La bataille de Manbij a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle débute le par une offensive des Forces démocratiques syriennes soutenues par la coalition, lancée depuis la ville de Sarrine et le barrage de Tichrine, à l'ouest de l'Euphrate, avec pour objectif la ville de Manbij, tenue par l'État islamique. Manbij est encerclée par les forces kurdes et rebelles le , puis elle est entièrement prise le .

Prélude

upright=1.2|thumb|left|Carte de l'offensive des FDS sur Manbij.

La ville de Manbij était peuplée de avant le début du conflit en Syrie, mais elle n'en compte plus que au moment de l'offensive. Elle occupe un carrefour sur le principal axe de transit entre le reste des territoires contrôlés par l'État islamique dont la ville de Raqqa, capitale du califat, et la Turquie par lequel passe les recrues djihadistes et les fruits de divers trafics de financement pour l'EI (pétrole de contrebande notamment), venant particulièrement du poste-frontière de Jerablus. Sa chute obligerait les djihadistes à emprunter des itinéraires secondaires plus difficiles d'accès et surtout plus dangereux en raison de leurs proximités avec les troupes du régime syrien.

Le , les Forces démocratiques syriennes (FDS) annoncent qu'elles lancent avec le soutien de la coalition internationale une importante offensive contre l'État islamique au nord de la ville de Raqqa. En quatre jours, les forces kurdes et alliées n'enregistrent pas d'avancée majeure, elles avancent sur une dizaine de kilomètres et s'emparent de quelques villages. Mais cette annonce n'aurait été qu'une diversion pour masquer le véritable objectif des FDS. Le , ces dernières attaquent subitement la ville de Manbij, à l'ouest.

Occupée depuis 2014 par l'État islamique, Manbij est peuplée en majorité d'Arabes mais compte également une importante minorité kurde qui représente environ 25 % de sa population. Un « Conseil militaire de Manbij » est formé par les groupes des FDS de la région, mené par Abou Layla et Adnane Abou Amjad. Selon le colonel américain Pat Ryder, du Centcom, l'offensive est menée principalement par les contingents arabes des FDS, sur les combattants engagés dans les opérations, seulement 450 sont Kurdes. Les Kurdes engagent les forces des YPG et des YPJ, mais aussi des unités yézidies des YBŞ et des YJÊ venues de Sinjar.

L'offensive est appuyée par les forces aériennes de la coalition. Des forces spéciales américaines, françaises et britanniques sont également déployées au sol. Selon l'OSDH, des forces spéciales allemandes sont aussi présentes. La présence de soldats français et allemands est dénoncé par le régime syrien, mais l'Allemagne dément avoir envoyé des forces spéciales en Syrie.

Déroulement thumb|upright=1.4|left|Des combattants des FDS dans les rues de Manbij, le .

Le , les Forces démocratiques syriennes étendent leur offensive en direction de Manbij, à l'ouest, dans le gouvernorat d'Alep. La coalition mène 18 frappes sur la ville. Les Kurdes construisent un pont amovible avec l'aide des Américains à proximité du pont de Qarah Qawzaq () détruit peu avant la bataille de Sarrine en , et qui franchit l'Euphrate à au nord-ouest de Sarrine. Plus au sud les FDS avancent depuis le barrage de Tichrine. Le , elles sont à 15 kilomètres de Manbij.

Le , les Kurdes et les rebelles s'emparent de 28 villages et délivrent six femmes et 16 enfants yézidis enlevés pendant les massacres de Sinjar. Le , les FDS sont à cinq ou six kilomètres de Manbij.

Le , trois des cinq axes routiers dont le plus important, l'axe nord-sud menant du poste-frontière de Jerablus à Raqqa, sont sous contrôle des FDS, les deux autres allant vers Al-Bab à l'ouest, ainsi que vers le nord-ouest, permettent aux djihadistes et à leurs familles de fuir la ville presque entièrement encerclée. Les 700 membres des familles des djihadistes étrangers sont évacués vers Mayadin, dans le gouvernorat de Deir ez-Zor.

