, qui fera la renommée de l'armée israélienne, il commande une des divisions qui participent à la conquête du Sinaï. Ariel Sharon y acquiert un grand prestige auprès de ses hommes et de l'opinion publique israélienne. Le commandement reconnaît en lui un grand stratège mais n'apprécie pas son indiscipline.
En 1971, Ariel Sharon prend en charge le commandement du front sud (Sinaï) et en particulier de la zone le long du canal de Suez (ligne Bar-Lev). Sharon s'oppose à la construction de ligne Bar-Lev antichar après la guerre. Il sera également chargé de mettre un terme aux attaques palestiniennes dans la bande de Gaza.
La « pacification » de la bande de Gaza par l’armée israélienne dure quatre ans (voir guerre de Quatre Ans). Des groupes de combattants des Forces populaires de libération, du Fatah et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) harcèlent les forces d’occupation. Les bulldozers de Sharon détruisent en partie les camps de réfugiés, des dizaines de milliers d’habitants sont chassés, des milliers d’habitations détruites. La mort de deux chefs emblématiques de la résistance, Ziad al-Husseini pour les Forces populaires de libération, le , et Mohammad al-Aswad, surnommé le « Guevara de Gaza », pour le FPLP, le , marque la fin du mouvement. Les massacres de 1971-1972, après ceux de 1956, s’inscrivent dans la mémoire des Palestiniens et renforcent le sentiment nationaliste.
Guerre du Kippour thumb|redresse|Ariel Sharon, blessé lors de la guerre du Kippour en 1973, avec Moshe Dayan.