L'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus) est une espèce d'oiseaux de la famille des Caprimulgidae. Comme tous les engoulevents, c'est un oiseau crépusculaire et nocturne. Il possède un plumage cryptique très complexe, mêlant le gris, le beige et le brun, qui lui confère un camouflage efficace le jour, lorsqu'il reste posé au sol ou perché, immobile, le long d'une branche. En vol, le mâle arbore cependant des taches blanches bien visibles sur les coins de la queue et au bout des ailes. Le cou est court, portant une grosse tête munie d'un petit bec. Les ailes et la queue sont longues et étroites ; les pattes sont courtes. L'Engoulevent d'Europe se nourrit d'une grande variété d'insectes volants, qu'il attrape en vol, souvent en chassant depuis un perchoir. Il chasse à vue, utilisant ses yeux relativement grands et munis d'une couche réfléchissante qui améliore sa vision de nuit. Il ne semble pas utiliser son ouïe pour chasser, et ne fait pas d'écholocalisation. Il boit et se baigne au vol.
L'Engoulevent d'Europe mâle occupe un territoire au printemps, et rappelle sa présence par son chant nocturne caractéristique. Celui-ci ressemble à un ronronnement roulé et modulé, continu sur plusieurs minutes, audible à plusieurs centaines de mètres et répété pendant des heures. Le mâle patrouille sur son territoire avec les ailes remontées en « V », la queue étalée, chassant les intrus en claquant des ailes et en criant. Le claquement des ailes sert aussi à la parade, quand le mâle poursuit la femelle dans un vol en spirale. L'Engoulevent d'Europe ne construit pas de nid, mais pond ses œufs directement sur le sol. Ceux-ci éclosent après d'incubation, et les poussins acquièrent leur plumage après supplémentaires.
L'Engoulevent d'Europe se reproduit dans la majeure partie de l'Europe et en Asie, et hiverne en Afrique subsaharienne. Il privilégie généralement les zones ouvertes et sèches, avec quelques arbres et de petits buissons, comme les landes, les clairières, les coupes ou les jeunes pinèdes. Depuis la description originale de l'espèce en 1758, six sous-espèces ont été distinguées. Elles varient de façon clinale avec la géographie, les oiseaux étant de plus en plus petits et pâles en allant vers l'est. Bien que l'espèce soit exposée à la prédation et au parasitisme, elle est surtout menacée par la perte de son habitat, le dérangement et la diminution du nombre d'insectes causée par l'usage de pesticides. En dépit de la décroissance des populations, les effectifs encore larges et l'immense aire de reproduction font que l'espèce est considérée comme de « préoccupation mineure » par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le nom de genre de l'Engoulevent d'Europe, Caprimulgus, fait référence à un vieux mythe selon lequel l'engoulevent tèterait les chèvres, les empêchant alors de donner du lait.
Description Plumage et mensurations thumb|alt= Dessin en couleurs représentant un oiseau tourné vers la gauche, allongé sur une branche ; ses couleurs mêlent le blanc, le beige, le marron et des tons plus sombres. |Planche de John Gerrard Keulemans représentant un mâle, reconnaissable aux marques blanches de ses rémiges primaires et de ses rectrices externes.
L'Engoulevent d'Europe mesure de longueur pour une envergure de . Le mâle pèse de et la femelle de . Le plumage a des couleurs cryptiques, mêlant le gris, le beige et le brun, qui permettent à l'oiseau de se fondre dans son environnement, qu'il soit sur un tapis de feuilles mortes ou posé le long d'une branche. Chez la sous-espèce type, l'adulte a les parties supérieures brun-grisâtre avec des marques sombres, un demi-collier chamois pâle sur la nuque et une moustache blanche. L'aile pliée apparaît grise, tachée de chamois, et les parties inférieures sont brun-grisâtre, avec des rayures marron et des taches beiges. Le bec est noirâtre, l'iris est brun foncé et les pattes, courtes, sont marron.
