vignette|120px|Exemple d'alphabet latin moderne L'histoire de l'alphabet commence avec un système d'écriture consonantique utilisé par les langues sémitiques du levant, au deuxième millénaire avant notre ère. Les écritures alphabétiques du monde sont plus ou moins toutes issues du même proto-alphabet sémitique. Ses origines proviennent probablement d'une écriture dite protosinaïtique, qui s'est développée en Égypte ancienne pour transcrire la langue des travailleurs sémitiques en Égypte. Cette écriture a été influencée par l'écriture hiératique, une écriture cursive liée aux hiéroglyphesHimelfarb, Elizabeth J. "First Alphabet Found in Egypt", Archaeology 53, Issue 1 (Jan..

Par l'intermédiaire principalement du phénicien et de l'araméen (deux langues en usage au début du premier millénaire avant notre ère), l'alphabet sémitique a donné naissance à plusieurs systèmes d'écriture à travers le Moyen-Orient, l'Europe, l'Afrique du nord et l'Asie du Sud.

Certains auteurs modernes distinguent les écritures consonantiques de type sémitique, appelées « abjad », des « vrais alphabets » au sens strict du terme. Les vrais alphabets attribuent des lettres aux consonnes et des lettres aux voyelles, alors que dans un abjad, les lettres ne représentent que les consonnes. Dans ce sens strict, c'est l'alphabet grec, issu du phénicien, qui serait le premier alphabet. L'alphabet latin, le plus largement employé de nos jours, provient à son tour du grec (via Cumes et les Étrusques).

Prédécesseurs vignette|Clou de fondation portant une inscription commémorative du roi Gudea de Lagash, v. 2120 av. J.-C.). Musée des Beaux-Arts de Lyon. vignette|Dernière inscription hiéroglyphique connue datant de , porte d'Hadrien à Philæ.

Deux écritures antécédentes sont apparues au quatrième millénaire avant notre ère. Il s'agit de l'écriture cunéiforme de Mésopotamie et de l'écriture hiéroglyphique d'Égypte. Ces écritures sont essentiellement pictographiques, c'est-à-dire qu'elles utilisent des dessins stylisés pour représenter une ou plusieurs syllabes. Mais elles contenaient également des phonogrammes (des symboles représentant des sons), parfois combinés pour représenter des mots étrangers lorsqu'aucun pictogramme n'existait pour un mot donné. Ces phonogrammes ont été les précurseurs des alphabets phonogrammatiques.

Des preuves archéologiques indiquent que ce sont ces phonogrammes qui ont évolué pour donner la plupart des caractères sémitiques. Ainsi le symbole pour aleph découle d'un hiéroglyphe signifiant « bœuf » (alep en sémitique) et qui représentait effectivement la tête d'un bœuf, puis s'est simplifié jusqu'à devenir notre « A » moderne.

Les hiéroglyphes égyptiens étaient employés de deux façons : ils étaient souvent utilisés comme pictogrammes, représentant des mots entiers et pouvant eux-mêmes être composés d'une ou de plusieurs syllabes ; certains hiéroglyphes étaient cependant utilisés comme phonogrammes, représentant uniquement le son d'une syllabe, incluant souvent une consonne et une voyelle combinées. C'est à partir de ces phonogrammes qu'ont été élaborées ensuite les lettres des véritables alphabetsReading Hieroglyphs, Transliteration, Phonograms..

Ces hiéroglyphes phonogrammatiques n'ont jamais été employés pour écrire la langue égyptienne, mais uniquement des langues ou termes étrangers ; on considère de fait qu'ils ont eu une influence considérable sur la création de l'alphabet sémitiqueAncient History of the Alphabet Ancient.eu website, by Jan van der Crabben, April 28, 2011.. Tous les alphabets du monde descendent soit directement de ce premier alphabet sémitique, soit indirectement de ses descendants (par « stimulus de diffusion »). Une exception possible est l'alphabet méroïtique, du avant notre ère, qui est aussi une adaptation des hiéroglyphes, mais employé en Nubie, au sud de l'Égypte. De nombreux chercheurs soupçonnent tout de même une influence du premier alphabetWriting- Meroitic Ancientsudan.org website, by Ibrahim Omer, Feb. 2009. Le rongorongo, l‘écriture de l'île de Pâques, pourrait aussi avoir été inventé de façon indépendante, mais l'on en sait trop peu pour en être certain.

