On appelle premier mouvement homosexuel le mouvement de lutte pour les droits LGBT qui se développe pendant les trois premières décennies du , principalement en Allemagne mais également dans d'autres pays d'Europe et aux États-UnisJuan Antonio Herrero Brasas (2001). .
Le mouvement trouve sa source dans les écrits du milieu du de Heinrich Hössli, Karl Heinrich Ulrichs et Karl-Maria Kertbeny, tous trois de culture germanophone. On situe généralement les débuts du premier mouvement homosexuel au moment de la création du Comité scientifique humanitaire de Magnus Hirschfeld en 1897 à BerlinWayne R. Dynes, Stephen Donaldson. . Au sein du mouvement allemand, deux autres courants importants se distinguent, menés par Adolf Brand et Friedrich Radszuweit. Ce mouvement ne publie pas seulement d'innombrables œuvres et revues sur le sujet mais se bat également activement, malgré les difficultés, pour obtenir l'acceptation de l'homosexualité dans la société et la suppression de l'article 175 du Code pénal allemand qui pénalise l'homosexualité.
Le mouvement allemand s'étend en Europe de l'Ouest et aux États-Unis et en 1928 on assiste à la création de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, une organisation internationale dont l'un des principaux objectifs est l'acceptation de l'homosexualité. Pourtant, ce mouvement se voit rapidement réprimé dans les années 1935 en raison de la montée du fascisme et du début de la Seconde Guerre mondiale. Il disparaît en laissant cependant une marque en Suisse qui permettra la naissance du mouvement homophile après la Guerre.
Précurseurs du mouvement homosexuel Heinrich Hössli (1784-1864), un chapelier et essayiste suisse qui publie le premier volume de son œuvre Eros en 1836 et le deuxième en 1838, peut être considéré comme le premier activiste gay de l'histoireKennedy, Hubert (3 de marzo de 2004). «enlace» .AA.. Dans le premier volume de son livre, il compare le traitement de l'"amour grec", comme il appelle l'homosexualité, à celui reçu par les hérétiques et les sorcières aux siècles précédents. De plus, il soutient que les caractéristiques externes (comme le maniérisme) ne sont pas liées aux préférences sexuelles. Le deuxième volume est composé de deux parties : une anthologie portant sur l'amour masculin, avec des œuvres grecques, romaines et perses principalement, et une deuxième partie visant à réfuter des nouveaux préjugés, notamment celui de la pédophilie. L'influence de Hössli est minime, et son œuvre très peu diffusée.
Le premier grand activiste gay est Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), un avocat de HanovreKennedy, Hubert (26 de agosto de 2005). «enlace»., qui est le premier à proposer une association d'homosexuels. Ulrichs publie entre 1864 et 1865, sous le pseudonyme de Numa NumantiusOsvaldo Bazan. , cinq pamphlets ayant pour titre collectif Forschungen über das Räthsel der mannmännlichen LiebeUlrichs, Karl Heinrich (1864). «enlace». (Études sur l'énigme de l'amour de l'homme pour l'homme) dans lequel il défend la théorie du troisième sexe anima muliebris virili corpore inclusa (une âme de femme dans un corps d'homme) et l'origine biologique de l'homosexualité. Les écrits d'Ulrichs font de lui le premier théoricien moderne de l'homosexualité et revêtent une certaine importance en éveillant l'intérêt de certains sexologues tels que Richard von Krafft-EbingKennedy H. Research and commentaries on Richard von Krafft-Ebing and Karl Heinrich Ulrichs (en inglés). . En 1867, il essaye de soutenir la suppression de l' du Code pénal lors d'un congrès d'avocats à Munich mais a à peine le temps d'exposer le premier paragraphe de son argument avant d'être hué, faisant de lui le premier homosexuel à faire son coming out en public. Ulrichs classe et nomme également les différents types d'orientation sexuelle : le "urning" ou "uranier" pour les hommes homosexuels et le "dioning" ou "dionäer" pour les hommes hétérosexuels , une interprétation du discours de Pausanias concernant les deux formes d'ErosJohn Peter Anton, George L. Kustas, Anthony Preus, Society for Ancient Greek Philosophy (U.S.) Essays in Ancient Greek Philosophy (en inglés). , les deux Aphrodites du colloque de Platon. Ces termes ne rencontrent pas de succès et sont remplacés par le terme "homosexuel", un mot aseptisé, créé par Karl-Maria Kertbeny dans une lettre envoyée à UlrichsEndres, Nikolai (24 novembre 2006). «enlace» ..