Les longues ailes pointues et le doux plumage de l'Engoulevent d'Europe rendent son vol léger et silencieux. Le sexe des individus peut être déterminé quand les oiseaux sont en vol, le mâle ayant une tache blanche au bout des ailes, parcourant trois rémiges primaires, et les coins de la queue blancs également de chaque côté, sur les deux rectrices externes. Les femelles n'ont aucune trace de blanc en vol. Les poussins ont un duvet brun et beige, et les jeunes qui viennent de s'emplumer sont similaires aux femelles. Les adultes commencent à muer après la reproduction, à partir de juin. La mue cesse ensuite pendant la migration d'automne, puis reprend sur les zones d'hivernage, où elle concerne alors les rectrices et les rémiges. La mue finit entre janvier et mars. Les oiseaux immatures muent comme les adultes, à l'exception des individus de couvées tardives qui muent intégralement lors de l'hivernage, en Afrique.
Espèces similaires D'autres espèces d'engoulevents se trouvent dans les zones de reproduction et d'hivernage de l'Engoulevent d'Europe. L'Engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficollis) niche dans la péninsule Ibérique et le nord-ouest de l'Afrique ; il est plus grand, plus gris et a de plus longues ailes que l'Engoulevent d'Europe, avec un large collier ocre-roux et des marques blanches plus distinctes sur les ailes et la queue du mâle. Le bord d'attaque de l'aile de l'Engoulevent à collier roux est grisâtre, plus pâle que chez l'Engoulevent d'Europe chez lequel le bord d'attaque est brun sombre. Les zones d'hivernage de l'Engoulevent d'Europe peuvent chevaucher celles de l'Engoulevent sombre (C. fraenatus) et de l'Engoulevent à joues rousses (C. rufigena). Ces deux derniers ont la nuque chamois plus visible, et leurs couvertures alaires sont plus tachées. L'Engoulevent sombre est aussi bien plus sombre que son cousin européen. Étant donné leurs mœurs nocturnes, leur plumage cryptique et la difficulté à les observer précisément, l'observation des engoulevents reste .
Écologie et comportement Voix
Le chant du mâle est un trille soutenu, stridulant, émis de façon continue pendant de longues minutes et répété pendant des heures, avec quelques modulations dans la vitesse ou le ton. Cette sorte de ronronnement peut être transcrite en errrrrrrurrrrrrrurrrrrerrrrrrr… continu, sonore, rapide, dur. Ce chant ressemble fortement aux stridulations de la Courtilière (Gryllotalpa gryllotalpa), mais le chant de l'insecte ne comporte aucune modulation. Le mâle chante depuis un perchoir, et peut avoir plusieurs postes de chants sur son territoire. Le chant est généralement entendu au crépuscule et à l'aube, plus que pendant la nuit, et il est réduit par mauvais temps. Il peut être terminé par un trille pétillant et un claquement d'ailes, indiquant possiblement l'approche d'une femelle. Les oiseaux en migration ou en hivernage chantent parfois. Les individus mâles peuvent être distingués entre eux par l'analyse du taux et de la longueur des pulsations de leurs chants. Même un mâle chanteur peut être difficile à localiser ; l'oiseau perché est difficile à repérer par faible luminosité, et l'oiseau semble être ventriloque, pouvant bouger la tête tout en continuant à chanter. Le chant s'entend facilement à , et peut être perçu jusqu'à dans de bonnes conditions.
thumb|alt=Photo d'un oiseau allongé sur le sol, sur du lierre, et ouvrant sa bouche rose de façon béante, tête relevée en arrière ; ses couleurs métallisées sont un mélange de gris, de noir et de beige. |Jeune oiseau sifflant, bouche béante, en position de menace.
La femelle ne chante pas, mais en vol les deux sexes peuvent émettre un court cri en cuick, cuick, aussi utilisé pour chasser les prédateurs du nid. Le cri de contact est un krruit coassant et sonore, et l'oiseau alarmé émet divers cris, variations d'un chuck aigu. Les adultes sifflent quand ils sont manipulés, et les poussins lorsqu'ils sont dérangés. Au nid, l'Engoulevent d'Europe produit un assortiment de sons retranscrits dans la littérature anglophone par wuk, wuk, wuk, ou des oak, oak étouffés et des murmures. Les jeunes oiseaux adoptent une posture défensive, et sifflent bruyamment, la bouche grande ouverte.