Les alphabets consonantiques

L'alphabet sémitique L'écriture protosinaïtique de l'Égypte n'est pas encore entièrement déchiffrée. Toutefois, elle est peut-être alphabétique et est probablement écrite en langue cananéenne. Les exemples les plus anciens sont des graffitis trouvés dans le Wadi el-Hol et datant d'environ 1850 av. J-CJ. C. Darnell, F. W. Dobbs-Allsopp, Marilyn J. Lundberg, P. Kyle McCarter, and Bruce Zuckermanet, “Two early alphabetic inscriptions from the Wadi el-Hol: new evidence for the origin of the alphabet from the western desert of Egypt.”. Le tableau ci-dessous montre un prototype hiéroglyphique hypothétique de l'alphabet phénicien. Plusieurs correspondances ont été proposées avec les lettres de l'alphabet protosinaïtique.

Prototype égyptien possibleF1O1T14O31A28T3O6F35D42D46 Phénicien20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px Acrophonie possibleʾalp bœufbet maisongaml bâtondigg poisson ou portehaw, hillul jubilationwaw crochetzen, ziqq menottesḥet cour ou murṭēt roueyad braskap main Prototype égyptien possibleS39N35I10R11D4F18V24D1 Phénicien20x20px20x20px37x37px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px20x20px Acrophonie possiblelamd incitationmem eaunun serpentsamek poissonʿen œilpiʾt courbeṣad plantequp corderaʾs têtešananuma arctaw signature

Cette écriture sémitique adapte les hiéroglyphes égyptiens à l'écriture consonantique, en utilisant seulement le premier son du nom sémitique de l'objet représenté (c'est le principe acrophonique)Hooker, J. T., C. B. F. Walker, W. V. Davies, John Chadwick, John F. Healey, B. F. Cook, and Larissa Bonfante, (1990).. Ainsi, . Le hiéroglyphe per (« maison »en égyptien) est utilisé pour écrire le son [b] en sémitique, parce que [b] est le premier son du mot sémitique signifiant « maison », bayt. Le hiéroglyphe en forme de bâton reçoit le nom cananéen de giml (bâton), et ainsi de suite.

Cette écriture, rarement utilisée, conserva sa nature pictographique pendant un demi-millénaire, jusqu'à son adoption par des peuples de la région de Canaan (mise en place d'une administration comptable). Les premiers États cananéens ayant fait un large usage de l'alphabet furent les cités-États phéniciennes, c'est pourquoi le stade suivant de cet alphabet est appelé phénicien. Les cités phéniciennes étaient des États maritimes au cœur d'un vaste réseau commercial, et diffusèrent de fait leur alphabet à travers toute la Méditerranée. Deux variantes de cet alphabet eurent un impact majeur sur l'histoire de l'écriture : l'alphabet araméen et l'alphabet grec.

Les descendants de l'abjad araméen gauche|vignette|Graphique montrant les quatre alphabets descendant de l'abjad phénicien : de gauche à droite, le latin, le grec, le phénicien (origine), l'hébreu et l'arabe. Les alphabets phénicien et araméen, comme leur prototype égyptien, représentaient seulement les consonnes (abjad). L'alphabet araméen a évolué à partir du phénicien au , alors qu'il était l'écriture officielle de l'empire perse. Il semble être l'ancêtre de presque tous les alphabets modernes d'Asie : L'alphabet hébreu moderne, qui a commencé comme une variante régionale de l'araméen impérial (l'alphabet hébreu original devenant l'alphabet samaritain)Robinson, Andrew, (1995). ; L'alphabet arabe, qui descend de l'araméen via l'alphabet nabatéen, utilisé à l'origine dans l'actuel sud de la Jordanie ; L'alphabet syriaque, utilisé après le , a évolué à travers l'alphabet pahlavi et l'alphabet sogdien pour donner les alphabets du nord de l'Asie, tels celui de l'orkhon (probablement), des ouïghours, des mongols et des mandchous ; L'alphabet géorgien, qui est de provenance incertaine mais semble faire partie de la famille perso-araméenne (ou peut-être de la famille grecque).