Le , les FDS ont pris 58 villages depuis le début de l'opération et arrivent à 5 kilomètres au nord de Manbij, à 2 kilomètres au sud et à 7 kilomètres à l'est. Les djihadistes commencent à autoriser les habitants à quitter la ville, plusieurs milliers de civils prennent la fuite. De son côté la coalition affirme avoir mené 105 frappes à Manbij et ses environs du au .

Le , les FDS annoncent contrôler tous les accès de Manbij. Le même jour, l'émir de l'EI à Manbij, Oussama al-Tunisi, aurait été tué par les combattants arabo-kurdes alors qu'il tentait de fuir vers al-Bab avec sa familleCharles Lister, Reports: SDF has killed #ISIS's Emir in #Manbij, "Osama al-Tunisi," along with his family as they attempted to flee to Al-Bab. #Syria, twitter, 9 juin 2016..

thumb|upright=1.4|Des combattants des FDS dans les rues de Manbij, le .

Le , les FDS coupent la dernière route à l'ouest, Manbij est totalement encerclée. Elles progressent également vers l'ouest et sont à 17 kilomètres d'al-Bab le . Elles se sont alors emparées de plus de 100 villages depuis le début de l'offensive. Du 12 au , environ parviennent à s'échapper de la ville. Au total, civils s'échappent de Manbij au cours du mois de juin selon l'OSDH. Cependant restent pris au piège dans la ville et ses environs selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

À la date du , les positions les plus avancées des FDS sont à de la ville de Manbij. L'État islamique mène presque quotidiennement des opérations kamikazes pour ralentir leur progression. Le , les djihadistes effectuent sept attaques suicides, dont cinq avec des véhicules piégés dans la banlieue sud-ouest. Le , ils lancent une contre-attaque au sud et reprennent deux villages et trois hameaux, au moins 28 membres des FDS sont tués et des habitants sont exécutés par les djihadistesL'EI contre-attaque dans le nord de la Syrie, Reuters, 20 juin 2016.Yohan Blavignat, En Syrie, l'EI parvient à chasser les forces de Damas de la province de Raqqa, Le Figaro avec AFP, 21 juin 2016..

Le , après plus de 10 jours de siège, les FDS parviennent à entrer dans la ville de Manbij par le carrefour Al-Kitab, au sud-ouestSyrie: percée des forces antijihadistes à Minbej, violents combats, AFP, 23 juin 2016.Hala Kodmani, En Syrie, l'offensive contre l'EI progresse à Manbij, Libération, 23 juin 2016.. Mais le , les djihadistes repoussent les forces arabo-kurdes au sudA Manbij, l'EI repousse les rebelles syriens soutenus par les États-Unis, RTS avec agences, 3 juillet 2016.Syrie-L'EI repousse l'alliance soutenue par les États-Unis à Manbij, Reuters, 3 juillet 2016.Syrie: le groupe État islamique contre-attaque à Manbij, RFI, 4 juillet 2016.. Le même jour, l'État islamique mène une contre-attaque sur trois fronts pour tenter de briser le siège, notamment depuis Jerablus au nord et Al-Bab au sud-ouest. Une deuxième contre-attaque est lancée la nuit du 3 au Syrie: l'EI contre-attaque près de Manbij, Le Figaro avec Reuters, 4 juillet 2016.. Elles sont toutes deux repoussées par les FDS, cependant ces dernières se retrouvent sur la défensive et n'ont enregistré aucune avancée depuis le Amara Makhoul-Yatim, Syrie : attaqué sur plusieurs fronts, l'EI résiste, France 24, 7 juillet 2016..

Le , les Forces démocratiques syriennes gagnent à nouveau du terrain à Manbij et parviennent à moins d'un kilomètre du centre-ville selon l'OSDH.

thumb|upright=1.4|left|Des combattants des FDS à Manbij, le .