Habitudes de vie thumb|left|alt= Sur une épaisse branche horizontale de couleur claire se trouve une excroissance plus sombre, veinée de marron et de blanc : il s'agit d'un oiseau endormi, tête tournée vers la droite, œil fermé. |Engoulevent d'Europe se reposant le long d'une branche pour se camoufler.
L'Engoulevent d'Europe est un oiseau crépusculaire et nocturne. Il reste au repos le jour, allongé sur le sol, souvent dans un endroit partiellement ombragé, ou perché le long d'une branche ou d'un perchoir bas similaire. Son plumage cryptique le camoufle le jour durant, et s'il n'est pas à l'ombre, l'oiseau peut tourner de temps à autre pour faire face au soleil et ainsi minimiser son ombre. S'il se sent menacé, l'engoulevent s'aplatit au sol les yeux presque clos, et ne s'envole que si l'intrus s'approche à moins de deux ou cinq mètres. En partant, il peut crier ou claquer des ailes, et se reposer jusqu'à de là où il a été dérangé. Dans ses quartiers d'hiver, l'espèce se repose souvent au sol, mais peut se percher jusqu'à de hauteur. Que ce soit en période de reproduction ou en hivernage, l'Engoulevent d'Europe utilise les mêmes emplacements de repos régulièrement s'ils sont tranquilles, parfois pendant plusieurs semaines.
Comme les autres engoulevents, l'Engoulevent d'Europe peut se poser sur les routes ou les chemins la nuit durant ou planer pour surveiller les intrus de grande taille comme les cerfs ou les humains. Il peut être harcelé par les oiseaux pendant qu'il fait encore jour, et par les chauves-souris, par d'autres espèces d'engoulevents ou par la Bécasse des bois (Scolopax rusticola) durant la nuit. Les prédateurs nocturnes comme les chouettes, hiboux et le Renard roux (Vulpes vulpes) peuvent quant à eux être houspillés par l'Engoulevent d'Europe, mâle comme femelle. Comme d'autres oiseaux très aériens, tels les martinets et les hirondelles, les engoulevents ne font qu'un rapide plongeon dans l'eau pour se laver. Ils ont la particularité de posséder une griffe médiane dentelée, en forme de peigne, dont ils se servent pour se toiletter et qui leur permet peut-être d'ôter les parasites.
Par temps froid ou peu clément, plusieurs espèces d'engoulevents peuvent ralentir leur métabolisme et tomber en torpeur, notamment l'Engoulevent de Nuttall (Phalaenoptilus nuttallii), qui peut maintenir cet état durant plusieurs semaines. L'Engoulevent d'Europe a été observé en captivité maintenir un état de torpeur pendant au moins huit jours sans problèmes, mais il n'est pas sûr que cette observation soit transposable aux oiseaux sauvages.
Au repos dans la journée, il entre en « torpeur diurne » et sa température est comprise entre . Elle augmente ensuite à l'arrivée du crépuscule, passant progressivement de , pour sa période de chasse. En fin de vol, elle baisse pour revenir à sa valeur initiale. Lorsque les conditions atmosphériques sont dégradées au point de raréfier drastiquement la présence d'insectes nocturnes, il peut entrer en « sommeil de jeûne », abaissant sa température corporelle à un niveau proche du milieu ambiant, économisant ainsi son énergie pour une période plus faste.
Alimentation thumb|alt= Photo prise de nuit. Sur fond bleu nuit du ciel se découpent en ombres chinoises des aiguilles de pin et une branche sur laquelle est posé un oiseau, dont l'œil renvoie une lumière blanche ronde.|Un Engoulevent d'Europe perché de nuit sur un arbre, en France. Le tapetum lucidum des yeux reflète fortement le flash photographique.