La bataille de Syrte ou opération al-Bounyan al-Marsous. s'est déroulée du au lors de la deuxième guerre civile libyenne. Occupée depuis le par les djihadistes de l'État islamique, la ville de Syrte est reprise au terme de la bataille par les brigades de Misrata, ralliées au gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj.

Prélude Au début de l'année 2015, l'État islamique n'occupe en Libye qu'une partie des villes de Derna et de Benghazi. L'organisation djihadiste fait son apparition en Tripolitaine au début du mois de février : une centaine de pick-ups commencent par parader à Nofilia, puis de l'EI prennent le contrôle d'une partie de la ville de Syrte le « Libye : des bâtiments administratifs pris d'assaut à Syrte », Reuters, 14 février 2015.. Dans cette ville, les djihadistes d'Ansar al-Charia prêtent allégeance et rallient le mouvement d'Abou Bakr al-BaghdadiJean-Philippe Rémy, « Comment l’État islamique est parti à l’assaut de l’Afrique », Le Monde, 22 janvier 2016., tandis que la coalition islamiste Fajr Libya, ralliée au gouvernement de salut national, demeure dans le déni vis-à-vis de l'État islamique et officiellement nie la présence de ce groupe sur le sol libyen. Elle mobilise cependant un millier d'hommes et annonce son intention de reprendre SyrteDavid Thomson, « Libye : vers une confrontation entre islamistes et jihadistes », RFI, 17 février 2015.. Les combats éclatent en entre les islamistes et les djihadistes« Combats entre l’EI et Fajr Libya à Syrte », OLJ, 16 mars 2015.Maryline Dumas, « En Libye, les « révolutionnaires » déclarent la guerre à l'État islamique », Le Figaro, 20 mars 2015.. Mais le , l'EI prend possession de l'Frédéric Bobin, « En Libye, l’État islamique s’empare d’un aéroport », Le Monde, 30 mai 2015.. Puis le , il s'empare d'une centrale électrique à l'ouest, prenant ainsi le contrôle de toute la ville« Libye : l'EI s'empare d'une centrale électrique près de Syrte », Reuters, 9 juin 2015..

En , une insurrection éclate à l'intérieur de Syrte après l'assassinat de l'imam madkhaliste Khaled Ben Rajab al-Ferjani qui avait refusé de laisser l'État islamique utiliser sa mosquée. Du au , la tribu des Al-Farjane et des madkhalistes affrontent les salafistes djihadistes de l'EI mais la rébellion échoue« Libye : affrontements à Syrte entre l'EI et des combattants salafistes », RFI, 14 août 2015.. Des dizaines de prisonniers sont exécutés dans la mosquée de Cordoue et les corps des vaincus sont crucifiés sur des échafaudages au rond-point de Zafran. Selon l'ambassadeur de Libye à Paris, les affrontements et la répression font « Libye : violents affrontements à Syrte entre l'EI et des combattants locaux », AFP, 14 août 2015...

Le , l'EI attaque à l'est de Syrte, il s'empare de Ben Jawad et assaille des terminaux pétroliers à Ras Lanouf, Marsa El Brega et Al-Sedra« Libye : l'EI poursuit son offensive en direction des terminaux pétroliers », AFP, 5 janvier 2016. « Le groupe État islamique étend son pouvoir aux portes du croissant pétrolier - LIBYE », France 24, 4 janvier 2016..

