Tiyi (ou Tiy, Tiye, Teje) est une reine d'Égypte de la . Grande épouse royale d', elle est la mère d'Amenhotep /Akhenaton. Elle est incontestablement l'une des reines les plus importantes de l'histoire égyptienne.

Généalogie

Origines

La famille de Tiyi jouissait d'une position importante dans l'élite locale d'Akhmîn et fut finalement très proche de la famille royale, mais nous ne connaissons pas les liens exacts. Ce qui est sûr, c'est que les parents de Tiyi, Youya et Touya, devinrent des intimes d'. Youya était un haut fonctionnaire de l'État et lié au sacerdoce de Min d'Akhmîn et d'Amon, tandis que Touya avec surtout des titres sacerdotaux liés au culte d'Hathor, Min et Amon. Cependant, l'ensemble de la titulature des parents de Tiyi n'est connu que par leur tombe KV46 et représente donc l'état de leur titulature à la fin de leur vie. Ainsi, la position sociale exacte et les titres associés qu'ils occupaient sous le règne d' puis sous celui de sont inconnus. Le fait que, sur les scarabées commémorant le mariage entre et Tiyi, ainsi que ceux commémorant le mariage entre et Giloukhepa, seuls leurs noms soient écrits, sans plus de précision, pourrait montrer qu'ils étaient déjà très connus.

Si les grands-parents de Tiyi sont inconnus, il est possible que son père soit en fait le frère de Moutemouia, la mère du roi , idée déjà proposée par Cyril Aldred dans la seconde moitié du . D'après les études génétiques réalisées entre 2008 et 2010 par Zahi Hawass et une équipe de généticiens, il s'avère qu' et Youya partagent près d'un tiers des allèles analysés, proportion qu'on retrouve entre deux parents du type oncle-neveu. De plus, le génome de la momie royale anonyme KV21A (momie qui a toutes les chances d'être la momie d'une reine de la période), est très dégradé mais est compatible pour être à la fois mère d' et la sœur de Youya. Ainsi, Marc Gabolde, suivi par plusieurs chercheurs, appuie cette relation familiale et fait donc de Youya le frère de Moutemouia (il est en effet inconcevable que Youya soit un frère de ) et donc l'oncle du souverain.

Mariage

Alors que Tiyi et devaient être encore assez jeunes (une dizaine d'années), Tiyi a épousé ce dernier au tout début du règne de celui-ci, mariage probablement organisé à l'initiative de Moutemouia ; il est d'ailleurs possible que ce mariage ait été programmé dès la fin du règne de , si l'identification de Moutemouia à Néfertari est vraie , ce qui ferait donc de Moutemouia la principale reine de . Cette hypothèse est appuyée par le fait que les scarabées dits « du mariage » ne sont pas datés, contrairement aux autres scarabées commémoratifs du règne, ce qui pourrait s'expliquer par le fait qu'il s'agit de scarabées annonçant l'avènement du roi et distribués dans tout l'empire. Dans ce cas, le mariage de Tiyi avec aurait été concomitant avec le couronnement du souverain. Toujours est-il que Tiyi et étaient déjà mariés en l'an 2 du règne.

Le texte des scarabées est le suivant :

Descendance

Tiyi donne à plusieurs enfants : le prince Amenhotep, futur roi Amenhotep /Akhenaton, attesté en tant que prince par une seule étiquette de jarre mentionnant son domaine, probablement le prince Thoutmôsis, visiblement fils aîné du roiAucun document ne met clairement en relation le prince Thoutmôsis et la reine Tiyi, mais il y a tout lieu de penser que Tiyi est bien sa mère : il semble être né plutôt au début du règne, soit avant, soit peu après la princesse Satamon ()., les princesses Satamon, Iset, Henouttaneb, NebetâhLe couple aurait pu avoir jusqu'à huit filles, comme l'attesterait une scène de la tombe TT192 de Khârouef, grand intendant de la reine Tiyi : sur cette scène se trouve un groupe de huit filles royales dont les noms sont cependant perdus ; d'autres documents ont été avancés, mais leur interprétation est plus incertaine ()..