Karl-Maria Kertbeny (1824-1882), né Karl Maria Benkert, est un journaliste et traducteur hongrois, citoyen de l'Autriche-Hongrie. Il s'intéresse à l'homosexualité après avoir vécu de près deux suicides d'homosexuels. Malgré le fait que Kertbeny l'ait toujours nié, ses relations ambiguës avec les femmes et la sensibilité à la beauté masculine dont il fait preuve dans ses journaux intimes pourraient indiquer qu'il ait lui-même été homosexuel. En 1868, Kertbeny déménage à Berlin où il fait la connaissance d'Ulrichs et, bien que les deux hommes ne ressentent pas d'affinité particulière lors de cette rencontre, ils entretiennent plus tard une relation épistolaire intense. Kertbeny lutte également pour la suppression de l' du Code pénal de la Prusse, incorporé ensuite dans l' allemand.
En Allemagne
Le premier mouvement homosexuel De 1870 à 1940 un changement se produit dans la perception de l'homosexualité en Europe, changement qui serait plus tard à l'origine du mouvement homosexuel, auquel appartient le Mouvement LGBT contemporainAldrich, Robert, ed. (2007).. vignette|Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen de 1914. Revue publié par Magnus Hirschfeld entre 1899 et 1923. Dans le cadre de l'existence de l'article 175 du Code pénal allemand et du procès judiciaire d'Oscar Wilde, le médecin Magnus Hirschfeld, l'éditeur Max Spohr, le juriste Eduard Oberg et l'écrivain Franz Joseph von Bülow fondent le à Berlin le Wissenschaftlich-humanitäres Komitee, le Comité scientifique humanitaire, la première organisation homosexuelle du monde dont l'objectif est l'élimination de l' qui pénalise l'homosexualitéHerrn, Rainer (1999).Fuentes, Pablo (1999).. La devise de l'organisation, Durch Wissenschaft zur Gerechtigkeit (À travers la science, vers la justice), indique les moyens qu'ils voulaient employer ; obtenir un changement de l'opinion publique par le biais de l'information.
Sous la direction de Hirschfeld, l'organisation réalise en 1897 la première pétition au Gouvernement pour la suppression de l', signée, entre autres, par le chef du parti social-démocrate August Bebel, le psychiatre Richard von Krafft-Ebing, l'écrivain Gerhard Hauptmann et le peintre Max Liebermann. En 1900, la deuxième pétition est signée, en 1903 la troisième et en 1904 la quatrième. En 1922, ils font parvenir au Gouvernement une pétition signée par plus de dont le Ministre des finances Rudolf Hilferding, Hermann Hesse, Albert Einstein, Käthe Kollwitz, Heinrich Mann, Thomas Mann, Carl Maria Weber, Stefan Zweig, Grete Meisel-Hess, Rainer Maria Rilke et Arthur SchnitzlerLauritsen, John; David, Thorstad. «enlace».. En 1926, la dernière pétition est transmise au Gouvernement.
En 1903, Adolf Brand crée la deuxième organisation LGBT du monde, la Gemeinschaft der Eigenen (Communauté des spéciaux), à partir des abonnés à sa revue Der Eigene. La Gemeinschaft der Eigenen comprend l'homosexualité d'une manière opposée à Hirschfeld et les siens, elle met l'accent sur l'homme masculin, l'éros pédagogique et l'amour platonique. En 1905, Brand attaque publiquement Hirschfeld et le Comité scientifique humanitaire dans l'article Homosexualität und Afterkultur (Homosexualité et culture du derrière) publié dans sa revue en rejetant l'homosexuel féminin comme une caricature et en critiquant la mention de la sexualité. L'association adopte pendant quelque temps la stratégie de louting, autant en son sein qu'à l'extérieur.