Le , une offensive baptisée « Libération de Syrte » est lancée contre l'État islamique, qui contrôle alors une longue bande littorale d'environ dans la région de SyrteMireille Duteil, « Libye : la bataille de Syrte est lancée », Le Point, 20 mai 2016.« Libye : le fief des jihadistes de l'EI cible de l'artillerie lourde, AFP, 10 juin 2016.. L'offensive est lancée à l'appel du Gouvernement d'union nationale (GNA). Les brigades de Misrata, auparavant affiliées à Fajr Libya et au gouvernement de salut national, acceptent de participer à la campagne dont elles constituent la force principaleCélian Macé, Mathieu Galtier et BIG, « Libye : la bataille de Syrte », Libération, 5 mai 2016.. Syrte était peuplée de avant sa prise par l'EI un an plus tôt, mais elle n'en compte plus que au moment de l'offensive. L'attaque est menée à l'ouest par les brigades de Misrata et à l'est par les tous ralliés au GNACélian Macé, « Libye : l'État islamique perd pied à Syrte », Libération, 9 juin 2016.. D'autres groupes se joignent au combat, comme les 500 hommes du bataillon 604, originaires de plusieurs villes libyennes et d'obédience madkhaliste, qui reconnaissent aussi bien le Gouvernement d'union nationale que le gouvernement de TobroukFrederic Wehrey, « Quiet No More? », Fondation Carnegie pour la paix internationale, 13 octobre 2016.. Ces forces sont soutenues au sol par des forces spéciales britanniques, qui participent directement aux combatsLouis Witter, « Ce que font les forces spéciales françaises en Irak, en Syrie et en Libye », OLJ, 22 juin 2016.. Des conseillers américains sont également présentsMathieu Galtier, « En Libye, Syrte en pleine guérilla urbaine », Libération, 6 juin 2016.. Selon Mohammed al-Ghasri, porte-parole de la chambre des opérations Al-Bounyan Al-Marsous, britanniques et américains sont engagés pour aider à cibler les objectifs. Des forces spéciales italiennes appuieraient également les brigades de Misrata en effectuant des opérations de déminageVincenzo Nigro, « Libia: "Sirte, soldati italiani al nostro fianco contro l'Is" », La Repubblica, 10 août 2016.« Des « forces spéciales » italiennes en Libye, le gouvernement ne confirme pas », AFP, 11 août 2016.Tanguy Berthemet, « En Libye, Daech perd le centre de Syrte », Le Figaro, 11 août 2016..

À Syrte, l'État islamique dispose d'environ combattantsMaryline Dumas, « À Syrte, la bataille continue contre Daech », Le Figaro, 7 juillet 2016. et d'une dizaine de chars T-72 et T-55. Cependant, un certain nombre de djihadistes prennent la fuite au début de la bataille, avant que la ville ne se retrouve entièrement encerclée. Les chefs de l'EI à Syrte, Hassan al-Karami et Ali Safrani, auraient notamment quitté la ville dès le début de l'offensive

Déroulement Le , les forces du GNA reprennent la ville d', tombée aux mains de l'EI une semaine plus tôt« Libye : l'EI s'empare d'une nouvelle localité après des attaques », AFP, 12 mai 2016.« Libye : les forces progouvernementales avancent vers Syrte, tenue par l'EI », RFI, 19 mai 2016.Laurent De Saint Perier, « Libye : qui a peur de Khalifa Haftar ? », Jeune Afrique, 30 mai 2016.. Le , les attaquent à l'est de Syrte et reprennent les villes de Ben Jawad et Nofilia« Libye : l'État islamique perd deux villes dans la région de Syrte », Le Point avec AFP, 31 mai 2016. « Guerre contre l'EI - Des forces spéciales françaises combattent au sol en Libye l'État islamique », France 24, 31 mai 2016..

Après une pause dans l'offensive, les combats reprennent le , les brigades de Misrata déclarent avoir pris le camp militaire de Takrift, puis la base d'Al Djalet et le carrefour stratégique d'Abou Hadi, au sud de Syrte« L'étau se resserre autour de l'EI dans la ville libyenne de Syrte », Reuters, 8 juin 2016.. Le , les brigades de Misrata pénètrent dans la ville de Syrte par l'entrée ouest, là où les djihadistes avaient l'habitude d'exposer les corps crucifiés des condamnés à mortMadjid Zerrouky, « Les forces libyennes progressent dans Syrte, « capitale » de l’État islamique en Libye », Le Monde, 9 juin 2016.. La centrale thermique à l'entrée ouest, l' au sud-est et une partie du port sont pris. De son côté, la Garde des installations pétrolières avance à l'est et atteint la ville de , à de Syrte..

À Syrte, les combats se concentrent près du palais des congrès Ouagadougou, faisant au moins et , et où plusieurs snipers de l'EI ralentissent la progression des forces du GNA. Une petite flottille affiliée aux brigades de Misrata bloque également la façade maritime de la villeCharlotte Bozonnet et Madjid Zerrouky, « En Libye, l’État islamique acculé dans son fief de Syrte », Le Monde, 10 juin 2016.. Celle-ci, commandée par le colonel Reda Issa, comporte seulement deux zodiacs et trois remorqueurs, la flotte du GNA n'intervenant pas directement.