Ses filles apparaissent souvent sur des statues et des reliefs, et sont aussi représentées sur des objets plus petits – à l’exception de Nebetâh. Nebetâh est attestée une seule fois dans les sources historiques, sur un groupe de statues colossales faites de calcaire de Médinet Habou. Cette immense sculpture, qui mesure sept mètres de haut, montre et Tiyi assis l’un à côté de l’autre « avec trois de leurs filles se tenant debout en face du trône – Henouttaneb, la plus grande et la mieux préservée, au centre ; Nebetâh à droite ; et une autre, dont le nom a été détruit, à gauche. »

élève deux de ses filles au titre de grande épouse royale durant la dernière décennie de son règne. Il était courant qu’un pharaon épouse des femmes royales de différentes générations afin d'accroître les chances de succession directe. La déesse Hathor, elle-même, était liée à Rê d'abord en tant que mère, puis comme femme et fille du dieu. Ainsi, les mariages d’ avec deux de ses filles ne sont pas invraisemblables. Des indices montrant que Satamon avait déjà été promue à ce titre en l’an 30 de son règne sont fournies par une inscription sur un vase découvert au palais royal de Malqata.

Autre hypothèse

Une dernière princesse, Baketaton, attestée dans une tombe d'Amarna avec Tiyi, fait l'objet de débats parmi les chercheurs. Uniquement associée à Tiyi pendant le règne de son fils Akhenaton, elle n'est pourtant jamais qualifiée de mère de la princesse ; de plus, l'âge avancé de Tiyi pendant le règne de son fils rend peu probable qu'elle ait donné naissance à cette dernière. Cependant, les chercheurs ne sont pas tous d'accord pour donner les noms des parents de cette jeune princesse. Certains, comme Marc Gabolde, que suit Dimitri Laboury, font d'elle la fille d'Amenhotep /Akhenaton et d'une reine secondaire Kiya, d'autres, comme Agnès Cabrol, proposent plutôt le roi , à la fin de sa vie, avec la reine étrangère Tadukhipa, qui serait devenue Kiya après son remariage avec Amenhotep /Akhenaton.

Biographie vignette|Relief de Tiyi provenant du temple de millions d'années d', aujourd'hui conservé à l'Ägyptisches Museum de Berlin (inv. 23270). La chronologie

Règne d'

Dès le début du règne d', le jeune roi accorde à sa toute nouvelle et aussi jeune épouse Tiyi un statut privilégié, qu'il fait savoir à l'ensemble du pays au travers des nombreux scarabées dits « du mariage ». Le roi continue d'associer la reine de manière continue pendant les premières années, notamment au travers des autres scarabées commémoratifs, notamment les scarabées de « chasse aux lions », rapportant les chasses aux lions ayant eu lieu au cours des dix premières années de règne, de la « chasse au taureau » ayant eu lieu pendant la deuxième année de règne, et enfin du « mariage de Giloukhepa » lors de la dixième année. Ces attestations officielles ne montrent cependant en Tiyi qu'une grande épouse royale, certes un peu plus mise en avant que les reines l'ayant précédées à ce poste. C'est dans la seconde moitié de cette première décennie de règne que la princesse Satamon est probablement née, et peut-être une deuxième fille (probablement Iset).

Pendant les onzième et douzième années, il semble que le roi ait marqué sa volonté de rehausser le statut de Tiyi et de la favoriser davantage encore. Ceci est marqué par la création d'un vaste domaine à Djâroukhâ, probablement situé près d'Akhmîn. Suit vers l'an 12 le début de la construction en l'honneur de la reine (non divinisée cependant) et d'Amon du temple de Sedeinga en Nubie, plus ou moins au même moment que l'achèvement de la première phase du temple de Soleb, en l'honneur quant à lui du roi (divinisé) et d'Amon. La raison de ce rehaussement de statut est incertaine, mais il est possible qu'il s'agisse de la naissance d'un héritier, c'est-à-dire le prince Thoutmôsis.