Le , la coalition mène des frappes aériennes qui causent les plus lourdes pertes civiles en une journée en Syrie depuis le début de son interventionAllan Kaval et Benjamin Barthe, En Syrie, la coalition anti-EI tue plusieurs dizaines de civils, Le Monde, 20 juillet 2016.. La veille déjà, 15 habitants étaient tués par des frappes dans un quartier au nord de Manbij et six autres dans le village d'Al-Toukhar, à une quinzaine de kilomètres au nord de la ville. Au lendemain de ces raids, les habitants d'Al-Toukhar fuient les combats, mais à 3 heures du matin la coalition mène 18 autres frappes sur le village, faisant selon l'OSDH au moins 56 morts parmi les civils, dont 11 enfantsSyrie: 56 civils tués dans des raids, Le Figaro avec AFP, 19 juillet 2016.. Pour Amnesty International ces frappes tuent 73 civils, dont 27 enfantsFrappes des États-Unis en Syrie : des victimes civiles, Amnesty International, 26 octobre 2016.. Ahmad Mohamad, un Syrien originaire de Manbij travaillant pour un centre de documentation sur les droits de l’homme, déclare au journal français Libération que l'attaque a fait au moins 85 morts. La CNFOR dénonce la mort de 125 civils et appelle la coalition internationale à cesser ses frappes aériennesSyrie : l'opposition demande la fin des raids de la coalition anti-Daech, Le Parisien, 20 juillet 2016.. L'agence Amaq donne quant à elle un bilan de 160 morts. Hassan Al-Nifi, membre du conseil révolutionnaire de Manbij, proche de l'Armée syrienne libre et en exil à Gaziantep déclare que, selon ses contacts restés sur place, le bilan est encore plus lourd : . Quelques heures auparavant, les FDS s'emparaient du quartier général des djihadistes installé dans l'hôpital à l'ouest de la ville.

Après ce drame, le Conseil militaire de Manbij déclare qu'il laisse 48 heures aux hommes de l'État islamique pour se retirer de la ville avec armes et bagages : Les forces antijihadistes donnent 48 heures à l'EI pour quitter Manbij, OLJ avec AFP, 21 juillet 2016.. Mais les djihadistes ne répondent pas à l'appel et les combats reprennent après l'expiration du délai de l'ultimatumSyrie : affrontements à Manbij à la fin d'un ultimatum antijihadistes, AFP, 23 juillet 2016.Syrie: l'EI ignore l'ultimatum des forces arabo-kurdes à Minbej, AFP, 23 juillet 2016..

Le , l'État islamique reprend quatre villages à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Manbij et exécute 24 civils de la localité de Boueir selon l'OSDHSyrie: l'EI exécute 24 civils après la conquête d'un village près de Manbij, AFP, 29 juillet 2016..

Le , les FDS progressent et tiennent 40 % de la ville selon l'OSDH. Les quartiers d'al-Hazwanah, al-Kajlah et d'al-Mostawsef, principalement à l'ouest, sont entre leurs mains. Charfan Darouich, porte-parole du Conseil militaire de Manbij, déclare de son côté que les FDS contrôlent près de 70 % de la ville, essentiellement dans les zones ouest, est et sud, les djihadistes tiennent encore la vieille ville et la zone nord-estLes forces rebelles syriennes disent contrôler Manbij à près de 70%, Reuters, 31 juillet 2016.. Le , l'OSDH affirme que les FDS contrôlent 60 % de Manbij après de nouvelles avancées à l'ouest et à l'estSyrie : forte progression des forces arabo-kurdes contre l'EI à Manbij, AFP, 2 août 2016.. Le soir du , Manbij est contrôlée à 90 % selon Charfan Darouich, tandis que l'OSDH affirme également que les FDS ont pris le de la villeSyrie : la coalition kurdo-arabe s’empare de Manbij, un fief de l’État islamique, Libération avec AFP, 6 août 2016.Les forces rebelles syriennes en "contrôle quasi total" de Manbij - OSDH, Reuters, 6 août 2016..

thumb|upright=1.4|Des civils de Manbij fuyant les combats, le .