Le , les brigades de Misrata prennent le contrôle du port« Des forces libyennes revendiquent la prise de Syrte des mains de l'EI », France 24 avec Reuters, 11 juin 2016.. Le , l'EI mène trois attaques-suicides avec des véhicules piégés, les djihadistes restent retranchés dans un secteur de « Libye : les jihadistes tentent de résister à Syrte », AFP, 12 juin 2016.. À partir du cependant, les forces du GNA peinent à avancer sur le secteur tenu par l'EI, les djihadistes parviennent à contenir leurs offensives« Libye : l'avancée des antijihadistes à Syrte ralentie », AFP, 13 juin 2016.. Le , elles déplorent environ et dans des combats sur les fronts ouest et sud, soit les pertes les plus lourdes en une journée depuis le début de l'offensive« Libye : combats meurtriers autour de Syrte », RFI, 22 juin 2016... Le , une contre-offensive djihadiste est repoussée près de la route côtière..

Le , après de longs combats, les forces du GNA finissent par prendre le quartier des 700, situé au sud-ouest de la ville. Elles avancent ensuite vers l'hôpital Ibn Sina et le palais des congrès Ouagadougou, ancien siège de l'Union africaine sous Kadhafi, utilisé comme quartier-général par les djihadistes« Libye : les forces de l'organisation État islamique perdent du terrain à Syrte », France 24 avec AFP et Reuters, 2 juillet 2016.« Libye : les forces progouvernementales prennent un quartier important de Syrte à l'EI », AFP, juillet 2016.Libye: à Syrte, les forces loyalistes visent le QG du groupe État islamique », RFI, 2 juillet 2016.. Ces derniers continuent également de se battre dans le quartier de Ghiza Asskariya, et dans le centre-ville.. Le , l'État islamique mène deux attaques-suicides au véhicule piégé au sud de la ville alors que les forces du GNA poursuivent leur progression vers le palais Ouagadougou, ces dernières laissent au moins et dans les affrontements de la journée« Libye : vingt militaires loyalistes tués à Syrte », AFP, 15 juillet 2016..

Le , les brigades de Misrata s'emparent d'un hôtel, à l'est de la ville, utilisé par les snipers de l'EI« Les forces libyennes gagnent du terrain contre l'EI à Syrte », Reuters, 22 juillet 2016.. Elles s'emparent également d'une partie du quartier « Dollar », au prix de et dans les combats de la journée. Le , les forces du GNA s'emparent d'un important centre de fabrication d'explosifs au sud-est de la ville« Le groupe État islamique perd une fabrique d'explosifs à Syrte en Libye », VOA avec AFP, 24 juillet 2016..

Les et , les États-Unis commencent à mener des frappes aériennes à Syrte. Les bombardements sont effectués par des AV-8B Harrier II du du Corps des Marines embarqués à bord du , tandis que des drones de combat décollent en Jordanie, pilotés depuis la base aérienne de Sigonella, en Sicile. Le Pentagone affirme avoir frappé deux chars de combat, des véhicules militaires et un lance-roquettes multiple. Selon Mohamed Darat, haut commandant du GNA, ces bombardements permettent aussi de sécuriser le quartier résidentiel Dollar, en repoussant les djihadistes retranchés en lisière de ce secteurAidan Lewis, « La lente progression des forces anti-EI dans Syrte », Reuters, 3 août 2016.. Le président américain Barack Obama annonce ensuite que les frappes aériennes vont se poursuivre pendant un mois« Libye : Syrte et Benghazi théâtres de violents affrontements », RFI, 3 août 2016.. Au cours du mois d', les Américains mènent 92 frappes aériennes à Syrte. Le , un véhicule de l'EI s'écrase sur un point de contrôle de l'organisation après avoir été touchée par l'une d'entre elles.

Début , l'État islamique tient toujours quatre quartiers de Syrte, soit 70 % de la ville, et dispose encore de combattantsDimitri Touren, « En Libye, la reconquête de Syrte s’accélère », La Croix avec AFP, 3 août 2016.Sudarsan Raghavan, « Even with U.S. airstrikes, a struggle to oust ISIS from Libyan stronghold », The Washington Post, 7 août 2016., tandis qu'à l'extérieur de la ville, des cellules de l'EI continuent de placer des IED sur la .