Au cours des deux décennies qui suivent, jusqu'à la préparation de la première fête-Sed d' en l'an 30, la reine a donné naissance aux autres enfants du couple, tandis que les parents de la reine ainsi que son fils aîné Thoutmôsis sont quant à eux décédés.

Au cours de la dernière décennie de règne d', Tiyi acquit un autre statut. En effet, c'est au cours de cette période que les trois fêtes-Sed du roi sont organisées, lors des 30, 34 et 36-37. La plus importante des fêtes-Sed est celle de l'an 30, attestée notamment par le temple de Soleb, ainsi que les inscriptions dans la tombe du scribe Khâemhat (TT57) et celle de l'intendant de Tiyi, Khârouef (TT192). Ce dernier est d'ailleurs l'organisateur de cette première fête-Sed et s'en voit être récompensé par le couple royal lui-même, raison pour laquelle il a également été sollicité pour les deux jubilés suivants. Si une fête-Sed se concentre avant tout sur le souverain, la reine Tiyi a joué un rôle prépondérant dans celles d', apparaissant pour chaque moment fort des fêtes, et dans lesquelles, aux côtés de son époux incarnant Rê, elle acquiert un statut véritablement divin, en devenant l'incarnation d'Hathor et de Maât. C'est d'ailleurs lors de la première fête-Sed que les temples de Soleb et de Sedeinga sont inaugurés (le temple de Soleb sera légèrement modifié pour intégrer des scènes de la fête-Sed de l'an 36-37). Lors de la cérémonie de l'accueil de l'inondation, dont les rites nommés « course à la rame » et « course aux vases ». Cette scène est représentée dans les temples de Louxor, de Karnak, de Soleb et de Sedeinga. Si la reine est absente des scènes des deux premiers temples, elle est présente dans celles des deux autres : il semble qu'elle ait là aussi un rôle divin, et non celui d'une simple officiante, en étant associée à Hathor et Maât, là où est associé à Rê. Au cours de cette période, il est possible, mais loin d'être certain, que plusieurs des filles royales soient décédées. Cependant, il est tout autant possible qu'elles ne soient tout simplement plus citées dans la documentation datant du règne de leur frère, car ce sont avant tout les enfants du roi régnant qui sont représentés.

Le temple des millions d'années d' à Thèbes-Ouest met fortement en valeur le rôle de Tiyi lors des cérémonies funéraires associées au souverain. Cependant, si le roi a voulu mettre en valeur le rôle de son épouse dans ces futures cérémonies (le temple a été achevé avant la mort du souverain), il s'agit d'un rôle avant tout habituel pour une grande épouse royale. Cependant, deux objets découverts à Kôm Médinet Ghourob, une stèle et une table d'offrandes, semblent avoir été « signés » de la main même de la reine. La reine enlace et soutient son défunt époux sur la petite stèle, et le texte de ces deux objets montre clairement que la reine rendait un culte à son défunt mari.

Règne d'/Akhenaton

Au cours du règne de son fils, c'est avant tout en tant qu'épouse de l'ancien roi qu'elle est perçue, comme l'attestent d'ailleurs les lettres diplomatiques échangées avec les cours étrangères. Ces lettres indiquent aussi que la reine, après avoir conseillé son époux, conseille maintenant son fils, qui semble relativement jeune. Cependant, le rôle de la reine-mère dut diminuer au fil du temps, le roi devenant plus âgé et acquérant de l'expérience, et se mariant également, même si la date de mariage avec Néfertiti n'est pas connue (au plus tard l'an 5, comme l'attestent les stèles frontières d'Akhetaton). Toujours est-il que la reine semble alors vivre à Kôm Médinet Ghourob, là où son fils déménage à Akhetaton, et ce malgré le fait qu'un intendant de la reine, Houya, semble vivre à Akhetaton.