Les alphabets avec des voyelles L'alphabet grec

Adoption vignette|250x250px|L'alphabet grec sur une ancienne céramique à figures noires. On voit un digamma, mais pas de ksi ou de omega. La lettre phi n'a pas encore de barre et ressemble à l'omicron, mais sur l'autre face, c'est un plein Φ. vignette|L'écriture étrusque, dernier maillon avant l'alphabet latin. Avant le avant notre ère, les Grecs ont emprunté l'alphabet phénicien et l'ont adapté à leur propre langueMcCarter, P. Kyle., créant durant ce processus le premier « vrai » alphabet, qui incluait des voyelles à l'égal des consonnes. Selon les légendes grecques transmises par Hérodote, l'alphabet a été introduit de la Phénicie à la Grèce par Cadmos. Les lettres de l'alphabet grec sont les mêmes que celles de l'alphabet phénicien, et les deux alphabets sont disposés dans le même ordre. Cependant, alors que des lettres distinctes pour les voyelles ont entravé la lisibilité de l'égyptien, du phénicien ou de l'hébreu, leur absence était problématique pour le grec, où les voyelles avaient une plus grande importance"there are languages for which an alphabet is not an ideal writing system.. Les Grecs utilisèrent pour les voyelles des lettres phéniciennes représentant des consonnes qui n'existaient pas en grec.

Du fait du principe acrophonique, les Grecs ne pouvaient prononcer certaines consonnes débutant le nom des lettres. Ils utilisèrent alors uniquement les voyelles initiales pour ces lettres. Comme le nom d'une lettre devait être son son, ces lettres devinrent des voyelles en grec. Par exemple, les Grecs n'avaient pas de stop glottal, transcrit h, les lettres phénicienne ’alep et he devinrent le alpha et le e grec (plus tard rebaptisé epsilon) ; elles s'utilisaient donc pour représenter les voyelles /a/ et /e/ à la place des consonnes /ʔ/ et /h/. Ce développement révolutionnaire ne permit pourtant de représenter que cinq ou six (selon le dialecte) des douze voyelles grecques. Les Grecs inventèrent donc des bigrammes et d'autres modifications, telles que l'ie, ou, et (qui devint l'omega) ; dans certains cas, ils ignorèrent tout simplement le manque, comme pour les a, i et u longs.

Plusieurs variantes de l'alphabet grec ont été développées. L'une appelée grec occidental ou chalcidien a été utilisée à l'ouest d'Athènes et dans le sud de l'Italie. L'autre variation, connue comme grec oriental, a été utilisée en Asie Mineure (également appelée Grèce asiatique, c'est-à-dire l'actuelle Turquie sur son côté égéen). Les Athéniens (c. 400 ) avaient adopté cette dernière variation et le reste du monde grec les a peu à peu imités. Après avoir d'abord écrit de droite à gauche, les Grecs ont changé le sens initial du phénicien. De nombreuses lettres grecques sont similaires à celles employées par les Phéniciens, mais certaines ont été inversées ou modifiées, à la suite de ces changements historiques d'écriture vers la forme de gauche à droite via le boustrophédon.

Héritage droite|vignette|350x350px|Distribution mondiale de l'alphabet Cyrillique. Les zones vert sombre montrent les pays où cet alphabet est la seule écriture officielle. Les zones vert clair indiquent les pays où l'alphabet coexiste avec d'autres écritures. L'alphabet grec est à son tour à l'origine de toutes les écritures d'Europe. L'alphabet des premiers dialectes grecs de l'ouest de la Méditerranée, où la lettre êta est restée un h, a évolué pour devenir l'ancien italique, dont dérive le vieil alphabet romain. Les dialectes grecs orientaux, qui n'ont pas de /h/ et où l'êta est devenu une voyelle, évoluèrent ensuite en plusieurs variantes : les alphabets glagolitique, cyrillique, arménien, gothique (qui se servait à la fois des lettres grecques et romaines), et peut-être l'alphabet géorgienRobinson, Andrew..