thumb|Le cours d'eau de l'ArnonLa rivière berrichonne est un confluent au Cher. traversant la commune de Saint-Ambroix-sur-Arnon. Les six premières stèles de lensemble typologique gallo-romain ont été retrouvées à proximité du confluent berrichon.
Les stèles de Saint-Ambroix-sur-Arnon, dans le département du Cher, sont des œuvres gallo-romaines datant de la fin du . Ces sculptures ont été façonnées dans un atelier de sculpture par techniques de sculpture en pierre de taille et de bas-relief, en hommage à des défunts. Elles observent une étude détaillée et méthodique des individus auxquels elles sont dédiées, en témoignant de leur profession, de leur quotidien et de leur statut dans la société gallo-romaine de la cité berrichonne. Au nombre de 86, les stèles font partie d'un ensemble archéologique, vestiges de l'ancien oppidum dActuellement la ville de Saint-Ambroix.. Elles sont attribuées sur une période couvrant la fin du et le début du . On suppose que celles-ci auraient été manufacturées dans un atelier de sculpture également localisé au sein de l'agglomération gallo-romaine d. L'ensemble des 86 artéfacts funéraires apparaissent d'excellente facture pour la plupart, quoique certains présentent un aspect inachevé. Leur découverte et les multiples fouilles archéologiques subséquentes se sont échelonnées sur une période couvrant un demi-siècle : les six premiers documents, mis au jour en 1861, jusqu'aux dernières, retrouvées en 1911. Elles constituent non seulement un d'œuvres d'art dans le domaine de la sculpture, mais également un éclairage de valeur pour la connaissance sociologique des citoyens berrichons aux , de notre ère.
Contexte géographique et historique Une cité antique à la confluence de routes commerciales et stratégiques d'importance
Les stèles ont été ouvragées au sein du site d. Plus tardive que d'autres pôles urbains Bituriges Cubes, cette agglomération secondaire, qui se manifeste tel un à destination artisanale., est fondée en 40 - 42 ap. J.-C., et se révèle être déjà mentionné sur la carte de l'itinéraire d'Antonin. La petite ville gallo-romaine connaît une expansion vers la fin du , puis un apogée de son rayonnement politique et économique à partir de la seconde moitié du . Cette dernière perdure pendant le , avant de connaître un déclin significatif.
Le pôle urbain se déploie sur une superficie d'environ , au sein de la plaine de l'Arnon , lequel le borne dans sa partie orientale. Par ailleurs, le ruisseau du Praslin forme la frontière sud du site antique. Globalement d'apparence étirée, Ernodurum chevauche l'axe de communication dit «Chaussée de César», la route antique courant d'Avaricum à Argentomagus et celle reliant Mediolanum à Cæsarodunum. Le centre historique d'Ernodurum est formé par l'intersection de ces deux axes routiers et de la rivière de l'Arnon.
Les fouilles archéologiques d'Alain Leday et de Bernard Bertin ont mis en évidence une construction probablement cultuelle de sur , une nécropole de taille imposante située sur le lieu-dit du «Carroir», le long de la rive gauche de l'Arnon, de nombreux emplacements de logements civils et plusieurs villæ disséminées à la périphérie du complexe urbain. En outre, une vue aérienne d'Ernodurum réalisée par Jean Holmgren a révélé la présence d'un dépôt de taille importante doté d'une longueur de , pour une largeur de "Les stèles funéraires gallo-romaines de Saint-Ambroix (Cher)", ouvrage de Gérard Coulon et Simone Deyts, publié en 2012 par les éditions Lancosme Multimédia, pages 11 et 12, Prospections sur le site antique d'Ernodurum (Saint-Ambroix-sur-Arnon); article de Alain Delay, paru dans la revue "Revue archéologique du Centre de la France, année 1974, volume 13, issue 3, pages 301 à 313 .