Entre 1907 et 1909, le Comité scientifique humanitaire traverse une crise à la suite de l'affaire Harden-Eulenburg et de l'implication de Hirschfeld dans le procès.
En 1919, Magnus Hirschfeld crée lInstitut für Sexualwissenschaft, la première institution vouée à l'étude de la sexologie du monde, au sein de laquelle le Comité occupe la section pour la "réforme sexuelle". L'Institut a pour objectif "la promotion de l'étude scientifique de la vie sexuelle et l'éclaircissement de ce domaine". Les précédents travaux scientifiques de Hirschfeld comprennent la création du terme travesti (qui est pour la première fois "séparé" de l'homosexualité) la réalisation de la première enquête sur l'incidence de l'homosexualité au sein de la population et le développement d'une thérapie d'affirmation de soi pour aider les homosexuels à vivre avec leur "différence". L'Institut organise en 1921 le premier congrès international pour la réforme sexuelle sur une base scientifique : l'''Ersten internationalen Kongreß für Sexualreform auf sexualwissenschaftlicher Grundlage. En 1928, Hirschfeld fonde la Weltliga für Sexualreform (Ligue mondiale pour la réforme sexuelle) dont le siège se trouve à l'Institut et qui est engagé dans plusieurs domaines, de la défense des droits des homosexuels en passant par la contraception et la politique familiale.
En 1919 se crée la troisième organisation homosexuelle, la Berliner Freundschaftsbund (Ligue d'amis de Berlin). Avec l'union en 1920 de la Berliner Freundschaftsbund et d'autres organisations de Francfort et de Hambourg, on assiste à la création de l'organisation la plus importante des années 1920, la Deutsche Freundschaftsverband (Ligue de l'amitié de l'Allemagne), qui change son nom en 1923 en Bund für Menschenrechte (Ligue pour les droits de l'Homme), laissant de côté l'approche politique pour se concentrer sur des activités plus sociales et se consacrer à diverses publications. Sous la direction de Friedrich Radszuweit, l'organisation réunit plus de en 1928, dont certains se trouvent même en Suisse. Radszuweit devient l'une des personnes les plus importantes du mouvement homosexuel en créant un service d'édition et en ouvrant la première librairie spécialisée dans le domaine de l'homosexualité au monde. L'association se caractérise par sa structure fédérale et par le travail d'information fourni par les associations locales. Dans les années 1925, l'organisation se consacre à la lutte contre la discrimination individuelle des homosexuels en envoyant des lettres de réclamation à des représentants officiels.
Entre 1920 et 1923, la Aktions-Ausschuß (Commission d'action) est mise en place avec l'union des trois grandes organisations. Petit à petit, le Comité scientifique humanitaire gagne de l'influence jusqu'à ce que, après le retrait de la Gemeinschaft der Eigenen, la Commission soit dissoute.
À partir de 1925, des désaccords surgissent au sein du mouvement homosexuel allemand. En 1926, le Comité scientifique humanitaire s'unit à d'autres mouvements de libération sexuelle pour élaborer une stratégie contre le projet de réforme législative concernant les délits sexuels compris dans le Code pénal. Le groupe édite une contre-proposition qui demande la suppression des condamnations pour infidélité, relations homosexuelles entre personnes de plus de , prostitution, avortement et vente de contraceptifs. Les deux autres organisations, la Gemeinschaft der Eigenen et la Bund für Menschenrecht, se sentent mises à l'écart et accusent Hirschfeld de nuire au mouvement par sa demande de légalisation de la prostitution masculine. À la suite de nombreuses polémiques sur son style et sa stratégie, Hirschfeld est révoqué de sa fonction de directeur du Comité en 1929. Le siège de l'organisation passe cette même année de l'Institut à un nouveau local situé dans la rue Zimmer, à Berlin.
Le féminisme lesbien et la "lesbienne perverse" vignette|Numéro de 1928 de la revue pour lesbiennes Die Freundin.