Découvertes et fouilles
Découverte En , au sein du faubourg dit de Saint-Hilaire, près du Lavoir d'Airain à Saint-Ambroix-sur-Dun, un signalement d'une possible mine archéologique est lancé par le propriétaire du terrain agricole. En effet, des saillies pierreuses situées à la surface du sol empêchaient tout mouvement coulissant du soc de labour. Les fouilles archéologiques de l'architecte sculpteur et historien Jules Dumoutet, ont mis en évidence des structures à vocation funéraire dont l'ensemble forme une vaste nécropole.
Au début du mois de septembre de la même année, un chantier visant à circonscrire une zone de fouilles clairement définie, débute sous la direction de l'archéologue berrichon. Les extractions de volumes sédimentaires, opérées au cours des quelques jours qui suivirent la mise en place du terrain de recherches, permettent de matérialiser la présence d'un columbariumIl s'agissait d'une infrastructure à vocation mortuaire, se définissant par l'existence de six enfeus (ou alcôve). contenant six stèles sculptées dans une pierre calcaire à grain finCe sont ces premières découvertes qui furent transférées au cours du milieu du au sein de la section archéologique du musée du Berry, à Bourges.. Chacune d'entre elles étaient associée à une urne à incinération. Jules Dumoutet se préempte de cette donnée afin de définir à l'ensemble des pièces archéologiques un gallo-romanisant.
Fouilles
En décembre 1908, alors qu'il se munissait de produits de maçonnerie, un citadin de Saint-Ambroix-sur-Arnon (François Lucien Bertrand, ancien garde-champêtre de son état)1863 - 1939., met au jour un sarcophage coffré de pierre calcaire accompagné de trois stèles, également ouvragées en calcaire. Le lieu de cette seconde série de découvertes se situe à environ de la nécropole du quartier de Saint-Hilaire, sur un axe nord-est.
Ses trouvailles retenant toute son attention, entame au cours de l'année 1909 des recherches plus approfondies autour du lieu même de sa propre découverte. Il réalise une substantielle tranchée mesurant de long sur de large, pour une profondeur avoisinant . La creusée révèle une autre stèle, ainsi que des cénotaphes de pierre, l'ensemble de ces artéfacts positionné à l'horizontale. La poursuite des fouilles du père Bertrand, lui indique également la présence d'un ouvrage d'habitat. Le retraité berrichon interprète ce vestige de mur comme étant un possible élément de fondation appartenant à une . Dans cette même période, il mit en évidence différentes sculptures à vocation funéraire, affichant une hauteur variant de à . Par ailleurs, le père Bertrand note que la partie supérieure de certains coffres mortuaires présente des ornements, lesquels, selon celui-ci, manifesteraient d'un travail de taille relatif, mais néanmoins précurseur d'une certaine élaboration.
Le , le Colonel ThilLequel avait mené quelque temps auparavant sur un chantier de fouilles de ruines d'habitations gallo-romaines datant du / au sein du domaine parcellaire de La Prée, à proximité du lieu d'extractions de la nécropole. ayant été informé des découvertes du garde-champêtreProbablement par le biais de l'un des rédacteurs du quotidien local, L'Écho des marchés du centre., se rend sur place et, après de multiples observations des différents éléments mis au jour, confirme les premières analyses de l'archéologue amateur. , le militaire spécialiste de l'histoire romaine, conclut à un culturel gallo-romain. Ce dernier, certain de son fait, transmet dès lors une correspondance à François Deshoulières, membre officiel du comité de la Société des antiquaires du Centre, dont le siège est situé à Bourges dans le département du Cher. Dans cette lettre manuscrite, le Colonel Thil fait part à lantiquaire sa volonté de subroger le "père Bertrand" au rang de simple spectateur des fouilles archéologiques, moyennant une solide dotation financière. François Deshoulières prend acte du dossier et comprenant l'ampleur des découvertes accomplies par l'ancien garde-champêtre, fait voter à tous les membres du comité de la Société des antiquaires du Centre un budget de dédommagement et rétribution numéraire sous accord contractuel que le "père Bertrand" effectue la concession de ses droits sur les recherches de terrain et de propriétés sur les artéfacts de calcaire. Le , le vote de ce budget est coopté à l'unanimité par l'assemblée des antiquaires du Centre et proposition contractuelle est effectuée auprès du "père Bertrand". Ce dernier, dans une correspondance qu'il envoie au comité des archéologues berrichon datée du , énonce significativement son refus de céder à ses droits de propriétaire et ce, malgré une dotation remarquablement généreuse.
Avertie de ces échanges manuscrit, la presse locale , s'empare de l'affaire et porte au public les trouvailles du désormais célèbre garde-champêtre retraité, en accouchant d'une couverture de journal appuyée d'un article de deux feuillets en pages centrales, l'ensemble soigneusement détaillé et iconographié dédié à l'historique de ces dernières.
À la fin de l'été 1910, Antoine Héron de Villefosse (1845 - 1919), archéologue et conservateur de la section des antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, annonce dans un communiqué officiel délivré à Pierre de Goy, membre titulaire des Antiquaires du Centre, son souhait d'acquérir les occurrences archéologiques du père Bertrand, en demandant au ministère des Beaux-Arts une allocation numéraire destinée à lorganisation archéologique. En outre, le conservateur du musée du Louvre y exprime sa pleine et entière confiance de faire céder le petit garde-champêtre : .
Les et , le photographe berrichon Adolphe Giraudon, couvre un article dans le Journal du Centre sur les pièces archéologiques du père Bertrand. La publication fut soutenue par un tirage remarquablement conséquent, couvrant la totalité du territoire de lIndre et de ses département limitrophes. La feuille de Giraudon ne tarde pas à faire effet et le lieu-dit de la petite cité de Saint-Ambroix, est pris d'assaut par de nombreux lecteurs du quotidien. Le terrain de fouilles de l'ancien garde-champêtre devient une attraction touristique pour l'ensemble des habitants de la région, toutes couches sociales confondues. Le père Bertrand met à profit cette manifestation de curiosité et d'appétit intellectuel, en monnayant auprès des s des droits d'accès au site. De leur côté, les sociétaires du comité d'archéologues berrichon, notent avec désarroi cet ample champ d'activité autour du garde-champêtre et de ses pièces de calcaire antiques.
Le début de l'année 1910 est marquée par d'importantes précipitations pluviométriques. Le Cher qui se présente dans un contexte de plaines marécageuses sur environ le tiers de son territoire est particulièrement touché par ces pluies continues. Le terrain de fouilles archéologiques du "père Bertrand" est submergé par les eaux d'infiltrations fluviales de lArnon, distant de du site d'extraction. , ces manifestations météorologiques ralentissent les recherches du retraité berrichon et de son fils qui l'assiste. Ces derniers, motivés par l'ambition de mettre en évidence la totalité des éléments de calcaire, mettent à profit cet intermède astreignant pour dégager les coffres funéraires déjà observés en de multiples endroits du sol circonscrit, mais non encore extraits.
Le marque un tournant dans les opérations d'investigations archéologiques. La commission des recherches de la Société des Antiquaires du Centre, réceptionne une allocation de . Cette somme, octroyée par le Ministère des Beaux-arts, permet aux archéologues du Cher d'exploiter le lopin de terre côtoyant celui du père Bertrand, et également situé dans le quartier de Saint-Hilaire. Les termes du contrat obligent la commission scientifique à exploiter le terrain sous la forme d'une concession immobilière dont le propriétaire en est préempté. Toutefois, l'accord contractuel prévoit que lusufruit des différents éléments extraits du sol, bénéficiera pour totalité au consortium archéologique du Berry.
Les fouilles de la Société des Antiquaires du Centre